Thèmes: ART, Géographie, Histoire, Société
Conférence du mercredi 21 novembre 1984
Monsieur TUR nous a projeté un film sur l’Andalousie.
Monsieur Tur, professeur d’histoire et géographie au lycée de St Cloud, président de l’Association Mondiale de la Jeunesse, a déjà traité devant nous trois sujets :
« L’an 2000, progrès ou déclin de l’Humanité » en 1982, « Liberté(s) et Responsabilité(s) en 1983 et « Les Élections Présidentielles aux U.S.A. » en 1984.
PÂQUES EN ANDALOUSIE.
L’Andalousie est la province la plus méridionale d’Espagne. Avec un peu moins de 90.000 km2 et plus de six millions d’habitants, elle est aussi vaste que l’Autriche, deux fois plus étendue que la Suisse ou le Danemark, et a une population comparable à celle de chacun de ces trois pays. Elle représente un peu plus d’1/6 de la superficie et de la population de l’Espagne.
C’est un pays « plutôt bossu que plain » :
‑ au nord, la Sierra Morena, riche en ressources minières, constitue le rebord méridional de la Meseta ibérique.
‑ au centre, la dépression du Guadalquivir, largement ouverte sur l’Atlantique, est une vaste plaine d’effondrement : comblée par des alluvions quaternaires, la partie intérieure est le domaine des céréales, tandis que la bordure maritime, sablonneuse et marécageuse, est réservée à l’élevage des taureaux de combat.
‑ au sud, la Cordillère Bétique, haute chaîne de type alpin, culmine au Mulhacèn (3.478m) dans la Sierra Nevada et semble vouloir relier le Rif marocain aux Îles Baléares.
Le climat est méditerranéen, avec des nuances dues au relief: Les étés sont très chauds (29° à Séville en août), les hivers inexistants à l’ouest (sauf en cas de coups de froid) mais rigoureux à l’est (6° à Grenade en janvier). Les pluies sont très irrégulières d’une année sur l’autre, d’où des menaces de crues et d’épidémies. Les progrès de l’irrigation ont permis de développer la culture des fruits et des primeurs. Partout ailleurs subsiste la culture de la « trilogie méditerranéenne » : olivier, céréales et vigne (qui tient une grande place aux environs de Xérès et de Malaga), tandis que s’implantent dans la vallée du Guadalquivir des cultures génératrices d’industrie (coton et betteraves à sucre).
L’Andalousie comporte huit provinces : Huelva, Seville, Cordoue, Jaen, Almeria, Grenade, Mälaga et Cadix (fig. 1).

1 = Huelva
2 = Seville
3 = Cordoue
4 = Jaen
5 = Almeria
6 = Grenade
7 = Malaga
8 =Cadix
FIG. 1
L’histoire de l’Andalousie commence voici plus de trois mille ans.
Du XIème au Vème siècle av. J.C., le royaume de Tartessos fut l’un des hauts lieux de la civilisation ibère. Celle‑ci est encore mal connue, en particulier parce qu’elle fut ultérieurement noyée sous les apports carthaginois et grecs. Son vestige le plus célèbre est « la Dame d’Elche« , sculpture au visage élégant et raffiné, un peu triste, très classique, qui tranche sur l’exubérance des bijoux baroques, colliers énormes et rouelles d’oreilles…. Les Ibères entrèrent en contact avec les Celtes, d’où un métissage qui donna les Celtibères. Ceux‑ci furent les victimes des guerres puniques, affrontements entre Carthaginois et Romains marquées par le siège de Sagonte (219 av. J.C.). Avant même l’écrasement d’Hannibal, Scipion l’Africain fonda Italica (non loin de l’actuelle Séville), première d’une longue série de créations urbaines. Les Celtibères trouvèrent leur Alésia en Numance qui préféra disparaître plutôt que de tomber au pouvoir de Scipion Émilien (133 av. J.C.).
Dès lors, et pendant près de sept siècles, la Bétique (de Bétis, ancien nom du Guadalquivir) devint la province d’Espagne la plus profondément romanisée. Grand fournisseur d’huile et de grains, active région minière (cuivre du Rio Tinto, elle joua un rôle politique important, puisqu’elle fut la patrie des empereurs Trajan et Hadrien, du philosophe Sénèque et de l’évêque Osio qui convertit l’empereur Constantin au christianisme (Fig. 2).

