HISTOIRE DE L’ORDRE DES TEMPLIERS, ORGANISATION MILITAIRE ET IMPLANTATION

Thèmes: Histoire                                                                                                                                                              Mardi 07 Mars 2017

HISTOIRE DE L’ORDRE DES TEMPLIERS, ORGANISATION MILITAIRE ET IMPLANTATION

ordre-des-templierspar Romain DAVY – Historien et guide conférencier.

INTRODUCTION

Au début du XIVe siècle, le roi de France, Philippe le Bel met fin à l’Ordre des Templiers alors qu’il avait été le premier ordre militaire créé après la première croisade de 1099. A l’origine nommé Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon, l’Ordre grandit et s’implante sur tout le territoire européen et gère des richesses considérables ce qui mènera finalement à sa perte.

I – L’Ordre du Temple : missions et organisation.

Au Moyen-Âge deux mondes s’opposaient, le monde régulier et le monde séculier. L’Ordre des Templiers qui est un ordre militaro-religieux, mêle les deux, ce qui est un concept totalement nouveau à l’époque. En effet, les Templiers sont des religieux mais aussi des laïcs en tant que combattants. Bien qu’ils soient tous frères certains étaient des chevaliers, d’autres des piétons ce qui maintenait une certaine inégalité alors que normalement le fait de rentrer en religion effaçait le statut social précédent.

La règle de l’Ordre du Temple faisait quelques emprunts à la règle de Saint Augustin mais s’inspirait en majeure partie de la règle de Saint Benoît. Les quelques 700 articles qui composent la règle tiennent compte du genre de vie active, principalement militaire, que menaient les frères. Par exemple en imposant des jeûnes moins rigoureux.

Dans l’Ordre des Templiers, on trouve trois catégories de frères templiers qui représentent les trois catégories de la société. Ainsi on a les frères chapelains c’est à dire les prêtres de la communauté templière, ce sont les « Oratores » ; les frères combattants c’est à dire les frères sergents, les « Bellatores » et enfin les frères de métiers c’est à dire les artisans (forgerons, armuriers …) et les agricoles (bouviers, forestiers, meuniers ….), les « Laboratores ». Ces trois catégories de l’Ordre des Templiers, les priants, les combattants et les travailleurs sont également les trois catégories de la société médiévale.

L’Ordre des Templiers est la première armée de métier qui fonctionnait toute l’année contrairement à ce qui se pratiquait au Moyen-Âge où les armées étaient temporaires (l’Ost). Les Templiers avaient une grande faculté d’adaptation selon les lieux de combat. Ainsi par exemple, les vêtements pouvaient être plus ou moins chauds ou plus ou moins amples si les batailles se livraient en Orient ou en Occident.

Lors des combats le drapeau des Templiers, appelé gonfanon baucent, ce qui signifie bicolore, jouait un rôle important. Le drapeau est un rectangle vertical composé de deux bandes l’une blanche, l’autre noire, coupé au deux tiers supérieur. Porté en hauteur au bout d’une lance il était le signe de ralliement des combattants sur le champ de bataille et le gonfanonier devait chevaucher devant son escadron et veiller à ce que le drapeau ne touche jamais terre.

La mission des Templiers est d’assurer une protection aux pèlerins sur la route de la terre sainte. Par ailleurs, ils assurent aussi le transport maritime des troupes et du ravitaillement venant d’Occident. Les bateaux des Templiers étaient le moyen le plus sûr et le plus rapide pour se rendre en Orient, trois mois contre près de trois ans à pied par la terre. Les Templiers sont présents dans plusieurs ports d’Occident comme Marseille ou  La Rochelle, un des ports les plus important.

Les Templiers gèrent les biens et les possessions données à l’Ordre. Ce sont d’excellents hommes d’affaires et en réalité, les Templiers sont la façade de l’effort de guerre et de la croisade auprès des puissances occidentales. Le Pape va même jusqu’à citer l’Ordre en exemple. Leur talent financier les amènent à inventer le bon de dépôt. Ainsi lorsqu’un pèlerin confiait aux Templiers la somme nécessaire à son pèlerinage, le frère trésorier lui remettait une lettre sur laquelle était inscrite la somme déposée. Le pèlerin voyageait sans argent et arrivé à destination il récupérait l’intégralité de son argent en monnaie locale. Ce système permettait d’éviter les vols lors du pèlerinage et les aléas de changer la monnaie d’origine en monnaie locale.

II – Contexte historique.

