Thèmes : Art, Histoire, Sortie-Visite.
Sortie-Visite du mardi 3 juin 1997.
Fiche de visite par Emile Brichard
L’une des richesses les plus mystérieuses de Paris ce sont ses passages, moins secrets certes que les fameuses « traboules » lyonnaises, mais plus propices aux flâneries et aux rêves, comme à toutes les curiosités et à toutes les découvertes.
Le 10ème arrondissement a les siens – passage du Désir, passage du Prado, passage Brady – mais je ne crois pas qu’ils seront sur notre chemin car c’est dans le 2ème et le 9ème que leur densité est la plus forte et c’est là, je crois, que se déroulera notre visite.
Ces passages marchands et piétons restent donc encore aujourd’hui un îlot de calme au centre de la circulation urbaine. La plupart d’entre eux furent ouverts au cours de la première moitié du XIXème siècle à l’emplacement d’hôtels particuliers mais le point culminant de leur vogue sera le Second Empire.
Sauf imprévu, nous partirons donc du passage Vero-Dodat entre le Palais-Royal et la Bourse du Commerce, passage où se situait dans les temps lointains un départ de diligences.
A partir de là, nous suivrons les détours qu’ont prévus nos conférencières et nous trouverons sur notre chemin, ou à proximité, les galeries du Palais-Royal ou le passage des Deux Pavillons, les unes faisant suite à l’autre.
La Bibliothèque Nationale n’est pas loin et certains d’entre nous s’attarderont peut-être aux étalages des librairies passage Colbert ou galerie Vivienne ; restons quelques instants dans cette dernière et rappelons que les revenus qu’elle procurait à son propriétaire servirent à doter les peintres et sculpteurs qui revenaient de Rome avec leur prix symbolique.
Rappelons aussi qu’y résida Vidocq « ex-chef de service de la police particulière de la Sûreté qu’il a dirigé pendant vingt ans avec un succès étonnant » comme il l’écrivit sur son papier à lettres. Nous avons revécu ses exploits à la télé … Mais ce que nous n’avons pas revu, ce sont les spectacles du « Cosmarama », invention de l’abbé Gazzara qui y présentait des paysages où un jeu de miroirs grossissants donnait l’impression du relief.
Nous serons, par le rappel du « Cosmorama », introduits au passage de ces « panoramas » dont l’histoire est la plus fournie. D’abord par l’installation de ces fameux « panoramas », où, sur une idée d’un peintre anglais, un nommé Fulton était venu proposer à la toute fin du XVIIIème siècle au Directoire, l’idée de l’installation de « panoramas » représentant des sites célèbres qui permettaient aux Parisiens de rêver de voyages à peu de frais. Ce Fulton était un homme plein d’idées puisqu’en outre, il proposait :
- des Torpédos, espèces de bombes sous-marines appelées torpilles,
- un Nautilus, bateau sous-marin … avant Jules Verne,
- de paisibles bateaux à vapeur qu’il fit naviguer sur la Seine.
Et ce passage restait à la pointe du progrès puisque c’est en cet endroit que se firent les premiers essais d’éclairage au gaz. Nous étions en 1817 et depuis deux ans, Napoléon était à Sainte-Hélène.
Que ferons-nous encore ?
Le passage Sainte-Anne où la Revue spirite d’Allan Kardec avait son siège. Allan Kardec, vous avez vu sa tombe au Père Lachaise où les passionnés viennent encore sur la tombe de l’ancien druide. Le passage Choiseul où l’éditeur Lemerre accueillit les poètes parnassiens de la fin du XIXème siècle. Lemerre et son passage sont peut-être oubliés, mais il nous reste Baudelaire, Lecomte de l’Isle, Verlaine et quelques oubliés dont François Coppée.
Espérons qu’on se retrouvera sans trop de mal pour le retour, car entre confiseries et salons de thé, entre librairies et galeries … sans compter les magasins de mode, on aura bien du mal à rester un groupe compact, ou alors il faudra que nos conférencières aient bien du talent.
Puisque je me suis attardé un peu longuement sur le besoin de distraction et de dépaysement des Parisiens du XIXème siècle, laissez-moi vous parler d’une attraction qui eut son heure de célébrité. Il s’agissait d’une immense Europe avec ses plaines, ses montagnes et ses rivières que l’on pouvait surplomber au cours d’un voyage. C’était déjà un peu la « France Miniature » que nous avons pu voir il y a quelques années. Les échelles y étaient respectées, les arbres y étaient représentés en ce qu’on appelle maintenant des bonsaïs, et l’on pouvait en quelques minutes se promener au-dessus de Londres ou de Vienne, contempler de haut la botte italienne ou la presqu’ile scandinave. Mais malgré les timides essais de gaz d’éclairage, une chose ne pouvait pas être représentée parce qu’inimaginable : les vallées lumineuses qui traversent la nuit : la Seine, le Rhin ou la Tamise. L’ouvrage s’appelait le géoplaste européen, s’étendait sur 15 hectares, la Seine était large de 1,2 mètres …
Vous voyez, il reste aussi bien des choses qui pour nous sont inimaginables.
