Thèmes : Histoire, Littérature, Sculpture, Sortie-Visite.
Visite du mercredi 29 avril 1981.
Mercredi 29 Avril, malgré le temps maussade, quatre-vingt-sept membres du Cercle de Documentation et d’Information ont visité Port-Royal, le Château de Dampierre et le site de Senlisse.
PORT-ROYAL.
Vue d’ensemble du site (fig. 1).
- Un groupe, au haut de la côte, a emprunté le chemin B et s’est rendu aux Granges de Port-Royal ; il a visité le château des Granges, aujourd’hui musée national, où les « Petites Écoles » ont été fréquentées par RACINE et PASCAL.
- Un groupe (dont je faisais partie) a descendu la côte, vers la vallée du Rhodon, a pris le chemin A pour aboutir à l’emplacement même de l’Abbaye. La pente est raide entre l’Abbaye et les Granges et nous n’avons pu passer de ‘une à l’autre.
Le présent compte rendu est pour la visite de l’Abbaye.
Nous avons laissé à droite la route qui accède au Musée National des Granges de Port-Royal pour descendre dans le vallon du Rhodon et accéder ainsi au mauvais chemin qui mène à l’ancienne Abbaye. Sur la gauche du chemin, une croix marque l’emplacement de la Solitude où les religieuses venaient travailler et prier. La maison du gardien (et guide) faisait partie du moulin du monastère. Sur sa façade, un cadran solaire de 1720, avec la devise « latet ultima », et la date de la construction de la maison : 1829. Au passage nous remarquons le Colombier (fig. 2).
fig. 2. Le Colombier de Port-Royal des Champs.
On pouvait y élever plus de 20000 pigeons.
Nous avons suivi le guide dans une prairie carrée, qui était le cloître des religieuses. Une allée d’arbres indique l’emplacement des bâtiments détruits. Au centre, se dresse une croix de fer qui marque l’ancien cimetière des Cisterciennes.
Ce vallon, autrefois appelé Porrois, eut d’abord une chapelle dédiée à Saint-Laurent. La bulle de la fondation, en latin, traduisit inexactement Porrois en « De Portu Regio » qui, en français, devint Port-Royal.
En 1602, Antoine Arnauld, avocat au Parlement de Paris, fit nommer sa fille, alors âgée de 11 ans, abbesse de Port-Royal, sous le nom de Mère Angélique.
A 17 ans, elle réforma sa maison et y installa l’austère règle de Saint-Bernard. La renommée de l’abbaye attira des femmes d’élite : les propres sœurs de Mère Angélique, la tante de Racine, la sœur de Pascal, la fille du peintre Philippe Champaigne. En 1625, le monastère se transporta à Paris pour cause d’insalubrité des bâtiments, appelés dès lors Port-Royal des Champs.
En 1636, DU VERGIER de HAURANNE, abbé de ST CYRAN, ami intime de JANSENIUS, devint le directeur spirituel de Mère Angélique et entraîna Port-Royal dans le mouvement janséniste.
Durant l’absence des religieuses, des hommes remarquables, tous disciples de Saint-Cyran, vinrent y vivre dans la prière et la solitude. Ils se consacrèrent à l’éducation de la jeunesse dans les « Petites Écoles » de Port-Royal.
En 1648, les religieuses revinrent et les « solitaires », ainsi les nommait-on, allèrent s’installer aux « Granges ».
Parmi ces hommes, les plus célèbres furent Antoine ARNAULD, Arnauld d’ANDILLY, Pierre NICOLE, LANCELOT, Jean HAMON et PASCAL dont le livre les « Provinciales » apporta un grand soutien au jansénisme dans sa lutte contre les jésuites.
RACINE vint y achever ses humanités (de 16 à 19 ans).
(En 1660, sous la pression des jésuites, les « Petites Écoles » furent fermées définitivement ; en 1677, les solitaires devaient choisir entre l’exil ou la Bastille. Seul M. HAMON y resta jusqu’à la fin de sa vie, en 1687).
Cette querelle se prolongea jusqu’au début du dix-huitième siècle ; Louis XIV, sous l’influence des Jésuites, persécuta les religieuses et en 1705, il ne restait que 25 religieuses dont la plus jeune avait 60 ans.
Le 29 Octobre 1709, un lieutenant de police accompagné de 300 mousquetaires vint les expulser et les conduire dans différents couvents.
L’année suivante, les bâtiments furent rasés, les sépultures violées et les ossements, les plus superficiels dans le remblayage apporté par les « solitaires », transportés dans le cimetière de Saint-Lambert dans une fosse commune.
En 1825, le domaine fut racheté par Louis Silvy qui conserva ce qui restait de l’abbaye.
Actuellement, le domaine appartient à la Société des Amis de Port-Royal ; c’est donc un domaine privé.
Nous sommes arrivés ensuite devant les quelques colonnettes qui subsistent du mur sud de la nef. A la place du chœur, on a construit en 1891 un musée oratoire. Dans les anciens bras du transept, les bustes de PASCAL et de RACINE.
Dans cette chapelle-musée se trouvent deux bibliothèques remplies d’ouvrages relatifs aux Solitaires et au jansénisme.
La lumière est filtrée par des vitraux représentant des personnalités qui ont marqué la vie de Port-Royal.
Des copies de portraits exécutés par Philippe de CHAMPAIGNE ornent les murs. Ils représentent soit des religieuses, soit des Solitaires.
