Thèmes : art, histoire, visite.
Visite du mardi 21 avril 1992.
Mardi 21 avril, une cinquantaine de membres du C.D.I. ont visité, accompagnés de deux conférencières, le quartier de la Bourse.
Il faisait un temps superbe.
Le car s’arrête place de la Bourse. Évoquant un temple antique, le bâtiment a été construit par Brongniart, de 1808 à 1826. La séance du marché parisien commence traditionnellement à 12 h 30 parce que c’était, au siècle dernier, l’heure d’arrivée de la diligence de Lyon, grande place financière de l’époque.
Dès l’arrivée des conférencières, nous ne nous attardons pas et prenons la rue Notre-Dame-des-Victoires. Cette rue est longée sur le côté pair par des façades du 18ème siècle. De l’autre côté, se trouvait le couvent des Petits Pères. Après sa destruction, des maisons furent construites au 19ème siècle par l’architecte Paul Lelong (1799-1846).
La Place des Petits-Pères fut construite sur l’ancien couvent des Augustins Déchaussés, appelés jadis Petits-Pères. De ce couvent il ne reste que l’église du 17ème siècle, construite à la demande de Louis XIII pour célébrer sa victoire sur la cité protestante de La Rochelle.
Une petite ruelle part de cette place : rue du Mail (du jeu de mail : maillet à manche flexible pour pousser une boule de buis). Nous empruntons la très courte rue Vide-Gousset, au nom peu engageant. Nous nous arrêtons au numéro dans un hôtel construit en pour Nicolas Rambouillet. De la Place des Victoires, avec le recul, nous voyons mieux ce bel hôtel particulier.
Place des Victoires
En 1681, le duc de la Feuillade, aussi brillant courtisan qu’intrépide homme de guerre, fit sculpter à ses frais une statue du Roi-Soleil et en fut bien embarrassé. Comment trouver une place digne d’elle ? Il fit ouvrir cette place à l’emplacement d’anciens hôtels. Hardouin-Mansart en dressa le plan et dessina les façades uniformes des hôtels occupés par de riches financiers tel Samuel Bernard.

Place des Victoires
En 1792, la statue de Louis XIV fut fondue, comme sera fondue sa remplaçante qui représentait le général Desaix, vainqueur de Marengo. L’actuelle statue équestre de Louis XIV est une œuvre de Basio (1822).

En 1883, la rue Étienne-Marcel est ouverte. De la place, on voit l’une des façades de la Banque de France. Fondée en 1800 sur l’initiative de Bonaparte, par un groupe de banquiers, celle-ci s’installa en 1812 rue La Vrillière, dans l’hôtel construit en 1635 par François Mansart, puis remanié par Robert de Cotte pour le Comte de Toulouse, fils de Louis XIV et de Madame de Montespan.
Nous prenons la rue Croix-des-Petits-Champs et à gauche la rue Coquillère (Pierre Coquiller), Au numéro 31, nous entrons dans une cour intérieure où se trouvait l’hôtel du duc de Longueville, cousin de Louis XIV. Au 18ème siècle, il abritait l’Administration Royale des Fermes.
Nous atteignons l’église Saint-Eustache, l’une des plus belles églises parisiennes, gothique par son plan et son ossature, Renaissance par sa décoration. Nous n’avons pas le temps de la visiter, mais nous y pénétrons tout de même. L’organiste travaillait et nous ne pouvions entendre les commentaires de notre conférencière. Ce sera l’objet d’une future visite.

L’église Saint-Eustache
Nous passons au-dessus du Parc océanographique du Commandant Cousteau et nous entrons dans la Bourse du Commerce. C’est un bâtiment en rotonde, datant de 1889. Dans la haute salle circulaire, les courtiers en blé, maïs, sucre, alcool et autres matières premières échangent leurs droits, selon des règles analogues à celles qui régissent la Bourse des Valeurs. Accolé à la Bourse du Commerce, demeure un vestige de l’hôtel de Soissons, la colonne astrologique, haute de 30 mètres, que Catherine de Médicis fit élever en 1575 pour Ruggieri.

La bourse du commerce
Nous tournons le dos à l’église Saint-Eustache pour aller jusqu’à la Fontaine des Innocents. C ‘est la seule fontaine de style Renaissance subsistant à Paris.

Construite par Jean Goujon, elle n’avait que trois faces car elle était contre une église attenant au Cimetière des Innocents. Jean Goujon avait personnifié le génie tutélaire de Paris par une nymphe de Seine, dont le corps écrase doucement un lit de créatures marines.