Tout commence le 27 novembre 1095 lors du Concile de Clermont où le Pape Urbain II lance l’appel à la croisade car les chrétiens d’Orient sont en danger. Le Pape veut que les lieux saints soient défendus, particulièrement le Saint-Sépulcre de Jérusalem, et que les chrétiens soient en sécurité car depuis l’arrivée des Seldjoukides à Jérusalem, le Saint-Sépulcre a été saccagé et l’accès aux lieux saints est désormais interdit aux chrétiens.

En Occident, les petits nobles passaient leur temps à guerroyer entre eux pour quelques lopins de terre ou quelques pièces d’or ce qui engendrait une insécurité et un frein à tout essor économique. La croisade met fin à cette situation car pour secourir les populations chrétiennes d’Orient, l’Occident chrétien doit s’unir sous la bannière du Christ et de l’Eglise. Une mission et une cause commune créent une harmonie et mettent fin aux multitudes de « guerres civiles » locales. Par ailleurs, on assiste à une théorisation par les plus grands lettrés d’une guerre au nom de Dieu. Le cri de ralliement des croisés est « Deus lo volt ». L’idée est de combattre l’infidèle, celui qui n’est pas chrétien, les païens, les armes à la main, plutôt que de les convertir. Bernard de Clervaux est un des grand théoricien de la guerre sainte. En 1129 il rédige son « De Laude Novae Militae » et grâce à lui les Templiers bénéficient d’une reconnaissance officielle.

En 1099 l’armée des croisés prend Jérusalem et on assiste à la naissance des Etats latins d’Orient qui se maintiendront jusqu’en 1291, date à laquelle la chute de Saint-Jean d’Acre marque la fin définitive de ces Etats. En 1119 Hugues de Payns créé l’Ordre des Templiers avec quelques chevaliers qui constituent une milice. Au départ ils ne sont que neuf chevaliers mais peu à peu la milice s’accroît. et le roi de Jérusalem leur accorde une partie de son palais, le Temple de Salomon, d’où leur nom : les Templiers. En 1129 c’est la reconnaissance officielle des Templiers lors du Concile de Troyes et en 1139, la bulle « Omne datum Optimum » officialise l’Ordre et ses règles. Cette bulle est capitale pour l’Ordre puisqu’elle est à la base de tous les privilèges dont jouiront les Templiers. Les frères obtiennent une indépendance totale et sont sous l’autorité directe du Pape. La bulle « Militae Dei » du Pape Eugène III en 1145 accroît cette indépendance en permettant aux Templiers de construire leur propres oratoires et de disposer d’une totale indépendance vis-à-vis du clergé séculier grâce au droit de percevoir des dîmes et d’enterrer leurs morts dans leurs propres cimetières. De plus, la protection apostolique est étendue aux familiers du Temple (leurs paysans, troupeaux…). En 1291,  la chute des Etats latins  implique la fin de la présence chrétienne en Orient. Cependant un bon nombre de Templiers étaient nés en Orient et le retour en Occident pose problème.   

III – Implantation locale des Templiers.

La présence des Templiers en France est importante et notamment dans le Val d’Oise. Il n’y a pas plus de deux ou trois kilomètres entre chaque présence. Les biens sur ces territoires sont des biens agricoles, terres, terres labourables, forêts…, des biens immobiliers, manoirs, maisons, moulins… et des biens alimentaires comme le vin, l’avoine, les poules ou les œufs. Les Templiers bénéficient également des mêmes droits et privilèges que les seigneurs. Ainsi par exemple, les Templiers percevaient le cens, la rente et le fief ainsi que des droits de passage. Dans le Val d’Oise, Pontoise et Conflans étaient des sortes de péages  sur les voies navigables. Par ailleurs, les Templiers perçoivent aussi le champart, un impôt prélevé sur les récoltes. Les Templiers avaient droit total de justice dans leurs commanderies ce qui est bien plus que certains seigneurs qui n’avait que la basse, la moyenne ou la haute justice. Les Templiers cumulaient les trois niveaux.

Les Templiers étaient d’excellents agriculteurs et de grands connaisseurs de plantes. Ils avaient besoin de produire de grandes quantités de produits agricoles car ils devaient fournir l’alimentation des implantations d’Orient.

L’économie templière dans le territoire étudié se compose de 41% de dons, 54% d’achats et 5% d’échanges. Ces chiffres ne peuvent être appliqués à l’ensemble de l’Ordre. Là encore, ils mettent en place une économie efficace pour envoyer des surplus en Orient. L’organisation des Templiers se base en haut de l’échelle d’une commanderie provinciale, puis d’une commanderie régionale, au niveau inférieur les commanderies locales et aux deux derniers niveaux les fermes ou granges et enfin les terres, les prés, les vignes et les forêts.

IV – La Maison du Temple de Paris.

