L’ANGLETERRE ET L’EUROPE AU MOYEN-AGE

Thème : Histoire                                                                                                                           Conférence du mardi 08 novembre 2016

L’ANGLETERRE ET L’EUROPE AU MOYEN-AGE

Par Monsieur Jean-Philippe GENET, Professeur Émérite à l’Université Panthéon-Sorbonne.

INTRODUCTION

Avec le Brexit, l’Angleterre semble vouloir se détacher du continent alors que durant de longues périodes ce ne fut pas le cas. Mais ici nous débuterons avec l’Angleterre romaine, pour ensuite évoquer une Angleterre nordique avec les invasions vikings. Au XIèm siècle, l’Angleterre devient continentale avec l’invasion normande, puis à la fin du XVIIèm siècle, c’est à dire à la fin d’un long Moyen-Âge, elle devient une grande puissance maritime et se constituera un immense empire se détachant à nouveau du continent.

I – D’une Europe à l’autre.

Depuis le VIIèm siècle avant J-C l’Angleterre est celtique. La population se compose de plusieurs familles celtiques, les familles majoritaires sont des Celtes P selon le classement des linguistes. En plus des familles celtes on trouve d’autres populations dont on ne sait pas grand chose. Les tribus celtiques se modifient au Ier siècle avant J-C car des Celtes de Belgique arrivent dans l’île et des guerres incessantes ont lieu. A cette époque les Romains connaissent déjà cette terre et dès 54 avant J-C, Jules César fait quelques tentatives d’invasion. Ce sera finalement l’Empereur Claude qui finira par conquérir définitivement la Bretagne comme ils la nomment, en 43. En 122, suite à plusieurs troubles et pour protéger la Bretagne romaine, l’Empereur Hadrien édifie un mur contre les peuples insoumis du Nord. Jusqu’au début du Vèm siècle, la Bretagne devient une province romaine comme les autres : romanisée et christianisée surtout à partir de l’Empereur Théodose qui établit le christianisme comme religion d’Etat en 380. Les invasions des Saxons, majoritaires, mais aussi des Angles, des Jutes et d’autres tribus germaniques, commencent au milieu du IVèm siècle. Par ailleurs, les Scots d’Irlande et les Pictes mettent à mal le mur d’Hadrien en 383. Les Romains, submergés par les grandes invasions abandonnent l’île en 410.

En 450, on retombe dans la situation antérieure à la romanisation : les tribus celtes se battent régulièrement, les villes sont abandonnées car non entretenues, toute l’organisation qui permettaient de faire fonctionner un Etat ayant disparu. Les tribus celtes employaient des mercenaires germains surtout Saxons, qui venaient par mer. Les nouveaux arrivants poussent les Celtes vers l’Ecosse et le Pays de Galles. Finalement ce ne sont que les couches dominantes qui changent car la masse des paysans est la même. Les Anglo-saxons seront à leur tour victimes des invasions vikings. En effet, à partir de 793, les Vikings pillent les côtes anglaises. Au même moment, les royaumes anglo-saxons sont unifiés par Egbert de Wessex, un des principaux royaumes d’Angleterre, vers 829. Là encore les Vikings se mêlent aux populations locales c’est à dire saxonnes, dans le Nord de l’Ecosse et les côtes Est de l’Angleterre. Sur la côte Est de l’Ecosse ce sont les Celtes, qui avaient été repoussés par les Saxons, qui se mélangent aux Vikings et se sont les Vikings qui créeront les premières villes en Irlande. C’est pourquoi jusqu’à nos jours les plus grandes villes irlandaises telles Dublin ou Cork sont sur la côte. On se trouve face à une Bretagne définitivement tournée vers le Nord de l’Europe et ce n’est pas la conquête danoise qui va changer la donne. La Bretagne devient un élément de l’immense Empire danois qui comprend aussi la Suède et la Norvège. Cette domination danoise et cette intégration de l’Angleterre au sein d’un Empire maritime nordique dure jusqu’en 1042 date à laquelle la dynastie saxonne revient au pouvoir avec Edouard le Confesseur. En 1066, après la mort de d’Edouard le Confesseur, son beau-frère Harold Godwinson prend le pouvoir mais Guillaume II Duc de Normandie (connu aussi comme Guillaume le Conquérant), fils du cousin germain d’Edouard, Robert le Magnifique, revendique le trône d’Angleterre, franchit la Manche et défait Harold à Hastings en octobre 1066. Cette défaite peut s’expliquer par le fait que deux semaines auparavant bon nombre des chevaliers présents avaient livré bataille dans un affrontement avec des guerriers norvégiens en Ecosse. Le long trajet et la fatigue accumulée avaient diminué les guerriers saxons. Un autre élément à tenir en compte est le fait que Guillaume le Conquérant avait une puissante cavalerie et les Saxons avaient essentiellement une infanterie. La conquête normande racontée par la tapisserie de Bayeux est un événement fondamental pour l’histoire anglaise et rattache pour une longue période l’Angleterre au continent.

