Thèmes : art, histoire, peinture, visite.
Visite du vendredi 14 avril 1995.
Fiche de visite de Monique Broutin
Le musée du Prieuré à Saint-Germain-en-Laye
Vous souvenez-vous : l’exposition des Nabis au Grand Palais nous a permis de connaître Maurice Denis, le « Nabi aux belles icônes », le porte-parole du groupe.
Nous retrouvons aujourd’hui Maurice Denis dans le musée départemental du Prieuré à Saint-Germain. Cet ancien hôpital, propriété de Madame de Montespan, fut acquis en 1914 par Maurice Denis. Ce musée regroupe autour de Maurice Denis et son temps, une collection originale du groupe de Pont-Aven, des Nabis qui avaient en commun une fervente admiration pour Gauguin dont l’influence fut déterminante dans l’évolution de l’art au début du XXème siècle.

N’oublions pas que Maurice Denis a exécuté de nombreuses décorations d’églises, qu’il a participé à celle du théâtre des Champs-Élysées et du Petit Palais.
La Maison Fournaise
Exalter la couleur pure, simplifier la forme, c’était la réaction des Nabis contre les Impressionnistes « trop fidèles à la nature » selon Gauguin.
Retrouvons maintenant, dans l’île de Chatou, la Maison Fournaise, le haut-lieu de l’Impressionnisme que fréquentèrent Renoir, Claude Monet, Edgar Degas, Caillebotte.

Le tableau de Monet « Impression, soleil levant,» brocardé dans le « Charivari », valut aux exposants, écartés du salon officiel, le nom d’Impressionnistes, nom que ces peintres acceptèrent avec réticence, qui traduisait le souci pictural de l’impression visuelle reçue par l’artiste au contact de la nature, les aspects éphémères du réel, la lumière et ses incidences sur la réalité des formes et des couleurs, phénomènes d’autant plus fugaces que bougent les sujets sur lesquels elle s’applique (l’eau, le ciel, les feuillages).
« Le jeu d’apparences colorées », voilà le souci des Impressionnistes.
Un musée, voisin de la Maison Fournaise, retrace les grands moments de la vie de cette maison.
La roseraie – André Derain ou le fauvisme
Le fauvisme, appelé aussi l’école de Chatou, est né de la rencontre hasardeuse de deux jeunes gens habitant la même banlieue parisienne, à l’occasion d’une panne de chemin de fer : Derain destiné par sa famille à devenir ingénieur, il préparait l’école Centrale, Vlaminck élevé dans un milieu bohème où l’on aimait les bals publics, l’accordéon …
Ils prennent un atelier en commun, travaillent ensemble de 1904 à 1906, montrant leur prédilection pour une palette violemment colorée, pour le goût des contrastes.

