ThÚmes : Médecine, Sciences.
Conférence du mardi 19 avril 1983.

Fig. 1. HémisphÚre cérébral. Les circonvolutions

Fig. 2. HémisphÚre cérébral. Coupe longitudinale
Le mardi 19 avril 1983, le professeur NENNA, chef de clinique Ă l’HĂŽpital Raymond PoincarĂ© de Garches, a prononcĂ© une confĂ©rence sur « le cerveau et ses hormones ». C’est la troisiĂšme fois que le Professeur NENNA apporte Ă notre Cercle son prĂ©cieux concours. Tous les adhĂ©rents se souviennent de ses deux premiĂšres confĂ©rences :
- le 18 mars 1980 : « MĂ©decine d’hier et d’aujourd’hui »
- le 20 avril 1982 : « Les médecines parallÚles »
Aujourd’hui, « Le cerveau et ses hormones ».
La notion d’hormone n’est pas nouvelle ; elle remonte Ă 1902 quand deux physiologistes anglais Bayliss et Starling ont Ă©tabli que la sĂ©crĂ©tion du suc pancrĂ©atique Ă©tait commandĂ©e par voie chimique, par une substance sĂ©crĂ©tĂ©e par des cellules du duodĂ©num elle-mĂȘme dĂ©terminĂ©e par l’arrivĂ©e dans le duodĂ©num du contenu acide de l’estomac. Ils appelĂšrent cette substance sĂ©crĂ©tine. C’est la premiĂšre hormone connue, messager chimique qui intervient dans l’activitĂ© d’un organe Ă©loignĂ© sans intervention du systĂšme nerveux.
Les glandes qui sĂ©crĂštent les hormones sont dites des glandes Ă sĂ©crĂ©tion interne ; elles n’ont pas de canaux excrĂ©teurs.
Grand merci Ă Monsieur NENNA de ses interventions et de l’aide qu’il nous apporte. Merci aussi d’avoir bien voulu rĂ©diger lui-mĂȘme le compte rendu de son exposĂ©.
« 0, mon cerveau ! Je t’emploie une divinitĂ© puissante mais capricieuse. Je t’interroge comme on fait tourner une table.
Cerveau, es-tu ?
PoĂšte, j’ai besoin d’une rime en mi ou ra ou fil,
Donne-la moi,
Romancier, je te supplie de me fournir la chute d’une nouvelle dont je tiens dĂ©jĂ les trois-quarts mais sans bonne chute, point de bonne nouvelle.
Je te connais,
Je fais confiance à tes inépuisables ressources.
La commande que je passe, je sais que tu peux la satisfaire, mais livre plutÎt demain que dans cent ans. »
Michel TOURNIER
Imploration, supplication d’une divinité : il est vrai que l’Ă©tonnant fonctionnement de ce viscĂšre gris rosĂ©, cachĂ© dans le crĂąne n’est reconnu que depuis peu de lustres. C’est au cĆur que les passions Ă©taient attribuĂ©es, au sang que la vie Ă©tait liĂ©e. Mais depuis le dĂ©but du siĂšcle le cerveau a ravi Ă ces systĂšmes leur prioritĂ© pour dĂ©finir le Tout irrĂ©ductible de l’individu.
Ce faisant, le cerveau, bien qu’explorĂ© et assailli par tous les moyens, garde encore beaucoup d’interrogations. L’aphorisme de Paul VALERY : « Maitre Cerveau, sur son corps perchĂ©, tient en ses plis son mystĂšre » reste d’actualitĂ©.
On savait que les neurologues s’occupaient des paralysies, que les psychiatres soignaient les fous. Tout allait bien dans la coexistence rassurante de ces deux systĂšmes ; aux uns la matiĂšre, aux autres la mĂ©moire que le scalpel du chirurgien ne retrouvait pas dans ses incisions.
Ce dualisme est insuffisant ; on dĂ©couvre que le paralysĂ© peut ĂȘtre aphasique et qu’une mĂȘme lĂ©sion explique les deux troubles. On constate que trois grains tels l’EllĂ©bore, le Datura, l’Armoise (le LARGACTIL, le LITHIUM), transforment le grand agitĂ© ou le mĂ©lancolique. De toute part, il n’est bruit que de scanner, d’enzymes surprenants qui font dormir, donnent Ă rĂȘver, soulagent la raideur et le spasme, prennent nom d’ENKEPHALINE, de MORPHINO-MIMETIQUES, de NEURO-HORMONES, de mĂ©diateurs.
Il a paru utile au Cercle de Documentation et d’Information de la Ville de Garches, Ă notre Maire Yves BODIN et au Directeur du Cercle, notre cher Monsieur SIRE, d’essayer.de faire prĂ©ciser l’Ă©volution des idĂ©es dans ce domaine. Je les remercie doublement de m’avoir demandĂ© d’aborder ce sujet : « LE CERVEAU ET SES HORMONES ».
D’une part j’ai le plaisir de venir Ă nouveau solliciter votre attention ; d’autre part j’ai Ă©tĂ© contraint de trier parmi les nouveaux documents qui s’accumulent sur ces sujets.
Je vous propose donc une promenade dans les jardins oĂč « les navettes Ă©tincelantes » de SHERRINGTON tissent les fils de nos actes et de nos pensĂ©es oĂč s’entrelacent les neurones par leurs synapses, leurs dendrites et leurs neuromĂ©diateurs.
