Thèmes: Sortie-visite, Art, Histoire, Société
Sortie-visite des 19 et 20 septembre 1985
Au menu figurait comme morceau de choix la visite du Mont St Michel, 45 adhérents du Cercle s’étaient inscrits. Le temps était particulièrement agréable en ce début d’automne, et ça avait plutôt bien commencé.
Toutes nos ouailles du moins le croyait-on étaient tôt arrivées et avaient pris place dans le car. Le feu vert était mis, le moteur frémissait d’impatience quand… comme eût dit mon adjudant : « j’en vis une qui n’était pas là ! » Consternation, dilemme cornélien ! Allai-ton l’abandonner, pour respecter rigoureusement l’horaire, sous prétexte que, selon l’adage bien connu : « L’heure c’est l’heure, après l’heure ce n’est plus l’heure ! ? » ou lui faire grâce (que comptent quelques minutes (sub specie aeternitatis !) et prendre patience ? C’est en de telles circonstances qu’on sent bien l’homme pourvu d’une conscience ! Pétris de charité, nous choisîmes la seconde solution et nous tentâmes d’abord de joindre la retardataire par téléphone. Hélas ! celui-ci restait désespérément grelottant et sans voix… Après une série de manœuvres dignes d’un concours national de chauffeurs, notre car remonta jusqu’à l’autre extrémité de Garches, une centaine d’yeux inquiets épiant les passants tout au long des trottoirs.
Quand nous arrivâmes au terminus, l’oiseau volage s’était envolé ! Re-consternation, nouvelles manœuvres et retour à la mairie où l’on nous informe que notre amie, ne trouvant pas, à son arrivée, le car à l’endroit convenu, venait de prendre philosophiquement le chemin du retour au bercail, Ce chassé-croisé, réglé comme un ballet, avait de quoi nous convaincre que la réalité parfois dépasse la fiction et que la charité n’est pas toujours récompensée… Heureusement que, saisie d’une généreuse intuition, Madame Chamond avait décidé de revenir à pied par un autre itinéraire, dans l’espoir de rejoindre ou de croiser sur son chemin qui vous savez. Et c’est ainsi que, diligente pastourelle, elle finit par retrouver la brebis égarée, et que nous les récupérâmes toutes les deux, au moment même où, emportés par l’esprit d’aventure, nous allions reprendre notre chasse en sens inverse.
On ne m’ôtera pas de l’idée que Saint-Michel, entre-temps, avait dû demander à son « confrère » Saint Antoine de nous aider : entre « collègues » ce sont de ces services qui ne se refusent pas.

Après cette chaude alerte (avez-vous remarqué que les alertes sont toujours chaudes ?) ce fut enfin le départ, sans fanfare, avec une demi-heure de retard, alors que, incroyable mais vrai, nous aurions pu partir en avance sur l’horaire prévu. Néanmoins, grâce à la compétence efficace de notre chauffeur, partis en retard nous arrivâmes en avance à la première étape « programmée ». Tout était donc bien qui finissait bien …
Et d’autant mieux que, pour nous remettre de nos émotions et tout à la fois combler « le petit creux » que nous commencions à ressentir en raison de notre départ matinal, nos gentes hôtesses nous proposèrent un café, exceptionnel (fait de main d’homme à vrai dire, mais chut ! et ceci explique peut-être cela !) ou un thé, accueilli d’abord par des exclamations de surprise incrédule : « il est chaud », le tout accompagné, sans lésiner, de petits gâteaux secs et succulents, nourritures terrestres appréciées avant Tes nourritures spirituelles qui nous attendaient le lendemain. Alors les cerveaux et les langues, jusque-là comme engourdis, reprirent vigueur et agilité, et c’est dans un climat d’euphorie que nous débarquâmes à Thorigny-sur-Vire.
Ce climat d’euphorie fut entretenu au cours du repas qui nous fut servi à l’Auberge de l’Orangerie que nous quittâmes pour la visite du château.
I.-⠀CHÂTEAU DE THORIGNY-SUR-VIRE.- (photo 1)
Son histoire.-
Photo 1

