L’EMPEREUR CONSTANTIN ET LES DÉBUTS DU CHRISTIANISME

Thèmes: Histoire                                                                                                                                                            Mardi 24 Mai 2016

L’EMPEREUR CONSTANTIN ET LES DÉBUTS DU CHRISTIANISME

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par Monsieur Guy GAUTHIER, Docteur en Histoire, chargé d’enseignement à l’Institut Catholique d’Etudes Supérieures.

 

INTRODUCTION

Constantin est un conquérant illustre mais c’est surtout l’homme qui est à l’origine d’un changement civilisationnel fondamental en Europe.

Fils du général Constance Chlore, d’origine aristocratique, et d’une fille d’aubergiste, Constantin naît vers 280 dans les Balkans, en Illyrie, probablement dans la Serbie actuelle.

A l’époque, c’est Dioclétien qui règne sur l’Empire romain. Considérant que cet Empire est trop difficile à administrer vu son immensité, il a procédé à une division administrative entre l’Orient, capitale Nicomédie, et l’Occident, capitale Milan, plus proche des frontières à défendre contre les Barbares que Rome. Dioclétien est républicain et refuse la succession héréditaire du pouvoir dont rêve le général Constance Chlore. Il établit une gouvernance originale avec deux empereurs, l’un en Orient, l’autre en Occident, l’empereur d’Orient ayant la primauté. Ces deux empereurs, lui, à Nicomédie, et Maximien à Milan, ont choisi deux césars (vice-empereurs), Galère en Orient et Constance Chlore en Occident. Les césars, au bout de vingt ans, doivent remplacer automatiquement les empereurs en titre car Dioclétien ne voulait pas de pouvoir à vie.

I – L’Empire avant le règne de Constantin

Lorsque Dioclétien et Maximien abdiquent en 305, Galère devient donc empereur en Orient et Constance Chlore empereur en Occident. Constance Chlore rêve de voir son fils Constantin lui succéder mais Dioclétien puis Galère, se méfiant des ambitions monarchiques de Constance Chlore, ont gardé Constantin auprès d’eux en Orient et ont refusé qu’il rejoigne son père. Mieux encore, ils ont imposé à Constance Chlore le général Sévère comme césar, donc comme héritier… Galère va même tenter d’éliminer le jeune Constantin en l’envoyant combattre dans les guerres les plus dures contre les Perses.

La rivalité entre Constance Chlore et Galère s’accentue. D’autant que Dioclétien, inquiet de voir le christianisme gagner du terrain sur le vieux polythéisme romain, avait lancé la Grande Persécution pour éliminer ces trublions de toutes les sphères du pouvoir civil et militaire, et que Galère, son successeur, a poursuivi ces persécutions d’une manière plus cruelle et plus systématique encore. Or Constance Chlore, adepte du culte solaire, et donc monothéiste, considérait ces persécutions comme un scandale et faisait tout en Occident pour sauver les chrétiens, jusqu’à rédiger de faux rapports de destruction d’églises, de confiscation d’objets du culte ou d’exécution de chrétiens refusant de revenir au polythéisme romain. Il faut rappeler aussi que les chrétiens étaient sympathiques à Constance Chlore pour des raisons familiales puisque sa première femme, Hélène, mère de Constantin, était vraisemblablement chrétienne, comme, du reste, Minervina, la première femme de Constantin. Dioclétien, de son côté, haïssait les chrétiens pour des raisons diamétralement opposées car il avait observé que c’est par les femmes et les esclaves que le christianisme se répandait. Il est probable que la conversion de princesses impériales et de dames de la cour a été le déclencheur des persécutions. De fait, les chrétiens considéraient que les femmes élevant les enfants pendant que les hommes faisaient la guerre, la chasse ou s’adonnaient aux plaisirs des sens, c’est par elles, et l’éducation qu’elles donnaient à leurs petits, que le christianisme prospérerait.

En 306, Constance Chlore, malade, entreprend de se rendre en Bretagne (Angleterre actuelle) pour chasser les Pictes (Ecossais) qui ont franchi le mur d’Hadrien. Sentant ses jours comptés et ne voulant pas que le général Sévère lui succède, il écrit à son fils Constantin pour qu’il le rejoigne à Trêves, son quartier-général, ou à Boulogne où il doit s’embarquer.

Alors que Constantin était retenu en Orient, il réussit, grâce aux chrétiens et à une partie de l’armée, à s’échapper de Nicomédie et rejoint son père en Bretagne. La campagne conjointe de Constantin et de son père sera victorieuse mais Constance Chlore meurt à York en 306. Constantin est proclamé Auguste par les troupes de son père alors que l’héritier était Sévère. A la mort de Galère en 311 règnent quatre Augustes, Constantin, Maxence, Licinius et Maximin Daïa. Les persécutions chrétiennes se poursuivent et les chrétiens d’Italie appellent au secours Constantin. Ce dernier quitte la Gaule et entre en Italie où il se bat contre les troupes de Maxence. Selon la tradition chrétienne et les écrits de Lactance lors de la bataille de Milvius, près de Rome, il est fait état de l’apparition d’une croix dans le ciel qui a été vue par Constantin et ses troupes. Constantin aurait eu également un songe prémonitoire qui lui aurait annoncé sa victoire contre Maxence. La nuit même, Jésus lui serait apparu en rêve et lui aurait montré un chrisme en lui disant « par ce signe, tu vaincras ». Les astronomes actuels expliquent ces phénomènes par la conjoncture des astres. On peut supposer que le conseiller de Constantin, Ossius de Cordoue, un Égyptien savait prédire les phénomènes astrologiques et pouvait ainsi influencer d’une certaine façon Constantin. Quand Constantin vainc Maxence et entre à Rome il est convaincu que c’est le Christ qui l’a aidé. Il décide donc  de faire venir l’évêque de Rome et l’installe au Palais du Latran, qui appartenait à Néron, grand persécuteur de chrétiens.

