Thèmes : art, histoire, peinture, sculpture.
Visite du mardi 21 octobre 1980.
Par un après-midi particulièrement ensoleillé, quatre-vingt-huit adhérents du Cercle se sont rendus au Château de Breteuil.
La route suivie, passant par Versailles, le camp de Satory, la Minière, Guyancourt, Voisins le Bretonneux, Dampierre, Saint-Rémy les Chevreuse, les Molières, souvent fort sinueuse et accidentée, traversant des bois particulièrement beaux en cette saison de l’année, était une véritable route « touristique ».
Nous fûmes accueillis au Château par la propriétaire du lieu, la Marquise Séverine de Breteuil.
La façade du Château donne sur la Cour d’honneur ; le corps de logis central, fait de briques et de pierre, de deux étages coiffés de combles élevés, est le reliquat d’une construction primitive ; celle-ci a été complétée, à la Belle Epoque, par Henri de Breteuil, de deux ailes en retour d’équerre.
Le Château est entouré d’un immense parc de 70 hectares.
Nous sommes d’abord rassemblés dans une pièce où, à l’aide de diapositives accompagnées de l’audition d’une bande magnétique, on retrace l’histoire du Château et en montre ses principales richesses.
Les Romains furent sans doute les premiers à s’établir en ce lieu ; ils construisirent des habitations de plaisance et exploitèrent la terre. A l’époque féodale, un château fort fut bâti sur leur emplacement. Sous Henri IV, une habitation d’agrément remplaça la forteresse médiévale dont il ne reste que les douves et le pigeonnier ; cette habitation forme le corps central du château.
En 1712, terres et château entrent dans le patrimoine des Breteuil et n’en sortiront pas. La famille ne cesse d’agrandir la demeure, de l’embellir ; elle la dote en 1900 d’un jardin à la Française, selon les principes de Le Nôtre, avec pièces d’eau, cyprès taillés, parterres.
La famille de Breteuil constitue une « galerie d’illustres » que l’on suit lors de la visite.
Les visiteurs ont été répartis en trois groupes confiés à trois guides ; l’un de ces guides était l’oncle de la marquise de Breteuil ; il était d’une compétence brillante.
On apprit ainsi que dans la famille on dénombrait des membres du Conseil du Roi, des maréchaux, des officiers supérieurs, des évêques,
- un abbé qui donna son nom au « Pavillon de Breteuil » à Sèvres (en fait dans la forêt de Saint-Cloud) où est déposé le mètre étalon,
- des ambassadeurs,
- une femme de Sciences et de Lettres, Gabrielle-Emilie de Breteuil, marquise du Châtelet, ornement de la Cour de Stanislas à Nancy, physicienne, chimiste, mathématicienne, philosophe, amie pendant 16 ans de Voltaire, dont on admira le beau portrait.
– trois ministres :
- Louis, contrôleur général des Finances de Louis XIV,
- François-Victor, secrétaire d’Etat à la guerre de Louis XV,
et surtout,
- Louis-Auguste, le plus grand homme de la famille, ambassadeur en Russie, en Suède, à Naples, à Vienne :
- En Suède, dans les environs de Stockholm, à Marieberg, il est actionnaire d’une célèbre manufacture de faïence et de porcelaine, aussi trouve-t-on au Château de Breteuil un nombre assez considérable de pièces délicatement décorées ;
- A Naples, il joue un rôle considérable pour le maintien de la paix en Europe ; trois mois de pourparlers à Teschen (Silésie) aboutissent au traité de 1779 qui, pour la première fois, met en application le principe de la sécurité collective.
En témoignage de reconnaissance, Marie-Thérèse lui fait cadeau d’une somptueuse table dont nous reparlerons. - il revient en France en 1783 et est fait par Louis XVI ministre de la Maison du Roi et de Paris ; il assainit la capitale, il assure la gratuité des soins dans les hôpitaux, il le sort des prisonniers … il s’intéresse même aux débuts de l’aérostation. A Paris, une avenue et une place perpétuent son nom.
