LES AVIATRICES : UNE VICTOIRE CONSTANTE DE LA VOLONTE SUR LA FRAGILITE

Thème: Histoire – Société                                                                                                                                            Mardi 16 Décembre 2014

« LES AVIATRICES : UNE VICTOIRE CONSTANTE DE LA VOLONTE SUR LA FRAGILITE »

par Madame Céline Dumas, conférencière Arcus.

L’histoire incroyable des premières aviatrices est indiscutablement liée à l’histoire des femmes de manière générale. Ainsi nombreuses pionnières de l’aviation militeront pour le droit de vote des femmes avant-guerre. Ces aviatrices cassent le stéréotype de la femme au foyer parée de belles toilettes en dentelles, elles s’habillent comme les aviateurs et posent à côté de leur avion de la même manière que les hommes.

Le sujet étant vaste nous retracerons l’histoire des aviatrices en évoquant la biographie de quelques-unes : de la première femme à avoir obtenu son brevet, Elisa Deroche,aviatrice française, en passant par les pionnières américaines jusqu’à la dernière, très célèbre, Jacqueline Auriol.

Elisa Deroche : la première femme pilote de l’histoire

Elisa Deroche plus connue comme baronne Raymond De Laroche ne paraissait pas destinée à être pilote.En effet elle naît dans une famille d’artistes de Montparnasse. En 1909, elle rencontre Charles Voisin un constructeur d’avions qui lui fait faire ses premiers essais. Elle se révèle très douée et poursuit. En 1910 est créé en France un brevet de pilotage qui reconnaît des compétences précises, et la même année Elisa Deroche l’obtient en même temps que Louis Blériot, devenant ainsi la première femme au monde à être pilote reconnue comme tel. Très vite elle prend goût aux records et enchaîne les exploits, exploits d’altitude ou exploits de distance parcourue. Il ne faut pas oublier que l’aviation n’en était qu’à ses débuts et les avions de l’époque bien primitifs . Elle cherche en permanence à égaler les hommes et repousse sans cesse les limites de son appareil et les siennes également. Elle participe à de nombreux meetings aériens et réussit même à se faire remarquer par le Tsar Nicolas II lors du meeting de Saint-Pétersbourg. L’idée est de se faire remarquer afin de faire valoir son courage et ses records. Peu après l’obtention de son brevet Elisa Deroche fait une chute de 50 mètres avec son biplan, et elle survit bien que souffrant de nombreuses fractures (bras, bassin, jambe). Dès son rétablissement elle cherche à piloter à nouveau, mais durant sa convalescence d’autres femmes sont devenues pilotes. Apparaît  donc une rivalité entre les aviatrices françaises et américaines. Elle mourra en 1919 au Crotoy, dans la Somme, suite à un accident, son avion tombant en piqué sur la plage au cours d’essais.

Les aviatrices américaines

Les pionnières de l’aviation américaine ont lutté pour le changement de mentalité envers les femmes et elles ont revendiqué leur égalité avec les hommes. Généralement ce sont des femmes très engagées. Trois destins, ceux de Neta Snook Southern, d’Amélia Earhart et de Bessie Coleman,  sont assez représentatifs de ce désir de changement de mentalité.

 Neta Snook Southern (1896-1991) est née dans l’Illinois et très jeune elle s’intéresse à la mécanique. ainsi demande-t-elle à son père de lui apprendre à conduire et à réparer tout type d’engins. Après quelques années elle part dans l’Iowa où elle étudie l’ingénierie mécanique et obtient son diplôme en 1916. Son parcours est atypique car bien peu de femmes à cette époque sont diplômées en mécanique. Avec la première guerre mondiale elle commence à s’intéresser à l’aviation, tout d’abord comme mécanicienne, puis elle tente de rentrer à la prestigieuse école d’aviation Curtis White. Elle essuie un refus car l’école était réservée aux hommes. Elle persiste et l’année suivante, en 1917, elle rentre à l’école. Plus tard, l’école Curtis White utilisera comme élément publicitaire le fait d’avoir admis une femme et qui plus est devenue célèbre. Neta Snook Southern obtient son brevet en 1920, et acquiert un vieux Kanoc (modèle d’avion canadien) qu’elle restaure et à bord duquel elle parcourt les Etats-Unis.

Elle est connue pour avoir participé à plusieurs meetings aériens avec des hommes. En 1929 elle arrête sa carrière, se marie et quelques années plus tard gère un aérodrome (ce qui est très novateur pour une femme). En 1981 elle est reconnue comme la plus vieille aviatrice toujours en vie.

