Influences de l’Islam dans les pays en voie de développement

Thèmes : civilisation, histoire, société.
Conférence du mardi 10 Novembre 1987.

 

Le 10 novembre 1987, Anne-Marie Doray, docteur en archéologie orientale, diplômée de l’école biblique de Jérusalem, guide conférencière au Proche-Orient, nous a parlé de l’islam et de son influence dans les pays en voie de développement.

 

QUELQUES CHIFFRES :

1 milliard de musulmans dans le monde répartis dans 75 pays.

  • Sous-continent Indien : 270 millions de musulmans
  • Afrique : 279 millions de musulmans
  • Sud-Est asiatique + Asie : 220 millions de musulmans
  • Pays arabes : 110 millions de musulmans
  • Moyen-Orient : 104 millions de musulmans
  • Europe : 23,5 millions de musulmans
  • Amérique : 6 millions de musulmans
  • France : 1,16% de la population est musulmane
  • U.S.A. : 1,4% de la population est musulmane
  • U.R.S.S. : 24% de la population sera musulmane en l’an 2000.

L’Islam recouvre en grande partie les pays en voie de développement.

Le taux de natalité dans ces pays est de 4 à 5% alors que certains pays industrialisés ont un taux de 1 à 1,4% (cf. conférence de Monsieur Chaunu).

1/5 des 3 continents est peuplé de musulmans dont :

  • 90% sont sunnites,
  • 10% sont chi’ites (cf. conférence de Monsieur Marquant).

 

RAPPEL DE QUELQUES PRINCIPES ISLAMIQUES.

Les sources de la loi qui régit le monde islamique sont :

1. Coran : c’est la référence essentielle de tout le système juridique mais qui ne comprend aucune sanction pénale.

2. Sunna : c’est l’ensemble des hadiths, c’est-à-dire l’ensemble des faits et gestes du prophète rapportés par ses compagnons.

3. Idjima : c’est le consensus, c’est -à-dire l’accord de la communauté. Il comprend des théologiens et des juristes qui statuent au niveau d’une ethnie, sur les besoins de la communauté.

4. Quivas : c’est le raisonnement par analogie. Le Coran et la Sunna ne disent pas tout, parfois il manque des éléments de référence. On cherche donc dans le Coran ou la Sunna l’évènement qui ressemble plus à celui que l’on veut traiter et l’on essaye d’en déduire, par un raisonnement analogique, les solutions que l’on cherche.

5. Ray : c’est l’opinion personnelle.

6. Urf : c’est la coutume inhérente à chaque région, à chaque pays.

 

L’Islam a développé au 8e et 9e siècles 4 écoles juridiques qui utilisent ces sources de la loi :

1. le Hanbalisme que l’on trouve uniquement en Arabie Saoudite et qui ne s’appuie que sur l’étude du Coran et de la Sunna.

2. le Shafaisme en Basse Égypte, Moyen-Orient, Indonésie, qui utilise le Coran, la Sunna et le Quiyas.

3. le Malikisme en Afrique du Nord, Soudan, Égypte, qui utilise le Coran, la Sunna, le Idjima, le Ra’y, l’Urf.

4. le Hanafisme en Inde, Chine et U.R.S.S. qui s’appuie sur les 51 premiers points.

 

L’ISLAM ET LE POUVOIR.

Le pouvoir appartient à Dieu seul. Il n’appartient en aucun cas à une lignée, ni à une oligarchie, ni à une catégorie sociale ou religieuse.

Il est confié à un substitut que l’on nomme en général calife et qui le gère pour le bien de la communauté.

Le pouvoir repose sur 3 principes :

  • la consultation du Coran et de la Sunna,
  • la finalité : le pouvoir est uniquement réalisé pour l’épanouissement individuel et communautaire d’une population, sur le plan matériel et spirituel.
  • l’effort que doit fournir une population sur le plan matériel et spirituel pour arriver à ses fins.

Bien entendu, c’est la conception du pouvoir sur le plan théorique, tel qu’il est promu dans le Coran. Seulement la réalité est une image déformée de cet enseignement et c’est une des raisons pour lesquelles aujourd’hui nous nous représentons l’Islam comme un mouvement retardataire, réfractaire aux nouveautés, inadapté au contexte actuel. Pourtant, l’Islam n’exclut jamais le développement économique mais celui-ci doit être mis au service de la société et de la religion, c’est-à-dire être considéré comme un moyen et non un but de même que le pouvoir. Le développement suppose une redistribution permanente et équitable des biens.