CHAPITRE l
La premiĂšre partie sera dĂ©volue Ă l’Ă©tude anatomique des structures cĂ©rĂ©brales.
A – ET TOUT D’ABORD OU SE DĂLIMITE LE CERVEAU ?
Dans le sens utilisé ici, mieux vaut parler de névraxe.
En effet, de toute part affluent vers le cerveau les INFORMATIONS. Elles sont recueillies Ă tout instant, en tout corps par les rĂ©cepteurs de sensations, les organes des sens. Il est vain de sĂ©parer l’Ă©tude des sensations que Weber, Fechner et Sigmund Freud avaient entrepris de mesurer et la perception chĂšre Ă Merleau-Ponty pour notre propos d’aujourd’hui.
A tout instant, en tout lieu, le NĂVRAXE surveille et gouverne l’ACTION, celle de nos muscles les plus ignorĂ©s comme celle de la main. Il est le lieu oĂč se transcrivent dans l’ACTE ou le LANGAGE, les concepts les plus prĂ©cieux et les pulsions les plus intimes. Cela est bien Ă©vident pour chacun dâentre nous. Il suffit d’Ă©couter ses VOIX INTĂRIEURES.
B – CE QUI EST ĂVIDENT POUR LE MĂDECIN, CE SONT L’HETEROGENEITE DES ZONES OU CERVEAU, LA DIVERSITĂ DE SES FORMES.
Au travers des anatomistes, cliniciens, physiologistes va se découvrir une merveilleuse organisation et la spécialisation de certaines zones dans certaines fonctions. Il faut songer au génie de Franz Joseph GALL (1758-1828) qui proposa de relier les protubérances du crùne à certaines fonctions émotionnelles ou intellectuelles.
L’Ćil de GALL traversait l’os du crĂąne et sa dĂ©marche phrĂ©nologique avait quelque chose de prophĂ©tique. Il Ă©tait en effet le premier Ă pressentir l’intime jonction entre la structure et la fonction dans le parenchyme cĂ©rĂ©bral.
A la mĂȘme Ă©poque Albrecht von HALLER (1708-1777) fait Ćuvre de novateur :
- il observe la fibre nerveuse (fig. 3), établit son excitabilité et la reconnaßt comme conducteur de la sensibilité.
- il Ă©tablit un rapport entre les nerfs pĂ©riphĂ©riques, la moelle et l’encĂ©phale.

Le cerveau ainsi prolongĂ© s’Ă©tend jusqu’aux extrĂ©mitĂ©s du corps, se poursuit autour des artĂšres et des viscĂšres. En tout point il informe la matiĂšre cellulaire dont il n’est pas sĂ©parable. En retour le cerveau est Ă©troitement dĂ©pendant de la qualitĂ© du sang, de la nutrition, de l’Ă©tat d’ensemble du sujet qu’il anime.
Vous savez qu’on dĂ©finit de grandes zones sans prĂ©cision formaliste qui assurent de grandes fonctions :
– La MOELLE gouverne chaque Ă©tage, transmet et reçoit.
– Le BULBE que FLOURENS baptisait nĆud vital, a une importance dans la rĂ©gulation du pouls, de la tension artĂ©rielle, de la respiration.
– A la zone des PĂDONCULES et Ă la substance rĂ©ticulĂ©e, une fonction d’Ă©veil et de vigilance est impartie.
– Le CERVELET a de grands liens avec l’Ă©quilibration. Les hĂ©misphĂšres droit et gauche ont chacun leurs zones privilĂ©giĂ©es : motrice, visuelle, auditive, langagiĂšre. Leurs zones d’association et le problĂšme de la dominance hĂ©misphĂ©rique nĂ©cessiteraient Ă eux seuls un long dĂ©bat.
C – A CETTE MORPHOLOGIE ET A CETTE SYSTĂMATISATION utile mais trĂšs approximative, trois types de recherches sont venus donner des prĂ©cisions.
1 – La premiĂšre est la confrontation entre les signes cliniques, le lieu de la lĂ©sion et l’organisation topographique et fonctionnelle. Vous savez tous les procĂ©dĂ©s par lesquels on peut avec prĂ©cision dĂ©finir le lieu et le type de la lĂ©sion.
La moelle est organisĂ©e d’une façon remarquable. Elle reçoit les sensations venues de la pĂ©riphĂ©rie par les nerfs sensitifs (fig. 4) puis rĂ©percute les incitations venues du cerveau vers les muscles par les nerfs moteurs, rĂ©partis Ă chaque Ă©tage pour chaque rĂ©gion du corps (fig. 5). Ainsi, une douleur avec paralysie sciatique peut elle correspondre Ă une lĂ©sion vertĂ©brale.
Voyez aussi ce malade hĂ©miplĂ©gique : cette hĂ©miplĂ©gie peut rĂ©sulter de lĂ©sions diverses. L’on peut pratiquer successivement toute sorte d’examen. Le premier et primordial reste l’interrogatoire et l’Ă©tude de ses muscles, rĂ©flexes, sensibilitĂ©. On a ensuite Ă©tudié :
- son fond d’Ćil,
- l’Ă©lectro-encĂ©phalogramme,
- la scintigraphie isotopique,
- la radiographie du crùne avec tomodensitométrie (scanner),
- encéphalographie gazeuse,
- artériographie,
- la distribution de l’isotope au repos et au cours d’Ă©preuves.