À l’époque ROMAINE, l’Andalousie constituait la province de BETIQUE avec pour principales villes :
HISPALIS (=Séville)
CORDUBA (=Cordoue)
GADES (=Cadix)
MALACA (=Mälaga)
FIG. 2
Les grandes invasions « barbares » qui entraînèrent la chute de l’Empire Romain d’Occident virent la Bétique changer de nom probablement en raison du passage des Vandales, peuple germanique, venus des rivages de la mer Baltique (actuelle Pologne) et qui, après avoir ravagé bien des régions s’installèrent pendant une vingtaine d’années en « Vandalousie » (le « v » initial disparaîtra plus tard) avant de franchir les « colonnes d’Hercule », de traverser le Maghreb d’ouest en est et de s’établir définitivement sur les ruines de l’ancienne Carthage, en Tunisie, d’où ils furent délogés et exterminés un siècle plus tard… Pendant ce temps, les Wisigoths, christianisés, dominèrent la quasi-totalité de la péninsule ibérique du Vème au VIIème siècle.
En l’an 711, le conquérant berbère Tarik, converti à l’Islam, traversa les colonnes d’Hercule (rebaptisées depuis détroit de Gibraltar = « djebel Tarik » signifiant « montagne de Tarik ») et à la tête de sept mille hommes écrasa les Wisigoths à la bataille du Guadalete. Ce fut le prélude aux invasions arabo‑musulmanes qui, en quelques décennies, soumirent toute l’Espagne, sauf les Asturies, berceau de la « Reconquista » (fig. 3). Les Arabes nommèrent « Al Andalous« , toute la partie de la péninsule soumise à l’Islam. Un grand nombre d’Andalous se convertirent à l’Islam qu’ils adaptèrent à leur vieille civilisation méditerranéenne et dont ils firent une religion accueillante. L’Andalousie connut alors une exceptionnelle période de rayonnement intellectuel et artistique.
De 756 à 1031, les Omeyyades (ancienne dynastie régnante à Damas, où elle venait d’être détrônée par les Abbassides) y développèrent une civilisation brillante. En se proclamant calife en 929, Abd‑el‑Rahman III affirma sa puissance et l’indépendance de L’Espagne : Cordoue connut alors son apogée, avec une célèbre université où se cotoyayent savants et philosophes musulmans, juifs et chrétiens. La décadence politique (contrastant avec la vitalité intellectuelle) provoqua le morcellement
d’ « AIl Andalous » en une série de petits royaumes (« los reinos de
taifas« ).

