Thèmes : Art, Histoire, Médecine, Peinture, Sciences.
Conférence du mardi 13 mai 1997
Par Émile Brichard
MICHEL DE CHAMILLART ET CASIMIR DAVAINE
Voici pour votre dernière réunion de l’année, après nos « Deux Garchois turbulents, Soult et de Morès », « Deux Garchois laborieux, Michel de Chamillart et Casimir Davaine ».
Enfin, comme l’année dernière, « Garchois » ou presque.
Et cette réunion a déjà un goût de vacances avec ses sujets moins ardus, quelques digressions et quelques absences.
Aussi nous profiterons des promenades que nous offrent, à portée de nos jambes, les Alpes galantes des Yvelines où travaillèrent et vécurent nos héros. Galantes, elles le sont, nos vallées et leurs forêts avec leurs rendez-vous de chasse, leurs bergeries avec les noms qui nous restent, Madame de Pompadour, Madame du Barry, Miss Howard, leurs noms évocateurs, Beauregard, Bellevue et plus clairement encore « Bel Ébat » ou le « Cœur Volant ».
Il n’y a pas que la galanterie, il y a aussi la peinture avec les chemins des impressionnistes, de Sèvres à Bougival ou Port-Marly par Louveciennes, sans oublier les résidences royales ou princières à Marly, Bellevue, mais nous allons les retrouver.
Car le premier de ces « deux Garchois » nous fera connaître la vie quotidienne mais aussi les passions et les aventures du Grand Siècle à son déclin avec les tâches et le destin de Michel de Chamillart et de son voisin et collègue, le duc de Beauvilliers. Nous connaîtrons, grâce aux indiscrétions de Saint-Simon, les fastes et les rumeurs de la Cour, mais aussi ses inévitables promiscuités.
Le deuxième de ces Garchois nous fera vivre avec Casimir Davaine, ses moutons et ses rosiers, nous rencontrerons son voisin de la Celle-Saint-Cloud, Morel de Vindé qui s’est également penché – mais avec plus de dilettantisme sur les maladies du mouton. Ils eurent tous deux l’honneur d’un hommage d’un autre voisin, biologiste et écrivain : Jean Rostand, notamment dans son ouvrage « Hommes de Vérité ».
Vous voyez il est très riche notre petit terroir … et pas seulement galant et pittoresque.
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Les pamphlets furent plus expéditifs :
« Ci-gît le fameux Chamillart
« De son roi le protonotaire
« Qui fut un héros au billard
« Un zéro dans le ministère …
Un certain public aime les jugements sans nuance.
Et nous venons de voir apparaître Monsieur de Beauvilliers qui « … à Vaucresson s’était installé la plus jolie retraite du monde » et n’avait que le chemin de Normandie à traverser pour rejoindre son ami. Vaucresson a d’ailleurs conservé le souvenir de Beauvilliers dans son blason qui conserve les six merlettes du duc.
Les grandes familles ont aussi leurs drames et ceux-ci ne furent pas épargnés, mais restons sur le plan de l’action politique, nous retrouvons le duc avec Fénelon dans son ouvrage « Télémaque » sur l’éducation du duc de Bourgogne, avec Vauban qui emmène son élève aux frontières avec le Maréchal Vendôme, aux campagnes de Flandres.
Beauvilliers faisait partie, avec Fénelon et Vauban, du groupe … disons pacifiste et intellectuel qui entourait le Dauphin. Tous disparurent entre 1710 et 1715 et Louis XV et la Régence succéderont alors aux tristesses et aux deuils de la fin du règne du Grand Roi.
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Quittons les méandres de l’Histoire pour les certitudes de la science et pour s’arrêter sur « les obscurs, les sans grades ». Morel de Vindé, Casimir Davaine, qui préparent les épanouissements des Louis Pasteur ou Gaston Ramon, et, comme devait le démontrer Pasteur, montrent que la génération spontanée n’existe pas.
Ils ont mérité l’un et l’autre l’hommage de Jean Rostand, notre voisin, cet infatigable curieux, et curieux de tout, sur lequel, après le docteur Delaunay, il faudra bien revenir un jour, car derrière ce curieux se cachent un chercheur, un penseur, un vulgarisateur scientifique issu d’une famille de poètes.
A l’exemple de l’astronome Le Verrier, calculant puis découvrant Neptune à la place indiquée, Morel de Vindé et Casimir Davaine devineront puis trouveront les microbes.
Le premier fut un gentleman-farmer un peu dilettante et touche à tout, mais qui savait cultiver selon le mot de Jean Rostand, son « moi de prédilection ». Le second fut un médecin bien établi et un chercheur acharné qui savait aussi cultiver ses roses.
Morel de Vindé (1759-1842) vécut à l’époque du Maréchal Soult – que nous connaissons bien – mais dix ans après et par sa discrétion et sa fidélité, peut être considéré comme un « anti-Soult ». Il mérite bien le boulevard et le groupe scolaire que lui a dédiés la commune de La Celle-Saint-Cloud.
C’était le fils d’un conseiller du Roi au Parlement de Paris, aristocrate et cultivé qui démissionna après l’aventure de Varenne. Il traversa la Révolution d’abord avec enthousiasme, puis avec raison, enfin connut la déception et se retira au Château de La Celle-Saint-Cloud où il put, comme le Candide de Voltaire, cultiver son jardin, ou comme l’Alceste de Molière, trouver un désert « où d’être homme d’honneur on ait la liberté ».
Sur le plateau, après Joséphine et Soult, il élève des moutons et, confronté à une épidémie de chancre charbonneux, en 1811 – cinquante ans avant Pasteur -, il présente un rapport : « Conjoncture sur l’existence d’animaux microscopiques considérés comme une cause de plusieurs maladies du mouton ». Il propose la notion de « contage » (élément de la contagion) et mérite l’hommage de Jean Rostand dans son ouvrage « Biologie et Humanisme ».