L’Islam est en principe très dur pour ceux qui profitent de leur richesse pour en faire un instrument d’exploitation. Le prêt usuraire, par exemple, est interdit.

L’Islam est à la fois :

  • le temporel : Duniya.
  • le spirituel : Din.

L’Islam c’est « salam » (salamalec : salàm’alaîk : la paix soit avec toi), la paix qui se dégage de l’esprit et envahit le cœur. Tout doit se faire dans un engagement total de la foi musulmane.

C’est pour cela qu’on ne peut concevoir de système politique, économique, culturel sans l’engagement dans la foi musulmane.

 

L’ISLAM EST-IL RÉFRACTAIRE AU PROGRÈS SCIENTIFIQUE ?

Un hadith dit : « Demandez la science du berceau au tombeau » et lorsque l’archange Gabriel s’adresse à Mahomet, il lui dit : « Lis ». Il y a là une culture essentielle avant de recevoir le message.

L’éducation est la pierre angulaire de l’Islam.

Un compagnon de Mahomet un jour lui demande : « Serait-ce plus méritoire de s’adonner à la science que de lire le Coran ? »

Mahomet répondit : « Mais le Coran pourrait-il servir sans la science ? Un seul mot de la science a plus de valeur que la récitation de 100 prières, tout comme les bienfaits de la science sont supérieurs à ceux de la dévotion, car au jour de la résurrection seront mesurés l’encre employée par les savants et le sang répandu par les martyrs. L’une n’aura pas la préférence sur l’autre ».

 

VRAIE GRANDEUR DE L’ISLAM : ÉDUCATION ET SCIENCE.

La vraie grandeur de l’Islam ne fut pas celle de ses conquêtes, mais bien celle de l’éducation et de la science.

Après le déclin de la civilisation gréco-romaine et l’oubli des connaissances des peuples du « Croissant fertile », des cercles éducatifs ouverts à chacun se sont créés dans les mosquées autour des maîtres. C’étaient des sortes d’universités populaires.

Il existait aussi des répétiteurs bénévoles dans tous les mi lieux, familles aisées et souks.

Plus tard, on développe les écoles urbaines (medressas) et dans les villages des zaouias qui dispensaient un savoir approfondi.

C’est à Bagdad, sous Harun al Rachid (786-809) et al Namoun (813-833) (contemporains de Charlemagne), que fut construite la première « Maison de la sagesse ou Maison de la science » (Dar al-Hikma).

Elle prit en charge la traduction en arabe de toutes œuvres scientifiques de l’Antiquité, la compilation de milliers de manuscrits et leur interprétation, l’élaboration de théories de la nature dans tous les domaines.

C’est à l’Islam que l’on doit les premières universités du monde.

  • 859 à Fès. Avant d’accéder à la papauté en 999, Sylvestre Il y aurait appris les chiffres arabes qu’il aurait contribué à divulguer en Europe.
  • Cordoue. L’université comprenait une bibliothèque renfermant 400 000 manuscrits. Elle réunissait les savants musulmans, chrétiens et juifs.

Il semblerait également que les premiers hôpitaux, les premiers observatoires, les premières institutions expérimentales soient nés en terre d’Islam.

AI Khawarizmi, en 863, inventa l’algorithme et l’algèbre.

Ibn Sina (980 -1037) écrivit des traités de médecine.

Ibn Khaldoun (1332 -1406) inventa la sociologie. Il disait : « les caractères intérieurs de la science historique, ce sont les examens et la vérification des faits, l’investigation attentive des causes qui les ont produits, la connaissance profonde de la manière dont les événements se sont passés et dont ils ont pris naissance ».

 

DÉCADENCE.

Après Ibn Khaldoun (XIVe s.), l’Islam s’installe dans un conservatisme stérile, et devient incapable de créer ou de renouveler et ce sera bientôt le reflux géographique (le dernier royaume arabe en Espagne est détruit en 1492).

Les causes sont nombreuses :

  • lassitude intellectuelle,
  • découverte du Nouveau Monde qui accentue ce recul.

Après la découverte de l’Amérique, les grandes routes commerciales de l’Europe vers l’Orient asiatique vont échapper aux musulmans au profit des navigateurs occidentaux.

  • Invasions des Mongols qui pillent.

