1914-1921, LES PUISSANCES BELLIGERENTES ET LA QUESTION POLONAISE

Thème: Histoire                                                                                                                                                            Mardi 19 Janvier 2016

1914-1921, LES PUISSANCES BELLIGERENTES ET LA QUESTION POLONAISE

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Par Z.C. SYNOWIECKI – Professeur d’histoire

Quelques rappels :

1385 : traité de Krewo. Union polono- lituanienne

5 août 1772 : Convention de Saint Pétersbourg entre la Russie, la Prusse et l’Autriche. 1ère partition de la Pologne.

« L’Europe idolâtre eut trois rois… Et ce fut une trinité diabolique…Frédéric dont le nom signifie le pacifique…Catherine qui signifie en grec la chaste… Marie-Thérèse qui portait le nom de l’humble et immaculée mère du sauveur. Les noms de ces trois rois…sont trois blasphèmes, leurs vies trois forfaits, leurs mémoires trois malédictions… et cette trinité…fit une idole nouvelle, la plus hideuse de toutes. Mais la nation polonaise seule n’adora point la nouvelle idole… et la Pologne dit enfin « quiconque viendra à moi sera libre et sera l’égal de vous, car je suis la liberté ». Mais les rois ayant appris cela frémirent dans leurs cœurs… Et la nation polonaise fut mise à mort et déposée au tombeau et les rois s’écrièrent : »nous avons tué la liberté » et ce cri fut insensé car la nation polonaise n’est pas morte.

Mickiewicz (Norman Davies p227.)

23 janvier 1793 : traité de Saint Pétersbourg. La Russie et la Prusse conviennent d’une deuxième partition de la Pologne.

Mars –octobre 1794 insurrection de Kociuszko (victoire de Raclawice, défaite de Maciejowice le 10 octobre)

3 janvier 1795 : traité de Saint Pétersbourg. La Russie et la Prusse conviennent d’une troisième partition de la Pologne acceptée par l’Autriche le 24 octobre

« La nécessité d’abolir tout ce qui peut rappeler le souvenir de l’existence du royaume de Pologne ayant été reconnue la dénomination du royaume de Pologne demeurera dès à présent et pour toujours supprimée » (26 janvier 1797)

Juillet 1807 : création du duché napoléonien de Varsovie. Indépendance étatique de 1807 à 1813.

3 mai 1815 : traités entre la Russie, l’Autriche et la Prusse regardant la Pologne. Traité final de Vienne (9 juin 1815). Création du « royaume du Congrès », du duché de Posen (Poznan) et de la ville libre de Cracovie.

1830 : insurrection de novembre contre la férule russe.

1831 : déposition de Nicolas 1er (25 janvier) parle sejm polonais. Guerre russo polonaise. Chute de Varsovie. Début de la grande émigration. Pendaison des chefs, déportations massives en Sibérie (80000), confiscation des domaines. Langue russe décrétée obligatoire dans les tribunaux et les écoles. Fermeture de l’université.

Février 1846 : révolution à Cracovie. L’Autriche annexe Cracovie (16 novembre 1846)

1848-1849 : Participation polonaise au « printemps des nations ». Insurrections en Posnanie, à Cracovie et à Lwow.

22 janvier 1863 : déclenchement d’une insurrection contre la férule russe en Pologne russe. Elle dure 18 mois. Le royaume est dissous et englobé dans l’empire russe sous le nom de région ou pays de la Vistule. 20000 déportations en Sibérie, nombreuses pendaisons ; 10000 réfugiés polonais s’installent en France. Exécution de Romuald Traugutt, dernier chef des insurgés le 5 août 1864.

Les Russes s’approprient 1660 propriétés terriennes, russifient les écoles, ferment une centaine de couvents, interdisent certains ordres religieux et contraignent la hiérarchie catholique à se soumettre au collège catholique de Saint Pétersbourg.

