TROMPES DE CHASSE, TROMPES D’ORCHESTRE

Thèmes: Art, Musique, Société                                                                                                                             Conférence du 9 novembre 2021

TROMPES DE CHASSE, TROMPES D’ORCHESTRE

Par Monsieur Yannick BUREAU, Facteur de trompes Périnet, directeur de l’Académie Périnet, sonneur de trompe de vénerie, membre d’Electromp.

INTRODUCTION

La trompe est un instrument surtout connu pour la chasse mais on la trouve aussi au sein d’orchestres. Ainsi on peut écouter la trompe dans un groupe musical comme Electromp qui interprète avec bonheur de célèbres morceaux de jazz.

L’ancêtre de la trompe moderne est la corne de chasse. Sous Louis XIV l’instrument se modernise mais il reste encombrant et ne peut être sonné en chevauchant. L’instrument connaîtra plusieurs évolutions essentiellement grâce au Marquis de Dampierre dans les années 1720 puis à Raoux et Périnet au début du XIXe siècle. En 2020 l’art des sonneurs de trompe, une technique instrumentale liée au chant, à la maîtrise du souffle, au vibrato, à la résonance des lieux et à la convivialité est reconnu comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO.

I – Histoire de la trompe.

Au Moyen-Age le cor (on ne parlait pas alors de trompe) servait à corner guerre comme à corner menée à la chasse. L’instrument était simple, la plupart du temps un tube évasé légèrement cintré, d’une vingtaine à une quarantaine de centimètres de longueur en moyenne. Ils étaient faits en toute sorte de matière : métal, bois, corne, cuir bouilli etc. On variait les sons uniquement avec des mots (notes) courts ou des mots longs. On trouve les différentes significations de ce « code » dans l’ouvrage de Gaston de Phoebus datant du XIVe siècle, intitulé « Le livre de la chasse ».

Sous Louis XIV apparaît la trompe à un tour et demi. Un premier modèle date de 1680 et sera utilisé par la Vénerie du Roi. En 1689 un second modèle fait son apparition. Ce dernier présente quelques modifications notamment la suppression du manchon et l’embouchure n’est plus soudée, elle devient mobile. Mais la trompe reste un instrument imposant et peu adapté au transport par un cavalier lors de la chasse. C’est pourquoi les sonneurs de trompes se postaient aux carrefours et annonçaient surtout le passage du Roi bien que le rôle essentiel des sonneries de chasse soit de permettre aux veneurs de communiquer entre eux et avec les chiens.

Sous Louis XV, le Marquis de Dampierre, affecté à la Vénerie du Roi en tant que maître de vénerie, modifie substantiellement l’instrument. Le nouveau modèle de 1729 comporte deux tours et demi et le diamètre passe à soixante centimètres. Cette trompe lancée l’année de la naissance du Dauphin sera appelée Trompe dauphine, en 1831. Cette trompe plus facile à utiliser fait son apparition dans les salons et elle apparaît dans des morceaux de menuet, de polka etc. L’instrument passe dans les œuvres des compositeurs de Cour notamment celles de Jean-Baptiste Morin ou Jean-Joseph Mouret. Le Marquis de Dampierre quant à lui écrit quelque six mille fanfares qui constituent un patrimoine musical exceptionnel. Il compose notamment « La Royale ». [Mr Bureau nous interprète ce morceau].

La Révolution française de 1789 fait disparaître les équipages de chasse à courre et avec eux la pratique de la trompe mais cette éclipse est de courte durée. Le Premier Empire et plus tard la Restauration amènent un véritable engouement pour l’instrument. D’autant plus qu’en 1817 était apparue la trompe à trois tours et demi créée par Maurice Raoux et connue comme trompe d’Orléans car Louis-Philippe Ier, Duc d’Orléans en commanda cinquante à la maison Périnet. Le pavillon de cette trompe sera perfectionné par Etienne-François Périnet qui travailla avec Raoux. La trompe d’Orléans est toujours utilisée de nos jours. Grâce au nouveau pavillon de Périnet, la trompe offre une nouvelle puissance et une grande qualité de timbre sans nuire aux autres caractéristiques de l’instrument. C’est aussi l’époque où se constituent les premières sociétés de trompes et où l’on commence à sonner en groupe car auparavant on sonnait seul ou à deux trompes.

