Thèmes: Economie, Histoire, Société
Conférence du 12 mai 2026
Par Monsieur Joël COYER, membre de la Commission de programmation du CDI.
INTRODUCTION
La Banque de France a été créée en 1800 à l’instigation de quelques banquiers sur le modèle de la Banque d’Angleterre. Elle reste un établissement privé jusqu’au 31 décembre 1945, date à laquelle Charles de Gaulle la nationalise.
L’or de la Banque de France est la garantie de la valeur monétaire de la nation. Dans les années 1930 ce sont 2400 tonnes d’or qui sont gardées dans un souterrain à Paris, surnommé « la souterraine », sous le siège social, au 1, rue La Vrillière. Dès 1933, la Banque de France va s’ingénier à protéger avec ténacité et une grande intelligence cet or. Ce sera un long périple semé de difficultés.

I Situation avant la guerre.
En 1923 l’Allemagne se déclare dans l’impossibilité de payer les réparations de guerre précipitant la chute du franc. En 1928, le franc est dévalué de 80% bien qu’à ce moment les réserves de la Banque de France soient de 4900 tonnes, un niveau qui ne sera plus jamais atteint.
La crise de 1929 va accélérer un mouvement négatif pour la France. En 1934 et 1936, l’Italie, la Belgique et la Pologne dévaluent leur monnaie, la France s’y refuse, les réserves d’or passent à 2950 tonnes. Finalement la France abandonne sa référence à l’étalon or en 1936. A la veille de la guerre, la réserve d’or est de 2400 tonnes et la Banque de France en est la seule gardienne.
Dès l’arrivée au pouvoir de Hitler en janvier 1933, la Banque de France fait évacuer l’or des succursales situées près de la frontière allemande. Les lingots sont stockés vers le centre et le nord-ouest du pays.
En mai 1934 un second plan est mis en place qui prévoit de maintenir l’or dans une distance inférieure à 300 km des ports maritimes. Le plan prévoit le stockage des lingots dans les succursales de Caen, Saint-Malo et Montpellier notamment. Les déplacements sont assurés par les compagnies de chemin de fer, l’armée, la police, et de la gendarmerie. Ainsi, en 1936, la première partie du plan d’évacuation a été réalisée sans problème.
Une partie de l’or est toutefois conservée à Paris afin d’éviter toute panique financière lors d’une éventuelle déclaration de guerre. Ceci est risqué car la Banque de France ne dispose que de cinq camions et chacun d’eux ne peut transporter que cinq tonnes d’or.
En 1938, avec l’annexion de l’Autriche par Hitler, la tension diplomatique monte et le gouverneur de la Banque de France prend la décision d’évacuer une grande partie de l’or de Paris ce qui sera fait grâce à 160 wagons et 396 camions. Cette sécurisation se fait dans le plus grand ordre et fin 1938, la presque totalité de l’or est à l’abri en province.
II Situation pendant et après la guerre.
Le 1er septembre 1939, l’Allemagne attaque la Pologne et le 3, la France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre à l’Allemagne.
La Pologne craignant que ses 300 tonnes d’or ne tombent dans les mains des Allemands, fait acheminer les caisses de lingots vers le port roumain de Constantza où un pétrolier britannique les ramènent en Angleterre. C’est la première évacuation massive d’or réussie.
En France entre l’entrée en guerre et le 10 mai 1940, date de l’offensive allemande, l’or de la Banque de France reste dans les succursales non loin des ports. Anticipant toujours le pire, les dirigeants de la Banque de France, décident dès le 14 septembre l’envoi d’une partie de l’or vers Marseille puis Beyrouth.



Deux navires assurent ce transfert dont l’Emile Bertin, un croiseur léger de la Marine Nationale, qui effectuera plusieurs missions.

Aux Etats-Unis, la loi « Cash and Carry » permet l’achat d’armes des pays en guerre mais le paiement doit être effectué en or. Dès octobre 1939 la France prépare un envoi de 100 tonnes d’or pour l’achat d’armes. L’acheminement vers Toulon de plusieurs convois entraîne des incidents : curiosité des habitants, zèle de certains gendarmes. Les mêmes difficultés ont lieu lors de l’acheminement vers Brest. L’organisation de ces convois réduit fortement la possibilité pour la Banque de France de mettre à l’abri les tonnes d’or qui étaient restées dans les réserves de Paris dont les moyens de transports sont utilisés pour les convois.
En septembre la Belgique elle aussi se sentant en danger, demande à la France de protéger son or. Cet or belge sera stocké dans les caves de Libourne et Bordeaux.
Deux villes sont très importantes pour la protection et l’évacuation de l’or : Bordeaux et Brest. Cependant, à Brest après le 20 mai 1940 et l’avancée très rapide des troupes allemandes dans tout le nord de la France, la concentration de l’or est beaucoup plus difficile car les voies de communications sont désorganisées. De nombreuses anecdotes jalonnent le transport des caisses d’or des succursales vers Brest. Par ailleurs, le nombre de navires disponibles est rapidement insuffisant. Ce qui se passe à Brest se reproduit de la même façon à Bordeaux.
En dépit de ces incidents, plusieurs bateaux partiront vers l’Afrique du Nord et vers Halifax au Canada.

Le 14 juin 1940 les Allemands entrent à Paris, un nouveau convoi maritime est organisé. Il comprend cinq navires : La ville d’Oran, La ville d’Alger, l’El Djezaïr, l’El Mansour et l’El Kantara. Ce même jour, une délégation allemande se présente au siège de la Banque de France à Paris et constate que les coffres sont vides.
A Brest tout l’or n’a pu être expédié et en toute urgence avec l’aide de véhicules civils (taxis et même de nettoyage public) on achemine les caisses d’or vers deux points de chargement dans le port. Mais ce 16 juin, le Maréchal Pétain demande l’armistice, faisant fi de cette nouvelle donnée, le chargement de l’or se poursuit alors que les Allemands bombardent le port. Finalement cinq bateaux partent vers l’Afrique du Nord, Casablanca dans un premier temps puis vers Dakar.
Toutes ces tonnes d’or attirent les convoitises, c’est ainsi qu’afin de protéger au maximum ses réserves d’or les dirigeants de la Banque de France font amener l’or de Casablanca à Dakar puis à Kayes à l’intérieur des terres, et de Halifax à Fort de France.

Sous la menace allemande et l’argument que la Belgique fait désormais partie du Reich, la France remet 200 tonnes d’or confiées par la Belgique à l’Allemagne. Cet or sera restitué plus tard par la France sur ses propres réserves, les Allemands ayant dépensé l’or initial dans de l’armement.
La période de la Libération ne sera guère facile pour la Banque de France. Après les Allemands qui dépouillent autant qu’ils peuvent le faire, et les miliciens, ce sont certains pseudos libérateurs qui attaquent les comptoirs comme celui d’Albi le 1er août 1944. Ces vols ont lieu dans un climat de grande tension, et les produits volés ne seront jamais retrouvés.
CONCLUSION
C’est en 1946 que l’or de la Banque de France va revenir pour retrouver son refuge de la souterraine à Paris. Dans l’attente du plan Marshall en 1948, c’est cet or qui va servir pour la reconstruction de la France. En dépit de si nombreux déplacements seul un lot estimé à 20 millions de francs, va disparaître.
Quelques chiffres :

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