A Bagdad, pas une pierre ne restera debout.
Toutes les grandes villes, centres universitaires, diffuseurs de l’éducation, de la science … s’écroulent. Les MongoIs remblaient les canaux d’irrigation, coupent les oliveraies, brûlent les cultures … Ce qui reste de la population fuit dans le désert et retrouve une vie nomade disparue depuis plusieurs siècles.
Suite à cette décadence intervient une violente condamnation de Luther à l’égard de l’Islam, des pays musulmans. Leurs coutumes, leur vision du monde furent refoulées dans un exotisme facile que l’on retrouve par exemple 200 ou 300 ans plus tard dans :

  • Les Turqueries de Molière,
  • Le Mahomet de Voltaire,
  • Comment peut-on être Persan, de Montesquieu.

L’Islam ainsi s’enfonce pendant 5 siècles dans l’obscurantisme le plus total.

 

RÉVEIL ISLAMIQUE.

Au 19ème siècle, la renaissance de l’Islam va coïncider avec le colonialisme de l’Europe.

Les Espagnols débarquent aux Philippines, les Hollandais et Portugais en Indonésie, les Britanniques en Inde, en Égypte, les Italiens en Érythrée, en Somalie, en Lybie, les Russes tentent de grignoter la Perse et l’Afghanistan, anéantissent le Turkménistan, les Français s’installent en Afrique de Nord.

Les pays qui ne sont pas sous domination européenne sont sous domination ottomane.

Seuls l’Afghanistan et la Perse, 2 états tampons entre le monde russe et les colonies britanniques, demeurent plus ou moins indépendants.

Face au retard du monde musulman vis à vis de l’Occident, des esprits lettrés musulmans s’élèvent.

C’est ainsi que les dernières décennies du XIXe siècle ont été marquées par le réveil du monde musulman autour de l’enseignement des grands maîtres du 12ème et 14ème s.

Ce mouvement de renouveau a deux possibilités pour s’exprimer :

  • trouver dans la tradition islamique les vertus d’un ressourcement. Ce sera l’avènement de mouvements traditionnalistes (wahabites en Arabie Saoudite). Ils retournent aux sources de l’Islam, vivent comme l’époque de Mohammed. Cette vertu traditionnaliste existe encore à l’heure actuelle en Arabie Saoudite.
  • emprunter à l’Occident le progrès social et matériel.

Deux questions se posent alors :

Quelle est la position du croyant devant les sciences et technologies modernes et quelle est la position du Musulman face aux déploiements d’une culture étrangère apparemment dénuée de toute référence religieuse ?

La rencontre de l’Islam avec les domaines culturels de l’Europe sera le thème majeur du débat qui dominera la vie intellectuelle du monde musulman du XIXe siècle.

 

LES MODERNISTES.

Le courant de ceux qui veulent emprunter ce qu’il y a de mieux en Occident va s’exprimer alors.

Les concepts d’individualisme, de libéralisme, de progrès social impressionnent favorablement la jeunesse musulmane.

L’empire ottoman englobait la majeure partie du monde musulman. Le sultan, investi du califat – en l’occurrence d’une autorité morale fondée sur un réel pouvoir spirituel – se lança dans l’évolution socio-culturelle de l’Islam.

L’essor des techniques d’imprimerie sera l’un des facteurs décisifs dans le processus de renaissance culturelle dans le monde musulman. Les pays d’Islam étaient en retard de 5 siècles par rapport à l’Europe dans le domaine de l’imprimerie.

Le rôle stimulant des communautés et missions chrétiennes qui se multiplient en pays d’Islam suscite l’émancipation intellectuelle des communautés étrangères, un renouveau des églises orientales qui par contre-coup provoque des réactions de défense en milieu musulman.

Ces missions ont également valeur d’exemple grâce au zèle déployé au service de la foi et au contenu de l’enseignement doctrinal.

L’œuvre de Sayyid Ahman Khan (1817-1898), indien infatigable vulgarisateur des idées musulmanes modernes, avait pour ambition de définir les principes d’une interprétation des sources de l’Islam en termes compatibles avec l’esprit des temps nouveaux. Il se heurta à la vive résistance des milieux réformateurs.

Des étudiants musulmans envoyés en mission dans les pays d’Europe vont jouer un rôle capital. Au terme de leur formation ils sensibiliseront leurs compatriotes au progrès des sociétés européennes. Ils prendront une part active dans la traduction d’ouvrages technologiques dès le XIXe siècle.

A la fin du XIXe siècle les pays d’Islam prennent conscience de leur retard et de leurs insuffisances dans le domaine socio-culturel en matière d’éducation, de recherche scientifique, d’équipement moderne et d’activités économiques.