Amélia Earhart (1897-1937) est une autre pionnière contemporaine et grande amie de Neta Snook Southern. Elle fait son baptême de l’air et immédiatement décide de devenir aviatrice. Son père lui impose comme formatrice Neta Snook Southern dont il avait connaissait les exploits. Les deux femmes se lient d’une profonde amitié. Amélia Earhart est élevée par une mère peu conventionnelle qui lui laisse beaucoup de liberté, on peut dire qu’elle est élevée comme un garçon. Durant la première guerre mondiale elle devient infirmière. En 1922 elle obtient son brevet de pilote. Elle participe à plusieurs meetings et vend très bien son image, devenant l’effigie d’une marque de bagages et des cigarettes « Lucky Strike » entre autres.

Finalement des produits liés à l’aventure et à l’émancipation des femmes. Très liée à Charles Lindberg, elle réalise son premier record de traversée de l’Atlantique en 1932. Dès 1928, sans piloter elle avait commencé à faire des repérages pour effectuer la traversée car à l’époque les avions n’avaient aucun élément technologique de repérage et il n’y avait pas de vêtements adaptés, ni de nourriture déshydratée, ni aucune autre facilité moderne.

Le 20 mai 1932 elle s’envole du Canada pour un vol de 14 heures et 56 minutes et elle atterrit en Irlande du Nord. Elle sera la première femme à effectuer cette traversée. Spécialiste des records grandes distances elle réalise un vol Auckland-Honolulu. En 1937, avec son ami Fred Neuman elle tente un tour du monde. Malheureusement,  après avoir survolé l’Atlantique, l’Afrique, l’Inde et l’Asie du sud-est elle disparaît dans le Pacifique. 66 avions et 7 navires américains sont déployés dans le Pacifique afin de la retrouver, mais sans succès et cette disparition mystérieuse contribuera à son mythe. Finalement en 1939 elle sera déclarée officiellement morte et son amie Neta Snook Southern parcourra le monde pour faire des conférences en l’honneur des exploits de son amie disparue.

Une autre aviatrice représentant bien ce courant de modernité et de recherche d’égalité qui soufflait dans le monde de l’aviation est  Bessie Coleman (1892-1926). Bessie Coleman est une noire américaine née dans une grande fratrie du sud des Etats-Unis. A priori elle a tous les handicaps pour être pilote : être une femme, être noire, être du sud où sévit la ségrégation, et être pauvre. Quelques années plus tard elle part à Chicago où la ségrégation est beaucoup moins présente. Elle se marie et apprend les exploits des pionnières de l’aviation. Fascinée elle cherche une école mais on lui conseille d’aller en France, pays bien plus ouvert que les Etats-Unis. En 1920 elle arrive à Paris et part au Crotoy  passer son brevet qu’elle obtient en juin 1921. Elle rentre aux Etats-Unis où elle participe à plusieurs meetings aériens. En tant que femme noire elle à du mal à s’imposer et elle est très déçue. Elle retourne en France puis repart aux Etats-Unis où finalement elle réussit à se faire sponsoriser, ce qui est très important car c’est une source essentielle de revenus. Par la suite, elle réussit à s’acheter son premier avion, mais en 1923 au cours d’un show elle est victime d’un accident auquel elle survit. Quelques mois plus tard elle rencontre un millionnaire qui lui offre un nouvel appareil mais en 1926, elle décède lors d’un nouvel accident.100 000 personnes assisteront à ses funérailles à Chicago et de nos jours aux Etats-Unis on fête le jour Bessie Coleman.

Les aviatrices françaises

Les aviatrices françaises ont bien souvent été sollicitées pour être des faire valoir et militer en faveur du vote des femmes car elles véhiculent une image de modernité et d’émancipation. Par ailleurs, leur activité les amènent à être en concurrence avec les hommes mais aussi à les côtoyer et être traitées d’égal à égal.