Ensuite, des divergences entre eux s’affirment et les deux artistes s’orientent vers des réalisations différentes. En 1935, André Derain achète la Roseraie et s’installe à Chambourcy. Il peint les paysages de l’Ile-de-France. Il réalise de nombreuses illustrations de livres ainsi que des décors et des costumes pour ballets.
Les propriétaires actuels font revivre l’esprit du lieu tel qu’il était habité par l’artiste.
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Le musée du Prieuré
Françoise Athénaïs de Rochechouart-Mortemart, marquise de Montespan (1640-1707), favorite de Louis XIV dont elle a huit enfants, se préoccupe du sort des déshérités, nombreux à Saint-Germain-en-Laye, ville royale. En 1678, elle y achète de ses propres deniers le terrain de Feuillancourt avec une « maison ès lieu, et enclos de murs » pour la somme de 17 000 livres et y accueille les malheureux.
La maison s’avère vite trop petite. Louis XIV achète alors un terrain contigu, et y fait construire, dans sa partie haute, un édifice destiné à devenir Hôpital Général Royal : c’est l’actuel Prieuré. La voûte la plus ancienne de la maison porte la date de 1692.
Le but de cette fondation n’est pas seulement charitable, il s’agit d’empêcher les pauvres et les mendiants de vagabonder dans la ville de jour et de nuit, tout en décourageant les braves gens de dispenser leurs aumônes en dehors des institutions de charité.
Le bâtiment perd sa vocation d’hôpital en 1803. Vendu en 1816, il sert d’entrepôt, puis d’atelier à des artistes. Après la guerre de 1870, il devient la propriété des Pères Jésuites qui en font une maison de retraite jusqu’à l’application de la loi sur la séparation de l’Église et de l’État en 1902.
Maurice Denis
Né en 1870 d’une famille modeste – à Granville où ses parents s’étaient repliés à cause de la guerre -, Maurice Denis a toujours vécu et travaillé à Saint-Germain-en-Laye.
Inscrit à l’Académie Julian, il fut en 1888, l’un des fondateurs du groupe des Nabis et, par sa peinture comme par ses prises de positions esthétiques, il participa à ce qu’il nommera « la bourrasque de 1890 ».
Son abondante correspondance, ses conférences, son enseignement à l’Académie Ranson et aux Ateliers d’Art Sacré témoignent de ses liens avec les milieux intellectuels et artistiques de son temps et l’intérêt qu’il portait aux jeunes.
Il aimait à travailler dans la chaleur de son cadre familial. Avec ses parents, il habitait au centre de la ville de Saint-Germain. Après son mariage en 1893, il s’installa à côte du Prieuré où ses fenêtres s’ouvraient sur la chapelle de Madame de Montespan.
Il voyageait assez souvent, la plupart du temps en train, parfois à bicyclette. Il fit des séjours prolongés en Italie et en Bretagne, où il acheta une maison de vacances à Perros-Guirec en 1908.
Cherchant un endroit où il pourrait préparer les décorations de la coupole du théâtre des Champs-Élysées, il obtient l’autorisation de construire un atelier à l’angle nord de la propriété. Il acquiert le Prieuré en 1914 pour en faire sa demeure familiale. Les nombreuses décorations qu’il laisse dans cette prestigieuse demeure sont un témoignage du profond attachement qui le lie à cet endroit.
Propriété empreinte de mystère, le Prieuré correspond profondément au goût et à la pensée de Maurice Denis et de ses amis. Ils en font un lieu favori de rencontre.
Maurice Denis a souvent représenté des maternités, des enfants, des scènes familières. De son mariage avec Marthe Meunier en 1893 naquit d’abord un fils, qu’il perdit quelques mois plus tard, ensuite vinrent six enfants. Marthe mourut en 1919. « C’est à elle que je dois d’avoir tant aimé la vie en fondant si intimement la joie des sens et la joie intérieure » écrira Denis. Il épousa en secondes noces Elisabeth Graterole qui lui donna deux enfants et fut la compagne de ses vingt dernières années.

Portrait de Marthe
A sa mort en 1943, Maurice Denis laissait une œuvre considérable. En 1976, une convention lia le département des Yvelines et la famille du peintre, afin que soit établi au Prieuré « un musée consacré à Maurice Denis, Claude Debussy, les artistes Symbolistes et Nabis et leurs amis ».
La famille de Maurice Denis a fait don d’un certain nombre de tableaux importants, de la chapelle du Prieuré avec ses décorations et ses vitraux, de la correspondance qu’il avait conservée (plus de 10 000 lettres), et de documents divers.
La vocation du Musée du Prieuré est de reconstituer autour de la donation de la famille de Maurice Denis, l’atmosphère symboliste de cette époque.
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La Maison Fournaise
L’an 1837 voit l’inauguration de la première ligne de chemin de fer française « Paris-Saint-Lazare/Le Pecq », village niché au pied de Saint-Germain-en-Laye. Dès lors, le nombre de Parisiens venant se divertir le dimanche au bord de l’eau s’accroît sans cesse.
La mode est au canotage qui délasse agréablement des contraintes de la vie urbaine et qui enrichit peu à peu Alphonse Fournaise, un charpentier de bateaux, bientôt devenu restaurateur-hôtelier.

