GRIPPE AVIAIRE, CHIKUNGUNYA, EBOLA, SOMMES-NOUS MENACES ?

Thèmes: Médecine, Sciences, Société                                                                                                                         Mardi 05 Mai 2015

GRIPPE AVIAIRE, CHIKUNGUNYA, EBOLA, SOMMES-NOUS MENACES ?

par Monsieur Yves Buisson, Professeur agrégé du Val de Grâce et membre de l’Académie Nationale de Médecine.

INTRODUCTION

Les maladies infectieuses ont causé de grands ravages au cours des siècles. Ainsi au XIVème siècle, la peste fait 25 millions de morts, au XIXème siècle, le choléra 35 millions, et la tuberculose plus de 50 millions. Au XXème siècle, la grippe espagnole tue 20 à 50 millions de personnes, et le SIDA emporte 20 millions de personnes. Dans les années 1960, suite à la généralisation de la vaccination notamment, on pense que les risques sont derrière nous. Or, en 2010 le nombre de décès dus aux maladies infectieuses est encore d’environ 12 millions de personnes.  Les maladies infectieuses sont impossibles à éradiquer car de nouvelles maladies apparaissent sans cesse, phénomène dû à un nouveau pathogène (legionella), à la mutation d’un pathogène (tuberculose, grippe), à une expansion géographique (dingue, chikungunya) ou une re-émergence d’un virus connu (syphilis, choléra). Les virus sont dangereux car ils ont la capacité de se modifier pour passer de l’animal à l’homme.

I La grippe.

Il existe plusieurs types de virus, A, B et C ; c’est le virus A qui est le plus virulent. Le virus de la grippe passe son temps à muter. Ainsi un même sous-type peut se modifier légèrement chaque année si bien qu’au bout de quelques années il est totalement différent, rendant l’immunité inefficace. Il existe aussi des modifications majeures qui vont provoquer une pandémie (par exemple celle de la grippe espagnole de 1918).

Parfois le virus disparaît puis réapparaît. C’est le cas du virus de la grippe espagnole qui disparaît durant 20 ans puis revient sous la forme de la grippe russe de 1977. Le virus est le même, c’est la souche H1N1, mais sa structure antigénique est totalement différente.

Le virus de la grippe est toujours d’origine aviaire et touche fréquemment les canards, les oies et les poulets. En Asie du sud-est le transport illégal et sans normes d’hygiène d’animaux vivants est très répandu, ce qui multiplie le contact entre les volatiles et l’homme et favorise le passage de la grippe à l’homme. Il faut toutefois relativiser car pour un million d’oiseaux infectés on recense un cas humain de grippe aviaire H5N1. Certains virus adaptés à l’homme, comme le H1N1, sont très contagieux mais entraînent une faible mortalité, alors que les virus aviaires comme le H5N1 ont une faible contagiosité mais provoquent une forte mortalité, car le H5N1 affecte les poumons et non uniquement les voies respiratoires supérieures. Il existe trois manières de se protéger : porter un masque, se laver soigneusement les mains et se faire vacciner.

II Le chikungunya

Le chikungunya est une maladie virale transmise par le moustique. Les premiers symptômes sont semblables à ceux de la grippe, mais par la suite cette maladie provoque une inflammation des articulations qui peut être si douloureuse qu’elle fait marcher courbé. Au départ, le chikungunya est une maladie tropicale transmise par le moustique Aedes et le moustique tigre ; mais à cause du réchauffement climatique et du transport international, notamment des pneus qui sont des gîtes à moustiques, il s’est répandu dans le monde entier.

Aujourd’hui, les moustiques responsables de la transmission sont présents dans le pourtour méditerranéen. L’épidémie de la Réunion de 2005-2006 a touché 38% de la population de l’île. En 2014 ce sont les Antilles qui sont touchées et cette même année en France, on a recensé 11 cas autochtones, ( des personnes n’ayant pas voyagé). Actuellement il n’existe pas de vaccin contre le chikungunya ; il faut donc éliminer les gîtes à moustiques (sous-pots des plantes, fonds de piscine …) et se protéger mécaniquement avec les aérosols, les répulsifs ou les crèmes. L’étape suivante en cas de début de pandémie est la lutte chimique. A noter aussi que c’est le même moustique qui transmet le chikungunya et la dingue.

III Ebola

Cette maladie, connue depuis 1976, tire son nom de la rivière Ebola au Zaïre où le premier cas est apparu. Au début, ce virus touche surtout l’Afrique centrale. Ebola provoque une forte mortalité. C’est une épidémie rurale qui se transmet très facilement, surtout dans les hôpitaux africains où le manque de règles d’hygiène et le manque de matériel engendrent des contaminations. Ainsi certains hôpitaux de campagne africains ont disparu suite au décès du personnel médical. Le virus Ebola est porté par les chauve-souris, qui bien souvent contaminent des mammifères sauvages (grands singes, antilopes), qui sont ensuite consommés par les humains. Le virus est ainsi transmis à l’homme. L’épidémie de 2013 en Afrique de l’Ouest a débuté lorsqu’un enfant a mangé un fruit contaminé auparavant par une chauve-souris. L’épidémie s’est étendue car le premier cas est survenu près d’un axe d’échange entre trois pays : La Guinée, le Liberia et la Sierra Léone. Au dernier recensement 25.826 personnes ont été victimes du virus Ebola et 10704 sont décédées. La France a joué un grand rôle dans la lutte contre cette maladie en Afrique.

CONCLUSION

Bien que les maladies d’origines tropicales comme le chikungunya, ébola ou la dengue nous paniquent, car très médiatisées, c’est la grippe qui tue le plus en France métropolitaine. Si on fait le bilan en France, le chikungunya n’a provoqué aucun décès, ebola aucun, et la grippe H5N1 aucun ; la grippe H1N1 pandémique 2009-10 a fait 312 morts et la grippe saisonnière de 2015 a entraîné la mort de 8500 personnes.  Pourtant la plupart de ces décès auraient pu être évités par la vaccination.

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