LES NOUVELLES DYNAMIQUES DE LA SOCIETE INDIENNE

Thèmes : Société – Géopolitique – Economie                                                                                                    Mardi 13 Décembre 2016

LES NOUVELLES DYNAMIQUES DE LA SOCIÉTÉ INDIENNE

slider_cdi_104par Monsieur Philippe HUMBERT – Industriel et expert de l’Inde.

INTRODUCTION

Au cours des dernières décennies, l’Inde a occupé une place croissante dans le monde. On peut constater un grand dynamisme dans ce pays plein de contrastes. C’est un pays cinq fois plus grand que la France mais avec une population vingt fois supérieure, ce qui n’empêche pas de trouver en Inde une grande unité culturelle fondée sur l’hindouisme. Par ailleurs la civilisation indienne est très ancienne ; datée de trois à quatre mille ans avant J- elle C constitue aussi un socle commun. En dépit de sa taille et des 28 états qui la constituent, l’Inde est une démocratie où aucun coup d’état n’a eu lieu et où l’armée ne joue pas un rôle prépondérant. On peut voir l’Inde à travers trois dynamiques : la mutation culturelle, l’arrivée au pouvoir du BJP et la diplomatie.

I – PREMIÈRE DYNAMIQUE: LA MUTATION CULTURELLE. 

La mutation culturelle est un mouvement qui s’est mis en route il y a environ 25 ans et qui touche la politique, la démographie, l’économie et la psychologie du peuple indien. 

A l’indépendance en 1947, le système politique indien se calque sur le modèle britannique. Le Parti du Congrès s’affirme comme le grand parti national présent dans tous les états du pays. Ce parti est dominé par les grandes figures de l’indépendance et surtout une famille, les Gandhi. Un autre parti national est créé vers la fin des années 1980, le BJP Bharatiya Janata Party (Parti du Peuple Indien) qui gagne progressivement de l’influence. De nouveaux partis régionaux apparaissent et les règles démocratiques se complexifient. La vie politique indienne est en effervescence et la presse est très active. Comme entre chaque élection nationale se tiennent des élections régionales dans les Etats, ces dernières deviennent des tests électoraux à répétition. 

D’un point de vue démographique on assiste aussi à une révolution car durant les deux dernières décennies la natalité a beaucoup baissé dans les états de l’ouest contrairement à l’est où elle reste élevée ce qui engendre un phénomène de migration et donc une croissance urbaine exponentielle dans des villes de l’ouest comme Delhi ou Bombay.

Dans le domaine économique l’Inde a connu des difficultés à la fin des  années 1980 mais on assistera dans la décennie suivante à une grande évolution là aussi avec une libéralisation et une débureaucratisation qui permettent au fort esprit créatif indien de s’exprimer. Ainsi, durant des décennies il fallait obtenir des dizaines d’autorisations pour créer la moindre entreprise, freinant ainsi toute initiative. Cependant, la prospérité (Ganesh) est un élément de la culture indienne et l’essor économique est constant. Cette croissance permet à l’Inde de faire partie des plus importants pays émergents et va de pair avec une grande connectivité. L’Inde possède le deuxième parc de portables derrière la Chine et compte plus de 300 millions de connexions Internet par mobile.

La révolution des dernières années touche aussi la mentalité des Indiens qui tendent à afficher une certaine fierté alors qu’auparavant ils se voyaient comme un pays du tiers monde. Bollywood est un des éléments culturels qui contribue à cette fierté indienne. Par ailleurs, on assiste à un certain pan-indianisme dans le sens que bien que chaque état ait sa langue officielle, l’hindi est la langue nationale et rapproche tous les Indiens. De plus, grâce à la connectivité et à l’amélioration des infrastructures les états se désenclavent et le sentiment de l’unité nationale se renforce. 

II – DEUXIÈME DYNAMIQUE : L’ARRIVÉE AU POUVOIR DU BJP.

Dans les années 80 le BJP devient un grand parti national qui peut concurrencer le Parti du Congrès qui détient le pouvoir depuis l’indépendance. La première victoire du BJP date de 1998 mais en 2004 le parti du Congrès revient au pouvoir. La grande victoire du BJP est celle de 2014 qui marque par conséquent une défaite historique de son adversaire, parti pionnier. Le parti du Congrès avait été créé en 1885 par les Anglais qui organisaient des élections régionales donnant ainsi une certaine liberté tout en permettant de contrôler sans heurts leur plus riche colonie. Ce parti est le parti des grands héros de l’indépendance, Nehru et Gandhi. C’est un parti laïc qui se dit neutre par rapport aux diverses religions de l’Inde et qui lutte contre le système des castes. Sa force, qui était d’être un parti dynastique (quatre générations de Gandhi), est devenue sur les deux dernières décennies un handicap. Le parti du Congrès est un parti socio-démocrate selon les critères européens. Le BJP serait quant-à lui plutôt un parti de droite voire populiste mettant en avant l’identité indienne. Les deux partis sont très opposés ; ainsi, contrairement au parti du Congrès, le BJP est hindouiste et non laïc. Sur le plan économique, c’est un parti libéral qui favorise la débureaucratisation et la déréglementation. De plus, si le parti du Congrès est un parti dynastique, le leader du BJP, Narendra Modi, est un homme d’origine modeste qui était vendeur de thé dans son état du Gujarat. A force de travail il devient Chief Minister de son état. Homme moderne, il utilise les réseaux sociaux et les moyens de communication les plus avancés pour se créer une image charismatique. Il est très populaire en Inde mais aussi auprès de la diaspora indienne. Ainsi, par exemple il a rempli le stade de Wembley, à Londres, lors d’un meeting. Son programme est très simple : d’une part « développement » et d’autre part, « bonne et décisive gouvernance ». Il s’engage à améliorer l’accès aux biens matériels tels que l’eau, l’électricité ou les routes mais aussi à lutter contre la corruption et à prendre rapidement des décisions afin de lutter contre l’immobilisme du parti du Congrès.  