On aurait pu examiner :
- les potentiels évoqués,
- le liquide céphalo-rachidien,
- les épreuves labyrinthiques,
- le transit du Lipiodol, des isotopes, etc.
Ainsi sont confirmĂ©s le lieu, le type de lĂ©sion. Ceci est comparĂ© avec l’examen anatomique par biopsie, Ă l’autopsie.
Il a été établi au fil du temps une bonne concordance entre le signe, la lésion, la cause de la maladie qui reste le fondement de toute pratique neurologique, voire psychiatrique.

Fig. 4. Voies sensitives principales
Voies des faisceaux spinothalamique et spino-réticulo-thalamique.

Fig. 5. Voies motrices principales ou voies pyramidales.
2 – La deuxiĂšme technique a Ă©tĂ© lâĂ©tude du systĂšme des zones du nĂ©vraxe dĂ©finies par les coupes archi tectoniques, lâĂ©tude des Ă©pilepsies.
Avec parallĂšlement la chirurgie stĂ©rĂ©otaxique, on a appris Ă reconnaĂźtre la zone qu’il fallait ĂŽter pour rĂ©duire l’agitation maniaque.
Egaz MONIZ a effectuĂ© les premiĂšres lobectomies et lobotomies frontales en innovant en matiĂšre de psychochirurgie. GUIDI Ă Foch a prĂ©cisĂ© lâintĂ©rĂȘt de la chirurgie dans les tremblements et mouvements anormaux.
Le progrÚs des médications a heureusement rendu ces opérations dangereuses, mutilantes et parfois lésant gravement la personnalité obsolÚte.
Mais de grands progrÚs ont été faits dans la connaissance topographique et les interrelations.
3 – La technique la plus fructueuse est actuellement l’Ă©tude des neurones, cellules composant le nĂ©vraxe figure 3).
Il a fallu attendre GOLGI et CAJAL à la fin du XIXÚme siÚcle pour identifier le neurone baptisé ainsi par WALDEYER en 1980.
L’analyse des fonctions du neurone a spectaculairement progressĂ© depuis quelques annĂ©es par diverses mĂ©thodes :
- la mise en culture des cellules neuronales a été réalisée depuis peu. Leur étude électrologique est plus ancienne.
- étude biochimique du fonctionnement synaptique.
L’ensemble du nĂ©vraxe Ă©volue vers une complexitĂ© croissante :
- Les deux neurones du Calmar gĂ©ant constituent la totalitĂ© du nĂ©vraxe chez lui. Ils ont servi de tĂ©moin privilĂ©giĂ© du mĂ©canisme de la transmission de l’influx nerveux.
- Progressivement dans les diverses espÚces, on a observé les variations du volume et du poids du cerveau.
La taille de l’encĂ©phale a Ă©tĂ© rapportĂ©e Ă la taille de l’organisme, au poids du corps. Pour l’Ă©lĂ©phant, le poids du cerveau est de 5700 grammes. Pour l’homme, il est de 1200 Ă 1500 grammes. Le rapport le plus Ă©vocateur a Ă©tĂ© Ă©tabli entre le poids de l’encĂ©phale et la surface corporelle par BAUCHOT et STEPHAN. Chez l’insectivore, telle la Musaraigne, ce rapport serait de 1. Il est chez le ChimpanzĂ© de 11 et chez l’Homme de 28.
L’homme est singularisĂ© par le dĂ©veloppement du nĂ©ocortex qui constitue la majeure partie des hĂ©misphĂšres cĂ©rĂ©braux.
On a longtemps pensĂ© que les diffĂ©rences d’organisation de l’architectomie cĂ©rĂ©brale dĂ©finissaient des diffĂ©rences de nature des fonctions :
- Rhinencéphale et odorat,
- Aire visuelle et granulation particuliĂšre,
- Cortex moteur et temporal : 6 Ă 7 couches.
CHANGEUX indique que ROCKEL et POWEL ont dĂ©comptĂ© au travers des diverses zones un nombre assez constant de neurones et considĂšrent que ce qui marque l’Ă©volution progressive est l’augmentation de la surface du cerveau et du total de neurones : l’estimation est de 146000 neurones par mm de surface corticale cĂ©rĂ©brale.
Ainsi :
- le Rat aurait pour 5 cm2 de surface : 65 millions,
- le Chimpanzé 4,9 dm2 7,1 milliards,
- le Gorille 5,4 dm2 7,8 milliards,
- l’Homme 22 dm2 30 milliards.
On admet que du calmar Ă l’homme, le fonctionnement du neurone se fait de façon comparable sinon identique.
Chaque neurone est composĂ© d’un corps cellulaire (fig. 3), de dendrites et d’un axone terminĂ© par des prolongements. Chaque neurone est juxtaposĂ© Ă ses voisins. Le rĂ©seau est discontinu. La connexion entre neurones se fait en un lieu dĂ©nommĂ© synapse reconnu en microscopie Ă©lectronique comme ayant pour dimension quelques dizaines Ă quelques milliĂšmes de micromĂštres, sous la forme d’une petite fente entre les deux membranes limitantes (fig. 6).

Fig. 6. Synapse. Articulation entre deux neurones.
On estime que la seule partie corticale du névraxe contient 1014 à 1015 synapses, soit :
10 000 000 000 000 000 ou 10 millions de milliards de synapses, immense rĂ©seau d’une complexitĂ© dĂ©passant toute imagination et tout cĂąblage d’ordinateur.
