GRAND PARIS, PETITS MIRACLES, Réflexions, projets et débats autour de notre avenir métropolitain

Thème: Economie, Géopolitique, Société                                                                                                                  Mardi 6 décembre 2016

GRAND PARIS, PETITS MIRACLES – Réflexions, projets et débats autour de notre avenir métropolitain

slider_cdi_103Nicolas BUCHOUD – Président du think-tank Cercle Grand Paris de l’Investissement Durable et

Dr Lan-Phuong PHAN – Co-fondatrice de Renaissance Urbaine

INTRODUCTION

Au fil des siècles, Paris s’est agrandi, passant du village de Lutèce à la ville du pouvoir royal avec Philippe Auguste, à la capitale moderne du Second Empire et les travaux du baron Haussmann pour enfin arriver au Paris actuel ceinturé par le périphérique, dans une agglomération en pleine mutation. Pour lever les freins au développement de la capitale et de l’Ile de France, l’Etat est revenu sur près de 20 ans de décentralisation, en reprenant la main pour lancer en 2007-2008 le projet du « Grand Paris ». Dix ans plus tard, le grand dessein voulu par le président de la République Nicolas Sarkozy est-il toujours d’actualité ? Les collectivités locales ont-elles réussi à prendre leur revanche et à reprendre le contrôle des grands projets d’avenir ? Les entreprises, les investisseurs, les citoyens, ont-ils adhéré à la démarche ? Si la dernière décennie a permis de transformer en profondeur l’organisation et le développement de la région capitale, il a fallu surmonter de nombreux blocages. Il a fallu de véritables petits miracles pour que peu à peu, le Grand Paris, l’une des aventures urbaines de notre temps, prenne forme.

I – LES MÉTROPOLES : UN PHÉNOMÈNE GLOBAL ET UN DÉFI POUR L’HOMME

En 2006, pour la première fois dans l’histoire, la population urbaine dépasse la population rurale. Dans l’hémisphère sud et surtout dans les pays émergents, la croissance des villes est fulgurante. Si Londres connaissait le même rythme de croissance que Lagos au Nigéria ou Mumbai en Inde, la capitale britannique étendrait ses constructions jusqu’à Douvres et déborderait même sur la Manche ! Il n’en demeure pas moins vrai que même certaines villes des pays développés ont des prévisions de croissance importantes, comme par exemple Melbourne, dont la population devrait quasiment doubler d’ici 2050.

Ce phénomène de croissance urbaine rapide a rendu nécessaire d’inscrire les villes et l’urbanisation à l’agenda de la diplomatie mondiale. Le phénomène s’est considérablement accéléré depuis une quarantaine d’année. Le premier sommet dédié à la ville, Habitat I, s’est tenu à Vancouver en 1976, le second s’est tenu à Istanbul en 1996 et le dernier, Habitat III, s’est tenu à Quito en octobre 2016. Entre temps depuis le début des années 2000, 7 grands forums urbains mondiaux ont rassemblé des dizaines de milliers de participants et la question urbaine s’est invitée partout, notamment dans les négociations mondiales sur le climat comme l’a montré la COP21.

Ces conférences internationales permettent d’échanger sur le rôle des villes et des territoires comme moteurs de développement durable et sur les solutions à mettre en œuvre pour améliorer les politiques et les outils de gouvernance.

L’essor des villes s’est accompagné de la croissance de grandes agglomérations, de mégalopoles, corridors urbains ou méga-régions de plusieurs dizaines de millions d’habitants, obligeant les villes à chercher une nouvelle identité et de nouvelles stratégies de développement. C’est dans ce contexte qu’a émergé le phénomène de métropolisation. Il s’agit de créer sur de très grands territoires des modes d’organisation administrative et de régulation du développement économique qui garantissent une croissance durable. Les problèmes environnementaux sont très présents dans le débat car la tendance au gigantisme pose de nombreux problèmes, tels que la qualité de l’air ou l’alimentation en énergie. Les métropoles veulent également être des pôles attractifs pour les investissements. Ainsi par exemple Vancouver a bénéficié d’importants transferts de fonds en provenance de Hong-Kong  lors de sa rétrocession à la Chine en 1997. Bien organisé, cet afflux de capitaux a permis de financer la transformation du cœur de Vancouver et de créer un nouveau modèle de développement des centres urbains en Amérique du Nord. Le « vancouvérisme », avec ses fines tours de verre posées sur des podiums de bureaux et de commerces s’est même largement exporté aussi bien en Asie qu’au Moyen Orient. Autrefois simple débouché du Canada sur l’océan Pacifique, Vancouver s’est érigée en une génération à peine comme l’une des villes les plus attractives du monde.

