HISTOIRE DE LA MARSEILLAISE

Thème: Histoire  – Musique                                                                                                                                             Mardi 13 Janvier 2015

HISTOIRE DE LA MARSEILLAISE

par Monsieur Bernard Roseau, ancien journaliste à RTL et membre du Souvenir Napoléonien.

La Marseillaise est le symbole de la France et elle est connue à travers le monde entier. Elle a été traduite dans presque toutes les langues et elle est reconnue comme un chant révolutionnaire et de résistance. Si elle a connue une naissance insolite elle sera au cours des décennies qui suivent sa création le chant de ralliement des républicains et des patriotes pour devenir finalement l’hymne national français en 1879.

Claude Rouget de Lisle : le père de la Marseillaise.

Claude Joseph Rouget de Lisle est né le 10 mai 1760 à Lons-le-Saunier dans le Jura. Son père était avocat au baillage du village. Il  entreprend une carrière militaire et en 1776 il entre à l’école militaire de Paris. A cette époque il rencontre de façon insolite la Reine Marie-Antoinette : il fréquente une dame de compagnie de la souveraine et alors qu’il est avec elle la Reine entre et Claude Rouget de Lisle se cache mais il est bien vite découvert ! . En 1789 Rouget de Lisle est lieutenant et il décide de prendre un congé de trois ans durant lequel il écrit trois pièces de théâtre qui ne connaîtront pas un un grand succès. En avril 1791 il devient capitaine et un mois plus tard, en mai 1791 il est en garnison à Strasbourg. Très vite il fait la connaissance du maire de la ville Philippe-Frédéric de Dietrich. Ce dernier organise de nombreuses réunions et banquets chez lui où se retrouvent plusieurs officiers dont Rouget de Lisle. A sa demande il compose plusieurs chants patriotiques dont « l’Hymne à la Liberté » pour la fête de la Constitution célébrée à Strasbourg le 25 septembre 1791 et dont la musique sera composée par Pleyel.

En 1792, la révolution avait perdu de son enthousiasme initial. Cependant, après la tentative de fuite du Roi à Varennes, un élan patriotique naît et de très nombreux volontaires s’engagent. Philippe-Frédéric de Dietrich pense qu’il fallait créer un chant pour tous les volontaires prêts à défendre la nation. D’abord il pense organiser un concours mais finalement il songe que  Rouget de Lisle est compositeur et lui demande de créer cet hymne lors d’une de ses soirées particulièrement riche en vin et champagne. Rentrant chez lui ivre, un élan de créativité frappe le capitaine qui écrira la nuit même, du 24 au 25 avril, cinq strophes de l’hymne. Le lendemain le maire réunit plusieurs invités et décide de leur faire écouter le nouveau chant qu’il entonne lui même contrairement à se que représente le tableau d’Isidore Pils de 1849 « Rouget de Lisle chantant la Marseillaise ». L’enthousiasme est général, de Dietrich ayant une très belle voix. Rouget de Lisle aurait lui-même interprété son chant dans plusieurs cafés pour officiers. Quatre jours plus tard son chant intitulé « Le chant de guerre pour l’armée du Rhin » est chanté lors d’une parade dans Strasbourg. De Dietrich fait imprimer des tracts avec les paroles du nouveau chant et les fait distribuer dans la ville mais aussi aux marchands et musiciens ambulants.

Le nouveau chant arrive dans le sud-est de la France et alors que les combattants de Montpellier et de Marseille se réunissent pour monter sur Paris et participer à la lutte pour la nation, un jeune médecin engagé, François Mireur entame le chant juché sur une table dans un café. L’effet est fulgurant, tous les militaires reprennent le chant et en quelques jours l’hymne est connu de tous à Marseille. Tous les volontaires reçoivent une copie du nouveau chant. Les troupes mettront 28 jours pour rallier la capitale et seront accueillis avec enthousiasme tout au long du trajet durant lequel ils chantent sans relâche leur hymne. C’est ainsi que le chant devient « La marche des Marseillais ». La mère de Claude Rouget de Lisle qui est royaliste et catholique est scandalisée de voir son nom associé à un chant révolutionnaire. Pourtant le chant continue son expansion. Il semblerait que se soit l’abbé Pessonneaux  qui ait écrit la dernière strophe, la septième complétant ainsi le chant.

Le 22 juillet 1792, on déclare la patrie en danger et les volontaires affluent de toutes parts, on compte jusqu’à 46 000 engagés.  Le 4 août 1792 est rendu publique par Louis XVI le manifeste du général prussien Brunswick qui menace Paris d’une totale destruction en cas d’agression de la famille royale. Quelques jours auparavant les marseillais étaient arrivés à Charenton puis avaient poursuivi leur chemin vers l’hôtel de ville par la porte de Bercy créant de violents affrontements entre Royalistes et Marseillais. Le 10 août les patriotes prennent les Tuileries et très vite les gardes nationaux et les canonniers se rallient aux insurgés. La garde suisse est massacrée et le palais des Tuileries saccagé. Lors du pillage, un insurgé voit un clavecin et aussitôt se met à jouer et les révolutionnaires entonnent « la Marseillaise ».