À l’époque de Guillaume-le-Conquérant, vécut le premier Baron de Thorigny.
Thorigny changea plusieurs fois de seigneur, jusqu’au jour où il fut vendu à Hervé de Mauny, cousin germain de Bertrand du Gesclin, en 1370. Depuis lors, les barons de Thorigny furent toujours ses descendants. L’un d’eux était Jacques de Matignon.
En 1715 le baron de Thorigny épousa la fille du prince de Monaco, Antoine Grimaldi. Une des conditions était qu’il prendrait le nom et les armes des Grimaldi. Il devint prince de Monaco en 1731. Quand vint la Révolution, le château fut confisqué et servit quelque temps de prison pour les suspects. Par la suite, il fut mis en vente aux enchères (1805) et adjugé d’abord au conventionnel Santerre, puis à un marchand de biens, qui vendit progressivement le contenu et même le contenant. En 1817, le maire de Thorigny racheta ce qui restait du château pour en faire l’Hôtel de Ville.
Au XVIIIe c’était une résidence princière, siège d’une véritable cour, avec vassaux et courtisans.
Des « grandes piscines » c’est-à-dire des étangs l’entouraient.
La porte d’entrée avait fière allure. De là, on pénétrait dans la grande cour, puis dans la cour aux canons ; on passait ensuite sur un pont au-dessus des fossés et on arrivait dans la cour d’honneur.
L’ensemble du château comprenait une cinquantaine de pièces. Près du château se dressait l’orangerie. C’était un bâtiment de près de 90 mètres de long, où trouvaient abri plus de 100 orangers. Autour du château et de l’orangerie s’étendaient des jardins et un parc à la française.
En 1839 le château fut classé monument historique.
En juin 1944 eut lieu un bombardement et le château flamba comme la plus grande partie de la commune.
En cendres, tapisseries, tableaux, meubles, boiseries et œuvres d’art ! Seule une tapisserie fut sauvée du désastre : elle était à ce moment-là dans un atelier de restauration.
Du château lui-même, seuls restaient les murs, l’encadrement des lucarnes, et une grande cheminée. Le tout a été restauré.
L’intérieur.-
Le bureau du Maire est une pièce meublée principalement dans le style Louis XIII.
Une porte-fenêtre permet d’accéder à la terrasse dallée de granit qui longe toute la grande galerie.
Du hall, on découvre l’escalier d’honneur (photo 2).
11 est remarquable. La rampe en fer forgé mérite d’être admirée. Ses volutes reproduisent l’image de balustres et on peut remarquer, au niveau de chaque palier, le chiffre et la couronne des Matignon.
La grande galerie et la salle du conseil n’occupent plus toute la longueur du corps principal du château. On peut y voir des expositions temporaires et, en permanence, une série de très belles tapisseries d’Aubusson du XIXe siècle pour la plupart.
Dans l’ancienne chapelle sont exposées des œuvres d’Arthur Leduc (1848-1918) natif de Thorigny.
Photo 2.- L’escalier d’honneur

Dans l’antichambre sont réunis de nombreux sujets dignes d’intérêt. On remarque une grande cheminée de style fin Renaissance, une armoire de chêne, datée de 1761, un buffet à deux corps, normand, d’époque Louis XVI, une horloge normande, une fontaine de cuivre, des fauteuils Louis XIII et Régence.
Dans la salle des mariages, presque tout le mobilier est d’époque Louis XV. On peut admirer deux très belles consoles. Sur le bureau du Maire se trouve un livre du début du XVIIIe s. (il s’agit d’une biographie du Maréchal de Matignon). Sur la cheminée d’acajou du XVIIIe s., une pendule du Second Empire en marqueterie Boulle.
La visite terminée, le groupe se reforme sous les tilleuls où, dans une brève « conférence de presse » improvisée, Monsieur Brichard nous apporte un supplément non négligeable d’informations historiques locales, avant que nous regagnions le car pour nous diriger vers Villedieu-les-Poëles.
En cours de route, Monsieur Brichard, selon une habitude devenue une tradition, nous conte l’histoire de la région traversée et en particulier, celle de la forêt, nous expliquant que celle-ci, selon les époques, a parfois reculé pour le plus grand profit de la culture (dans tous les sens du terme). Il faut alors en déduire que notre groupe était exceptionnellement cultivé car si le menu du restaurant annonçait filet « forestière », le filet était bien au rendez-vous, mais la forêt avait « reculé » au point de disparaître…
Nous pouvons, en chemin, admirer l’Abbaye de Hambye dont la tour lanterne du XIIIe siècle domine encore la sérénité du bocage (photo 3).
Photo 1.- Abbaye d’Hambye