Pourtant, l’on a entrepris de dĂ©finir des mĂ©thodes d’Ă©tude en suivant les rĂ©seaux anatomiques et fonctionnels de sortie, d’entrĂ©e dans le cortex, le thalamus, les corps striĂ©s en suivant des enzymes marquĂ©s.
CHANGEUX propose que les neurones soient conçus non comme une série de fibrilles reliées les unes aux autres en réseaux mais comme un systÚme de type cristallin tissé en trois dimensions et il conclut :
« ⊠une description complĂšte de la machine corticale passe donc par celle de plusieurs milliards de singularitĂ©s neuronales oĂč chaque singularitĂ© inclut le rĂ©pertoire de dizaines de milliers de contacts synaptiques. ThĂ©oriquement possible, ce dĂ©nombrement est-il pratiquement rĂ©alisable ? … La tĂąche est colossale ».
RĂ©seau, cĂąblage, structure cristalline, amoncellement cellulaire, systĂšme de fibres, le neurone transmet une information de son corps cellulaire vers l’axone. Cette information est recueillie sur le nerf isolĂ© par l’Ă©tude du potentiel d’action et sur la synapse par les modifications chimiques. Le signal de l’impulsion ne dĂ©passe pas la vitesse de 0,1 Ă 100 mĂštres par seconde. La nature de ce signal n’est pas liĂ©e aux variations de la permĂ©abilitĂ© membranaire. L’Ă©nergie provient de la respiration cellulaire et elle est libĂ©rĂ©e par un systĂšme pendulaire qui rĂšgle l’ouverture des canaux de la membrane par rafales successives.
Dans l’espace synaptique, cette Ă©nergie se transcrit par la libĂ©ration d’enzymes tels l’acĂ©tylcholine, la noradrĂ©naline. Ces enzymes constituent les neurotransmetteurs, neuromĂ©diateurs, ou hormones Ă vrai dire particuliĂšres du cerveau.
On en voit le cheminement le long de l’axone du neurone.
Ainsi, la confrontation clinico-pathologique, l’Ă©tude du systĂšme architectomique, l’analyse du fonctionnement et de l’organisation du neurone et des synapses, permettent de confirmer les idĂ©es antĂ©rieures.
A l’un des pĂŽles :
- Le neurone enregistre les variations des capteurs, tact, vue, ouĂŻe et organes des sens, ensemble des informations sensitives.
- La transmission se fait par relais successifs mĂ©dullaires, tronc cĂ©rĂ©bral, thalamus jusqu’aux hĂ©misphĂšres.
- A chaque étage modulation et réponse,
- Dans toutes les zones mineures rĂ©seau interconnectĂ© d’enregistrement, contrĂŽle avec reproduction, Ă©cho par l’intermĂ©diaire de neurone associatif.
L’ensemble sera donc transcrit en sensation et analyse.
De l’autre partie :
L’action se prĂ©sente comme l’autre pĂŽle :
- action inconsciente comme celle des viscĂšres,
- action consciente comme le mouvement ou la parole.
L’ensemble du nĂ©vraxe constitue un merveilleux dispositif d’analyse du milieu extĂ©rieur et d’action. A l’interface entre l’extĂ©rieur et le corps, que de subtils mĂ©canismes que le cerveau et la pensĂ©e de l’homme commencent Ă pĂ©nĂ©trer. C’est cette admirable complexitĂ© que cette premiĂšre partie Ă©tait destinĂ©e Ă vous montrer.
CHAPITRE II
Le rapport entre le cerveau et les hormones revĂȘt un double aspect :
– d’une part le cerveau gouverne les sĂ©crĂ©tions de l’hypophyse qui, elle-mĂȘme rĂ©git celle des glandes pĂ©riphĂ©riques ovaires, thyroĂŻde, surrĂ©nales et a ses propres sĂ©crĂ©tions.
– d’autre part, on a appris Ă connaĂźtre les neurotransmetteurs, neuromĂ©diateurs propres Ă certains systĂšmes de nĂ©vraxe auxquels par extension on peut donner le nom dâhormones.
En effet, une hormone est actuellement considĂ©rĂ©e comme un produit sĂ©crĂ©tĂ© par un systĂšme cellulaire, transportĂ© et actif sur des rĂ©cepteurs spĂ©cifiques d’un autre systĂšme cellulaire. Le terme d’hormone créé par STARLING en 1905 dĂ©rive du verbe pousser, exciter, mettre en mouvement.
C’est de ces deux aspects que nous allons maintenant nous entretenir.
Le rappel d’un Ă©vĂšnement connu montre combien ces systĂšmes sont interdĂ©pendants : le Professeur Pierre MOLLARET, dans les premiers cours que j’entendis de lui, rappelait lâhistoire suivante :
Dans les annĂ©es 1918, 1920-1922, une pandĂ©mie grippale se manifesta dans le monde, Ă©pidĂ©mie qualifiĂ©e alors d’espagnole. Quelque temps aprĂšs mais se chevauchant, on vit survenir une Ă©pidĂ©mie d’encĂ©phalite aigĂŒe que Von EKONOMO dĂ©crivit sous le nom d’encĂ©phalite lĂ©thargique : obnubilation fĂ©brile d’Ă©volution sĂ©vĂšre puisque 30% environ des sujets atteints dĂ©cĂ©daient dans un coma entrecoupĂ© de plaintes et de soubresauts. Cette encĂ©phalite entraĂźnait des lĂ©sions destructives de la substance grise, des neurones de l’encĂ©phale. On vit dans les annĂ©es suivantes chez certains malades Ă©pargnĂ©s trois types de phĂ©nomĂšnes :
- les uns Ă©taient des syndromes de Parkinson apparaissant de façon prĂ©coce et d’Ă©volution sĂ©vĂšre,
- les autres étaient des troubles mentaux psychologiques,
- enfin, des troubles hormonaux, obésité, hypothyroïdie, diabÚte insipide constituaient le troisiÚme groupe ;
lâensemble tĂ©moignant de rĂ©actions diverses de nĂ©craxe dont lâexplication est maintenant connue.
