PARMENTIER : UN BIENFAITEUR DE L’HUMANITE

Thème : Histoire, Sciences, Société                                                                                                                      Mardi 09 FEVRIER 2016

PARMENTIER : UN BIENFAITEUR DE L’HUMANITE

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 Par Monsieur Alain QUERUEL, chargé de cours à l’Université de Paris VII.

INTRODUCTION

Antoine­ Augustin Parmentier (1737-­1813) a vécu sous l’Ancien Régime, la Révolution et la Restauration ce qui est exceptionnel. A la fin de l’Ancien Régime, les cours de chimie étaient très à la mode. Ainsi les aristocrates fortunés s’achetaient des cabinets, sorte de petits laboratoires. Turgot par exemple en avait un. A la Révolution les cabinets des aristocrates qui se sont fait assassinés, seront récupérés par les universités car ils étaient très onéreux et les universités manquaient de moyens.

En 1772 Lavoisier, juriste de formation fait l’expérience de la calcination de l’étain. Il prouve que l’augmentation de poids du métal est égale à la diminution du poids de l’air. Suite à Lavoisier une nouvelle méthode de nomenclature chimique est mise en place en 1787. La chimie est une science française et de nombreux scientifiques suivent cette voie. En 1822 est créée la première école de nouvelle chimie. Parmentier fait partie de ces « nouveaux » scientifiques. Au cours de sa vie mouvementée il resta profondément humain et soucieux du bien-être public, ne s’intéressant jamais à l’argent.

  • La jeunesse de Parmentier

Certaines biographies de Parmentier affirment que son père aurait été militaire mais il s’est avéré que ce n’était pas le cas. Sa famille résidait à Montdidier dans la Somme et son père était drapier. Comme le voulait la coutume à l’époque pour les enfants d’artisans on met le jeune Antoine ­Augustin en apprentissage, mais dans une pharmacie. D’abord ce sera à Montdidier puis à Paris à la pharmacie Simmonet. Parmentier passe le concours des apothicaires à l’Hôtel des Invalides et il y reste de 1755 à 1757. Ensuite en tant que pharmacien aux Armées, il est versé dans l’armée de Hanovre pendant la guerre de Sept Ans (1756­1763) où il combat les nombreuses épidémies. A cette occasion il rencontre Pierre Bayen chef de son service qui remarque son intelligence et lui présente Chamousset, intendant général des hôpitaux. Durant cette guerre contre la Prusse, il est fait prisonnier à Francfort où le plus célèbre pharmacien de la ville, Mayer, lui propose non seulement sa pharmacie mais aussi sa fille. Parmentier refuse et rentre en France en 1863, non sans avoir constaté qu’en Allemagne la culture de la pomme de terre est largement vulgarisée et qu’elle est régulièrement consommée alors qu’en France elle était interdite. A son retour Parmentier reprend ses études auprès de l’abbé Nollet, de Rouelle et de Jussieu. Il fini par obtenir le concours gagnant­-maîtrise de l’hôtel royal des Invalides mais les sœurs avaient privilège de préparer les médicaments depuis Louis XIV, par conséquent Parmentier a beaucoup de temps libre, il s’adonne donc aux recherches sur la pomme de terre. Entre 1773 et 1774 Parmentier traduit divers ouvrages et commence à se passionner pour l’économie domestique.

En 1775, il participe à l’analyse des eaux de la Seine, en 1778 il analyse les blés et la farine et en 1780 il publie un traité sur la châtaigne.

En 1777, Parmentier écrit un livre qui sera réédité sept fois, véritable « best-seller » dirait-on aujourd’hui, « Avis aux bonnes ménagères des villes et des campagnes, sur la meilleure manière de faire leur pain », véritable guide pratique sur le pain. En 1779, paraît « La manière de faire le pain de pommes de terre sans mélange de farine ». Cette même année 1779 il est nommé censeur royal et il est l’apothicaire-major des hôpitaux militaires de la division du Havre et de Bretagne lors de la guerre maritime entre la France et l’Angleterre. Un an plus tard, toujours soucieux du bien-être de la population, notamment des conditions déplorables des prisonniers, Parmentier publie « Le parfait boulanger ou traité complet sur la fabrication et le commerce du pain ». Avec Cadet de Vaux, ancien pharmacien aux Invalides, il ouvre une école de boulangerie où l’on cherche à améliorer la panification. Il poursuit ses recherches et écrit plusieurs traités notamment « Recherche sur les végétaux nourrissants ».