Ce furent alors des dynasties maghrébines, d’origine berbère, qui refirent à trois reprises à leur profit l’unité de l’Andalousie : successivement les Almoravides (1086‑1143), les Almohades (jusqu’en 1184) et les Merinides (1275‑1291). Séville devint alors la capitale d’un royaume prospère : le sultan Yacoub Al Mansour (1184‑ 1199) y fit construire la « Giralda« , minaret qui reste aujourd’hui le seul vestige de l’ancienne mosquée.
Mais la reconquête chrétienne s’accomplissait inexorablement : en 1248, Ferdinand III de Castille, cousin de Saint‑Louis, délivra la ville du joug arabe. Grenade devint alors, pendant deux siècles et demi, sous la dynastie des Nasrides, le dernier lambeau de l’Espagne musulmane : on y construisit l’Alhambra (le château rouge), l’une des plus formidables forteresses que homme ait jamais réalisées. Vers la fin du XVème siècle, des querelles de palais amenèrent le massacre de la puissante famille des Abencérages et surtout l’abdication du dernier roi maure de Grenade, Boabdil (« el rey chico » : l’enfant roi) qui, le 2 janvier 1492, remit les clefs de sa ville aux Rois Catholiques Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille, et partit en exil. La domination musulmane en Espagne avait duré 781 ans !
Quelques mois plus tard, un nommé Christophe Colomb (dont une dizaine de cités prétendent être la ville natale) partit avec trois caravelles (la « Pinta », la « Niña » et la « Santa Maria »), à la découverte des Indes par l’Ouest : on sait ce qui s’en suivit ! Pendant plusieurs siècles, les ports andalous, Séville et Cadix en particulier, eurent le monopole du commerce avec l’Amérique : on y établit la fameuse « Casa de Contratación ».
Désormais, l’histoire de l’Andalousie se confondit avec celle de l’Espagne unifiée…
Le film présenté par notre conférencier relate un voyage de huit jours qu’il effectua au cours des vacances de Pâques 1983. En voici un bref résumé, afin que ceux de nos membres qui souhaiteraient à leur tour découvrir cette belle province espagnole puissent bénéficier d’un itinéraire qui a le mérite de ne rien oublier d’essentiel (si ce n’est Gibraltar, dont les liaisons avec l’Espagne par voie de terre étaient alors impossibles et qui viennent d’être rétablies en février 1985).
1.‑ PARIS ‑ SÉVILLE.‑
Trajet en avion, avec escale à Madrid. Installation à l’hôtel. Promenade en soirée dans une ville de plus d’un demi‑million d’habitants en pleine effervescence, car c’est la Semaine Sainte.
2.‑ SÉVILLE.‑
Visite de la ville, en particulier de la cathédrale (chapelle royale, sanctuaire, colossal tombeau de C. Colomb) et de sa tour haute de 98m : la « Giralda« , ainsi nommée en raison d’une statue de la Foi, en bronze, qui tourne au gré des vents.
Promenade dans le Parc Marie‑Louise, sur la Place d’Espagne (ornée d’ « azulejos », carreaux de faïence représentant les blasons des différentes villes et provinces d’Espagne) et dans le Barrio de Santa Cruz (ancien quartier juif) fleuri et ombragé.
Le soir, défilé de Pasos, lourdes plateformes décorées de fleurs et supportant des statues de bois polychrome, témoignant de la piété de leur propriétaire par la richesse de leur parure : certains « pasos » peuvent peser jusqu’à deux tonnes et nécessitent plusieurs dizaines de porteurs (les « costaleros »). Les cortèges sont caractérisés par les « pénitents« , anonymes sous leurs hautes cagoules (noires, blanches, rouges ou violettes). Parfois fuse une « saeta », poignant chant improvisé par un ou plusieurs spectateurs, qui n’est pas sans rappeler le flamenco.
3.‑ ITALICA et SEVILLE.‑
Le matin, visite d’Italica, patrie de Trajan. Ancienne ville romaine importante, aujourd’hui en ruines à 10 km de Séville, Italica conserve son amphithéâtre (dont le modèle fut le Colisée de Rome) et d’intéressantes mosaïques.
L’après‑midi, suite et fin de la visite de Séville. Nous admirons en particulier le « paso » de la Macarena, la vierge des Toréadors. Promenade dans le faubourg de Triana (sur la rive droite du Guadalquivir, dont le nom signifie, en arabe, « le grand fleuve ») et dans différentes églises de la ville où l’on peut admirer des œuvres de Murillo, Zurbaran, Velasquez…

