Visite du Château de Vaux-le-Vicomte

Thèmes : art, histoire, peinture, visite.
Conférence du mardi 27 octobre 1981.

 

Affrontant le mauvais temps, soixante-huit adhérents du Cercle se sont rendus au Château de Vaux-le-Vicomte où ils furent accueillis par une conférencière particulièrement compétente et de surcroît passionnante.

Ce château est situé dans la commune de Maincy, près de Melun (fig. 1.).


fig. 1. SITUATION DE VAUX LE VICOMTE.

 

« C’était une terre que je considérais comme mon établissement principal … et où je voulais laisser quelques marques de l’état où j’avais été », disait Fouquet, surintendant des finances de Louis XIV, et malheureux créateur du merveilleux château de Vaux-le-Vicomte.

Désormais ouvert au public, Vaux « esquisse géniale de Versailles » mérite la visite de tous ceux qui s’intéressent aux véritables châteaux, restaurés à la perfection, habités, vivants. Vaux en est l’exemple même. Il faut noter que, comme presque tous les monuments français, privés, classés « Monuments historiques », Vaux-le-Vicomte est en péril car sa principale fonction est d’être un chef d’œuvre dont le coût annuel de sauvegarde est de 3.500.000 francs y compris les impôts dont les monuments d’état sont exonérés. Le sort du château de Vaux dépend donc de l’afflux des visiteurs.

 

HISTOIRE.

En 1641, Fouquet avait acheté, à l’âge de 26 ans, la seigneurie de Vaux-le-Vicomte, qui abritait un petit château fortifié et quelques maisons paysannes. Fouquet décida d’y réaliser une demeure digne de son rang et de sa fortune.

L’architecte Louis le Vau (1612-1670) signe les plans du château de Vaux ; il a 43 ans.

Charles Le Brun (1619-1690) (planche II) décore le château.

Il exécuta lui-même les principales peintures qui ornent les plafonds, dirigea les jeunes artistes qui ornèrent les lambris, fonda à Maincy, le village voisin, l’atelier de tapisserie (qui, transféré à Paris à la chute de Fouquet, deviendra l’atelier des Gobelins), composa les cartons des tapisseries qui y furent exécutés, dessina la plupart des statues et des meubles.

André Le Nôtre (1613-1700), qui n’avait pas encore connu la notoriété, créa le jardin.

Le château fut réalisé en cinq ans.

Le 17 Août 1661, Fouquet reçoit à Vaux le jeune Roi et la Cour. Des personnages célèbres tels Vatel, La Fontaine, Lully et ses musiciens sont présents (voir note annexe).

Peu de temps après Fouquet est arrêté, jugé et emprisonné.

Après l’arrestation de son mari, Madame Fouquet reste propriétaire du château jusqu’en 1705, date à laquelle le maréchal de Villars l’achète. En 1764, son fils le revend au duc de Choiseul-Praslin ; le château échappe aux tourments de la Révolution ; mais sous Louis-Philippe (1847), le duc de Praslin ayant assassiné sa femme et s’étant suicidé, le château lui-même et le parc sont pratiquement abandonnés. En 1875, Vaux-le-Vicomte est acquis par Alfred Sommier, qui entreprend de le restaurer et de le remeubler ; il fallut cinquante ans pour refaire entièrement les jardins.

Le Comte de Vogüe continue cette œuvre et présente aujourd’hui aux visiteurs le château même que Fouquet pouvait faire contempler au Roi et à la Cour en 1661.

 

LE CHÂTEAU.

Le château, édifié en grès de Fontainebleau et en pierre de Creil, est construit sur un socle de terre, entouré de douves, ce qui le hausse au centre du décor. Ainsi les appartements bénéficient d’une vue sur les jardins aussi étendue que possible.

  • Le vestibule.

Après avoir gravi le perron, on accède au vestibule de forme carrée, flanqué de douze colonnes doriques.

Il abrite deux statues antiques d’athlètes en marbre blanc ainsi que les bustes géants des empereurs Septime Sévère à l’est, et de Lucius Verus à l’ouest.

Ce vestibule communique avec le grand salon du château par trois arcades vitrées masquées par trois tapisseries « les Portières des Renommées », tissées d’après un projet de Le Brun. Les écussons qui en occupent le centre portaient l’emblème de Fouquet : l’écureuil.

Pendant le procès du surintendant, Colbert les fit saisir, fit découper l’écureuil et broder au centre son propre emblème : la couleuvre.

  • La Petite Galerie.