II – LE GRAND PARIS…

L’essor de grandes métropoles et la compétitivité entre les villes sont des phénomènes mondiaux. Paris ne pouvait pas faire exception, sous peine de perdre sa place.

 Par le passé, la France a su répondre aux besoins d’agrandissement, d’embellissement et de développement des villes. Ce savoir-faire s’est notamment illustré lors de la transformation radicale, et devenue plus que nécessaire, de Paris sous le Second Empire. En 1859, Paris est autorisée à annexer plusieurs communes voisines et à ainsi étendre son territoire en passant de 12 à 20 arrondissements. Les limites administratives de la ville demeurent toutefois inchangées depuis lors, malgré la poursuite de la croissance urbaine à l’échelle de l’agglomération parisienne. Après la deuxième Guerre Mondiale puis au cours des Trente Glorieuses, le développement de l’agglomération parisienne telle qu’on la connaît aujourd’hui s’accélère encore, avec ses banlieues, ses RER, ses grands équipements (aéroports, MIN de Rungis, etc.). Durant cette période, la seule grande réforme administrative est celle de la suppression du département de la Seine et la création des départements franciliens (Hauts de Seine, Seine Saint Denis, Val de Marne etc.), à la fin des années 1960. De même, la seule grande évolution du réseau de transport public est intervenue avec le lancement du programme des RER.

Pendant des décennies, la France a démontré son savoir faire en matière d’urbanisation et de génie civil dans le monde, notamment en raison de l’importance de la coopération et de l’aide au développement dans les pays du Sud où elle conserve une forte influence. Mais au tournant des années 2000, ce modèle s’était largement essoufflé, si bien que le pays a manqué en partie le grand tournant de « l’urbanisation du monde », tout en connaissant une grave crise « des banlieues » en 2005. Depuis quelques années, la situation a toutefois changé et le lancement du projet du Grand Paris peut être considéré comme la première étape de cette évolution.

Dès son élection à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy a lancé la réflexion sur la nécessaire évolution des infrastructures de transport et de l’urbanisme en Ile de France, en dénonçant vigoureusement la perte d’attractivité de la région capitale à l’échelle internationale. Contre l’avis de la région Ile de France attelée à l’élaboration d’un nouveau schéma directeur d’aménagement, il lance en 2008 une consultation internationale sur « le grand pari(s) de l’agglomération parisienne » auprès de 10 équipes internationales. Elles rendront leurs propositions au printemps 2009 à l’occasion d’une grande exposition à la Cité de l’Architecture, entièrement rénovée pour l’occasion. Il nomme également un secrétaire d’Etat au développement de la région capitale, Christian Blanc, ancien Président d’Air France et ancien président de la RATP, chargé de proposer une nouvelle stratégie de développement pour le « Grand Paris ». Cela suscitera l’opposition de beaucoup d’élus locaux, à commencer par le Président de la région Ile de France qui dénonce un coup de force de l’Etat et un bond en arrière de la décentralisation. Le Maire de Paris d’alors, Bertrand Delanoë est plus nuancé et se dit intéressé par une démarche qui aura aussi pour effet de valoriser Paris.

La loi « Grand Paris » est votée en juin 2010. Elle comprend la création d’un nouveau réseau de métro en rocade « de banlieue à banlieue », projet d’investissement de plusieurs dizaines de milliards d’euros. Ce projet est associé au développement de grands pôles destinés à attirer les investissements internationaux, la Défense, mais aussi le plateau de Saclay, les aéroports de Roissy CDG ou d’Orly, le secteur Pleyel Saint-Denis Stade de France etc. La loi prévoit aussi de porter la construction de logements en Ile de France à 70.000 par an, contre 35.000 environ jusque là. Elle suscite une levée de boucliers de la part de nombreux élus franciliens, de gauche comme de droite et elle rencontre une résistance inattendue.