Comment les milieux traditionalistes vont réagir ?

Les frictions et les déceptions entre colonial et colonisé, entre orientaliste et oriental eurent vite fait d’oblitérer le mirage romantique. Un sentiment de supériorité ethnoculturelle annihilait toute velléité dans la compréhension envers le monde musulman.

Ernest Renan disait dans le discours inaugural au Collège de France en 1862 : « L’Islam est le fanatisme, l’Islam est le dédain de la science, la suppression de la société civile, c’est l’épouvantable simplicité de l’esprit sémitique rétrécissant le cerveau humain ».

Il annonce la fin de l’Islam : « Quand le dernier des fils d’Ismaël sera mort de misère on aura été relégué par la terreur au fond du désert ».

Voilà le discours colonial de la fin du XIXe siècle.

Singulière ignorance de l’histoire passée !

Jugement excessivement réducteur !

Les intellectuels musulmans réagirent vigoureusement à l’argumentation de Renan qui leur paraissait de nature à conforter l’idéologie colonialiste.

Rachid Rida (1865 1935) s’écrie : « Nous avons usé nos plumes et notre voix à force d’écrire et de répéter que les malheurs des Musulmans ne peuvent être imputés à leur religion mais aux innovations qu’ils y ont introduites et au fait qu’i Is portent l’Islam comme une fourrure mise à l’envers ».

A partir de 1880, le discours religieux de l’Islam change de concept. Il vise à actualiser l’idée de progrès à tous les niveaux de la vie nationale et communautaire. Ainsi naissent les revendications de la jeunesse moderniste :

1890 : Jeunes Turcs, Jeunes Tunisiens, Jeunes Algériens, Etc.

Les associations, les universités, l’enseignement secondaire et supérieur renaissent.

Le développement du trafic maritime depuis l’inauguration du canal de Suez (1869) a considérablement rapproché l’Égypte, le Moyen-Orient, l’Inde de l’Europe.

L’effervescence universitaire gagne la rue. Peu à peu, les jeunesses musulmanes prennent conscience des convergences entre les idéologies nationales et religieuses naissantes. L’esprit de réforme et de renouveau islamique apparait comme indissociable et incompatible avec la soumission aux dominations étrangères.

En politique, le modèle constitutionnel fait son chemin. Le général Khays, d’état tunisien, constate en 1867 :

« Les pays les plus avancés dans le domaine de la civilisation sont ceux où les institutions ont pour fondement la liberté et la constitution …  »

En 1902, le penseur réformiste syrien aI-Kawakibi relance l’idée constitutionnelle et la justifie au regard de l’éthique originelle de l’Islam. Le despotisme est contraire à l’Islam.

Peu à peu, l’organisation administrative, le système éducatif, le profil de la vie urbaine tendent à se rapprocher des modèles d’Occident.

Dans ce contexte de renouveau moderniste le problème de la femme se pose.

Durant 13 siècles, le monde musulman n’eut guère à s’interroger sur la condition féminine du point de vue juridique. Les principes fondamentaux de ce statut, partie intégrante de la Révélation et de la Sunna, demeurent intangibles.

Mais la situation dégradée de la femme musulmane apparait dans l’optique moderniste aussi humiliante pour les Musulmans qu’indigne de l’éthique de l’Islam.

En Inde, Mumtaz Alise fait le champion de la cause féminine. Son essai « Les droits de la femme » (1898) constitue un plaidoyer pour l’égalité sociale des sexes.

Un débat passionné s’instaure entre les « anciens » et les « modernes ». Le mouvement féministe cherchera sa légitimation dans l’au­thenticité du Coran.

Le Coran par exemple ne demande absolument pas à la femme de se voiler, ni d’être une recluse. Ce mouvement féministe dénonce les pratiques abusives en contradiction avec l’esprit coranique et lutte pour l’éducation des filles.

L’Islam permet à l’homme d’épouser 4 femmes à condition de les traiter absolument de la même façon.

Le temps des épreuves et des désillusions arrive :

  • avec la 1ère guerre mondiale et la fin de l’expansionnisme européen.
    • 1907 : accord anglo-russe pour le partage de l’Iran.
    • 1911-1912 : annexion de la Tripolitaine (Lybie) par l’Italie.
    • 1912 : protectorat français et espagnol sur le Maroc.
    • 1914-1917 : occupation anglo-russe de l’Iran et partage du Proche-Orient.

