LE ROI EST MORT, LA SANTÉ DE LOUIS XIV ET LA MÉDECINE AU XVIIe SIÈCLE

Thèmes: Histoire                                                                                                                                                     Mardi 27 Septembre 2016

LE ROI EST MORT, LA SANTÉ DE LOUIS XIV ET LA MÉDECINE AU XVIIe SIÈCLE

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par Madame Béatrice LUBIN, Historienne de l’Art et Chevalier de l’Ordre National du Mérite.

INTRODUCTION

A l’automne 2015 s’est tenue au château de Versailles une exposition pour commémorer les trois cents ans de la mort de Louis XIV pourtant les documents concernant les funérailles du Roi sont rares car les décors et les objets en lien direct avec les funérailles sont éphémères. Le cérémonial funéraire montrait bien plus la continuité de la royauté que la mort à proprement parler. D’ailleurs ne disait-on pas « Le roi est mort, vive le roi » ? Par ailleurs, Louis XIV ayant eu un règne exceptionnellement long il a subi de nombreuses interventions chirurgicales et souffert de plusieurs maladies plus ou moins douloureuses ce qui nous permet d’avoir un aperçu de la médecine pratiquée au XVIIè siècle.

I – Les funérailles royales

Le 10 août 1715 Louis XIV rentre de Marly avec une forte douleur. Il honore pourtant la cérémonie de départ de l’Ambassadeur de Perse. Déjà soucieux de sa succession il a à ses côtés son arrière petit-fils, le futur Louis XV. Le souci de bien préparer leur succession est une pratique commune pour les rois. Ce n’est que le 25 août que les médecins annoncent au Roi que la gangrène a gagné tout son côté gauche, ce qui implique une fin proche.  

Le deuil du roi est très réglementé car il marque la mort du souverain mais aussi la continuité de la monarchie. Louis XIV mourra le 1er septembre 1715 après de terribles souffrances et très diminué par rapport à ce qu’il fut par le passé. Le fait qu’il meurt ainsi et dans son lit est peu glorieux comparé à la mort sur un champ de bataille par exemple. La somptuosité des funérailles rendent donc son rayonnement au Roi soleil.

Le jour même de sa mort le corps du Roi est présenté dans sa chambre. Le lendemain, le corps est transporté dans une autre pièce du château de Versailles pour être autopsié afin d’éviter un doute quelconque sur les causes de la mort du souverain et l’on pratique également le triparti qui consiste en la séparation du corps, du cœur et des entrailles. Cette pratique permettait de multiplier les lieux où rendre hommage au Roi. Ainsi le cœur de Louis XIV ira à l’église des Jésuites de Saint-Paul, les entrailles à Notre-Dame quant au corps il va à la Basilique de Saint-Denis dans le caveau des Bourbons.

Après l’autopsie et le triparti on procède à l’embaumement puis on place le corps dans un double cercueil de plomb et de chêne. Le troisième jour, le cercueil est exposé pour une semaine dans une pièce plus grande pour y recevoir les honneurs.

Le 8 septembre 1715 le convoi funèbre quitte Versailles à la tombée de la nuit, afin d’éviter les chaleurs, et arrive à Saint-Denis le lendemain. La marche et le convoi qui se rend à Saint-Denis est immense et rappelle les convois qui accompagnent les rois qui reviennent de Reims après leur sacre. Là encore on peut souligner la similitude entre l’arrivée d’un roi et son « départ ».

Les funérailles du Roi sont un véritable opéra funèbre qui d’ailleurs sera organisé par un metteur en scène d’opéra italien, Pier Luigi Pizzi qui montera un véritable spectacle baroque. Tous les décors sont en cartons, les fourrures sont fausses etc, car la totalité du décor est brûlé à la fin des funérailles.

Durant la période de deuil, l’aspect de la Cour est transformée selon une étiquette rigoureuse. Certaines pièces sont tendues de noir mais le deuil se traduit surtout dans l’habillement. Ainsi après Marie Stuart, la dernière « reine blanche » les souveraines adoptent le noir. La période de deuil était de deux ans mais sera ramenée à un an sous la pression des fabricants et marchands de tissus lyonnais mais aussi parce que cette période de deuil faisait tourner toute l’économie au ralenti.