1904-1905 : guerre russo-japonaise Juillet 1904. Elle dévoile les faiblesses de l’empire des tsars. Jozef Pilsudski négocie avec les Japonais la formation d’une légion pour combattre la Russie et réaliser des actes de sabotage dans le royaume de Pologne. Au même moment Dmowski essaie à Tokyo de faire avorter les plans de Pilsudski.

1905 : les autorités russes donnent l’autorisation d’enseigner le polonais à l’école.

Novembre 1905 : l’armée russe réprime une grosse manifestation à Varsovie (40 tués, 170 blessés). Instauration de la loi martiale

Août 1906 : mercredi sanglant, le PPS organisation combattante livre 100 assauts contre les officiels russes, policiers et soldats.

L’Autriche accorde un appui semi-clandestin aux Polonais anti-russes. Jozef Pilsudski est autorisé à organiser des sociétés de préparation militaire. Elles permettront plus tard la levée de deux légions polonaises.

L’initiative de Pilsudski déplait au groupe national démocrate dirigé par Dmowski, député à la Douma et slavophile polonais. Ce dernier est partisan d’un royaume de Pologne avec le tsar Nicolas II comme souverain et administré par des Polonais. Il estime que l’impérialisme allemand est la menace fondamentale contre la survie de la nation polonaise.

1912 : création du trésor militaire polonais destiné à financer toutes les formes de préparation à la constitution de l’armée polonaise.

En 1914, les territoires de la Pologne sont profondément divisés par des préférences politiques, des valeurs idéologiques et des loyautés ethniques antagonistes ainsi que par des disparités économiques, sociales et juridiques marquées, dues au simple fait de la partition et de l’incorporation des régions polonaise dans trois empires différents depuis 119 ans (6 générations).

2,4 millions de Polonais vont combattre dans l’armée russe, 1,4 million dans l’armée autrichienne et 850000 dans l’armée prussienne. L’armée russe compte 20000 officiers polonais mais aucun n’a le grade de général. Nombreux sont les officiers polonais dans l’armée autrichienne où la langue polonaise est autorisée. Peu d’officiers polonais dans l’armée prussienne (700) où les ordres ne sont donnés qu’en allemand. Peu d’études sur les Polonais qui ont servi dans les armées des occupants.

14 août 1914 : Appel du grand duc Nicolas Nicolaievitch « aux frères polonais ». Il promet que sous le sceptre de l’empereur de Russie, la Pologne renaîtra libre dans sa religion dans sa langue et dans son autonomie. Les territoires qui appartiennent aux puissances copartageantes deviennent l’une des principales arènes des combats.  Dès le début de la guerre des milliers de personnes quittent les zones de combats. Prenons l’exemple de la Galicie, en août septembre 1914 les Juifs s’enfuient par peur des pogroms perpétrés par l’armée russe. (82000 Juifs, 44000 polonais et 7000 Ruthènes reçoivent une aide du gouvernement autrichien.

La deuxième offensive russe en Galicie à la fin de l’automne 1914 engendre des déplacements massifs de population (1 million de personnes). 600000 reçoivent une aide de l’Etat. Gros rassemblement de réfugiés à Vienne (200000).Ils sont accusés d’être responsables de la cherté de la vie et de l’apparition de maladies contagieuses.

La contre attaque victorieuse des armées allemandes et autrichienne conduit à son tour à des migrations de près d’un million de personnes vers l’intérieur de la Russie.

« Mai 1915, les armées russes quittent le territoire du royaume de Pologne en emmenant avec eux une importante fraction de la population avec leurs biens. Les combats se sont étendus sur une surface de 85000km2. Des milliers de villages, des dizaines de villes, la moitié des ouvrages de génie civil, 1,9 million de bâtiments et presque 70% de la couverture forestière ont été détruits. Les pertes matérielles s’élèvent à 2 milliards de dollars de l’époque, ce qui équivaudrait aujourd’hui à plusieurs milliards de dollars. »

Georges Mink « la Pologne au cœur de l’Europe »

L’offensive des centraux en 1915 aboutit à la prise de Varsovie le 5 août (troupes bavaroises catholiques disciplinées) et à l’occupation de la majeure partie de la Pologne russe. Son territoire est divisé en deux gouvernements généraux ( Autriche :Lublin ; Allemagne : Varsovie). La ville de Vilnius est prise le18 septembre 1915.