***
*
Compte-rendu de la visite par Emile Brichard
Descendus du car, il nous fallait d’abord trouver notre guide qui nous attendait au passage Vero-Dodat. Mais ce passage a une entrée et une sortie très interchangeables. Il nous fallut d’abord pour trouver la bonne, nous repérer dans le numérotage de la rue Jean-Jacques Rousseau.
Nous pouvons donc confirmer que ces quartiers des deuxième et troisième arrondissements ont su au cours des siècles concentrer et conserver les attributs nécessaires à la vie d’une grande ville puis à l’enracinement d’un jeune état. Il fallut donc d’abord assurer la subsistance et les échanges vitaux donc commerciaux, c’est-à-dire que s’installèrent près du centre militaire et politique, le Louvre, près du centre religieux, Notre-Dame de Paris, près du centre judiciaire, le Palais de Justice, et les éléments de l’indispensable et de l’inévitable intendance : les Halles et la Bourse du Commerce, et elles s’installeront pour des siècles. Jouant leur rôle de véritables aimants, elles attirèrent l’administration des Postes, la Banque de France et nous pouvons longer ces prestigieux établissements avant de rejoindre notre passage Vero-Dodat.
La somnolence du lieu et sa vétusté ne rappellent en rien l’animation, les bruits et les odeurs qui devaient envahir ce passage lorsque Vero-Dodat était le lieu de départ des diligences, mais le vocabulaire des cochers ne devait en rien être moins coloré que celui de nos actuels automobilistes.
Nous trouverons plus d’animation mais aussi un entretien plus vigilant et une présentation plus raffinée, luxueuse souvent, dans la suite de notre promenade. De nos promenades devrais-je dire, car tout en prêtant une oreille attentive aux propos de nos conférencières, nous gardons un œil sélectif sur ce que nous présentaient les commerces richement ou savamment achalandés et les choix que faisaient les uns et les autres étaient bien différents.
La proximité de la Bibliothèque Nationale voulait que les passages proches du Palais-Royal, c’est-à-dire les passages Vivienne, Colbert ou Choiseul soient souvent occupés par des librairies particulièrement bien garnies ; nous offrant la variété de leurs choix et la qualité de leurs ouvrages. Suivant le goût de chacun on s’arrêta, on feuilleta, on consulta.
Les ateliers d’art étaient également nombreux, aussi riches que variés mais ne retenaient guère que notre regard. Bien sûr ! Cette fois on ne touchait pas …. et quand on ne peut pas toucher, pensez Mesdames aux soldes des magasins, le plaisir est bien diminué.
Alors on se contenta de regarder. On admira l’entretien et la restauration des poupées anciennes, la richesse des magasins de cristallerie, la variété et l’originalité des ateliers d’artistes.
Quelques haltes nous regroupaient de temps en temps autour de nos conférencières, et nous avions quelques points de repères sur l’histoire des passages, la qualité et la personnalité de leurs habitants.
Le passage des Panoramas rappela une période où la mode s’empara de l’exotisme et de l’histoire. On venait y contempler des vues – des panoramas – des cités de l’histoire ancienne, Rome ou Jérusalem. La photo – nous étions au début du XIXème siècle – ne faisait que débuter (d’ailleurs « photographie » n’était pas encore raccourci en « photo »). Elle se contentait de portraits soigneusement posés et n’avait pas encore atteint le stade du reportage. Elle n’apportait donc rien et les artistes des vastes panoramas proposés se contenter pour meubler leurs toiles des souvenirs de quelques voyageurs ou de descriptions littéraires.
Quoi qu’il en soit les panoramas étaient fort appréciés et attiraient une foule nombreuse qui se renouvelait de saison en saison. Ils attiraient la foule des curieux, mais les cafés, fort nombreux, et il en existe encore de très confortables, attiraient eux, les promeneurs et les oisifs. Puis viendra la mode des salons de thé dont les clients appréciaient à la fois l’animation et le calme de ces véritables « rues piétonnes ».
Car bien entendu, ces « passages » étaient finalement comparables à ce que sont devenues et deviennent un peu partout les « rues piétonnes ». Pas de fiacres, pas de livreurs, mais des promeneurs et des curieux. Il me semble que sous divers prétextes, on entend de nos jours un refrain comparable. Bah ! cela ne fait que cent cinquante ans de différence.
Le passage des Panoramas puis celui des Variétés nous avaient alors conduits derrière le théâtre des Variétés et nous retrouvâmes le ciel parisien au niveau du Boulevard Montmartre.
En face de nous, à la hauteur du musée Grévin, s’ouvrait le passage Jouffroy, puis le passage Verdeau et celui du Havre nous auraient permis de rejoindre la gare Saint-Lazare. Les noms des rues et des boulevards rappelaient les activités des commerces parisiens : La Grange Batelière, le Boulevard Poissonnière, la Rue des Deux Ecus, aussi pittoresque dans son appellation que celle retrouvée naguère « Vide-Gousset ».
On avait aussi au cours de notre promenade rencontré sur les lieux où ils vécurent des personnages pittoresques que nous rappelèrent nos conférenciers : Allan Kardec, Fulton, Vidocq, je n’y reviens pas puisque je les avais évoqués dans ma « fiche de visite ».
On put donc tranquillement attendre notre car qui nous retrouva sans trop de difficulté, nous récupéra et bien calés dans les fauteuils confortables, nous rentrâmes tranquillement à Garches.
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