Dernière survivante des guinguettes qui s’échelonnaient sur la Seine, d’Argenteuil à Bougival, à l’époque impressionniste, la Maison Fournaise est lancée vers 1860.
Madame Fournaise a la haute main sur la cuisine, Monsieur veille à l’organisation des fêtes nautiques, Alphonse, le fils, aide les dames à embarquer et Alphonsine, la fille, modèle choyé des peintres, soigne l’accueil de la clientèle.

Alphonsine Fournaise
De 1868 à 1884, Pierre-Auguste Renoir est l’hôte régulier du Restaurant Fournaise : « J’étais toujours fourré chez Fournaise, j’y trouvais autant de superbes filles à peindre que je pouvais en désirer ».
En 1880, il écrit à un ami : « Je suis retenu à Chatou à cause de mon tableau. Vous ferez bien de déjeuner. Vous ne regretterez pas votre voyage, c’est l’endroit le plus joli des alentours de Paris ». Le tableau en question est « Le déjeuner des Canotiers » qui ne doit pas faire oublier la trentaine d’autres toiles peintes par Renoir à Chatou, comme le portrait d’Alphonse père savourant sa pipe après l’absinthe du soir, ou celui de sa fille, aujourd’hui au musée d’Orsay.

Alphonse Fournaise
Lieu d’élection des Impressionnistes, l’Ile de Chatou fut également fréquentée des gens de lettres et de la bohème dorée ou non de la seconde moitié du siècle.
Edgar Degas fut des intimes d’Alphonsine et il assista à son mariage. Guy de Maupassant évoque l’ambiance chaleureuse de la Maison Fournaise dans plusieurs de ses nouvelles. Enfin, Ivan Tourgueniev, Jacques Offenbach ou Léo Delibes firent halte chez Fournaise.
Fermée en 1906 par Alphonsine, elle-même disparue en 1937, la Maison Fournaise s’étiola au fil du temps. Proche de la ruine, elle fut acquise en 1979 par la ville de Chatou, puis restaurée. Elle abrite aujourd’hui un restaurant et un musée.
Les collections du musée comprennent des œuvres de Pierre-Auguste Renoir. De plus, ces collections évoquent l’activité fébrile des peintres André Derain et Maurice de Vlaminck, installés en 1900 dans une salle délabrée du Restaurant Levanneur, qui jouxte la Maison Fournaise.
Ne préparèrent-ils pas en ce lieu, en compagnie de leurs amis Guillaume Apollinaire, Henri Matisse, Pierre Bonnard ou Paul Poiret, la révolution fauve du Salon d ‘Automne de 1905 ?
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La maison André Derain
Cette demeure, qui a appartenu aux familles illustres de Bigot de Sainte-Croix et des Basan, puis à André Derain et à sa famille, est l’une des plus anciennes de Chambourcy. Sa construction date certainement de la fin du XVIIème siècle. Le peintre et son épouse acquirent la propriété en 1935. André Derain y vécut avec sa famille jusqu’à sa mort en 1954.

Geneviève Taillade, nièce du peintre, qui fut aussi l’un de ses modèles privilégiés, habita encore cette maison durant une douzaine d’années et la vendit en 1988 au docteur Badault, chirurgien et son épouse, qui y réalisèrent d’importants travaux.
En acceptant d’ouvrir cette maison et son parc au public, le docteur Badault permet à chacun de ressentir l’atmosphère et l’esprit qui ont prévalu à la Roseraie pendant près de vingt ans, lorsqu’André Derain, créateur du Fauvisme avec Maurice Vlaminck et Henri Matisse y habitait.
L’atelier du peintre, qui était aussi sculpteur et illustrateur, a été préservé dans l’état même où il se trouvait à la mort de l’artiste. Sur les tables et les chevalets, parmi les couleurs et les brosses qu’il utilisa, des objets quotidiens, des esquisses, des maquettes, des moulages forment un ensemble hétéroclite.

Dans l’entrée et dans l’escalier qui mène à l’atelier, une rare collection d’affiches originales est présentée : affiches de Derain, affiches d’expositions, etc.
Un ensemble d’œuvres du peintre est exposé et de nombreux souvenirs sont rassemblés qui permettent d’approcher la personnalité familière et attachante de Derain.
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