A Varsovie, le gouverneur général, Hans Hartwig Von Beseler estime avoir une mission historique à accomplir : expulser la Russie d’Europe qui pour lui est un pays asiatique. Il est favorable à la reconstruction de la Pologne sous les auspices de Berlin. Il multiplie les gestes en direction des élites polonaises et permet la réouverture de l’université. Les Autrichiens voient avec répugnance les manœuvres de Beseler car ils souhaitent annexer le royaume de Pologne. Ils désirent un « Etat polonais » sous deux formes éventuelles : soit un grand royaume au sein de l’empire (transformation de la monarchie double en monarchie triple qui rééquilibrerait l’empire au détriment des Hongrois), soit un royaume séparé de l’ex Pologne russe avec comme souverain un archiduc. L’Allemagne d’accord avec l’Autriche jusqu’en 1915, change d’avis en 1916. Elle veut un Etat fantoche vassalisé au point de vue économique et politique et sous direction allemande.

5 novembre 1916 : proclamation commune des deux empereursIls se garantissent mutuellement la possession des territoires polonais qu’ils ont depuis les partages. « Un royaume de Pologne » serait érigé « soumis à un roi et doté d’une armée nationale » mais dont les frontières ne seraient fixées qu’au rétablissement de la paix. Ce royaume entrerait avec les centraux dans une union douanière étroite et dans « une politique extérieure commune ». Pour Ludendorff « ce projet stupide d’une Pologne indépendante n’a pour but que de lever une armée polonaise antirusse et de transférer l’armée d’occupation sur le front occidental ».

Décembre 1916, le parlement italien se prononce pour la restauration de l’Etat polonais.

14 janvier 1917 : constitution d’un conseil de régence de 24 membres.

La déclaration du 5 décembre s’est faite sans l’accord de Pilsudski.

Russie : événements de février 1917- abdication de Nicolas II le 15 mars en faveur de son fils puis de son frère le grand duc Michel. 17 avril arrivée de Lénine. 6 mai arrivée de Trotski.

30 mars 1917 : proclamation du gouvernement provisoire russe.

Elle promet un Etat polonais indépendant « mais qui serait étroitement lié à la Russie par une union militaire ». Cette proclamation est le pendant de celle des deux empereurs.

Les Russes reconstituent dès janvier 1917 les légions polonaises retirées du front en 1915. Les partisans de Pilsudski n’ont plus aucune raison de se battre pour les centraux contre la Russie nouvelle qui en recréant des unités polonaise leur pose des problèmes d’ordre moral.

Avril 1917 : Wilson affirme la nécessité de rendre aux Polonais leur droit à l’autodétermination pour faire renaître une Pologne unifiée et indépendante.

Création de l’armée polonaise de France le 4 juin 1917.

Le 2 juillet 1917, les centraux exigent un nouveau serment de fidélité des légions polonaise. Pilsudski refuse. Il est arrêté et interné à Magdebourg le 21 juillet 1917. La première brigade refuse le serment et est dissoute. La deuxième commandée par le général Haller le prête mais est détruite quand elle essaie de rejoindre le premier corps de Dowbor Musnicki. Haller rejoint la France où il prend le commandement de l’armée polonaise de France.

3 mars 1918 : traité de Brest Litovsk. La Russie soviétique renonce à la Pologne, à la Courlande et à la Lituanie. Ce traité reconnaît celui conclu le 9 février 1918 entre les centraux et les délégués de la Rada ukrainienne (création d’un Etat ukrainien à partir de l’Ukraine russe sous tutelle austro-allemande). Fin avril, la Rada est dissoute et remplacé par le régime germanophile de l’hetman Pavel Skoropadsky.

