DES TÉLÉCOMS AU DÉSERT, UN INGÉNIEUR A LA RECHERCHE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE

Thèmes : Economie, Sciences, Société                                                                                         Conférence du mardi 3 mars 2020

DES TÉLÉCOMS AU DÉSERT, UN INGÉNIEUR A LA RECHERCHE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE

Par Monsieur Alain BERNARD, ingénieur, ancien élève de l’X et de Sup’Aéro.

INTRODUCTION

 Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les évolutions technologiques ont fait un grand bond et nous sommes entrés dans l’ère des télécommunications. En ce début de nouveau millénaire, la préservation de l’environnement devient un enjeu capital et le développement de transports écologiques, une nécessité.

Plusieurs projets sont nés dans l’un et l’autre domaines, avec plus ou moins de succès, qui sont le fruit de coopération à grande échelle ou de réflexions et recherches plus personnelles.

I – Quelques innovations du XXe siècle dans le domaine des télécommunications.

 Le RITA :

Un des systèmes de transmission de données très compétitifs des années 1980 dont les études se sont étalées de 1961à 1985 est le système RITA (Réseau Intégré des Transmissions Automatiques), développé pour l’armée. RITA est un système de transmissions maillé tactique. Les premières maquettes sont fonctionnelles en 1967. Le système est développé et industrialisé par CIT Alcatel durant les années 1980. A la suite de réorganisations industrielles liées aux nationalisations de 1982, Thomson récupère le système RITA et en assure dès lors le développement industriel et commercial. Ce système a été acheté par l’armée américaine alors qu’il était en compétition avec un système anglais.

La particularité de ce RITA réside dans sa capacité de transmissions chiffrées d’images, de sons ou d’écrits selon un système d’évasion de fréquences. La fréquence d’émission est modifiée selon les paramètres eux aussi chiffrés. Le système équipe aussi bien les transmissions entre ordinateurs de théâtre d’opérations que les émetteurs-récepteurs radio de combat. C’est surtout son efficience dans la gestion des fréquences qui permettra de développer le GSM.

Le Minitel :

Dans les années 1980,  la DGT lance le Minitel. La France était totalement connectée en ce qui concerne le téléphone, il fallait donc lancer un nouveau projet national pour stimuler l’industrie, ce fut le Minitel. Le Minitel est un type de terminal informatique destiné à la connexion au service français de Videotex baptisé Télétel. Il a été hissé au premier plan de la télématique mondiale parce qu’il était le premier service au Monde de fourniture payante d’informations télématiques. Cette technologie a été utilisée en France des années 1980 à 2000.

Une expérience est lancée à Saint-Malo, et 55 premiers utilisateurs de l’annuaire électronique sont alors équipés. L’expérience suivante inclut d’autres services : petites annonces, informations, messageries. Elle se déroule à Vélizy et restera un symbole car elle permettra de répartir les revenus entre l’opérateur et les fournisseurs de service, notamment à travers le célèbre 3615. Au début des années 1990, le Minitel équipait 6,5 millions de foyers et rapportait en 1997, 6 milliards de francs. Le Minitel dépassait de loin le nombre d’utilisateurs du réseau Compuserve qui offrait en Amérique du Nord des services semblables. Avec l’explosion d’Internet, le Télétel fut définitivement fermé le 30 juin 2012.

D’un point de vue technique, le Minitel est un terminal passif qui se compose uniquement d’un clavier et d’un écran. Il est muni d’une simple prise T pour la connexion au réseau téléphonique.

Le Visiophone :

Toujours dans les années 1980 on expérimente à Biarritz le Visiophone. Le visiophone permet d’effectuer une transmission d’images et de sons entre deux habitants connectés. En 1984, la ville est alors câblée en fibre optique et 1 500 visiophones seront installés. De nos jours il ne reste rien des installations réalisées pour cette expérience.

Quelques problèmes liés à ces innovations surgissent comme savoir si l’on doit rendre les données publiques ou quoi faire avec les données personnelles. Et la CNIL veille. On trouve aussi la télématique anonyme ou le phishing avec un jeton sécurisé, ancêtre du one time password (OTP) ou mot de passe à usage unique.

Toutes ces recherches étaient financées par l’Etat, peu préoccupé par la valeur financière immédiate de ces recherches -il fallait innover- et les programmes pouvaient ainsi être financés à long terme sans se soucier du MVP (Minimum Viable Product).

II – Quelques projets liés à l’environnement.

A partir des années 2000, le souci de limiter l’impact sur l’environnement influence la recherche. De très nombreux projets sont lancés dans ce sens. Modulowatt et NATAC en sont deux exemples.