Dans cette pièce, sont accrochés les portraits des artistes qui ont travaillé à Vaux, et des propriétaires qui ont consacré une part importante de leur fortune à la sauvegarde de Vaux-le-Vicomte (planche II). Au XIXème siècle on la désignait sous le nom de « Lampisterie » car chaque jour un lampiste nettoyait, préparait, alimentait en pétrole les deux cents lampes nécessaires le soir venu aux habitants du château.

  • La grande chambre carrée.

Cette salle est la seule du château qui comporte un plafond traditionnel dit « à la française » aux solives et poutres apparentes.

Au-dessus de la cheminée se trouve le portrait de Fouquet exécuté par Le Brun.

Aujourd’hui, une boiserie, inspirée du décor du plafond, encadre cinq des victoires du maréchal de Villars second propriétaire du château.

  • Cabinet des gravures.

C’est une pièce de passage qui domine le jardin.

Au mur sont accrochés des portraits du XVIIe siècle. De là, par un couloir on accède au salon des Muses.

  • Salon des Muses.

Il doit son nom aux neuf Muses qui habitent le plafond imaginé par Charles Le Brun (Clio : muse de l’histoire, Erato : muse de l’Elégie, Polymnie : muse de la poésie lyrique, Thalie : muse de la Comédie, Melpoméne : muse de la tragédie, Calliope : muse de l’éloquence, Terpsichore : muse de la danse, Euterpe : muse de la musique).

Le fond du salon forme une alcôve. Une autre œuvre de Le Brun orne son plafond : « la nuit ».

Cette alcôve surélevée d’une marche forme l’estrade où le 12 juillet 1661, Moliére interpréta « l’école des maris ».

Le mobilier actuel est de style Régence.

  • Cabinet des jeux.

Ce petit salon, scintillant d’or, est la pièce la plus gaie et la plus intime du rez-de-chaussée. Les lambris qui l’habillent présentent un décor de fleurs en guirlandes et en bouquets, d’amours et d’écureuils. Au centre du plafond, Le Brun a représenté le Sommeil.

  • Salon d’Hercule.

Le plafond à voussures, de style italianisant, est décoré de peintures en trompe l’œil dont le thème est celui d’Hercule.

A gauche de la cheminée, se trouve le portrait du maréchal de Villars. Au-dessus de la cheminée le portrait de la duchesse de Villars, à droite le portrait de Louis XV.

Face aux fenêtres, un portrait du roi Louis XIII. En face de la cheminée, flanquée par les bustes de La Nôtre et de Le Brun en marbre blanc, une grande toile, commandée par le maréchal de Villars à Martin des Batailles, commémore le Siège et la Victoire de Fribourg en Brisgau. Au centre de la pièce trouve un superbe billard Napoléon III.

  • Le Grand Salon.

Ce salon ovale est demeuré inachevé. A l’exception du ciel peint sur la coupole au XVIIIe siècle, il n’a pas été modifié depuis le jour où les travaux furent interrompus par l’arrestation de Fouquet.

Au-dessus des arcatures, 16 cariatides semblent porter la coupole. De cette pièce on a une très belle vue sur le jardin.

  • Bibliothèque.

Au plafond à l’Italienne de cette antichambre de l’appartement du roi, Le Brun a fait alterner les peintures en trompe-l’œil et des éléments er relief véritable.

Les corps de la bibliothèque en acajou, de style Louis XVI ont été mis en place par le Duc de Choiseul Praslin.

  • La chambre du Roi.

Cette chambre présente pour la première fois dans l’art français le style de décoration qui sera le modèle de Versailles.

Le modèle très chargé est caractéristique du style baroque ; on y retrouve l’écureuil emblème de Fouquet.

  • Anciens Cabinets du Roi.

Cette pièce est restée inachevée.

On y trouve des portraits, dont ceux de Voltaire et de la prin­cesse Palatine (qui nous a beaucoup renseignés grâce à ses lettres sur son siècle, 1616-1684).

  • Salle des Buffets.

Cette pièce est très agréable et très sobrement décorée. Au fond se trouve le buffet qui à l’époque était abondamment recouvert de mets confectionnés par Vatel (voir note annexe).

Au centre se trouve une table faite de tréteaux et de planches recouverte d’une somptueuse vaisselle.

Au plafond ni stuc ni voussure sur les murs des lambris aux moulures dépouillées.

  • Chambre de La Fontaine.

Fouquet lui a offert cette chambre pour lui rendre hommage.