4.‑ SÉVILLE ‑ ALGÉSIRAS.‑
Départ pour Jerez de la Frontera (plus connu sous le nom français de Xérès, célèbre par ses vins) et Cadix (l’une des plus vieilles villes d’Espagne) : c’est près d’ici, au cap Trafalgar, que Napoléon connut sa principale défaite maritime ; et c’est à Cadix, en 1812, que fut rédigée une Constitution libérale qui ne fut appliquée qu’entre 1820 et 1823 sous la conduite de Riego ; les troupes françaises y remportèrent, en 1823, la victoire du Trocadéro qui permit au Roi d’Espagne Ferdinand VII d’être rétabli dans la plénitude de ses pouvoirs.
L’après‑midi, nous longeons la Costa de la Luz jusqu’à Tarifa (superbe point de vue sur le détroit de Gibraltar, Tanger et le roc de Ceuta) et Algésiras où nous logeons.
5.‑ ALGÉSIRAS ‑ RONDA ‑ TORREMOLINOS .‑
Une incursion dans l’intérieur à ne pas manquer : Ronda, construite dans un site de plateforme entaillée par les gorges du rio Guadalevin. Le « tajo » (ravin) divise la ville en deux quartiers : la Ciudad et le Mercadillo, reliés par le Pont Neuf. Berceau de la tauromachie (grâce à la famille Romero), Ronda est célèbre par ses arènes (construites en 1785), ses rues pittoresques (étonnant balcon en forme de cage d’oiseau) et sa collégiale (avec ses absides rebondies). La Serrania de Ronda est une zone montagneuse, soumise à une intense érosion et caractérisée par une maigre végétation : pinsapos et figuiers de Barbarie.
Retour sur le littoral (la « Costa del Sol« ) et, via Marbella, arrivée en soirée à Torremolinos, T’un des hauts lieux du tourisme de luxe.
6.‑ TORREMOLINOS ‑ MALAGA ‑ GRENADE.‑
Ne pas rater le lever de soleil sur la Costa del Sol !
Le matin, visite de Malaga, célèbre par son vin d’apéritif ou de dessert, liquoreux et corsé, au délicieux parfum de raisin sec. Grand port en relation avec l’Afrique, Malaga fait un peu penser à Nice. Sa cathédrale, commencée au XVIème siècle, n’a jamais été terminée : la tour de droite est sans couronnement.

(D’après photo Ed. Garcia Garrabella y Cla. Saragosse)
Alcazsba de Mélaga.
Ce qu’il ne faut pas manquer à Malaga, ce sont les deux forteresses qui dominent la ville : l’AIcazaba et le Gibralfaro : murailles jardins arabes avec bougainvillées, jasmin et chèvrefeuille… et quel panorama !

(D’après photo Archivo MAS, Barceione.)
Grille de fer forgé. — Grenade. — Chapelle Royale
L’après‑midi, direction Grenade, patrie d’Eugénie de Montijo (qui épousa l’Empereur Napoléon III) et dernier bastion de l’Espagne musulmane. Nichée au creux de sa « vega » (plaine), cette ville est pourtant bâtie sur trois collines : le Sacromonte (où vivent les Gitans, véritables troglodytes), l’Albaicin (d’où l’on jouit de vues superbes, surtout au crépuscule) et l’Alhambra où la forteresse construite par les Nasrides voisine avec de somptueux jardins comme celui du Generalife. En ville, la chapelle royale renferme les mausolées des Rois Catholiques. En une cinquantaine de kilomètres, on peut accéder (par la plus haute route d’Europe) aux sommets de la Sierra Nevada qui, comme son nom l’indique, est perpétuellement couronnée de neige. Après‑dîner, soirée folflorique (Flamenco, danses, …)

La Cour des Lions.
7.‑ GRENADE ‑ COURDOUE.‑

(D’après photo Fco. Cataié Roca, Barcelone.)
Mosquée de Cordouo.
Parcours sans grand intérêt. Par contre, à Cordoue (où il ne faut pas oublier de goûter l’une des spécialités gastronomiques locales : la queue de taureau !), éblouissement devant la Mosquée‑cathédrale, unique en son genre. À l’intérieur de l’édifice musulman, justement célèbre par la superposition de deux étages d’arcs polylobés et par la coupole de marbre du superbe mihrâb (niche orientée vers la Mecque) , on trouve une cathédrale chrétienne qui, partout ailleurs, eût été une merveille : « Vous avez détruit ce que l’on ne voyait nulle part pour construire ce que l’on voit partout » aurait rugi Charles Quint, mécontent.
À voir aussi à Cordoue les quartiers anciens et l’Alcazar.
8.‑ CORDOUE ‑ CARMONA ‑ aéroport de Séville ‑ PARIS
Entre Cordoue et Séville, il faut visiter Carmona, bâtie en hauteur, sur un site superbe qui domine l’immense plaine céréalière du Guadalquivir… Et nous regagnons… Paris, tout en gardant au fond de nous un peu de soleil andalou.

(D’après phato Diario de Barcelona.)
La Semaine Sainte à Séville.
(D’après phato Diario de Barcelona.) La Semaine Sainte à Séville.
+ de 1100 textes des conférences du CDI sont disponibles sur le site du CDI de Garches et via le QRCode


Laisser un commentaire