Modulowatt :

La voiture électrique pose le problème de la batterie mais surtout du temps nécessaire pour la recharger. Il ne faut que quelques dizaines de secondes pour faire le plein d’essence contre plusieurs heures pour recharger une batterie. L’idée est donc le développement d’accès faciles à la recharge. Pour cela est créée la borne T-Watt, une solution de stationnement intelligent en voirie. Modulowatt avait été placé sous les projecteurs lors du salon de l’automobile de 2010. Malheureusement, ce système de borne automatique pour recharger les véhicules électriques sans branchement manuel n’a jamais réussi à obtenir les autorisations de la Mairie de Paris et de celle de Lyon pour un test grandeur nature. Le projet est enterré, au sens propre du terme en 2014.

La NATAC :

Le transport de marchandises à travers le monde étant une des sources de pollution de gaz à effet de serre, il est donc nécessaire de trouver des moyens alternatifs pour réduire les impacts sur l’environnement. Par ailleurs, le déplacement dans certaines zones du globe sont très difficiles car ne disposant pas de infrastructures routières -routes ou pistes- comme le Sahara, l’Antarctique, la Sibérie, etc. Les zones désertiques couvrent 40% du globe. La Navette Aérienne de Transport Automatique de Containers (NATAC) a été spécialement conçue pour transporter sans pilote un conteneur standard de 40 pieds (13m), au dessus de zones désertiques, sur des itinéraires prédéfinis, dans des espaces aériens réservés. C’est un téléphérique sans câble ou un chemin de fer sans rails pour développer le désert. La société VOLIRIS a cherché à relever ce défi.

Un exemple d’application : la NATAC permettrait en Algérie de constituer un réseau de bases vie le long des frontières et au centre de certains ergs ou d’oasis ; ou d’alléger le trafic des camions sur des routes de montagne coûteuses à élargir. Autre exemple d’application : permettre de développer le Grand Nord canadien. Dans des environnements désertiques, la NATAC pourrait également servir pour installer des éoliennes, construire des pipelines ou faire de la prospection sismique grâce à la possibilité de décollage et d’atterrissage verticaux.

Le handicap d’un dirigeable classique est le volume de son enveloppe, c’est pourquoi VOLIRIS a cherché à donner à l’enveloppe des dirigeables la forme d’une aile d’avion. Ainsi, en avançant dans l’air une force portante apparaît qui s’ajoute à la flottabilité de l’hélium. En vol 60% de la portance est apportée par l’écoulement aérodynamique sur l’aile, 40% seulement viennent de la flottabilité de l’hélium dans l’enveloppe, qui peut donc être moins volumineuse -et donc moins de gaz à injecter- et plus maniable que pour un dirigeable classique.

A la base VOLIRIS de Moulins (Allier), en 2016, un dirigeable version monoplace et classé ULM est entré dans le Guiness des Records, c’était le modèle V902 de 80 m³, de VOLIRIS. Mais, il est resté un démonstrateur.

Une nouvelle navette : la nouvelle NATAC a une portée aller-retour de 500 kilomètres avec une vitesse de 120 km/h à une altitude de 3000 pieds. L’engin peut décoller avec 30 nœuds de vent maximum et survit jusqu’à 80 nœuds. Pour ce qui est de la pression il suffit de le gonfler à 400-2000 pascals alors que nous évoluons dans un espace d’une centaine d’hectopascal, d’où sa caractéristique de ne pas se dégonfler même si on lui tire dessus par balle.  La NATAC étant un dirigeable démontable et transportable en dix conteneurs, il est facile à déplacer et à commercialiser. Le coût de l’appareil est cinq fois plus cher que celui d’un camion mais l’ensemble est largement compétitif comparativement à la réalisation et à l’entretien des routes et pistes.

CONCLUSION

Au cours des cinquante dernières années l’industrie française a régulièrement été à la pointe de la technologie dans le domaine des télécommunications, même si parfois les politiques n’ont pas suivi en ce qui concerne leur mise en place. De manière plus isolée et à partir de réflexions personnelles, des ingénieurs français poursuivent leurs recherches et leurs innovations. Et débordent de créativité.

Bibliographie :

MODULOWATT par Alain BERNARD, publication New York Finance INNOVATION

Video de 54s sur une simulation de vol de NATAC sur le site http//voliris.com/natac

 

 

Un commentaire

  • JEAN MICHEL BUCHOUD

    Mar 27, 2020

    Reply

    Un très bel exemple de parcours personnel d'un ingénieur entrepreneur, toujours à la recherche d'un nouveau projet, toujours prêt à apprendre de ses échecs. Un passionné insatiable de l'innovation. Jean-Michel BUCHOUD

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