II – L’Angleterre royaume continental

Guillaume le Conquérant remplace en grande partie la noblesse saxonne par la noblesse normande et réorganise l’Angleterre suivant le modèle féodal central normand. Comme lors des invasions précédentes seules les élites changent car les paysans restent sur les terres. Les domaines dont sont dotés les barons normands sont dispersés et situés des deux côtés de la Manche ce qui empêcha la constitution de contre-pouvoir territoriaux. Guillaume II de Normandie couvre l’Angleterre de châteaux forts dont la célèbre Tour de Londres. Il fait également établir une sorte de cadastre, le Domesday Book, où il apparaît que seul quatre pour cent des propriétaires sont anglo-saxons et même si la majorité des Seigneurs sont Normands on trouve aussi des Flamands et des Germains entre autres. Le pouvoir normand s’installe définitivement et son pouvoir est double : l’Église et l’aristocratie féodale. Ce sont les mêmes grandes familles qui donnent des hommes aux deux groupes. Dans le domaine religieux, les Grégoriens prennent le pouvoir et obtiennent la main mise sur la Papauté. Le mariage devient un sacrement alors qu’il n’était qu’un contrat, entraînant ainsi l’interdit du divorce. Par ailleurs, les interdits de mariage sont très forts ainsi par exemple on fixe l’interdiction de mariage jusqu’au septième degré. Le remariage en cas de veuvage est quasiment banni. Cependant, au fil des siècles le système s’assouplit. A noter que les églises celtiques ne suivent pas les règles imposées par les Grégoriens c’est pourquoi le Pape a soutenu Guillaume et les Normands. De nombreuses églises sont bâties et on assiste à un véritable maillage de l’Eglise. On dénombre la construction d’environ 331 monastères entre 1066 et 1500.

Sous les Rois normands, l’installation de la féodalité permet de donner des chevaliers qui font la guerre. A la mort de Guillaume le Conquérant, le royaume principal c’est à dire la Normandie va au fils aîné Robert, et les acquêts, l’Angleterre, à Guillaume le Roux. Finalement, c’est Henri II, comte d’Anjou et petit-fils d’Henri Ier qui devient Roi en 1154. De part sa femme, Aliénor, il récupère la région Aquitaine qui recouvre un très grand Sud-ouest, il devient aussi Seigneur supérieur de la Bretagne et de l’Ecosse. Il gouverne difficilement cet immense territoire et doit passer son temps entre la Normandie, l’Angleterre et l’Aquitaine car le Roi ne peut régner que s’il est présent. Henri II va organiser l’Angleterre afin d’en tirer le maximum économiquement notamment avec un système d’amendes très élaboré. On paye des taxes quasiment pour tout ce qui engendre de colossales recettes et ce qui permet de faire la guerre. Ce sont les Normands qui créeront le système dit de l’échiquier qui est un système de comptabilité très efficace et qui permet une tenue des comptes écrites sur des parchemins qui sont ensuite roulés. On peut dire que c’est un embryon de fiscalité et L’Angleterre est le premier pays à se doter d’un tel système. A la fin du XIIèm siècle Richard Ier Coeur de Lion participe à la troisième croisade et son frère, Jean Sans-Terre perd toutes ses possessions françaises confisquées et conquises par le Roi de France Philippe Auguste. Les barons se soulèvent et Jean est obligé d’accepter la Grande Charte en 1215 qui limite son pouvoir. Ainsi, les taxes nouvelles devront être acceptées par un conseil de barons, préfiguration du Parlement. Un système de douane est crée ce qui pour une île est assez aisé. Ainsi une taxe est créée sur la laine qui est achetée par les Flamands pour approvisionner leurs draperies. Cette taxe est si rentable que le Roi obtient un crédit et peut emprunter aisément aux banques florentines.