II.- FONDERIE DE VILLEDIEU-LES-POÊLES.
La fonderie de Villedieu-les-Poëles est l’une des plus anciennes de France. Elle date de 1126. L’atelier actuel lui n’a été construit qu’en 1862. Depuis 1126 jusqu’à nos jours, les méthodes de travail n’ont pas changé.
Fabrication.-
Le moule de la cloche se compose de trois enveloppes.
La première « le noyau » est en pierre, la seconde en brique et la troisième en argile. Elle donne la forme intérieure de la cloche. On passe dessus de la suie de cheminée et de la cendre de charbon de bois que l’on délaie dans un peu d’eau pour éviter que le second moule, la « fausse-cloche », n’adhère au premier. Pour faire ce second moule, on découpe une deuxième fois le gabarit en suivant le traçage. C’est ici que se détermine la tonalité et l’épaisseur réelle de la cloche.
Le ton d’une cloche se calcule par l’épaisseur et le diamètre à la base de la cloche.
Photo 3

La fausse-cloche est faite en argile (photo 3). On passe dessus une couche de gras de bœuf ou suif et l’on y colle le décor en cire d’abeille.
Le gabarit est découpé une troisième fois pour faire le troisième moule, la « chape ».
Tous les moules sont séchés de l’intérieur par du charbon de bois Par la chaleur intérieure, les moules sèchent, la cire fond et laisse ses empreintes en creux et à l’envers dans le troisième moule.
Une fois que les 3 moules sont secs, on enlève la chape, on enlève la fausse-cloche, et l’on repose la chape sur le noyau. Cela donne un vide que remplira le métal le jour de la coulée. On ajuste la tête.
On note au passage un four réverbère à double voûte. D’un côté le foyer, au milieu la cuve à métal et de l’autre côté la cheminée. La flamme, en traversant la cuve à métal fait fondre celui-ci uniquement par le tirage de la cheminée. Il est chauffé au bois et au charbon à 1200°. Le métal employé est composé de 78% de cuivre rouge et 22% d’étain. Cela donne un bronze appelé airain.
Sous le plancher se trouve la réserve d’argile pour confectionner les moules à laquelle on ajoute du crottin de cheval et du poil d’animal.
La coulée a lieu dans une fosse.
Une fois que les moules sont terminés, que la tête est ajustée, on les enterre à l’aide de la terre végétale qui se trouve sous le plancher. On tasse la terre. Après avoir rempli la fosse de terre, on établit un canal en brique qui part de la base du four et rejoint le moule.
La coulée est très rapide (3 minutes pour couler 5 tonnes de métal) (photo 4).
Les jours suivants on enlève la terre pour dégager les cloches. Il ne reste plus qu’à les nettoyer avec des limes, marteaux, burins et le jour du départ, pour les rendre encore plus belles, au sable de rivière, à la cendre de charbon de bois, avec une brosse métallique et un morceau de bois appropriés (photo 5).
Photo 4 Photo 5