Les XIV points de Wilson dont le treizième vise la Pologne avec une formulation peu précise : « Un Etat polonais indépendant devra être érigé comprenant tous les territoires habités par des populations indiscutablement polonaises. Un libre accès à la mer devra lui être assuré. »

Populations indiscutablement polonaises 155 ans après le 1er partage ! Accès à la mer : Baltique ou mer Noire ?

Wilson accepte le recrutement sur le sol américain de plusieurs milliers de volontaires pour l’armée de Haller en France.

Le 29 septembre 1918, Ludendorff avertit Berlin que l’armée allemande est hors d’état de continuer la lutte.

Le 7 octobre 1918, le conseil de régence de Varsovie proclame l’indépendance de la Pologne. Le 15 octobre, les députés de la Galicie avisent Charles 1er qu’ils ne se considèrent plus comme ses sujets mais comme citoyens de cette nouvelle Pologne indépendante.

Les délégués de la Galicie orientale secouent le « double joug austro-polonais» et avec l’aide des forces d’occupation allemandes s’emparent de Lwow dans la nuit du 31 octobre 1918 et fondent le 1er novembre 1918 la République d’Ukraine occidentale qui le 22 janvier 1919 fusionne avec l’ex Ukraine russe.

Armistice du 11 novembre 1918 : les troupes allemandes doivent évacuer les territoires envahis. Les autorités allemandes sont contraintes de traiter avec les Polonais pour rapatrier le demi million d’hommes se trouvant sur le front oriental. Pilsudski qui seul peut faire cesser les attentats contre les forces d’occupation et permettre de laisser la retraite allemande s’effectuer en bon ordre est libéré.

Le conseil de régence remet les pleins pouvoirs à Pilsudski le 14 novembre 1918.

Le problème des frontières-6 guerres de frontières.

– Contre l’Allemagne en Poznanie et en Silésie

– Contre la Tchécoslovaquie (CiesczynTeschenTesin

 Contre les Bolchéviques en Lituanie.

– Contre les Ukrainiens

– Contre la Russie soviétique (miracle de la Vistule)

La délimitation des frontières est une tâche assurée par la conférence de la paix où la Pologne est représentée par Dmowski et Paderewski.

La Poznanie

La Prusse n’avait eu les villes de Thorn (Torun), Posen (Poznan) et Dantzig (Gdansk) qu’en 1793 après le deuxième partage de la Pologne.

La population se dresse contre les occupants : 20000 morts. Paderewski est accueilli à Poznan le 26 décembre 1918 dans la liesse générale. Un armistice avec Berlin appuyé par Foch est signé en février 1919. La Poznanie est rattachée à la Pologne.

17 janvier 1919 : Paderewski est nommé premier ministre et ministre des affaires étrangères

Le traité de Versailles octroie à la Pologne un accès à la mer Baltique ce qui nécessite la création d’un corridor de 70km de large séparant la Prusse orientale de l’Allemagne. A cette humiliation de voir son territoire coupé en deux s’ajoute pour l’Allemagne le fait que Dantzig (Gdansk), ville purement germanique mais seul grand port de la région, devient une « ville libre » contrôlée par la SDN et que le droit de la représenter à l’étranger est accordé à la Pologne.

La haute Silésie

La Silésie n’appartenait pas au royaume de Pologne en 1772. Elle en avait été séparée en 1139 par Frédéric Barberousse. La plus grande partie de la Silésie était revenue à la Prusse de Frédéric II lors de la guerre de succession d’Autriche. En 1918, les villes marchandes comme Breslau (Wroclaw) étaient peuplées d’Allemands. Les campagnes l’étaient par des Polonais.

Au XIXè siècle, la découverte d’énormes gisements dans la région de charbon, de minerais de fer et de zinc permit le développement de l’industrie. Les cadres sont allemands, les ouvriers polonais.

De1861 à 1905, l’élément polonais en Silésie augmente de 80% !