En 1294 débute la Guerre de Cent Ans d’abord avec de petits conflits régionaux puis un conflit plus général au XIVèm siècle. Grâce à son système fiscal bien plus élaboré qu’en France, le Roi d’Angleterre dispose de beaucoup plus de moyens financiers que le Roi de France. Les Anglais remportent les victoires de Crécy (1346) et de Poitiers (1356). Cependant, le coût financier élevé de cette longue guerre oblige le Roi à donner plus de pouvoir au Parlement qui, sous le règne d’Edouard III, se divise en deux chambres. Finalement en 1420 est signé le Traité de Troyes entre Charles VI et le Roi d’Angleterre. L’Angleterre exige deux royaumes séparés car les Anglais ne veulent pas d’une monarchie absolue à la française mais bien une monarchie parlementaire. A la fin de la Guerre de Cent Ans, l’Angleterre traverse une crise mais c’est durant cette période que se forge l’identité anglaise.

III – L’Angleterre prend la mer.

Au cours du XVèm siècle on voit apparaître une réelle identité anglaise qui sera possible grâce à une même unité religieuse et une haine commune des Celtes, considérés barbares car par exemple ils tuent les prisonniers n’ayant pas de villes ou de châteaux où les garder. Par ailleurs, les Celtes continuent de pratiquer l’esclavage. Partout on impose le système fiscal anglais et la Common Law, tout est fait pour les Anglais quel que soit leurs origines. La langue anglaise elle aussi finit par s’imposer sous Richard II.

Les monarques Tudor vont imposer une monarchie forte à la française et ne convoquent pas le Parlement mais ils ne font pas la guerre ce qui leur permet de développer l’économie notamment les manufactures textiles. Ainsi à partir de 1500 l’exportation est en plein essor et pour assurer cette exportation il faut des bateaux. C’est ainsi que la marine anglaise se développe considérablement, surtout à Bristol. Les premières routes maritimes se dessinent bien qu’au XVIèm siècle ce ne soit que des routes assez proches essentiellement vers l’Islande ou le Groenland. Dans cette région de l’Atlantique Nord les marins anglais côtoient les marins Basques plus expérimentés et au contact de qui ils peuvent améliorer leurs cartes et leurs techniques de navigation. La présence anglaise dans le Nord s’affirme.

Henri VIII remet en avant le Parlement car il veut divorcer de Catherine d’Aragon mais n’obtient pas le divorce car le Pape ne peut s’opposer à la couronne d’Espagne. Il reste catholique mais devient le chef de l’Eglise anglaise. Une grande partie de la richesse de l’Eglise revient aux aristocrates. Il obtient donc un fort soutien du Parlement. C’est ainsi que commence le détachement avec le continent. L’Angleterre se tourne vers la mer et de façon plus ambitieuse que jusqu’alors. William Drake, sorte de mercenaire, fait le tour du monde en trois ans. Les Anglais créent diverses compagnies (the Merchants of London) maritimes et commerciales mais aussi des compagnies de piratage dont Drake fera partie et qui attaquent régulièrement les galions espagnols remplis d’or qui revenaient des Amériques. Les Anglais utilisent de petits bateaux faciles à manier qui peuvent porter une attaque et repartir rapidement. Le développement des routes maritimes et du commerce laisse présager une conquête globale qui aboutira à la constitution d’un Empire richissime, basé sur le contrôle des mers.

CONCLUSION

La conquête romaine avait permis à la Bretagne de s’intégrer dans un vaste Empire continental où elle n’était qu’une province comme les autres, puis à la chute de l’Empire romain nous sommes face à une Bretagne saxonne définitivement tournée vers la mer du Nord et la Baltique avec les invasions vikings. La conquête de Guillaume le Conquérant rattachera à nouveau l’Angleterre au continent mais une nouvelle étape sera franchie avec la découverte de l’Amérique et le développement du commerce international faisant, aux XVIIIèm et XIXèm siècles, de l’Angleterre la première puissance maritime au monde et le plus riche Empire jamais créé. L’histoire des dernières décennies avec la création de l’Union européenne réintègre l’Angleterre au continent mais le très récent Brexit tente d’imposer une identité anglaise et ébranle l’identité britannique créant ainsi des tensions entre les peuples du Royaume-Uni.

 

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