A – Pierre MARIE fut le premier Ă Ă©tablir en 1894 le rapport entre une maladie hormonale, l’acromĂ©galie, et une tumeur de lâhypophyse dans un mĂ©moire cĂ©lĂšbre : « sur une hypertrophie singuliĂšre des extrĂ©mitĂ©s ». Il montrait qu’une tumeur de l’hypophyse pouvait entraĂźner, (« nous savons maintenant qu’il s’agit d’un adĂ©nome hypersĂ©crĂ©tant des hormones somatotropes ») des dĂ©formations osseuses et viscĂ©rales dont voici lâexemple.
En 1963 LINQUETTE Ă Lille a dĂ©montrĂ© que l’adĂ©nome Ă prolactine Ă©tait responsable du syndrome d’amĂ©norrhĂ©e ou d’impuissance avec galactorrhĂ©e ou gynĂ©comastie. En voici un exemple : cet homme normalement conformĂ© est porteur d’une hypertrophie des deux glandes mammaires qui sont le siĂšge dâun Ă©coulement : la galactorrhĂ©e. La suppression de la tumeur de l’hypophyse lui rend sa puissance gĂ©nitale et supprime l’hypertrophie mammaire.
Voici deux hormones actives, sĂ©crĂ©tĂ©es par l’une des parties du cerveau lâhypophyse antĂ©rieure (fig. 7).

Fig. 7. Emplacement de lâhypophyse Ă la face infĂ©rieure de l’encĂ©phale dans la selle turcique
On peut me quereller : lâhypophyse est en quelque sorte rapportĂ©e sur le cerveau : il s’agit d’une structure glandulaire formĂ©e aux dĂ©pens de lâoropharynx par migration, ne comportant que des cellules glandulaires (fig. 8).
En fait lâhypophyse est bien appendue au cerveau mais elle illustre lâintime alliance qui s’Ă©tablit entre les fibres nerveuses qui proviennent de la partie basale du cerveau (dĂ©nommĂ©e hypothalamus) et les cellules endocrines qui sĂ©crĂštent en rĂ©ponse Ă l’injonction des cellules nerveuses. C’est Ă propos de lâhypophyse que RĂ©my COLLIN a Ă©tabli la notion de neurosĂ©crĂ©tions transportĂ©es par le systĂšme artĂ©riel porte hypothalamique et hypophysaire.

Fig. 8. Configuration anatomique de lâhypophyse humaine.
Voici un schéma des sécrétions hypophysaires :
- par la post-hypophyse Ă©troitement liĂ©e Ă l’hypothalamus sont sĂ©crĂ©tĂ©es lâocytocyne et lâhormone anti -diurĂ©tique.
- l’antĂ©-hypophyse a deux hormones qui agissent directement : lâhormone somatotrope et la prolactine et trois groupes de stimulines qui rĂ©gissent les sĂ©crĂ©tions des glandes surrĂ©nales, de la thyroĂŻde et des gonades : testicules et ovaires.
C’est le mĂ©rite de GUILLEMIN d’avoir isolĂ© aprĂšs de gigantesques travaux de 1960 Ă 1975 les produits sĂ©crĂ©tĂ©s par l’hypothalamus qui gouvernent la sĂ©crĂ©tion hypophysaire et insĂšrent lâensemble hormonal dans le systĂšme de relation avec le monde extĂ©rieur.
Voici un exemple tiré du systÚme hypothalamo-hypophyso-gonadique, régulé en retour par un systÚme de rétrocontrÎle.
Ainsi sont isolées :
- des connexions neuronales entre lâhypothalamus et lâhypophyse,
- les sécrétions de médiateurs.
Le syndrome amĂ©norrhĂ©e-galactorrhĂ©e a Ă©tĂ© une fois encore le point de dĂ©part dâun progrĂšs supplĂ©mentaire. En effet on eut la surprise de constater que la prise prolongĂ©e de certains mĂ©dicaments reproduisait l’amĂ©norrhĂ©e, la gynĂ©comastie et la galactorrhĂ©e. Or le point commun de ces molĂ©cules est d’avoir une puissante action inhibitrice sur la synthĂšse de la DOPAMINE.
Le mĂ©canisme est alors le suivant : le mĂ©dicament stimule la sĂ©crĂ©tion (en fait lĂšve l’inhibition) de la prolactine. Il reproduit l’action des neurones qui contrĂŽlent la production dâhormone hypophysaire. Un vaste progrĂšs devait corroborer ces notions. Je n’envisagerai pas la kyrielle des neuromĂ©diateurs hypothalamiques ni la fonction de lâĂ©piphyse qui est si particuliĂšre.