Le conflit qui éclate entre Allemands et Polonais est lié au riche sous-sol silésien. Clémenceau se montre plutôt favorable au rattachement de la Silésie à la Pologne. Lloyd George insiste, lui, pour qu’un plébiscite soit organisé en haute Silésie et tient des propos polonophobes : « Donner la Silésie à la Pologne c’est comme donner une montre à un singe » et encore «  La population polonaise tendant à soumettre 2,1 millions d’Allemands (Silésiens) à la tutelle d’un peuple de religion différente, et dont toute l’histoire n’a jamais fourni la preuve qu’il fût capable de se gouverner lui-même, risque de susciter, tôt ou tard, une nouvelle guerre européenne.»

Wilson, président des Etats Unis, se rallie à l’idée du plébiscite. Il se tient dans le calme le 21 mars 1921. L’Allemagne l’emporte par 707000 voix contre 479000 à la Pologne. Aussitôt les Polonais prétendant que les Allemands avaient fait venir des trains entiers d’électeurs ripostent par des soulèvements (Troupes de Wojciech Korfanty) auxquels s’opposent des corps francs allemands.

La France doit envoyer des troupes pour rétablir l’ordre et la question est transmise à la SDN qui s’en décharge sur la Belgique, le Brésil, la Chine et l’Espagne. Décision est prise le 12 octobre 1921 de couper le bassin industriel en deux. La Pologne reçoit 29% de la haute Silésie où se trouvent la plupart des richesses minières et 46% de la population.

Teschen, (Cieszyn-Tesin)

Faisait avant 1918 partie de la Silésie autrichienne. Pour la Pologne, il s’agit du prolongement naturel de la haute Silésie et d’une ville incontestablement polonaise (55% de Polonais, 27% de Tchèques et 18% de germanophones). La Tchécoslovaquie fait valoir que la région lui est indispensable (nœud ferroviaire, mines de charbon, usines métallurgiques).

Le 29 octobre 1918, les milices polonaises s’emparent de la région. Le 23 janvier 1919, les Tchèques s’en emparent à leur tour lors du conflit polono ukrainien. Le 28 juillet 1920, la conférence des ambassadeurs attribue 3/5 du territoire à la Pologne et 2/5 à la Tchécoslovaquie comprenant la plus grande partie du bassin industriel.

La question de Teschen continuera à empêcher tout rapprochement tchéco-polonais jusqu’à la réoccupation polonaise en novembre 1938 après Munich.

Guerre polono russe. Le miracle de la Vistule

Il s’agit d’une guerre non déclarée.

Avril 1919, les forces polonaises chassent les bolchéviques de Vilnius et de Minsk et s’assurent le contrôle de la Galicie orientale. La Pologne, le 21 avril 1920, reconnaît l’indépendance de l’Ukraine et conclut une alliance militaire avec le gouvernement ukrainien de Symon Petliura alors aux prises avec l’armée rouge. Des alliés, seule la France approuve les actions de l’armée polonaise et lui livre les équipements nécessaires à la conduite des opérations. ( aide Weygand, De Gaulle).

Paris considère qu’une solide Pologne pourrait prendre la place de la Russie comme alliée contre l’Allemagne. L’Angleterre ne voit la Pologne que comme une petite nation avec une frontière orientale sur le Bug (ligne Curzon).

Août 1919, Pilsudski se refuse à apporter son aide à Anton Denikin. Pour lui la chute de la Russie Soviétique ne profiterait pas aux intérêts polonais (Denikin s’oppose à ce que la Pologne retrouve ses frontières de 1772) et pouvait même provoquer un radical changement dans l’attitude de la France. Si les politiciens français avaient à choisir entre la Russie Blanche et la Pologne, ils choisiraient la première. Pilsudski craignait par ailleurs une attaque allemande à l’ouest que beaucoup de politiciens allemands souhaitaient. Après le 10 janvier 1320, Pilsudski peut transférer 200000 hommes de l’Ouest sur le front Est.

Le 22 décembre 1919, le gouvernement soviétique approche la Pologne avec des propositions d’armistice et un commencement de négociations de paix et au même moment transfère des troupes de l’intérieur sur le front ouest. Moscou joue avec le temps pour être en mesure de concentrer les forces nécessaires pour vaincre l’armée polonaise.

