LES NORMANDS EN MEDITERRANEE

Thème: Histoire                                                                                                                                           Mardi 24 Novembre 2015.

LES NORMANDS EN MEDITERRANEE

slider_cdi_70

par Madame Christine BOUSQUET, Maître de Conférences à l’université de Tours.

INTRODUCTION

En l’an 1000 le roi Otton réussit à instituer le Saint Empire Germanique qui englobe une grande partie de l’Europe occidentale. A cette époque les autres grands acteurs en Méditerranée sont l’Empire Byzantin à l’est et le monde arabo-musulman au sud de la Méditerranée et en Espagne, qui est lui-même divisé entre les Omeyyades, dans la péninsule ibérique, et les Fatimides au Caire. La Méditerranée est un espace de guerre. Telle est la situation lorsqu’un groupe de quarante chevaliers rentrant de Jérusalem se retrouvent à Salerne, ville assiégée par les Sarrasins.

I – Le temps des mercenaires (1016-1040)

L’arrivée de mercenaires normands dans les Pouilles fait suite à l’aide qu’ont apporté les quarante chevaliers normands lors de leur retour de pèlerinage pour libérer la ville de Salerne. Le prince de la ville est extrêmement reconnaissant et couvre de cadeaux les chevaliers normands. Il envoie aussi un ambassadeur afin de développer les relations avec les Normands et les attirer en Italie car ce sont d’excellents guerriers. Le Duc Richard de Normandie décide d’envoyer quelques mercenaires désireux de faire fortune. Ce sont souvent des fils cadets de grandes familles de la petite noblesse car le droit d’aînesse étant appliqué, ils ont peu d’opportunité de richesse en Normandie. Les mercenaires normands se mettent dans un premier temps au service des ducs italiens, souvent aux plus offrants. Un de ces mercenaires, Drengot, ayant un grand sens politique après avoir aidé le duc de Salerne à reprendre possession de sa ville, épouse sa sœur en 1029. Par ailleurs, Drengot reçoit la ville d’Aversa du Duc de Naples comme rétribution de ses succès guerriers. C’est le début de la présence permanente des Normands. Pendant vingt cinq ans les Normands vont s’adapter à la situation italienne et acquérir un grand sens politique. Ils vont évaluer les forces militaires et la complexité du monde italo-arabe. Cette phase d’observation est importante car à partir de 1040 les Normands vont passer à la conquête militaire et politique.

II – Le temps des petits seigneurs (1040-1054)

A partir de 1040, les Normands sont définitivement installés en Apulie mais cette présence n’est pas très appréciée. Les populations locales sont méfiantes et même les princes italiens constatent que de plus en plus les Normands agissent pour leur propre compte. En effet, peu à peu les Normands réussissent à se débarrasser de l’autorité des princes locaux. C’est dans ce contexte qu’une famille en particulier jouera un rôle prépondérant, les Hauteville.

Par ailleurs, entre 1030 et 1050 en Sicile, les Emirs se battent les uns contre les autres et certains font appel aux mercenaires normands. Ainsi, en 1038 trois cents Normands prennent la ville de Messine mais constatant que les caisses de la ville sont vides, ils retournent en Apulie. Alors que dans un premier temps les fils du patriarche Hauteville se mettent au service des princes italiens qui combattaient contre les Byzantins et les Sarrasins, Robert Guiscard, membre de la famille Hauteville,  fonde le premier Etat normand. Robert va mener une guerre en Italie du sud et va rentrer en conflit avec le Pape. En 1053, Léon IX forme une coalition contre les Normands qui sont bien moins nombreux mais qui vont battre les armées pontificales à Civitate et faire prisonnier le Saint Père. Léon IX sera gardé prisonnier huit mois à Benevento puis relâché mais il mourra un mois plus tard à Rome.  A partir de 1054,  les Normands vont passer à la conquête de nouveaux territoires.

III – Le temps des conquêtes (1054-1080)

En 1059, Robert Guiscard est investit comme Duc des Pouilles et de Calabre. Il prête sermon de fidélité au Pape Nicolas II. Les Normands vont soutenir le Pape qui cherche à se défaire de l’emprise des Byzantins. Il faut rappeler que c’est à cette époque qu’a lieu le schisme entre catholicisme et christianisme orthodoxe. Les Normands deviennent les gendarmes de la péninsule italienne. L’Etat normand naît face aux Germains, aux Byzantins et aux Arabes.