Au Moyen-Âge, la commanderie de Paris représente un quart de la ville. C’est un asile pour nombre de gens menacés car les forces du Roi ne peuvent pas entrer dans la Commanderie. C’était une ville dans la ville, ceinte par un mur, qui vivait en autarcie. Cette grande autonomie deviendra un problème car c’est un fort contre-pouvoir dans Paris même, ce qui est loin d’être du goût du Roi.

L’enclos du Temple est créé en 1143 et dès 1146 le trésor royal est confié à la garde des Templiers et de leurs trésoriers. En 1306, le roi de France, Philippe le Bel se réfugie dans l’enclos du Temple pour échapper aux émeutes qui enflamment Paris. La Maison de Paris est la maison cheftaine de l’Ordre et c’est le chef-lieu du Temple en Occident après 1291 lors du départ définitif d’Orient. C’est également à Paris que réside le Grand-Maître. La Maison de Paris comme toute les commanderie est exempte d’impôts, tout comme les échoppes à l’extérieur du mur à condition d’y être adossées. Les deux grands trésoriers de la Maison de Paris sont Jean Ier de Tour (1274-1302) et Jean II de la Tour (1302-1307), ce sont les gestionnaires du trésor de l’Ordre du Temple de France et du trésor royal jusqu’en 1307.

V – La chute de l’Ordre du Temple.

Philippe le Bel est roi de France de 1285 à 1314 et durant son règne il provoque une grande instabilité monétaire. Les guerres qu’il mène sont coûteuses et le Roi emprunte de grandes sommes aux Templiers qui représentent une puissance économique. En 1305, le Pape Clément V, qui est originaire de Bordeaux, est élu grâce à l’appui du roi de France, il lui est donc redevable et il lui est soumis ce qui causera la perte des Templiers. Le 14 septembre 1307, Philippe le Bel donne l’ordre secret d’arrêter les Templiers. Enguerrand de Marigny et Guillaume de Nogaret, conseillers du Roi, sont les deux principaux instigateurs du dossier d’accusation contre les Templiers. Le 13 octobre 1307 c’est l’arrestation générale des Templiers dans toute la France. Une légende dit que les Templiers auraient, la veille de l’arrestation, rempli trois chariots d’or dans la commanderie de Paris pour les cacher dans un lieu secret. Bon nombres de chercheurs de trésor ont essayé de dénicher cet or mais en vain.

Les arrestations de Templiers n’ont lieu qu’en France, en Espagne par exemple, les Templiers rejoignent d’autres Ordres et grâce à leur financement faciliteront le départ de Christophe Colomb pour son expédition vers l’Ouest. C’est pourquoi l’on retrouve la croix des Templiers sur les trois caravelles du navigateur.

A la suite de leur arrestation, les Templiers sont torturés afin qu’ils avouent leur hérésie puis on organise une sorte de procès. En mars 1312 c’est l’abolition définitive de l’Ordre et en mai de la même année les biens du Temple sont donnés aux Hospitaliers. Enfin en mars 1314, c’est l’exécution des principaux dignitaires dont Jacques de Molay, le dernier Grand-Maître et Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie. Il seront brûlés sur l’île aux Juifs (sous le Pont Neuf actuel) car après avoir avoué sous la torture leur hérésie aux juges de l’Inquisition, ils clamèrent leur innocence, impliquant qu’ils avaient menti, ils sont donc déclarés relaps. De ce fait ils sont condamnés au bûcher par la justice royale.  

Pendant longtemps on a cru que les Templiers avaient caché leur légendaire trésor dans le château de Gisors. On creuse à de nombreux endroits mais sans succès. Il paraît difficile que les pièces d’or soient là car les deux seules fois où l’on note une présence des Templiers au château de Gisors c’était en 1160 pour garder le château lors du mariage de la fille du roi de France et ensuite en 1310 lorsqu’ils y étaient prisonniers. Par ailleurs, il semble peu probable qu’il y ait eu un trésor quelconque au vu que les Templiers investissaient tous leurs biens et étaient d’excellents gestionnaires. Le seul trésor que l’on pourrait trouver serait les archives de l’Ordre qui ont disparu.  

CONCLUSION

L’Ordre des Templiers a joué un rôle important au Moyen-Âge, générant une économie des croisades (transport, commerce, lettres de change, etc), et également un rôle de protecteur des lieux saints d’Orient. L’originalité de l’Ordre a été de réunir le monde régulier et séculier à une époque où ces deux mondes étaient bien séparés. La grande réussite économique des Templiers causera leur perte quand le roi de France ordonne leur arrestation puis l’abolition de l’Ordre en 1312. Le mythe du trésor templier reste bien vivant même de nos jours et les ouvrages publiés à ce sujet foisonnent.

 

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