Nous avons eu ici l’exemple d’un premier rapport entre le systĂšme nerveux organe de rĂ©gulation des actions avec le milieu extĂ©rieur, ses neuromĂ©diateurs et les hormones hypophysaires.
B – Envisageons maintenant le deuxiĂšme type de neuromĂ©diateurs qui sont les supports de lâinformation neuronale et les produits actifs libĂ©rĂ©s et repris au niveau des synapses.
Ici encore vous me permettez de vous conter l’histoire concrĂšte de la maladie de PARKINSON et de vous faire partager un regard sur l’Ă©volution des idĂ©es et l’interprĂ©tation des faits :
James PARKINSON a dĂ©crit en 1817 la paralysie agitante que vous connaissez tous car elle est frĂ©quente et donne lieu Ă une invaliditĂ© sĂ©vĂšre faite de tremblements, de raideur, d’impotence et d’immobilisation lentement progressive.
Il a fallu plus de cent ans pour apprendre à connaßtre par TRETIAKOFF en 1919, les lésions qui la caractérisent :
- dĂ©gĂ©nĂ©rescence d’une rĂ©gion du tronc cĂ©rĂ©bral, le « locus niger » ;
- les cas d’autres formations « locus coerulus », noyau dorsal du pneumogastrique dans le bulbe.
- lésion des corps striés et plus spécialement de la zone dénommée pallidum.
L’on demeurait entre 1920 et 1940 impuissant mais intriguĂ© et actif dans la recherche et des solutions devaient venir d’horizons fort divers :
1 – On prĂ©cise que le mouvement est rĂ©gulĂ© par le systĂšme suivant :

DĂšs lors la stĂ©rĂ©otaxie permet de sectionner l’un des faisceaux qui rĂ©unissent ces trois liens : l’anse lenticulaire.
Par stĂ©rĂ©otaxie Ă FOCH, GUIOT prĂ©cise les conditions de cette thĂ©rapeutique et dans les annĂ©es 1955-1960 : câĂ©tait un prodige que de voir le Parkinsonien incessamment agitĂ©, s’arrĂȘter de trembler lorsque la coagulation dĂ©truisait l’anse lenticulaire.
2 – Mais parallĂšlement, on avait trouvĂ© des substances qui rendaient temporairement la vie du parkinsonien moins douloureuse : aprĂšs la BELLADONE, le PAINDIOL, lâARTANE Ă©taient des substances mises au point par R.P. et SIGWALD. On connaissait la pharmacodynamie mais on ignorait leur mode d’action. Dans des laboratoires, Madame VOGT et CHRĂTIEN Ă MONTRĂAL Ă©tudiaient les concentrations en DOPAMINE du cerveau. Elle est prĂ©sente Ă un taux Ă©levĂ© dans le locus niger et le striatum. Elle fait dĂ©faut dans ces mĂȘmes structures chez les parkinsoniens et lorsque le malade ne tremble que d’un seul cĂŽtĂ©, le dĂ©ficit en DOPAMINE est Ă©galement notĂ© d’un seul cĂŽtĂ©. La corrĂ©lation Ă©tait positive, vĂ©rifiĂ©e par lâĂ©tude des dĂ©bits locaux en Dopamine, vĂ©rifiĂ©e par la destruction expĂ©rimentale du locus niger qui fait disparaĂźtre la Dopamine dans le striatum hormo-latĂ©ral.
Il existe donc un systĂšme de neurones dopaminergiques nĂ©gro-striĂ© doublĂ© d’un systĂšme cholinergique strio-nĂ©grique.
Cette dĂ©couverte a eu diverses consĂ©quences : elle rend compte des raideurs induites par certaines drogues psycho-actives (rĂ©serpine, Largactil qui vident en quelque sorte les neurones de leur dopamine) ; d’autre part, lâadministration de L-DOPA fait franchir la barriĂšre hĂ©mio-cĂ©rĂ©brale Ă la DOPA et la DOPA prend la place du mĂ©diateur marquant et dans la plupart des cas attĂ©nue grandement le tremblement, lâakinĂ©sie et la rigiditĂ©.
Voici un exemple remarquable de la mĂ©thode expĂ©rimentale et de sa bonne adaptation Ă lâĂ©tude du fonctionnement chimique des structures nerveuses.
C – Il en a Ă©tĂ© de mĂȘme pour le systĂšme noradrĂ©nergique et adrĂ©nergigue qui est fondĂ© sur la transmission synaptique adrĂ©nalinique.
On a Ă©tudiĂ© la sĂ©rotonine avec la mĂȘme mĂ©thode. Un schĂ©ma de la neurotransmission a Ă©tĂ© Ă©tabli. Il est dĂ©composĂ© en divers temps : captage des prĂ©curseurs, synthĂšse, stockage, transport, exocytose dans la fente synaptique (large de quelques nanomĂštres) prise en charge par un rĂ©cepteur post-synaptique.
DĂšs lors ce systĂšme explicatif cohĂ©rent a Ă©tĂ© adoptĂ© et rĂ©alisĂ© selon l’expression d’AGIO : « une microtopographie biochimique du cerveau et du nĂ©vraxe humain ».
Tout peut sembler clair… mais que de problĂšmes persistent. En effet, de mĂȘme que les neurones s’entrecroisent, milliards de millions de synapses, de mĂȘme les systĂšmes de neuromĂ©diateurs rivalisent dans leur distribution et le nombre des mĂ©diateurs se multiplie.