La visite terminée, après quelques entretiens individuels avec les ouvriers fondeurs, chacun se précipita au comptoir de vente pour acquérir une clochette garantie pur airain et ce fut pendant un moment un joyeux carillon, sous prétexte « d’essayer » l’objet ou d’en apprécier le ton.
Il ne nous reste plus qu’à gagner le gîte étape de cette première journée bien remplie : l’Hôtel du Casino, à Jullouville ; il est situé en bordure de mer, devant une immense place sablonneuse, où l’on peut apprécier le charme déjà vieillot des stations balnéaires de l’entre-deux-guerres. L’Hôtel est très confortable, et nous en sommes les seuls occupants, car la saison est terminée depuis quelques jours et la station est d’une quiétude insolite.
La chère est fine, très « couleur locale » à l’exception d’un plat d’ »endives flamandes ».
Avant de regagner les chambres et de fermer les volets, les uns arpentent la plage ou les « planches » pour se purifier les poumons d’air iodé, ou de leur balcon, écoutent dans la paix nocturne, le bruissement rythmé de la mer qui revient.
Le lendemain, aux aurores, un volontaire, à chaque étage, parcourt les couloirs pour réveiller le groupe au son joyeux des « cloches de Jullouville », achetées la veille…
Après un petit déjeuner aux croissants, c’est le grand départ pour la « Merveille ».
Le temps, d’abord très clair, commence à nous gratifier d’un épais brouillard au sein duquel s’ouvre le hublot sans transparence d’un soleil anémique. Et tout soudain, de cette véritable purée de pois laissée peut-être par la perfide Albion en lointain souvenir de ses vains assauts émerge, comme un fantomatique château écossais, ou stylisé comme un dessin de Hugo, le Mont-Saint-Michel. Quelques exclamations… et puis admiration muette jusqu’à l’arrêt au pied du rocher.
À partir de là, nous gravissons la grande rue, ou plutôt une ruelle pittoresque, bordée d’échoppes, de boutiques de souvenirs, de restaurants qui se livrent une pacifique guerre « poulardienne », et font l’assaut sur ce point d’authenticité ambiguë.
Après cet effort, prélude à l’effort suivant, première pause, au départ du grand escalier ou « grand degré » qui va nous conduire à la Merveille. Ascension plus ou moins pénible, où l’on voit les groupes s’étirer et se fondre, au rythme de l’âge ou au gré de l’arthrose. Devant nous, par exemple, une jeune sans-culotte gravit allègrement les marches ; elle porte un pantalon rayé verticalement de bleu, de blanc et de rouge ; il ne lui manque que le bonnet phrygien mais elle l’a remplacé par une crête de cheveux hirsutes et tricolores ; je me demande encore ce que le Saint-Archange du haut de sa flèche, a bien pu penser de cette profession de foi révolutionnaire !
Une fois traversée la petite placette du Châtelet, et gravie une nouvelle série, plus courte, de marches, nous débouchons enfin dans l’abbaye proprement dite. Avant d’aller plus avant, un bref aperçu historique s’impose.
III.- MONT SAINT-MICHEL.-

Au 8e siècle, l’évêque d’Avranches, Saint-Aubert, construit une chapelle sur ce qui ne s’appelle encore que le Mont-Tombe.
Une abbaye carolingienne s’y implante par la suite et, jusqu’au 16e siècle, des édifices se succéderont : abbaye romane (lle, 12e), abbaye gothique (13e, 16e). En 1897, le clocher actuel sera juché au sommet de l’édifice qui culmine ainsi à 157 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Jamais le Mont-Saint-Michel ne s’est fait envahir par une armée ennemie depuis les Normands jusqu’aux Allemands. Il faut dire que le site a longtemps été difficile d’accès puisqu’il n’y avait pas de digue et qu’ainsi, beaucoup de soldats périssaient dans les sables. Il y eut aussi de nombreux pèlerins perdus dans ces sables mouvants, de ce qu’on a fini par appeler Saint-Michel-au-péril-de-la-mer. Aujourd’hui encore, il est dangereux de s’aventurer dans les grèves à cause de la marée qui monte très vite et des rivières qui débouchent dans la baie, rendant les sables instables.
La construction de l’abbaye fut un véritable tour de force. Amener les blocs de granit, parfois des îles Chausey ou de Bretagne, et les hisser à pied d’œuvre ne fut pas une petite affaire.
La visite.-
De la plateforme de l’Ouest (où notre guide commence sa visite), vaste terrasse créée par l’arasement des trois der mères travées de l’église, la vue s’étend sur la baie du Mont-St-Michel.
Sur le sol, on remarque des signes et des numéros. Ce sont les marques des artisans, tailleurs de pierre, maçons… qui ont travaillé ici.
À l’extérieur de l’église abbatiale, le chevet, avec ses contreforts, arcs-boutants, clochetons, balustrades, est un modèle de grâce et de légèreté. À l’intérieur la nef romane contraste avec le chœur gothique.
Élevée au XIe s. la nef est un chef-d’œuvre de l’art roman de Normandie : puissance et rigueur des structures architecturales, couleurs de la pierre nue. Les architectes utilisèrent le bois pour la voûte « en berceau », le granit pour les colonnes et les tribunes.
Le chœur roman qui s’était effondré en 1421 fut remplacé au début du XVIe s. Le chœur flamboyant, avec son abside dont les chapelles rayonnantes sont ornées de bas-reliefs de la Renaissance est léger et élégant (photo⠀6).
La Merveille.
Ce nom désigne les bâtiments gothiques édifiés au nord de l’Abbaye.
Le cloître était le lieu du recueillement et de la promenade (photo⠀7).
La charpente légère est recouverte de tuiles. Pour supporter cette charge, les colonnettes de granitelles furent disposées en quinquonces ; formant trépieds, elles donnaient au cloître stabilité et grâce.
Photo 8.- Le chœur flamboyant