Mai 1920, Les Polonais font leur entrée à Kiev. Ils en sont chassés en juin par les cavaliers de Boudienny et en juillet la principale offensive russe est déclenchée dans le nord par Toukhatchevski. Il ordonne : « En route vers l’ouest ! Au-delà de la Pologne blanche s’ouvre la route vers la conflagration mondiale ».

Curzon, ministre anglais des affaires étrangères, propose aux soviétiques à la conférence de Spa le 11 juillet 1920 avec un armistice une frontière dont le nom est resté célèbre. La ligne « Curzon » est rejetée tant par les Russes que par les Polonais.

Les Russes sont aux portes de Varsovie. Du 16 au 18 août 1920, les troupes polonaises lancent une attaque sur le flanc sud de l’armée rouge qui brise l’avance soviétique et coupe les communications de Toukhatchevski. Les trois armées soviétiques se désintègrent. Au sud, l’armée de Boudienny est anéantie dans la région de Zamosc (dernière grande bataille de cavalerie de la guerre, 20000 hommes dans chaque camp).

Le 18 octobre 1920, Pilsudski arrache Wilno (Vilnius) aux Lituaniens. Ces derniers firent de Kaunas leur capitale provisoire et se proclamèrent jusqu’en 1939 en état de guerre officiel avec la Pologne.

L’armistice est signé le 12 octobre 1920 et le traité de Riga l’est le 18 mars 1921. La frontière de l’est recule de 150km par rapport à la ligne Curzon. Les Polonais lâchent leur allié ukrainien.

Pour Lénine « si la Pologne était devenue soviétique… la paix de Versailles aurait été pulvérisée et tout le système international établi grâce à la défaite de l’Allemagne aurait succombé.

Conclusion

La Pologne reconstituée s’étend sur 388000km2 et compte 27 millions d’habitants (69% de Polonais, 14,3% d’Ukrainiens, 7,8% de Juifs, 3,9% de Biélorusses, 3,9% d’Allemands et 0,9% d’autres nationalités). Les trois quarts vivent à la campagne. Le prolétariat industriel ne représente que 17% en 1921. Ses frontières s’étendent sur 5400km et sont bordées par des états hostiles. Le pays est exsangue. Au moins 500000hommes ont été tués entre 1914 et 1921 dont 100000 durant la guerre russo-polonaise. La production agricole a chuté de façon dramatique (35% pour le blé, 60% pour le seigle, 67% pour les pommes de terre entre 1914 et 1918). Pauvreté et malnutrition sévissent partout. L’industrie est paralysée. Les 4/5 des ouvriers sont au chômage. La moitié des ponts et les 2/3 des gares sont détruits.

Ajoutons à ce qui précède qu’au moment de regagner son indépendance coexistent dans le pays six systèmes judiciaires (trois des puissances copartageantes, le code napoléonien, la législation de l’ex-royaume de Pologne et celle de la Galicie), six monnaies différentes, quatre modèles d’uniformes et un chemin de fer qui doit s’accommoder de deux largeurs de rails, de trois systèmes de freinage etc

(Pacte Molotov Ribbentrop, Katyn, conférence de Téhéran, soulèvement de Varsovie : « Nous ne pouvions pas nous permettre une Pologne bourgeoise à nos frontières » Staline à Joukov)

Voici quelques ouvrages généraux dédiés aux personnes qui souhaiteraient découvrir l’histoire de la Pologne.

– Histoire de la Pologne. Norman Davies. Fayard

– Histoire de la Pologne. Jerzy Lukowski et Hubert Zawadski. Perrin

– La Pologne, histoire, société, culture. Daniel Beauvois. Editions de la Martinière

– La Pologne au coeur de L’Europe. De 1914 à nos jours. Georges Mink. Buchet Chastel.

– Un roman: Pologne. James A. Michener. Livre de poche

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