- il émigre en 1790 ; revient en France en 1802 et achève sa vie dans une situation proche de l’indigence.
- son neveu Charles de Breteuil, dont la mère échappe à la guillotine, à 28 ans participe à la victoire de Wagram ; Napoléon le fait baron d’Empire. Louis XVIII le nomme préfet en 1816 puis Pair de France en 1823.
- Henri de Breteuil, petit-fils de Charles, propriétaire du Château à la Belle Epoque, y réunit l’élite internationale des Arts et des Sciences.
Le 12 Mars 1882, il organise un déjeuner qui réunit Gambetta et le futur Edouard VII et ouvre ainsi la voie à ce qui sera l’Entente Cordiale.
- En 1967, Henri François est le septième Breteuil à tenir directement de son père le domaine familial ; avec sa jeune femme Séverine, il entreprend avec grand succès la restauration du Château et le sort d’un grand état de délabrement ; un champignon, la mérule, avait causé de grands dommages aux poutres, aux parquets, aux boiseries.
Quelques moments de notre visite :
- Des personnages en cire, exécutés par le Musée Grévin, nous accueillent dans toutes les pièces et les couloirs comme si ceux-ci étaient habités et fréquentés ;C’est ainsi que nous avons rencontré :
Louis XVI, Marie-Antoinette avec une robe bleu pâle et un grand chapeau fleuri, Louis-Auguste de Breteuil l’épée au côté gauche, Louis XVIII dans son fauteuil roulant authentique, Marcel Proust étendu sur un lit baldaquin avec, près de lui, sa table de nuit, Gambetta et le futur Edouard VII avec la bouteille de cognac qui a peut-être facilité les pourparlers, le cuisinier chef, un marmiton faisant des efforts pour déboucher une bouteille.Tout cela donne beaucoup de vie à la visite.
- Le salon des Quatre Saisons, décoré de lambris d’époque Louis XV, avec quatre portières en tapisserie des Gobelins, représentant les Quatre saisons, d’une fraîcheur étonnante.
- Un coffret de voyage en laque du Japon reposant sur un socle Louis XIV en bois doré.
- La très célèbre « Table de l’Europe », un trésor haut d’un mètre, avec un plateau ovale long de 70 cm., pavé de pierres semi-précieuses, numérotées de 1 à 128, enchâssées dans des compartiments de bronze doré, avec cinq médaillons en porcelaine.
- Autour de la salle, se trouve un écran circulaire sur lequel sont projetées 80 macrophotographies des échantillons minéralogiques de la table : opales, bois pétrifiés, jaspes …
- Le portrait du Dauphin, futur Louis XVII, offert par Marie-Antoinette au baron de Breteuil ; la reine a également offert un petit rouet en bronze doré.
- Dans la salle manger, avec ses boiseries d’époque Louis XV, ses tapisseries des Gobelins, ses candélabres, une horloge en bronze doré, avec deux cadrans : un cadran avant pour les heures, un cadran arrière (à lire dans une glace) pour les mois.
- La cuisine, avec son grand fourneau, ses cuivres admirables, ses gaufriers, le brûloir café, et quelques menus (extraordinaires) affichés vous mettant – ont dit certains visiteurs – « en appétit ».
LE PARC.
Il est grand (70 hectares) mais il est comme prolongé par les forêts voisines.
On y trouve des arbres centenaires ; un tilleul aurait entre 300 et 500 ans ; un échantillonnage complet des essences de l’Ile de France.
… et surtout des surfaces importantes de cyclamens sauvages aux tendres couleurs roses.
Il y aurait une faune abondante : écureuil, hérisson, oiseaux migrateurs qui nichent aux abords de deux étangs.
La visite s’est terminée à 17 heures. A 18 heures 20 nous étions de retour dans le parc de la Mairie. Tous et toutes étaient heureux de leur après-midi.
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