DE LA BELLE EPOQUE A SARAJEVO OU LA POUDRIERE DES BALKANS

Thème : Histoire                                                                                                                                                   Mardi 27 Janvier 2015

DE LA BELLE EPOQUE A SARAJEVO OU LA POUDRIERE DES BALKANS

par Madame Madeleine Stocanne, Présidente de l’Ass. Nat. pour le Souvenir des Dardanelles et Front d’Orient

INTRODUCTION

La Belle Epoque est la période qui s’étend de la fin de la guerre de 1870 à la première guerre mondiale. C’est une période de paix en Europe. Cette paix est due au fait que l’Occident connaît une belle prospérité économique grâce à l’expansion coloniale, le développement industriel, l’apparition de nouvelles technologies.  On voit aussi apparaître l’ « Art Nouveau ». Même les monuments aux morts de la guerre de 1870 sont grandioses et d’inspiration moins militaire que ceux de la guerre 14-18, tels ceux de Lyon et de Belfort.

A la fin du XIXè siècle, la France fait partie du concert européen des nations prospères, et différentes alliances sont nouées. Mais l’Empire Ottoman est toujours présent dans la région balkanique bien que très affaibli. En 1878 le Congrès de Berlin définit des frontières aux Etats de la péninsule balkanique, qui susciteront, notamment en Serbie, de profonds ressentiments. Le Congrès de Berlin voulait contenir le panslavisme de la Russie, mais les aspirations d’émancipation des peuples balkaniques se transforment en nationalismes antagonistes qui déboucheront sur les deux guerres des Balkans précédant de peu la Grande Guerre.

1 – La première guerre Balkanique

Les deux guerres balkaniques ont divisé la région dans les années 1912-1913. Les nations qui  s’étaient émancipées de l’empire, aspiraient à agrandir leurs Etats en regroupant les populations de la « Turquie d’Europe » parlant les mêmes langues. Or le Congrès de Berlin de 1878 avait établi des frontières qui ne satisfaisaient personne. Avec ce traité, la Serbie avait perdu des territoires au sud, qui étaient les siens depuis le Moyen-Age.

 En 1904, Pierre Ier de Serbie accède au trône après plusieurs révoltes internes. C’est un monarque très francophile, ancien Saint Cyrien, qui a combattu dans l’armée française lors de la guerre de 1870. Il est aussi russophile. En 1908 l’Autriche-Hongrie qui se méfie de la Serbie, annexe  la Bosnie-Herzégovine, sans opposition des Ottomans, anéantissant par là-même tout espoir de la Serbie de s’étendre vers la mer. Au printemps 1912, la Serbie, forte de l’appui russe,  s’allie avec la Bulgarie, la Grèce, et le Montenegro dans le but de chasser les  Ottomans des territoires de Macédoine, du Kosovo, et de l’Albanie, qu’ils occupent encore. Cette première guerre balkanique, qui se déroule d’octobre 1912 à mai 1913, aboutit à la libération des territoires. Et le 30 mai 1913 est signé un traité de Londres qui partage les territoires ainsi récupérés entre les 4 nations concernées. L’Albanie devient alors indépendante, curieusement avec le soutien d’un austro-hongrois, familier du pays, le baron Ferenc Noposa, ce qui bloque aussi l’accès à la mer de ses voisins…et la Bulgarie est mécontente du partage de la Macédoine… Cette situation débouche sur un nouveau conflit armé.

2 – La deuxième guerre Balkanique

Elle sera courte.  La Bulgarie, dans sa contestation du partage de la Macédoine, se trouve face à la Serbie, la Grèce, la Roumanie, et même des Turcs espérant une revanche. Elle perdra la bataille. Débutée le 16 juin 1913, cette deuxième guerre balkanique sera terminée fin juillet. et un nouveau traité est signé le 10 août 1913 à Bucarest.  Les territoires balkaniques font l’objet d’un découpage arbitraire qui ne tient pas compte des populations ni des nationalités.  La Bulgarie se trouve agrandie par rapport à 1911 mais diminuée par rapport à ses espérances. Mais la Serbie voit son territoire et sa population doubler, et défie l’Autriche-Hongrie.

D’autre part, la Russie conserve ses constantes visées géopolitiques en direction des mers du sud. Les mécanismes de La Triplice (Autriche-Hongrie, Allemagne) et de la Triple Alliance (France, Royaume Uni, Russie) font du moindre incident un acte susceptible de déclencher un conflit généralisé. L’incident qui va provoquer le premier conflit mondial se produira quand l’archiduc héritier d’Autriche François-Ferdinand, et son épouse Sophie, se rendront  en visite à Sarajevo capitale de la Bosnie-Herzegovine dans l’empire austro-hongrois, et seront assassinés par l’étudiant serbe Gavrilo Princip issu du groupe extrémiste « La Main Noire ». La Serbie a toujours démenti sa participation dans l’attentat et aurait même tenté d’arrêter les terroristes aux frontières. Belgrade adressera des condoléances à Vienne, et ouvrira une enquête. Mais l’Autriche-Hongrie exigeait la présence d’enquêteurs autrichiens en Serbie, exigence inacceptable pour celle-ci. A la suite du rejet d’un ultimatum du 23 juillet 1914, l’Autriche-Hongrie a déclaré la guerre à la Serbie le 28 juillet. Du fait des alliances, la guerre allait inexorablement s’étendre de l’Orient à l’Occident.

CONCLUSION

Après la guerre de 1870, l’Europe a connu une  période de paix, et c’est tardivement que la péninsule balkanique connut coup sur coup les deux conflits de 1912 et 1913. Ces conflits sont dus au fait que les Balkans étaient devenus une mosaïque d’états antagonistes, issus de la défaite ou du désengagement des Ottomans dans les Balkans. La première guerre mondiale, née de cette poudrière, a entraîné la fin des grands empires, ottoman et austro-hongrois, qui garantissaient  relativement la paix. Leur division en de nombreux états d’Europe, du Proche et du Moyen Orient, est à l’origine de conflits et de tensions qui perdurent aujourd’hui.

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