  • Salles du sous-sol.

En quittant la chambre de La Fontaine, un escalier en pierre mène au sous-sol du château.

Ces caves, quoiqu’aux deux tiers enterrées, prennent le jour par d’assez grandes fenêtres.

On trouve sur les plans de Le Vau l’usage de chaque pièce Sommellerie, cave pour le vin de bouche, Sommellerie aux confitures, Paneterie, Sommellerie pour les fruits, Cuisine, Salle de la Dépense, Chambre pour l’Officier (de bouche), Salle pour le Commun, Chambre pour les officiers.

Au XVIIIe siècle une de ces salles fut aménagée pour recevoir les archives du maréchal de Villars.

Travaillaient dans ces sous-sols, les cuisinières, marmitons, boulanger, pâtissier, préposé aux vins et aux fromages, les bûcherons … et François Vatel le majordome.

La glacière consistait en un puits profond creusé dans un coin du parc. Au moment des grands gels, la glace des étangs et des bassins était empilée par tonnes dans le puits ; on murait la porte d’accès avec du plâtre pour empêcher tout mouvement d’air et de température. L’été venu on descellait la porte et la glacière fournissait une glace conservée intacte pendant tout le printemps.

 

LES JARDINS. (planche III)

En 1656, les Vallons de Vaux le Vicomte offrent un site champêtre traversé par deux rivières.

C’est là que Le Nôtre, ingénieur et jardinier, trace le plan de l’un des jardins les plus célèbres du monde.

Pour cela, il détourne l’une des rivières de 45° et l’enfouit dans un canal souterrain de près d’un kilomètre de long.

Constamment, il collabore avec l’architecte Louis Le Vau de manière à ce que le château règne sur les jardins.

Deux siècles plus tard, ces jardins avaient disparu. On cultivait du blé … Grâce aux dessins de Le Nôtre et aux gravures d’Israël Silvestre, Monsieur Alfred Sommier put les reconstituer.

La disposition des parterres, des arbres taillés, des statues, des balustrades et des pièces d’eau, la somptuosité des broderies de buis créent un ensemble dont l’harmonieuse beauté ne sera jamais dépassée.

 

LE MUSÉE DES ÉQUIPAGES.

Ce musée est installé dans une partie des communs.

Il regroupe toutes sortes d’attelages (voir planches IV, V).

Des personnages vêtus de costumes de l’époque ainsi que des chevaux en plâtre, animent ce musée.

Parmi les plus beaux équipages, citons le grand coupé, le coupé, la calèche, le sociable, l’omnibus, le spider phaéton, le break, le poney chaise, la dormeuse, la diligence, le fardier pour le transport des caisses à orangers (planche VI).

 

NOTE ANNEXE.

Nicolas FOUQUET vicomte de Vaux, surintendant des finances, est né à Paris en 1615.

De l’immense fortune amassée grâce à ses fonctions, il fit un usage généreux, protégeant les hommes de lettres (Molière, La Fontaine, Pellisson) et construisant le château de Vaux. Colbert dénonça ses malversations au Roi qui, blessé d’autre part par son faste, le fit arrêter en 1661. Condamné comme dilapideur en 1664, il mourut dans la citadelle de Pignerol en 1680 (Alpes savoyardes).

VATEL, majordome de Fouquet, puis maître d’hôtel du Grand Condé. Sa mort tragique a été rendue célèbre par Madame de Sévigné. Voyant que la marée allait manquer à un diner que Condé offrait en 1671 à Louis XIV à Chantilly, Vatel se crut déshonoré et se transperça le corps de son épée.

LE NOTRE, dessinateur français de jardins et de parcs, est né à Paris en 1613. Il est le créateur du jardin à la française caractérisé par des perspectives ouvertes à l’infini ainsi que par des eaux jaillissantes (Vaux, Versailles).

LE BRUN, peintre français né à Paris. Protégé par Colbert et Louis XIV, il exerça sur les arts de son époque une influence considérable et présida à la décoration de Versailles.

Solive : Pièce de char pente qui sert à soutenir un plancher et qui porte sur les murs et les poutres.

Voussure : Toute portion d’une voûte comprise entre la naissance de la courbe et un point en deçà du point le plus élevé de l’arc que cette courbe aurait à décrire pour former une voûte entière.

Arcature : suite de petites arcades réelles ou simulées.

 

PLANCHE II

 

 

PLANCHE III

PLANCHE IV

PLANCHE V

PLANCHE VI

 

 

 

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