III… ET SES MIRACLES

Le premier petit miracle du Grand Paris a lieu au cours de l’hiver 2010-2011. Alors que la situation semble totalement bloquée, un débat public sans précédent est lancé à l’automne 2010 autour du projet du métro du Grand Paris. Il rassemblera plusieurs dizaines de milliers de participants au cours de 70 réunions publiques et débouchera en janvier 2011 sur un compromis historique et un feu vert pour la création du « Grand Paris Express », près de 200km de nouvelles lignes de métro automatique en rocade avec la création de plus de 70 nouvelles gares. Parallèlement, l’activité des urbanistes, des architectes, des ingénieurs des grands corps de l’Etat, des entreprises publiques ne faiblit pas. On ne compte plus les conférences, débats, rencontres, qui permettront in fine, de nourrir et de consolider le consensus politique.

Le deuxième petit miracle du Grand Paris, c’est d’avoir su impulser une dynamique collective forte dans un contexte institutionnel et politique toujours très compliqué. Cette dynamique a perduré sans discontinuer au-delà des alternances politiques à la tête de l’Etat comme de la région Ile-de-France. On compte aujourd’hui en Ile de France plus de 600 projets d’aménagement et de développement de nouveaux quartiers. Le succès rencontré par les expositions sur « Les passagers du Grand Paris Express » au MacVal à Vitry-sur-Seine en 2015 puis à l’Espace Landowski à Boulogne Billancourt au printemps 2016 traduit un intérêt réel des Franciliens pour ces projets d’investissement d’avenir.

Un troisième petit miracle du Grand Paris, c’est moins connu, réside dans la multiplication des organisations, associations, clubs, initiatives, parfois durables, parfois éphémères, parfois anecdotiques, souvent sérieuses, qui ont vu le jour aux lendemains du lancement de la dynamique du Grand Paris au tournant de 2010. Sans que cela ne réponde à une volonté ou à une demande officielle des pouvoirs publics, la société civile s’est organisée et structurée. On compte aujourd’hui près d’une centaine d’organisations et d’initiatives issues directement de la dynamique du Grand Paris, des « brasseurs du Grand Paris » aux « Mystères du Grand Paris » en passant par les « miels du Grand Paris. » Certaines dénominations peuvent prêter à sourire, mais l’engagement de nombreux professionnels dans des démarches qu’ils mènent souvent en plus de leurs activités ordinaires illustre une forme d’urgence économique et sociale qui ne doit pas être sous-estimée. Le Cercle Grand Paris de l’Investissement Durable a été lancé en 2011 dans ce contexte.

CONCLUSION

Nous vivons dans un monde globalisé où les grandes villes, les métropoles, semblent appeler à jouer un rôle toujours plus important. De nombreux travaux montrent que le poids économique des grandes métropoles contemporaines est souvent supérieur à celui de bien des pays, sans que leur organisation ne soit suffisamment bien structurée. Les enjeux du développement des métropoles ne s’arrêtent pas là. Les priorités sont également environnementales et sociales. La dynamique du Grand Paris a permis de faire bouger les lignes dans un contexte institutionnel complexe et en dépit d’un contexte de crise économique depuis 2008. Aujourd’hui, des obstacles, nombreux se dressent sur la route d’une métropolisation réussie. Il faudra que la Métropole du Grand Paris, nouvelle institution métropolitaine créée en 2016, présidée par le député-maire de Rueil Malmaison Patrick Ollier et qui comprend plus de 200 conseillers trouve sa place. Il faudra que les candidatures aux « grands événements », comme les JO de 2024 ou l’Exposition Universelle de 2025, rencontrent une adhésion citoyenne plus forte. Il faudra tenir les calendriers de réalisation du métro du Grand Paris Express. Il faudra que le développement de la Métropole apporte réellement et durablement plus de croissance et plus d’emplois. En d’autres termes, nous aurons besoin, encore, de petits miracles pour mener à bien ce grand projet.

Pour aller plus loin, un site : www.cerclegrandparis.org

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