Claude Rouget de Lisle déplorera la journée du 10 août et protestera contre l’internement du Roi ce qui lui vaudra d’être suspendu par Lazare Carnot. En 1795 il est envoyé à l’armée des côtes de Brest sous les ordres du général Hoche où il affronte les Chouans et les Emigrés.

L’hymne quant à lui poursuit sa popularité ainsi un jour dînant Porte Maillot les vedettes de l’Opéra de Paris se mettent à chanter « la Marseillaise » et bientôt une foule se forme demandant aux chanteurs de sortir et de reprendre le chant, la foule termine à genoux. En octobre 1792 le chant est repris comme un Te Deum.

L’hymne sublime la volonté des Français et tous les Généraux entonneront le chant avant chaque bataille lors de la campagne de Belgique. Comme l’écrit Alexandre Dumas père, l’hymne est un soutien aux troupes.

En 1796 Rouget de Lisle se consacre à la littérature et la musique. Il votera contre le consulat à vie de Napoléon. Il lui écrira plusieurs lettres lui reprochant la trahison de l’esprit révolutionnaire. On ne sait pas si ces lettres ont été retransmises à Napoléon car Rouget de Lisle n’obtiendra jamais de réponse. Il se retrouve seul et isolé. A l’arrivée de Louis XVIII, Rouget de Lisle devient royaliste. Il compose divers hymnes. En 1825 il fait imprimer à ses frais cinquante chants à la France. En 1830 il essaye de rejoindre les barricades. Financièrement sa situation est difficile et certains de ses anciens amis dont le Général Blein lui accordent des pensions afin qu’il puisse vivre correctement. Claude Rouget de Lisle s’éteint le 26 juin 1836 à Choisy-le -Roi, c’est Blein qui lira son éloge funéraire.

La Marseillaise après la mort de son créateur

La Marseillaise est Interdite sous l’Empire puis la Restauration de 1830. Cependant, lors du règne de Napoléon III, la Marseillaise est présente sur les champs de bataille, par exemple lors de la guerre de Crimée. Dans les milieux populaires le chant reste célèbre et il est chanté régulièrement dans les théâtres, une de ses plus célèbre interprète est la comédienne Rachel. Parfois le chant est sifflé par les aristocrates dans les théâtres mais son succès ne faiblit pas. Le grand compositeur Berlioz élabore dans les années 1830 une orchestration de la Marseillaise qu’il dédie à Rouget de Lisle.

Les élites politiques de la IIIe République au début des années 1870, soucieuses d’ordre moral considèrent la Marseillaise comme subversive et commandent donc à Pierre Jean de Béranger et Charles Gounod la musique d’un nouvel hymne. Mais, craignant un retour de la monarchie, les députés républicains dont Désiré Barodet redécouvrent les vertus émancipatrices de la Marseillaise et en font réellement l’hymne national par la loi du 14 février 1879, en appliquant le décret de la Convention du 14 juillet 1795. La Marseillaise devient pour la deuxième fois de l’histoire l’hymne national français après l’avoir été pendant neuf ans de 1795 à 1804.

Maurice Faure, ministre de l’Instruction Publique instaure en 1911 l’obligation de l’apprendre à l’école primaire. Onze mois après le début de la première guerre mondiale, on fait appel indirectement à Rouget de Lisle pour galvaniser le moral des troupes, et c’est ainsi qu’en 1915 le cercueil de Rouget de Lisle est transporté aux Invalides où une magnifique interprétation de l’hymne national a lieu avec les ténors de l’Opéra de Paris

Les Constitutions de 1946 et 1958 (IVe et Ve Républiques) conservent la Marseillaise comme hymne national.

Rouget de Lisle a su créer un chant capable de galvaniser des troupes mais aussi la population. Les paroles de la Marseillaise sont marquées par les slogans patriotiques que l’on retrouve dans les affiches de conscription ou autres chants dans les années 1790, mais c’est Rouget de Lisle qui a su réunir tous ces éléments pour en faire plus qu’un chant patriotique : un hymne national.

Un commentaire

  • BRIN

    May 11, 2017

    Reply

    ''La Marseillaise'' est un chant guerrier révolutionnaire qui nous rappelle de douloureux conflits que l'on ne doit pas pavoiser..!! De nos jours en 2017, ce chant devrait subir des modifications DANS SES PAROLES : PRONER LA PAIX AVEC UN CHANT DE GUERRE il y a là une totale discordance et aussi contraire à sa DEVISE. Musicien, j'ai changé des paroles sans en modifier la musique, très belle pour un Hymne...et j'ai reçu une très belle lettre du Ministère de la culture et de la communication . Dans ce monde agité dans lequel nous vivons, il ne s'agit pas de CHANTER DE LA VIOLENCE mais plutôt de la RAISON, de la PAIX et de l'UNION. Pour plus d'informations, veuillez ma contacter à l'adresse é-mail ci-dessus .. Merci

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>