D – Application.
En voici une liste qui n’est pas exhaustive ni close. On y retrouve ceux que les pharmacologistes avaient utilisĂ© depuis longtemps en analysant leurs effets, sans l’explication micrographique de la synapse. Les recherches de HAZARD sur l’acĂ©tylcholine et l’adrĂ©naline sont anciennes.
1 – Les mĂ©diateurs du systĂšme neurovĂ©gĂ©tatif confirment la sagacitĂ© des prĂ©curseurs sur ce schĂ©ma des thĂ©rapeutiques possibles des hypertensions. On parlait alors de centres, de ganglions mais dĂ©jĂ de fibres post-synaptiques et plus tard de rĂ©cepteurs alpha et bĂ©ta. Voici pour la rĂ©gulation vasculaire.
Il en fut de mĂȘme pour d’autres grandes fonctions telles que
- la régulation respiratoire,
- la régulation du sommeil,
oĂč sâintĂšgrent les neuromĂ©diateurs.
2 – Le systĂšme·éveil, sommeil, rĂȘve, Ă©tudiĂ© admirablement Ă Lyon par JOUVET comporte divers lieux et mĂ©diateurs. A la destruction ou lâinhibition des noyaux du raphĂ© mĂ©dian, dans les pĂ©doncules correspondent, chez le chat, la 5 hydroxytryptamine et la sĂ©rotonine. Elle induit un sommeil lent. Ceci est balancĂ© par l’acĂ©tylcholine des inter-neurones et la noradrĂ©naline du locus coerulus qui dĂ©termine un sommeil paradoxal.
A l’inverse, Dopamine et NoradrĂ©naline dans le systĂšme migro-striatal (SNS) et dans la voie noradrĂ©nergique dorsale (VNAO) rĂ©gissent l’Ă©veil du cortex et du comportement.
Quelle admirable mĂ©canique. OĂč est lâhorloge du sommeil ?
OĂč est lâhorloger, y-a-t-il un horloger ? Nous ne le savons ou le croyons mais nous commençons Ă identifier les engrenages.
3 – Les derniers nĂ©s de ces neuromĂ©diateurs sont reprĂ©sentĂ©s par le groupe des morphino-mimĂ©tigues.
MorphĂ©e donnait le sommeil. La sĂšve du pavot Ă©tait utilisĂ©e pour honorer les Dieux et calmer la douleur et en 1803 SERTUNER Ă©tudiait le corps isolĂ© du pavot par SEGUIN (lâopium Ă©tant le latex du pavot et le corps isolĂ© Ă©tant la Morphine, de l’opium. Elle agit en troublant la transmission synaptique Ă toutes les Ă©tapes du systĂšme nerveux dans la moelle, le mĂ©sencĂ©phale, le diencĂ©phale, le rhinencĂ©phale et le cortex cĂ©rĂ©bral sur des rĂ©cepteurs dĂ©nommĂ©s ” K et Δ,
” détermine  : analgésie et dépression
K ââ : myosis et sĂ©dation
Î ââ : dysphorie et hallucination
La nalorphine, le narcau et la pentazocine sont des antagonistes sĂ©lectifs de ces effets. Or lâinhibition de la douleur que provoque la morphine est analogue pour une part Ă celle que provoque l’irritation de la zone qui entoure l’aqueduc qui rĂ©unit les III et IV ventricule dans le tronc cĂ©rĂ©bral.
Depuis dix ans, on a isolé des récepteurs morphiniques absents chez les invertébrés, présents dans le systÚme nerveux de tous les vertébrés étudiés par fluorescence. Les récepteurs sont dans la zone péri-aqueducale, la région médiane du thalamus, le systÚme limbique mais également (les IX et X area postreina infundibulum hypothalamique et striatum).
On a alors postulĂ© l’existence de substances endogĂšnes capables de se fixer en ces sites et ces substances ont Ă©tĂ© identifiĂ©es puis dĂ©nommĂ©es ENDORPHINES. Il en existe trois principaux groupes :
Le premier est dérivé de la fragmentation de la PRO-OPIO-MELANO-CORTINE qui est située dans la zone diencéphalique. Elle donne la 16.K.ACTH, la B. LPH.

Le second est dénommé ENKEPHALINES.

Ces enkĂ©phalines sont prĂ©sentes dans le striatum, les substances gĂ©latineuses de Rolando de la corne dorsale de la moelle, la substance pĂ©ri-aqueducale et coexistent avec l’adrĂ©naline, la noradrĂ©naline. Aucune voie longue mais mĂ©diateur de voie Ă axone court dans une mĂȘme structure :
Voie hypothalamo-hypophysaire
Noyau – caudi – Pallidum
Le 3Úme groupe est fait de composés encore indécis :
- Endorphine du LCR et urine
- opiate like pronase
- anodynine
- kyotorphine
La question du rĂŽle de ces substances dans la douleur et l’analgĂ©sie reste posĂ©e :
- Elles ont Ă©tĂ© initialement considĂ©rĂ©es comme les mĂ©diateurs de l’analgĂ©sie dans un systĂšme rĂ©gulateur interne ou neurone du fait d’une bonne corrĂ©lation entre les structures du neurone et la concentration en enkĂ©phaline et rĂ©cepteurs opiacĂ©s.