Sur les murs également, des scènes de la vie religieuse de Port-Royal, reproductions de gouache de Madeleine BOULLONGUE. Nous avons pu voir un moulage de masque de PASCAL et un masque en cire de Angélique.
Dans des vitrines, de nombreuses lettres, parmi lesquelles le testament de RACINE ; une maquette en bois permet d’imaginer la disposition des bâtiments qui constituaient le monastère.
CHÂTEAU DE DAMPIERRE.
Notre seconde étape a été le Château de Dampierre.
L’arrivée sur Dampierre a permis une vue d’ensemble du Château.
C’est une construction de briques et de pierres avec un corps de logis principal, encadré de deux ailes et flanqué de deux tourelles. Dans la simplicité de sa façade, le château respire le calme et l’équilibre.
Ce château appartient au Duc de Luynes.
Édifié en 1535, il a été agrandi et embelli par le cardinal de LORRAINE. En 1655, il appartint à la duchesse de CHEVREUSE qui le céda à son fils Charles Honoré d’Albert de LUYNES, gendre de COLBERT, qui fit réédifier Dampierre sur les dessins d’HARDOUIN-MANSART.
DUBAN restaura le château en 1840.
Une guide nous a fait pénétrer dans le château dont la richesse de la décoration et du mobilier contraste singulièrement avec la sobriété de l’architecture.
Le vestibule où nous sommes arrivés était orné d’une magnifique statue « PENELOPE » de CAVALIER.
Puis nous sommes entrés dans le salon d’entrée. Le mobilier et le lustre étaient Louis XIV ; les dessus de porte étaient des vernis de MARTIN. Un tableau représentait le cardinal de LUYNES par VAN LOO et deux pastels étaient signés par Madame VALLET DE BISSON.
La pièce suivante était le grand salon. Il s’agissait d’un magnifique salon rouge et blanc, avec de très belles boiseries style Régence ; un buste de Louis cadeau de Marie LECZINSKA, exécuté par LEMOINE ornait le grand salon.
La chambre de Marie LECZINSKA était décorée par le portrait du Duc de CHEVREUSE, de HAVED et de la Duchesse de CHEVREUSE, de NATTIER.
Dans l’alcôve, se trouvait une gouache de LEBRUN et un tableau représentait la Princesse de NEUFCHATEL peint par RIGAUD. Le mobilier était Louis XVI et les dessus de porte de BOUCHER.
Ensuite, le petit salon contenait des œuvres de RIGAUD et de DROUAIS et deux pastels de QUENTIN DE LA TOUR.
Quatre dessus de portes étaient de Joseph VERNET.
Le salon Louis XIII qui suivit était dédié à ce roi.
Une statue de celui -ci adolescent, de RUDE, est un vrai chef d’œuvre en argent massif.
Le salon était tendu de soie brodée de fleurs de lys d’or et le plafond en bois sculpté et doré.
La salle à manger, en noyer naturel, avait des boiseries Louis XIV. Un cartel, cadeau de Louis XV et deux portraits attribués à VAN DYCK et Philippe de CHAMPAIGNE ornaient la pièce.
Les fenêtres donnaient sur les jardins du château et les volets étaient recouverts de glaces.
Un escalier, dont le plafond était de GLAIZE et les grisailles de PICOT, nous a menés au premier étage.
La première salle rencontrée était la Salle de MINERVE.
La décoration, de style pompéien et grec, était empruntée à celle de la villa Médicis.
Un grand panneau d’INGRES représentait l’Age d’Or, avec, en face, une esquisse du même artiste : l’Age de Fer.
On pouvait y admirer des Grisailles d’Hippolyte FLANDRIN et des paysages de son frère, Paul FLANDRIN.
Une statue de Minerve, par SIMART, était une reproduction réduite au quart de l’Athena Parthenos de PHIDIAS.
A droite la Galatée de GIROGET et au centre un bronze de CLAUDION complétaient la pièce.
Sur un chevalet, un tableau de Mademoiselle de LAVALIERE.
Dans l’antichambre du roi, une statue représentait l’Innocence d’EPINAY ; il y avait en outre une peinture d’Horace VERNET.
Dans la chambre du roi, le mobilier comprenait un bureau et une commode de JASMIN avec des sièges de FOLLIOT. Les dessus de porte étaient des vernis MARTIN et des portraits de FREDOV et NATTIER achevaient la décoration.
Nous avons traversé rapidement le salon du roi où se trouvaient des peintures de MOSNIER, ainsi que le salon qui suivait. Dans celui -ci de très beaux meubles Boulle, ainsi que des toiles : « rendez-vous de chasse » par MONTPEZAT et des portraits de famille du XVIIIème siècle. Les dessus de porte étaient de HUET.
Notre dernière visite a été pour la chapelle. Son plafond représentait l’Assomption peint par LESUEUR.
Deux toiles provenaient de l’atelier de POUSSIN.
Sur le mur, un Christ en ivoire, de BOUCHARDON, accompagné de statues de bois sculptées par FROMENTIER. Les boiseries de chêne étaient également de FROMENTIER.
Les visiteurs sont allés ensuite faire un tour dans le parc du château qui a été dessiné par LENOTRE ; il est traversé par l’Yvette.
Puis le car nous a conduit à Senlisse ; mais en raison de l’heure tardive, nous n’avons pas pu nous y attarder, d’autant plus que le château est en rénovation.
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