Lors de la révolution, la basilique de Saint-Denis est saccagée car les révolutionnaires veulent récupérer du plomb. Des débordements ont lieu et les corps des rois subissent des dégradations. A Saint-Paul la foule prend les cœurs des rois dont celui de Louis XIV et les vendent. Un peintre les achète et en fait un mélange pour obtenir un rouge grenat particulier.   

Louis XVIII sera le dernier roi à avoir des funérailles d’un tel faste mais plus tard les cortèges triomphaux et le faste de la royauté se transposent lors de différents événements tels que la translation de Voltaire au Panthéon en 1791, le retour des cendres de Napoléon Ier aux Invalides en 1840, les funérailles de Victor Hugo en 1885 ou celles de Sadi Carnot au Panthéon, en 1894.

II – Louis XIV et la médecine de son époque.

Louis XIV a tout au long de sa vie souffert d’une suite de plus ou moins graves accidents de santé dont il réchappe de façon d’autant plus surprenante que les traitements mis en œuvres pour les combattre ne sont bien souvent pas de nature à arranger les choses. Tout au long de sa vie il aura à subir des emplâtres, des purges, des lavements et des saignées.

Dès l’âge de neuf ans Louis XIV a la variole puis toujours enfant il a la scarlatine et la rougeole. A cette époque il n’existe aucun traitement et les médecins préconisent des saignées qui affaibliront beaucoup le jeune roi et dont il gardera un souvenir terrible. Il faut dire qu’à l’époque on ne savait pas combien de sang contenait le corps et on en prélevait donc beaucoup trop. On ne connaissait pas non plus réellement le rôle du cœur et ce n’est qu’en 1667 que le scientifique anglais Harvey démontre que c’est une pompe et que le sang circule en circuit fermé. Le Roi s’intéressait beaucoup aux progrès scientifiques et il fera en sorte qu’ Harvey vienne travailler au jardin des Plantes qui à cette époque était un centre de recherche.

Louis XIV souffrira toute sa vie de fièvres dont on ne connaît pas l’origine et par conséquent ayant toujours chaud, il dormait toute l’année les fenêtres ouvertes bien que le château de Versailles ne soit pas chauffé. Il souffre également de calculs urinaires qui engendrent de terribles douleurs. En 1676, le souverain a un ulcère perforant de la voûte du palais combiné à une sinusite gangreneuse ce qui fait que les aliments et les boissons refluent par le nez. Les chirurgiens arrachent plusieurs dents et finissent par guérir le Roi.

Le plus grand problème de la médecine du XVIIè siècle est le conflit qui existe entre la médecine chimique et la médecine galénique et  Louis XIV subira les deux. En 1686 le Roi est opéré d’une fistule anale ce qui était risqué car il fallait remonter dans le côlon avec une pince mais ne pas perforer l’infection dans l’intestin. Les chirurgiens avaient fait plusieurs essais sur des prisonniers, qui par ailleurs étaient tous morts, mais le risque restait très élevé. Là encore après deux interventions chirurgicales les médecins parviennent à soigner avec succès le souverain.

Au cours du XVIIè siècle on découvre de nouvelles plantes et on fait des mélanges plus ou moins heureux. Ce sont les débuts de la médecine chimique. Pour combattre ses nombreuses fièvres les médecins feront boire au Roi un mélange de vin sucré avec de la quinquina découverte au Pérou par les Jésuites et qui combattait les infections. La quinquina sera également utilisée en Inde par les Anglais pour lutter contre les méfaits de l’eau contaminée. Étant très amère la quinquina était mélangée à du gin donnant ainsi naissance à un célèbre cocktail. Petit à petit à la fin du XVIIè siècle on arrive à une certaine pharmacopée.

CONCLUSION

Même si Louis XIV apparaît moins altier et royal dans la réalité que sur les tableaux, il faut souligner sa remarquable constitution qui lui a permis de résister jusqu’à un âge avancé non seulement à de très nombreuses maladies mais aussi aux actes médicaux et chirurgicaux de son temps. Quant à ses funérailles elles étaient somptueuses et à l’image du Roi soleil.

 

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