Marthe Richard (1889-1981) n’est pas une aviatrice aux nombreux records mais sa vie sulfureuse  nous donne un aperçu de l’atmosphère un peu particulière du monde de l’aviation du début du XXe siècle. Marthe Richard est née dans l’est de la France dans une famille très pauvre. En 1905, elle est interpellée pour racolage. Quelques temps plus tard, elle rencontre un Italien qui se prétend artiste mais qui n’est qu’un proxénète qui la prostitue à Nancy. Ayant une volonté de fer, elle réussit à s’échapper et arrive à Paris où elle réussit à se faire embaucher dans une maison close parisienne de haut standing. Elle se marie en 1915 et change totalement de vie. Elle habite un immeuble cossu et s’embourgeoise.  Son mari très riche, lui offre un avion pour qu’elle se distraie, et en juin 1913 Marthe Richard obtient son brevet. Aimant attirer l’attention elle prétend avoir été espionne durant la seconde guerre mondiale puis milite pour la fermeture des maisons closes qui selon elle sont dégradantes pour les femmes. En tant que pilote elle ne fera que quelques meetings dans les années 1930 puis cessera toute activité pour se consacrer à la politique.

Adrienne Bolland (1895-1975) est une aviatrice plus conventionnelle. C’est une des première femme d’essai pour Caudron et c’est également la première femme à traverser La Manche. Soucieuse de s’émanciper elle voit l’aviation comme une opportunité et obtient son brevet en janvier 1920. Dès le mois d’août de la même année elle effectue la traversée de La Manche. Elle participe aux grands meetings et réussit à obtenir de son sponsor la possibilité d’aller en Amérique du Sud. En 1921 elle arrive en Patagonie pour effectuer la traversée des Andes. Bien que son avion ne puisse dépasser les 4000 mètres d’altitude elle défie les hauts sommets de la cordillères des Andes dont certains dépassent les 5000 mètres. Suite à cet exploit elle devient célèbre dans le monde entier. En 1924 elle réussit à réaliser 212 boucles en 127 minutes ce qui est un exploit non seulement pour l’appareil mais aussi pour l’aviatrice. En 1934 elle milite pour le droit de vote des femmes avec d’autres aviatrices. Elle est victime de sept chutes au cours de sa carrière dues à des sabotages avérés ce qui est surprenant. Dans les années 1950 elle obtient le légion d’honneur.

Marie Marvingt (1875-1936) est une autre pionnière de l’aviation française mais elle est aussi connue comme la première femme à avoir obtenu le permis de conduire en 1899. C’est une femme boulimique de records et extrêmement active dans divers domaines .Elle est la première femme à avoir survolé la mer du Nord. Puis lors de la Grande Guerre elle se déguise en homme et participe à la guerre de tranchées mais assez vite repérée elle est renvoyée à l’arrière du front où elle soigne les blessés. Elle devient la première femme aviatrice militaire. Elle développe l’aviation sanitaire et crée un centre de récupération pour les aviateurs blessés de guerre. Il apparaît clairement que c’est une pionnière dans bien des domaines.

Hélène Boucher (1908-1934) aura une vie très courte mais bien remplie, ainsi elle est la première femme à travailler pour Renault où elle teste les voitures. Elle obtient son brevet de pilote en 1931. Elle réalise plusieurs raids dont Paris-Saigon en 1933. C’est également une militante pour le droit de vote des femmes. Elle mourra lors d’un vol d’entraînement sur la base de Guyancourt lorsque son avion s’écrase à l’atterrissage.

On peut également évoquer Maryse Bastié (1898-1952) qui est entrée dans le monde de l’aviation grâce à son mari. Elle ouvrira une école de pilotage près de Bordeaux.

Enfin, on ne peut parler des femmes dans l’aviation sans parler de Jacqueline Auriol, peut être la plus connue car plus proche de nous dans le temps mais aussi parce que très médiatisée. Elle obtient son brevet en 1948 et devient la première femme à être pilote d’essai sur des avions supersoniques. En 1953 elle franchit le mur du son. En 1959 sur Mirage elle vole à 1849 km/h. Elle poursuit une brillante carrière et finalement devient la première femme à piloter Le Concorde, fleuron de l’aviation française. En l’an 2000 elle reçoit la légion d’honneur des mains de Jacques Chirac.

Conclusion

Le point commun entre toutes ces grandes aviatrices, qu’elles soient françaises ou américaines est leur grande volonté de s’imposer dans un monde rude et exclusivement masculin. Elles ont cherché à faire évoluer les mentalités et pas seulement à établir des records. Elles ont défié les conventions mais aussi mis leurs vie en péril sur des engins peu fiables. Malheureusement les accidents sont nombreux et certaines connaîtront une mort prématurée. Indéniablement elles ont mis le féminisme sous les projecteurs et contribué à l’égalité hommes-femmes.

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