Photo 7.- Le cloître

Dans le réfectoire, l’impression est étonnante : il règne une belle lumière diffuse qui, à l’évidence, ne peut provenir des deux baies percées dans le mur au fond. En avançant, on découvre l’artifice de l’architecte : pour éclairer la salle sans affaiblir la muraille soumise à la forte pression de la charpente, il a été aménagé des ouvertures très étroites et très hautes au fond d’embrasures.
Les repas y étaient silencieux : seul un moine lisait, du haut de la chaire que l’on voit à droite, des textes sacrés.
Le promenoir des moines est l’ancien cloître roman construit au XIe siècle. Par un petit escalier nous traversons la chapelle mortuaire et nous arrêtons devant une grande roue de 6 mètres de diamètre datant du 19e s. destinée à monter le ravitaillement et à l’intérieur de laquelle, comme des écureuils, marchaient 6 prisonniers, l’un derrière l’autre. Ils arrivaient à monter des charges de 2 tonnes.
Nous traversons la crypte Saint-Martin, silencieuse et massive pour atteindre la crypte des Gros piliers soutenue par 10 piliers de 5 m de tour.
Nous voici au deuxième étage de la Merveille dans la salle des hôtes située au-dessus du réfectoire. Cette salle accueillait les visiteurs riches ou fameux qui y prenaient leurs repas avec l’abbé.
Les 2 nefs où l’on allongeait les tables et les 2 grandes cheminées où l’on préparait la cuisine étaient séparées du reste de la salle par des tapisseries.
La salle des chevaliers tient son nom de l’ordre de chevalerie institué par Louis XI, ordre de Saint-Michel. C’était le « chauffoir » des moines. De vastes cheminées de pierre permettaient de lutter contre le froid.
Les moines accomplissaient ici leurs activités manuelles ou intellectuelles : artisanat, enluminures, copies de manuscrits.
Ainsi s’achève la visite de cette fameuse abbaye de granit, devenue monument historique, qui dresse depuis des siècles sa silhouette élégante au milieu des sables, citadelle de la foi et de la liberté qui, sans cesse, dut se défendre avec une énergie farouche contre les assauts de la mer et du sable, et les convoitises des princes.
Et nous redescendons, le jarret moins tendre, vers le restaurant, dont la terrasse donne, ainsi que l’évoque Victor Hugo, « à perte de vue, sur l’espace infini, l’horizon bleu de la mer, l’horizon vert de la terre, les nuages, l’air, la liberté, les oiseaux envolés à toutes ailes ».
N’est-ce pas le meilleur des apéritifs, avant de succomber aux délices de l’épaule d’agneau de pré-salé et de sacrifier au rite de l’omelette Poulard, autres « merveilles »… Avant de regagner le car, nous avons loisir de consacrer un peu de temps à la flânerie, qui sur les remparts, qui au jardin, qui dans l’église paroissiale en face du restaurant, et qui devant la porte ouverte de l’authentique auberge de la mère Poulard, où se pressent, et même s’écrasent, dans l’espoir de noter les secrets de la fameuse omelette que cuisiniers et cuisinières s’affairent à confectionner devant elles (car il s’agit de femmes, vous l’avez deviné !), nombre de nos compagnes… Et c’est le départ, un peu mélancolique, tandis que la mer amorce la reconquête…
Notons qu’aussi bien à l’aller qu’au retour, une musique d’ambiance bien choisie a favorisé les méditations individuelles, les conversations particulières, sans jamais fracasser les oreilles.
Et tandis que la paix du soir commence à nous gagner, une dernière surprise va marquer, d’un cachet inédit, cette sortie au cours de laquelle, Monsieur Brichard et Mesdames Chamond et Eymar, dans un solide esprit d’équipe, avaient su créer une atmosphère amicale que les seules conférences ne pourraient engendrer.
Il nous fut gracieusement offert un champagne bien frappé, dont la « mousse » fraîche évoquait la forêt, cette forêt qui, ayant reculé la veille, nous reconquérait somptueusement sur le chemin du retour.
S’il le fallait, je noterais cette sortie 18 ∕ 20. Pourquoi pas 20/20, direz-vous, après de tels éloges ? Tout simplement parce qu’il convient d’entretenir l’esprit d’émulation, la volonté du « toujours mieux », et aussi de prémunir les meilleurs eux-mêmes contre le péché d’orgueil !
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