L’Empire est toujours divisé, Constantin gouvernant en Occident et Licinius en Orient, or le souhait de Constantin est de réunifier l’Empire et de le gouverner seul.

II – L’Empereur Constantin, maître d’Occident et d’Orient.

Constantin soucieux de protéger les chrétiens mais pas encore Empereur de la totalité de l’Empire convient avec Licinius en 313 de la promulgation d’un édit de tolérance religieuse ce qui venait à dire de non persécution de chrétiens. C’est l’édit de Milan. Dans sa vie personnelle, Constantin victime d’une machination, fait exécuter son fils aîné Crispus pourtant très populaire auprès des Romains qui le considéraient comme un des leurs car il appréciait la vie fastueuse que menait la haute société romaine. Au contraire, son père était toujours perçu comme un soldat. En dépit de l’édit de Milan, Licinius continue de persécuter les chrétiens en Orient ce qui amène Constantin à le combattre. Suite à sa victoire, l’Empire est unifié sous l’autorité de Constantin.

En Occident les frontières de l’Empire sont menacées par les tribus germaniques Goths, Wisigoths … et en Orient par les Perses et les populations au nord du Danube. Plus menacé à l’Est qu’à l’Ouest, conscient de son impopularité relative à Rome, et soucieux d’oublier le drame de la mort de son fils, Constantin décide de quitter Rome et de s’installer dans la partie orientale de son Empire, à Byzance rebaptisée Constantinople. Il laisse ainsi le commandement de Rome au Pape. En effet, sous la protection de Constantin, l’occident s’était christianisé et maintenant les hautes fonctions sont détenues par des chrétiens. Les vieux temples de Rome sont transformés en grandes basiliques. Sur le cirque de Néron sera bâti la première basilique Saint Pierre qui subsistera jusqu’au XVème siècle. L’Église ayant bénéficié de privilèges, tel que l’exonération d’impôts, s’est considérablement enrichie. En l’espace d’une décennie l’Église a acquis un grand pouvoir et a accumulé une richesse considérable, de ce fait le pouvoir laissé par le départ de Constantin tombe dans les mains de l’Église.

III – Constantin et les scissions au sein du christianisme.

Constantin voit dans le christianisme une morale et un élément clé d’unification de son Empire. Par ailleurs, les moeurs peu strictes de la vie romaine engendrent une baisse de la natalité et l’Empire manque de bras et de soldats. Constantin bien que pratiquant un politique d’immigration intelligente souffre de ce manque de natalité. Le christianisme prônant un modèle familial condamnant le divorce et favorable à une forte natalité ainsi qu’une certaine soumission à l’autorité, satisfait pleinement Constantin. C’est pourquoi Constantin montre son désir d’assurer à tout prix l’unité de l’Église qu’il considère comme un rouage de l’Etat.

Au début du IVème siècle ce projet est contrarié par la crise de l’arianisme. Le patriarche d’Alexandrie, Arius  affirmait que le Christ ne pouvait être Dieu et qu’il était donc à un niveau inférieur, il n’est qu’un surhomme. L’arianisme est très populaire auprès des Barbares. Voulant mettre fin à la querelle qui divise les chrétiens Constantin convoque et préside sous l’impulsion de son fidèle conseiller Ossius de Cordoue le concile oecuménique de la ville de Nicée. Les théories de Arius y sont condamnées et les fondements du christianisme sont définis. En effet c’est au cours du Concile de Nicée que sera adopté le Credo encore en usage dans toutes les églises chrétiennes. C’est également lors de ce Concile qu’est établi définitivement la double nature du Christ. On peut dire que la religion catholique naît réellement avec le Concile de Nicée sous la direction de Constantin. Il faut également souligner que le Concile de Nicée établit fermement le célibat des prêtres.   

Lors des dernières années du règne de Constantin l’Empire va prospérer et le droit sera amélioré. Grâce à un bon système d’immigration les Balkans seront pacifiés. Le problème reste la Perse et l’opposition entre le zoroastrisme et le christianisme. En 337 Constantin affronte le Roi de Perse, Chapour II. Il se fait précéder du chrisme car il envisage cette guerre comme une croisade. Cependant, à Nicomédie il a un malaise et sent sa fin proche. Il fait venir l’évêque et se fait baptiser la veille de sa mort. L’Empereur est ramenée à Constantinople, momifié et placé sur un trône où chaque soir les ministres viennent lui rendre compte de leur travail. Constantin sera le dernier souverain pontife (Pontifex Maximus), après lui ce sera le titre du Pape. Il n’a pas eu le temps d’organiser sa succession et de ce fait l’Empire connaîtra des conflits de succession.

CONCLUSION

Constantin est indéniablement un personnage capital de notre histoire qui a permis la christianisation de l’Europe et par conséquent fait basculer notre civilisation. Pour la religion catholique aussi il sera une personne essentielle car grâce au Concile de Nicée les fondement du catholicisme sont établis, Credo, célibat des prêtres ou double nature du Christ.

 

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