L’Islam et l’Occident traversent donc une crise de confiance :

  • des dizaines de milliers de Musulmans (Inde, Maghreb, Afrique) sont amenés à combattre d’autres Musulmans (Irak, Syrie, Maroc, …) au nom de causes qui ne les concernent en rien.
  • la faillite politique et morale de l’empire ottoman qui aboutit à la suppression du califat, censé représenter l’Islam, amena un déchirement idéologique.
  • tout en favorisant une modernisation sélective portant sur les secteurs vitaux pour les intérêts coloniaux (agriculture intensive, exploitations minières, forestières, voies ferrées, installations portuaires…) la présence européenne a été souvent génératrice de régression économique et socioculturelle au pays d’Islam par :
    • la dispersion des élites anticoloniales,
    • les restrictions des échanges humains et culturels en instaurant des frontières artificielles,
    • l’exclusion des indigènes des principaux circuits économiques et politiques.

Face à l’échec du courant moderniste, la pensée musulmane se réfugie dans les courants conformistes.

  • doctrine wahhabite de l’Arabie Saoudite,
  • universités, mosquées,
  • confréries religieuses.

Un mouvement fondamentalement puritain est érigé en idéologie officielle.

Entre l’impuissance et la frustration nait une tendance à la résignation et à la nostalgie des temps anciens.

 

L’APRÈS 1945 – UN NOUVEAU DÉPART.

Bon nombre de colonies vont accéder à l’indépendance.

L’affirmation de l’identité nationale apparaît alors comme une réponse islamique aux dominations européennes.

Les méthodes autoritaires de Mustafa Kemal (Atatürk) et les outrances de sa politique anticléricale eurent pour effet de :

  • renforcer le camp des traditionalistes : sunnites classiques, wahha­bites, frères musulmans (1929).
  • en l’absence de tout modèle moderne suffisamment crédible, les modernes apparaissent comme les adeptes du kemalisme ou partisans de l’occidentalisation.

Donc le départ du colonisateur européen (car il y en eut d’autres …) devait entraîner la dignité retrouvée, la personnalité nationale restaurée, la renaissance de l’espoir.

 

LE MONDE ISLAMIQUE S’ORGANISE.

Au lendemain de 1945, naissent un certain nombre de mouvements musulmans, des conférences sont organisées :

  • Concert des peuples du Tiers Monde,
  • Ligue des états arabes
  • Organisation de l’unité africaine,
  • Pays non alignés,
  • O.P.E.P. (5/6 sont des pays musulmans),
  • Organisation de la conférence islamique.

Ce sont autant de tribunes qui permettent aux jeunes états musulmans de donner libre cause à leurs aspirations et revendications.

Maintenant que la libération politique est acquise, se pose le problème de la libération et de l’émancipation sociales.

Il s’agit de lutter contre les nouveaux impérialismes monopoles économiques étrangers (compagnies maritimes, pétrolières, minières) (ceci va aboutir à des nationalisations) et d’arracher les masses au sous-développement.

Alors, à partir de 1950 des leaders apparaissent :

Nasser (1918 -1970). Il lutte contre les fatalités historiques. Il vit la république arabe unie (1958), en février avec la Syrie puis en mars avec le Yemen Nord … puis la Sécession en septembre 1961 avec la Syrie, en décembre 1961 avec le Yemen …

Sukarno (1901 -1970). C’est le père de la nation indonésienne musulmane. Il régnait selon 5 principes :

  • nationalisme,
  • internationalisme,
  • consultation mutuelle,
  • sécurité sociale,
  • foi en Dieu.

Il dut, après le départ des Hollandais, réprimer avec la rébellion de communistes pro-chinois.

Mohamed V (1909 -1961) qui est le symbole du Maroc en lutte pour son indépendance (il doit presque immédiatement résister au coup d’état de Skirat puis d’un conflit avec l’Algérie).

Bourguiba (1903 -1987) est un réformateur. Il réforme le code du statut personnel et revendique au nom de son peuple, la faculté d’interpréter les sources islamiques et les mœurs des sociétés modernes.

Maréchal Ayyub Khan (1907 1974) a mis le Pakistan dans la voie des réformes démocratiques.

Ali Bhutto prend le pouvoir en 1970 au Pakistan. Il avait 4 principes :

  • L’Islam est notre foi,
  • La Démocratie est notre politique,
  • Le Socialisme est notre économie,
  • Le Pouvoir appartient au peuple.