Les résultats économiques du BJP sont plutôt positifs. Ainsi le taux de croissance de l’Inde est au dessus de 7% et l’inflation a baissé se stabilisant autour de 5 %. La monnaie est stable et la macro économie se porte bien ; la libéralisation prônée par le parti favorise les échanges et le commerce. Le Premier Ministre cherche également à développer l’industrie nationale avec le slogan « Make in India ». La baisse des cours des matières premières, notamment le pétrole, a beaucoup favorisé l’économie indienne qui importe toute son énergie. Son plus grand défi est de parvenir à combler le déficit énergétique de son pays. En effet, l’Inde ne parvient pas à fournir de l’énergie, surtout de l’électricité, de manière suffisante, ce qui a pour conséquence de nombreuses coupures quotidiennes. Le Premier Ministre a lancé un vaste programme dans le domaine de l’énergie de 175 gW, les deux tiers en solaire, ce qui représente le plus ambitieux programme du monde dans ce domaine. Les Etats les plus ensoleillés ont relayé le programme et le succès de l’énergie solaire est incontestable. Les appels d’offre étant très nombreux, cette énergie devient très compétitive. Seul bémol à apporter aux résultats économiques la répartition de cette richesse est très inégale et le fossé entre riches et pauvres se creuse. Une grande partie de la population reste en marge de la redistribution de cette richesse comme par exemple, la communauté musulmane qui représente 13% de la population. Les paysans sans terre et les migrants sont eux aussi défavorisés.

Si le bilan économique du BJP est dans l’ensemble plutôt favorable, au niveau de la gouvernance il en est autrement. La corruption qui était gigantesque a légèrement baissé au niveau de l’Etat fédéral mais reste courante dans la vie quotidienne. La « démonétisation » des grosses coupures a été lancée le 8 novembre avec cet objectif de lutte contre les enrichissements illégaux.  Le Premier Ministre s’est montré aussi favorable à la digitalisation ce qui permet aux subventions de parvenir aux personnes qui en ont vraiment besoin. 

Le plus gros point noir du BJP est l’hindouisme fondamentaliste qui a engendré des actes de violence contre les autres communautés : incendies d’églises … L’hindouisme fondamentaliste est un ferment de division qui ne sert pas les intérêts du pays ; il est significatif que les grandes manifestations visent la pollution, les agressions envers les femmes ou la corruption. On sent un certain essoufflement du BJP qui a perdu récemment les élections dans les états de Bihar et de Delhi : il faut noter que 81% des députés du BJP sont originaires du nord de l’Inde, les états du sud ayant de forts partis politiques régionaux. 

III – TROISIÈME DYNAMIQUE : LA DIPLOMATIE.  

Après l’indépendance, l’Inde de Nehru était dans le camp des non-alignés à la conférence de Bandung de 1955 mais désormais on peut dire qu’elle a une politique multi-alignée. Ainsi la politique indienne est d’abord bilatérale. Le Premier Ministre voyage beaucoup, surtout dans les Etats où l’on peut trouver de la technologie et des investissements ; c’est ainsi qu’il s’est rendu aux Etats-Unis, en Chine, en Grande-Bretagne, au Japon ou en Australie. Ces pays ayant une forte diaspora, les relations sont facilitées. En ce qui concerne la diplomatie régionale, l’Inde a toujours eu de mauvaises relations avec tous ses voisins notamment avec le Pakistan, état totalement musulman qui s’est séparé de l’Inde et avec lequel il continue a y avoir des incidents réguliers. Les relations avec le Népal sont également marquées par la rivalité avec la Chine. Les problèmes avec le Bangladesh sont dus aux vagues de migrants qui arrivent régulièrement dans l’est de l’Inde. Economiquement, la collaboration avec la Chine est bonne mais il existe une grande défiance sur le plan politique. L’Inde se sent menacée par l’encerclement militaire des Chinois qui possèdent des bases militaires en Birmanie, au Sri Lanka et au Pakistan (le « collier de perles ») par conséquent l’Inde souhaite bâtir de bonnes relations avec les autres pays asiatiques tels que le Vietnam ou les Philippines. L’Inde se tient volontairement en retrait des conflits du Moyen-Orient mais joue un rôle important dans les thèmes internationaux qui la touchent tels que le nucléaire civil, la lutte contre le terrorisme et les changements climatiques. Dans ce dernier domaine, l’Inde joue un rôle essentiel dans la grande alliance des pays producteurs d’énergie solaire avec le lancement de l’Alliance solaire internationale lors de la COP 21 à Paris en décembre 2015).

CONCLUSION

L’Inde est devenu au cours des dernières décennies un pays important dans l’échiquier mondial de par sa taille démographique et son essor économique. C’est un pays émergent qui a su évolué politiquement, économiquement et socialement ce qui fait de lui un pays extrêmement dynamique. C’est aussi un des pays ayant un des plus fort potentiel de croissance du XXIème siècle.

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