Robert sera soutenu par Roger qui arrive de Normandie et qui s’intéressera à la Sicile. La conquête de la Sicile sera difficile car entre 1060 et 1091 il faut souvent revenir dans les Pouilles pour consolider l’Etat normand qui est souvent attaqué. Quand en 1061 Roger débarque en Sicile, il se rend compte qu’il ne pourra la conquérir seul car les Arabes sont solidement implantés, il fait donc souvent appel à Robert. En dépit des difficultés, Palerme est prise en 1072 et Syracuse en 1086. De son côté Robert entre à Bari en 1071 et termine ainsi avec la présence des Grecs byzantins. Fin politicien, Robert empêche les pillages et allège les impôts que pratiquaient les Grecs afin de gagner la reconnaissance des populations. Bari est une conquête importante car c’est un port essentiel dans le commerce vers l’Orient et le dernier bastion grec dans les Pouilles. Quand Robert termine sa conquête totale des Pouilles, il peut se consacrer efficacement à aider Roger dans sa conquête de la Sicile. Cette conquête se fera sans massacres, ce qui, à l’époque est exceptionnel car au XIème siècle les massacres sont l’aboutissement des conquêtes, comme ce fut le cas notamment à Jérusalem en 1099. Les Normands vont continuer d’avancer vers l’ouest de la Sicile. C’est Bohémond, le fils de Robert Guiscard, qui établira son Empire en Sicile. Il va conquérir Antioche et devenir Bohémond Ier en 1076. Le fils de Roger, Roger II devient Roi de Sicile le jour de Noël 1130 en référence au couronnement de Charlemagne. Roger II reçoit la couronne de Constance et pose son empreinte sur toute la Sicile. Il va créer un Etat très centralisé et exiger une fidélité sans faille de ses barons. Ainsi tous les châteaux construits sans son aval sont détruits. Il ne faisait pas confiance aux Normands et confiait les grands postes de son royaume à d’autres. C’était un monarque absolu avant l’heure.  Son fils Guillaume Ier lutta victorieusement contre l’Empereur d’Orient et ajouta les Abruzzes au royaume de Sicile. Le dernier Roi normand est Guillaume II qui sera un monarque très oriental. Il manque d’autorité et entretient de bonnes relations avec le Pape. Il épouse la fille d’Henri II, le Plantagenêt, se rappelant qu’il était normand. Le fils de Guillaume II, Guillaume III,  est capturé par Henri Hohenstaufen qui épousera Constance de Hauteville, fille de Roger II. La Sicile passera ainsi au sein du Saint Empire Germanique. Frederich II est Empereur du Saint Empire Germanique et Roi de Sicile ce qui est le pire scénario pour le Pape qui voit ses territoires  totalement cernés.

IV – L’influence normande dans l’architecture du sud de l’Italie

La Sicile de Roger II est une terre peuplée de Juifs, de Syriens, d’Arabes, de Latins et de Normands, ce qui sera unique en ces temps et qui engendrera un grand métissage culturel. Les Normands et notamment Roger II, vont laisser leur influence dans divers monuments dont le Palais de Palerme et la chapelle palatine recouverte de mosaïques. Elle représente la synthèse entre l’Orient et l’Occident. La structure est occidentale mais la décoration orientale (mosaïques byzantines et plafonds en bois façon arabe). Des scènes bibliques sont représentées et Saint Pierre, apôtre de l’Eglise d’Occident et Saint Paul, apôtre d’Orient sont mis en valeur. Quant-à Jésus il est représenté à la manière byzantine. Ibn Djobair, un voyageur andalou, écrira un grand éloge sur la chapelle palatine et aussi sur la Martorana, autre église de Palerme où est représenté, toujours à la manière byzantine, le couronnement de Roger II. Ce dernier est couronné directement par Jésus et non par le Pape, ce qui est une façon de s’affranchir de l’autorité papale. La Martorana au contraire de la cathédrale a une structure orientale en forme de croix grecque. Autre église fondée par les Normands en 1131, la cathédrale de Cefalu, qui est en forme de forteresse, très bon témoin de la présence normande en Sicile. Plusieurs étrangers se mettront au service du Roi Roger II dont le géographe arabe Al-Idrisi qui établira une carte du monde avec une claire mise en valeur de la Sicile. Al-Idrisi n’est pas qu’un cartographe mais aussi un savant qui permettra de refaire connaître Ptolémée et les grands savants de la Grèce Antique. Guillaume II fera construire la cathédrale de Monreale, qui, au contraire des autres monuments siciliens, est plus proche de l’art roman du nord de l’Europe que de l’art byzantin.

CONCLUSION 

Au cours du XIème siècle, alors qu’elle avait commencé par l’arrivée de quelques mercenaires, la présence normande dans le sud de l’Italie et en Sicile aura un impact indiscutable tant politiquement qu’artistiquement. Les Normands en créant un royaume solide joueront un rôle important dans le monde méditerranéen.

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>