(qui n’ont pas évité les conflits avec l’inde, la Chine, la création du Bengladesh).

Faysal Ibn abd el Aziz (roi d’Arabie Saoudite de 1964 -1975). Il modernisa son pays et affirma la prééminence de l’Arabie saoudite comme puissance islamique.

L’Arabie Saoudite est le 3ème pays après l’U.S.A. et la R.F.A. pour ses réserves monétaires.

Grâce à cela, l’Arabie Saoudite participe aux projets de développement de nombreux pays musulmans, subventionne des institutions religieuses, aide les minorités musulmanes, organise de nombreuses conférences…

Donc le progrès techno logique, économique, oui ! à condition qu’il soit mis au profit d’un développement culturel et social dans le cadre de l’Islam.

 

ISLAM FACE AUX DÉFIS DU XXIe S.

La population musulmane est une population jeune. Les moins de 20 ans représentent de la population et les moins de 15 ans, 45 à 50%.

D’Ici à l’an 2000, le nombre des musulmans qui a déjà doublé en 20 ans va encore doubler. Le colonialisme, les idées modernistes et le retour au traditionalisme, cette explosion démographique, ont provoqué un état de crise se traduisant par un exode rural, une intense activité (c’est-à-dire sur tout une paupérisation des banlieues indépendante de tout choix religieux puis qu’on le retrouve au Caire comme à Rio de Janeiro …) urbaine dans des sociétés traditionnellement et essentiellement agricoles ou nomades.

Il y a également un ébranlement de la cellule familiale.

Face à un Occident laïcisé, au chômage, au monde communiste officiellement athée, le retour à la loi islamique apparait dès lors à beaucoup comme un ultime recours, un refuge.

En outre les islamiques cherchent à prendre leur revanche sur les nationalistes arabes ou modernistes musulmans qui les ont combattus et persécutés.

Comment un jeune palestinien ne verrait-il pas dans la kalachnikov du terrorisme une revanche sur l’histoire ?

Comment les Chi’ites méprisés par les Sunnites et ignorés par les occidentaux ne se sentiraient-ils pas revalorisés par les hezbollah (parti de Dieu) ?

Au seuil du XXIe siècle, l’Islam ne peut à l’évidence se contenter de tenir un discours moral archaïque face aux défis de la robotique, de l’informatique et de la conquête de l’espace, sous peine de manquer son nouveau rendez-vous avec l’histoire. C’est là une réalité dont les jeunes penseurs islamiques commencent à prendre conscience d’autant que l’Islam s’étend sans discontinuer sur 3 continents, couvrant ainsi une partie importante de ce qu’on appelle le Tiers Monde.

L’éducation dans le monde islamique n’arrive pas à se sortir d’une double crise :

  • quantitative avec l’augmentation des naissances (50% de la population est à scolariser),
  • qualitative : l’éducation est calquée sur des modèles européens qui ne conviennent pas à la mentalité musulmane.

La domination culturelle occidentale annihile tout effort de fécondation mutuelle nécessaire.

Pour les minorités privilégiées, le reflet de l’occidentalisme se limite aux Implications sociales et politiques.

Pour les masses, l’occidentalisme n’est qu’exploitation et effrénée. Le rejet est alors clair.

La barbe des jeunes hommes et le voile des femmes les dispensent d’imiter la bourgeoisie musulmane autochtone qui « dilapide en un jour dans les futilités d’une toilette étrangère le salaire d’une famille moyenne ».

Les élites n’ont pas la possibilité d’évoluer dans leur propre pays. « Il m’a fallu choisir, il y a 25 ans entre continuer à vivre au Pakistan ou faire de la physique. La rage au cœur, je suis parti ». Abdus Sala, prix Nobel de physique en 1979.

L’identité islamique, unitaire dans son essence, n’est pas uniforme dans son expression. Elle apparaît comme un noyau central permanent qui intègre la capacité créatrice de l’homme en tout temps et assimile les matériaux culturels provenant de diverses aires géographiques dans une dynamique d’enrichissement mutuel. Sans le colonialisme, même indépendants, ils sont libres d’intégrer la société occidentale.

 

ANNEXE

Lexique des mots d’origine arabe employés dans la langue quotidienne et impliquant une orientation scientifique, mathématique.

alcool : al kohol
alcali : al qali
algèbre : al djabr
alchimie : al klmiya
almanach : al manakh
elixir : al iksir
alambic : al anbig

 

 

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