En 1782, il obtient du Roi l’autorisation de planter des pommes de terre sur deux hectares dans la plaine des Sablons à Neuilly. Parmentier, grand humaniste, cherche toujours à combattre les disettes et milite en faveur de la pomme de terre. Ainsi en 1786 il prend quelques fleurs de tubercules et se présente à Versailles où le Roi met quelques fleurs à sa boutonnière et quelques autres dans la chevelure de la Reine. Sa promotion de la pomme de terre se poursuit avec de nombreux dîners en présence d’hôtes prestigieux comme Benjamin Franklin ou Lavoisier. Il publie son dernier essai avec l’accord du Roi en 1788.

  • Sous la Révolution

Dans les premiers temps de la Révolution, le souvenir de ses travaux, réalisés sous protectorat royal, l’expose à une certaine défaveur. Il se tient d’abord à l’écart de l’administration puis il est chargé de surveiller les salaisons destinées à la Marine. Il travaille aussi sur le maïs, l’opium et l’ergot de seigle. Pourtant, Parmentier continue de publier des traités sur la pomme de terre, le topinambour et autres tubercules. Il collabore avec Deyeux (1745­-1837) qui fait des travaux sur les analyses du lait et du sang. Plus tard, il travaille sur le sucre. Il collabore également avec Pelletier (1761­-1797) qui travaille sur la colle des os. En 1791, les pharmaciens créent la société libre des pharmaciens. Parmentier, bien que pharmacien-inspecteur est écarté du collège. Il est marginalisé et perd ses postes. Il est envoyé dans le Sud de la France, à Toulouse où il est chargé de mission par la commission d’agriculture et des arts en Camargue. Parmentier continue son action philanthropique en jouant un rôle essentiel en faveur de la vaccination contre la variole. Il va même jusqu’à proposer des soupes et des vêtements en échange de vaccination. Les soupes populaires se développent mais cela coûte cher et sous la République beaucoup de mécènes ont été décapités ou se cachent, ce qui complique leur maintien. Le financement privé devenant de plus en plus difficile, on développe des structures publiques comme les hôpitaux et les dispensaires. De 1796 jusqu’à sa mort il est inspecteur général du service de santé. Il continue également de publier sur divers thèmes toujours en lien avec l’agriculture et l’économie rurale. Il participe aussi à la rédaction d’un ouvrage sur la vigne.

  • Parmentier et l’Empire

En 1803 est créée l’école de pharmacie de Paris dont Parmentier sera le premier président. Le premier travail des pharmaciens fut la refonte du Codex. La pharmacopée des Hospices, rédigée par Parmentier, parut avec l’appui du Conseil Général des Hospices. Entre 1804 et 1809, il collabore régulièrement aux annales de chimie. Par ailleurs, les dernières années de sa vie sont consacrées au sucre. Des révoltes ayant eu lieu à Saint-­Domingue, la production de sucre de canne est en danger. Napoléon envoie un corps expéditionnaire de 60000 hommes qui sera décimé par les maladies. La pénurie de sucre se faisant sentir on essaye des substituts : betterave ou raisin. Deyeux travaille sur la betterave et Parmentier sur le sucre de raisin. Les résultats s’avèrent médiocres car il faut 32 kilos de raisins pour obtenir 6 kilos de sirop. Parmentier élargit ses recherches sur l’extraction du sucre des végétaux. En 1813 Parmentier meurt d’une phtisie pulmonaire et est inhumé au cimetière du Père Lachaise.

CONCLUSION

Le rôle de Parmentier dans l’Histoire dépasse l’anecdote. Les travaux de ce scientifique éclairé du XVIIIème siècle sont tous aussi remarquables par leur qualité et leur ampleur que par les nombreux domaines étudiés. Il n’a jamais cessé d’œuvrer pour que les acquis de la science, en plein progrès, se traduisent dans la vie quotidienne. Il pensait que le meilleur moyen de lutter contre les maladies est de donner accès à une nourriture de qualité et à une hygiène améliorée. Ce fut indéniablement un des bienfaiteurs de l’Humanité.

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