Au XIXe siècle deux utilisations de la trompe se développent : l’usage de la trompe pour la vénerie et dans les fêtes et manifestations populaires. Cet engouement s’explique du fait que c’est un instrument peu onéreux et relativement facile à apprendre car il ne comporte ni piston ni coulisse. On peut parler de trompe musicale et de trompe de vénerie.

A partir du début du XXe siècle on utilise le son dit bouché pour interpréter certaines œuvres. [Mr Bureau nous interprète l’Ave Maria de Schubert avec cette technique].

En 1928 se crée une fédération, la Fédération Internationale des Trompes de France (FITF). La FITF regroupe les sonneurs par catégorie et organise régulièrement des concours dont le championnat de France. La fédération a également un rôle formateur. En 2014 la FITF comptait 2400 adhérents et regroupait 464 groupes de trompe.

De nos jours, la trompe n’est plus exclusivement liée à la vénerie et les groupes et sociétés de trompe se produisent lors de manifestations telles que les fêtes de la chasse et de la nature, les manifestations hippiques, la fête de la Musique ou des kermesses. On ne doit pas omettre le rôle des sonneurs de trompe lors des messes de Saint-Hubert (le 3 novembre) où sont interprétés des morceaux spécifiques en honneur du patron des chasseurs.

II – Fabrication d’une trompe.

La trompe est formée de plusieurs tubes assemblés, totalisant une longueur de 4,54 mètres. Cette longueur détermine la tonalité qui reste fixe. Le diamètre du tube va grossissant depuis la branche d’embouchure jusqu’au pavillon. Cette progression est régulière jusqu’au tube de pavillon où elle s’accentue.

Les meilleures trompes ont un pavillon chaudronné, c’est à dire longuement martelé, ce qui durcit le métal et donne du timbre. La guirlande, qui cercle le bord du pavillon, n’a pas qu’une fonction décorative. Non pas soudée mais simplement sertie, elle augmente la rigidité et freine la tendance du pavillon à vibrer à sa propre fréquence ce qui brouillerait le timbre.

Une bonne trompe est celle qui donne le meilleur son sans demander d’efforts exagérés. On ne peut pas obtenir de bons résultats sans une bonne adéquation entre la trompe et l’embouchure. Au contraire, le poids de la trompe dépend de l’épaisseur du métal et n’a guère d’incidence. Cependant, à cheval le poids est important.

Le métal utilisé pour faire une trompe est le laiton, un alliage de cuivre et de zinc, qui est une matière facile à mettre en forme et qui favorise la propagation des fréquences sonores. Son choix est donc primordial.

Le pavillon est réalisé selon deux procédés, le repoussage ou le chaudronnage qui permet à l’instrument de gagner en finesse de son et en richesse harmonique. La dernière étape est le planage qui rend la surface parfaitement lisse.

Quant aux tubes, ils sont choisis en fonction de leur diamètre et travaillés sur un banc à étirer. La branche d’embouchure fait l’objet d’un soin particulier car elle joue un rôle essentiel : c’est elle qui reçoit le souffle et l’accélère pour donner naissance au son.

Une fois préparés, les tubes sont cintrés sur des gabarits appropriés. Traditionnellement, on coulait du plomb à l’intérieur pour pouvoir les courber sans provoquer d’écrasements ou de fissures. Une fois l’opération terminée, le plomb était évacué par fusion, mais en laissant parfois des résidus indésirables. Il est aujourd’hui remplacé par de la glace, une solution qui garde l’intérieur du tube parfaitement net.

Comme on peut le voir malgré son apparente simplicité, la trompe fait appel pour sa fabrication à des savoir-faire complexes qui allient aujourd’hui les acquis de la technologie moderne à une expérience artisanale irremplaçable.

CONCLUSION    

Bien que très liée à la vénerie, la trompe est de nos jours un instrument festif qui trouve sa place dans diverses fêtes comme la fête de la musique en juin, lors de concerts associé parfois à l’orgue ou au piano, au Carnaval de Paris à la mi-Carême ou le jour de Saint-Hubert. Par ailleurs certains sonneurs innovent en interprétant des succès internationaux comme c’est le cas du groupe Electromp [Mr Bureau nous fait écouter quelques extraits]. On trouve aussi des sonneurs de trompe en Belgique, en Allemagne et en Italie mais la France regroupe 80% des sonneurs.

Sur le site de la maison Périnet on peut lire une très belle conclusion : « Avec un souffle maîtrisé et une bonne trompe, sonner ne représente plus un effort difficile mais tout simplement un plaisir ».

 

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