Morel de Vindé écrivait prudemment : « Pourquoi ne pas admettre la supposition d’animaux parasites invisibles … et causes … de maladies qu’on ne peut expliquer ni guérir sans admettre leur existence ».
Morel de Vindé « admet » et « suppose », Casimir Davaine va le démontrer.
Mais Morel de Vindé s’est peut-être aussi un peu trop dispersé, nous le connaissons aussi démographe et sociologue avec ses études et commentaires sur le système de Malthus, donc sur le contrôle des naissances.
Il sait se montrer pédagogues avec ses conseils de bonne vieille morale :
« Soyez bons sans le dire et sages sans témoins
« Pour vous conduire bien, avez-vous donc besoin
« Qu’on sache vos vertus et qu’on vous applaudisse
« La vertu qui s’affirme est bien prêt d’être un vice
Il évoque dès 1817 les romans et les films de science-fiction par les dangers d’invasion d’animaux microscopiques.
Son activité locale l’amène à conseiller, puis exiger la vaccination anti-variolique dans les écoles ou à recommander la culture locale de la vigne sur des perches, « les hautains » qui auraient donné à notre plateau quelques aspects des campagnes italiennes.
Il a bien mérité son école et son boulevard à La Celle-Saint-Cloud.
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Casimir Davaine vécut de 1812 à J882, il mourut donc trois ans avant la première vaccination contre la rage et mérite qu’un long et riche chapitre lui soit consacré par Jean Rostand comme « Homme de Vérité ».
Il contribue à enrichir la vocation humanitaire à Garches de Brézin, fondateur d’un hospice pour invalides des guerres napoléoniennes jusqu’à Debat qui renouvela le capitalisme social en 1930 sur les anciennes carrières d’argile qui dominaient le champ de course. Il prend sa place parmi ces médecins, pharmaciens, chirurgiens tels Civiale, Clarion de Beauvais qui s’installèrent à Garches au temps du Second Empire. Et la tradition s’est poursuivie.
On trouve des détails très précis sur sa vie dans des études parues dans les bulletins municipaux de Garches.
Fils d’une famille de neuf enfants, il passe sa jeunesse à Saint-Amand des Eaux, ville du Nord de la France et nous le retrouvons à dix-huit ans à l’école de médecine de Paris, puis à vingt-trois ans externe à l’hôpital de la Charité où il est apprécié de ses maîtres P. Rayer et Cl. Bernard qui lui confient expériences et recherches. Il est amené ainsi à intervenir sur une épidémie de charbon en Eure-et-Loir, sur la transmission inter et entre espèces, sur le rôle du « sang de rate » et celui plus prémonitoire « d’étranges infusoires ».
Il s’installe médecin rue de la Chaussée d’Antin et est apprécié dans la haute société de l’époque – nous sommes au milieu du XIXème siècle. Il est amené à rencontrer Napoléon III, Marie du Plessis (la Dame aux Camélias) et fréquente des banquiers tels Rothschild et Eichthal qui sera son élève et qui lui accordera pour ses expériences la disposition de son hôtel. Sa renommée est en marche suivie par les honneurs, la légion d’honneur et les distinctions académiques mais, installé à Garches, il verra sa maison détruite en 1870, il la reconstruira puis se consacrera à ses rosiers.
« Le premier, il osa affirmer et sut démontrer par la méthode expérimentale qu’un « être » microscopique (le microbe ne sera proposé qu’en 1878) est l’agent responsable d’une maladie ».
On note, de Davaine à Pasteur, une véritable continuité. Le bacille du charbon est décrit par Davaine en 1850 puis définitivement identifié par Pasteur en 1877.
Chercheur minutieux dans ses découvertes, il a su se montrer audacieux devant certaines perspectives inexplorées :
- il démontre les prévisions de Morel de Vindé sur l’existence de bâtonnets dans le sang des malades : les bactéridies.
- partant de la probabilité théorique, il s’appuie sur l’expérience et l’observation pour parfaire sa démonstration gardant toujours une humble modestie : « J’espère pouvoir apporter quelque lumière sur ce sujet » tout en restant attaché à la démonstration rigoureuse.
- il pressent le rôle et l’action protectrice du placent a pour l’immunité des nouveau-nés.
- il envisage l’extension de ses recherches au parasitisme végétal et essaie sur les chancres du mouton le « thermothérapie », c’est-à-dire le rôle de la chaleur.
- il a une prescience de la « chimiothérapie », du rôle des « antibiotiques » dans ses recherches sur les feuilles de noyer et envisage leurs limites « détruire sans nuire ».
- mais il sait que les mystères des « contes » du contage restent. Les bactéries datent de 1863, les microbes de 1878. On n’a pas encore atteint les virus ni les ultra virus …
Ainsi, Casimir Davaine mérite de recevoir des Garchois un devoir de mémoire, envers l’homme et son action, envers le site dont il enrichit l’Assistance Publique qu’il convient de défendre et de mettre en valeur, envers son nom simplement puisqu’un autre Docteur Davaine, d’une trentaine d’années son cadet (est-ce son neveu car son unique fils mourut jeune ? ») fut victime d’une épidémie de « croup » – terreur des mères avant Ramon – au cours de soins donnés au début du XXème siècle.
En conclusion, avant le grand « au revoir » des vacances, je serai heureux si l’évocation de nos quatre « Garchois … ou presque » a pu donner quelques idées de lectures, a pu vous ouvrir à quelques curiosités, a pu vous suggérer quelques promenades.
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