- L’utilisation de naloxone permettra peut-ĂȘtre de prĂ©ciser le mode d’action.
Un rĂŽle dans la perception douloureuse reste probable, aprĂšs de grands efforts, mais doit encore ĂȘtre prĂ©cisĂ©.
4 – Des schĂ©mas comparables sont maintenant utilisĂ©s pour l’explication des comportements.
C’est avec la plus grande prudence qu’il faut les adopter et j’espĂšre vous avoir montrĂ© combien la rĂ©gulation des activitĂ©s des neuromĂ©diateurs Ă©tait complexe.
Nous venons de voir combien veille et sommeil Ă©taient difficiles Ă comprendre, combien la douleur et l’analgĂ©sie Ă©taient dĂ©licates Ă schĂ©matiser. Il en est de mĂȘme pour le fonctionnement des viscĂšres, le comportement alimentaire, la rĂ©gulation thermique, la pulsion sexuelle.
L’Ă©tude des troubles mentaux participe du mĂȘme courant de recherches. On a notĂ© que certaines endorphines pouvaient agir de façon intĂ©ressante dans les schizophrĂ©nies en phase aiguĂ«.
Au cours des états dépressifs, on a rapporté des données contradictoires qui restent encore hypothÚses :
- déficience en noradrénaline,
- effets anti-maniaque de la sérotonine,
- déficience en sérotonine dans la dépression.
Un déséquilibre de ces deux systÚmes est évoqué.
L’ensemble tĂ©moigne comme les travaux de MENDEL Ă Strasbourg, de lâĂ©cole de GLOWINSKI au CollĂšge de France de l’intĂ©rĂȘt de la neurochimie dans l’Ă©tude des maladies mentales, considĂ©rĂ©es dans leur aspect de troubles fonctionnels d’un systĂšme biochimique.
5 – Le comportement alimentaire pourrait avoir une rĂ©gie assurĂ©e par des mĂ©diateurs.
- L’agressivitĂ© et les fantasmes,
- Les sentiments, les instincts, l’orgasme,
- La mĂ©moire et l’oubli,
- L’attention,
- La création intellectuelle,
- L’invention d’instrument.
Tout peut s’exprimer en circuits inter-neuronaux, en mĂ©diateur si l’on adopte la symbolique Ă©lectricienne ou biochimique. Mais quelle effarante complexitĂ©.
Du neurone de la souris Ă lâimagination poĂ©tique ou aux affres de lâamour, rien de plus, nous dirait-on, qu’un accroissement de complexitĂ© du rĂ©seau des neurones. De lĂ Ă fabriquer comme le croyait la Mettrie des machines Ă penser, il n’y a quâun problĂšme de cĂąblage. J’avoue ĂȘtre emportĂ© par l’enthousiasme des neurophysiologistes. Ils ont tout Ă©lucidĂ©, comme les chimistes nous expliquant que nous sommes faits dâun peu dâeau, de carbone, d’oxygĂšne et d’azote avec quelques molĂ©cules supplĂ©mentaires.
Mais oĂč est le souffle Ă©trange qui guide infailliblement Ă tire d’aile les sarcelles en route vers le soleil de leurs amours et celui qui diversifie le nĂ©vraxe de l’homme entre celui du calmar et de lâĂ©lĂ©phant.
On Ă©crivait au dĂ©but du siĂšcle « entre la physicochimie et le bon Dieu, le transformisme et l’animisme, titube le biologiste, chargĂ© de faits et de tendances contradictoires ».
Cette brĂšve incursion dans le monde captivant du nĂ©vraxe, des hormones et des neuromĂ©diateurs nous a permis de dĂ©couvrir la tĂ©nacitĂ© avec laquelle un labeur continu, souvent aride, a permis d’Ă©difier un systĂšme cohĂ©rent, fondĂ© sur la mĂ©decine expĂ©rimentale en quĂȘte d’hypothĂšses Ă©ternellement provisoires, pluridisciplinaires allant du langage la microchimie.
JâespĂšre vous avoir montrĂ© combien cette dĂ©marche a Ă©tĂ© Ă©clairante. Le nĂ©vraxe est lâun de ces lieux oĂč se rencontrent de façon harmonieuse le signe, la structure et la fonction. L’on s’Ă©loigne alors du dualisme corps esprit, matiĂšre mĂ©moire pour dĂ©couvrir qu’Ă chaque sensation, Ă chaque action, correspond une innombrable kyrielle de symboles exprimĂ©s dans le langage de lâobservateur, neurophysiologiste, psychiatre, biochimiste, Ă©lectronicien, qui cernent le rĂ©el sans en attendre lâessence. Le nĂ©vraxe est capable d’apprendre, de comprendre et transmettre, aucune autre structure n’en est capable dans le corps. Il est le systĂšme qui assure l’interprĂ©tation, l’adaptation, l’identitĂ©. Il veille au maintien des Ă©quilibres vasculaires, respiratoires. C’est par lui que se feront la rencontre avec le monde extĂ©rieur et la dĂ©couverte de « espaces du dedans » chers Ă Henri MICHAUX.
J’y trouve pour ma part la puissance de l’esprit qui nous traverse au fil des gĂ©nĂ©rations, des espĂšces animales et des Ăąges. Cet « opĂ©ron » organise la force de lâhomme, gĂ©rant du monde mais porte aussi la prĂ©caritĂ© de la tendresse des hommes et de leurs rĂȘves.
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