Fin XVIIIème siècle, quand le cimetière fut supprimé, l’église démolie et le terrain livré aux Halles, on déplaça la fontaine et une quatrième face fut habilement sculptée dans le style des trois autres. Lorsque les fruits et légumes intégrèrent l’un des pavillons Baltard, elle voyagea une dernière fois vers son emplacement actuel.
La fontaine et le quartier ont les faveurs de beaucoup de jeunes. Le quartier est très animé en ce jour de semaine. Est-ce le beau temps ou le désœuvrement ?
Nous quittons ce quartier pour nous rendre au pied de la Tour Saint-Jacques.
C’était une étape importante du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Elle connut d’ailleurs un curieux destin. D’abord elle fut ajoutée, au XVIème siècle, à une église plus ancienne. Elle aida la science puisque Pascal s’y livrait à des expériences sur l’atmosphère. L’église fut démolie à la Révolution. La tour fut louée à un armurier qui fabriquait ses plombs de chasse en laissant tomber des gouttes de plombs dans le vide. Au siècle dernier, elle fut restaurée. Elle sert aujourd’hui d’observatoire météorologique. Un technicien y monte tous les matins pour faire des relevés. Il n’y a pas d’ascenseur !

La Tour Saint-Jacques
Un quartier de Paris chargé d’histoire, qui a subi en peu de temps de nombreux changements architecturaux.
FICHE DE SORTIE
Cycle « Paris, quartier par quartier »
De la Bourse au Châtelet
La Place de la Bourse, très animée les jours de semaine, l’effervescence, le bruit discordant des opérations financières, c’est l’actualité. Mais la Bourse est aussi un rappel de l’histoire, édifice du 19ème siècle, bâti sur l’emplacement du couvent des Filles de Saint-Thomas. Elle nous invite à une promenade historique.
Église Notre-Dame des Victoires
Elle faisait partie du couvent des Augustins Déchaussés « Les Petits Pères ». D’où le nom de la Place des Petits Pères sur laquelle elle s’élève. Louis XIII fonda l’église à son retour de la Rochelle, en posa la première pierre en 1629. Plus célèbre du point de vue religieux qu’à l’égard de l’architecture, siège d’une confrérie de la Vierge, elle est le but d’un des grands pèlerinages parisiens : Français et étrangers viennent journellement y prier. Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus choisit ce sanctuaire lors de son passage à Paris en 1887.
Place des Victoires
François d’Aubusson, duc de la Feuillade, demande en 1685 à Jules Hardouin Mansart les plans d’une place ordonnancée digne de servir de cadre à la statue de Louis XIV. Le prévôt des marchands et les échevins devaient y dresser tous les cinq ans, en présence d’un architecte, un procès-verbal de l’état dans lequel ils trouveraient la place. Hélas l’ordonnance n’a pas été respectée : l’élargissement de la rue de la Feuillade de 0,30 m à droite et de 0,15 m à gauche (il s’agissait d’avoir un nombre rond de pieds !!!) et le percement de la rue Étienne Marcel ont altéré la magnifique ordonnance conçue par Jules Hardouin Mansart.
Rue Croix des Petits-Champs
Au numéro 21, les restes d’un hôtel du trésorier de la Bazinière rappellent la Saint-Barthélemy : Caumont la Force y fut égorgé ainsi que son fils aîné. Le plus jeune des enfants, Jacques, se laissa tomber et fit le mort au milieu d’un monceau de cadavres. Le soir, voyant un passant s’approcher, il leva la tête et dit : « je ne suis pas mort par pitié, ramenez-moi à l’Arsenal, chez mon parent, Monsieur de Biron ». L’homme le dépouilla de ses bagues, mais le sauva.
Saint-Eustache
Peut-être, est-elle la plus belle église de Paris après Notre-Dame, elle est la persistance du gothique au-delà de la Renaissance jusqu’au 17ème siècle. Chère aux musiciens : outre les obsèques de Rameau, on y célébra celles de la mère de Mozart (1778). Berlioz y révéla le Te Deum et Liszt y donna sa « messe de Gran ». L’excellence de la musique religieuse attire beaucoup de fidèles chaque dimanche et particulièrement le Vendredi Saint, Pâques, Sainte-Cécile et Noël.
La Fontaine des Innocents
Juin 1549, Henri II fait une entrée solennelle dans Paris. Le peuple assiste à la plus fastueuse cérémonie du siècle. La Fontaine des Innocents, élevée par Jean Goujon, illustre ce souvenir.
La Tour Saint-Jacques
Elle flanquait le portail d’une église carolingienne, reconstruite aux 11ème et 14ème siècles. On l’appelait Saint-Jacques de la Boucherie en raison de la proximité de la Grande Boucherie. Vendue en 1797, l’église Saint-Jacques de la Boucherie fut démolie, mais on épargna la Tour non parce qu’on la trouvait belle, mais parce que le démolisseur l’avait louée à un fabricant de plombs de chasse. Ainsi fut sauvé un repère historique important et un élément primordial du paysage parisien.
Notre promenade historique se termine, elle a été aussi archéologique :
L’exigence de l’urbanisme du 19ème siècle n’a pas toujours eu le souci de sauvegarder un patrimoine précieux.
En 1838, dans ses spirituelles promenades dans Paris, Charles Nodier écrit à propos de l’hôtel du Chancelier Séguier, protecteur de l’Académie française : « Le berceau de l’Académie française est devenu un hangar de voitures publiques, les beaux esprits qui ont dans les petits journaux le monopole de la facétie, ne manqueraient pas de dire qu’il est dans la destinée de cet hôtel de servir au progrès ».
M.B.

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