OSCAR WILDE, L’IMPERTINENT ABSOLU

Thèmes: Art – Littérature                                                                                                                                        Mardi 3 Octobre 2017

OSCAR WILDE, L’IMPERTINENT ABSOLU

par Monsieur Marc SOLERANSKI, Maître ès lettres modernes et histoire de l’art diplômé de Paris IV Sorbonne et de l’Institut d’Etudes Théâtrales

INTRODUCTION 

Oscar Wilde est un des écrivains qui sont devenus le reflet de leur œuvre. Il est un héros de roman. Il a été bien souvent qualifié de dandy, d’impertinent, d’irrévérencieux. Cet écrivain plein de contradictions est passé à la postérité comme romancier pour « Le portrait de Dorian Gray » alors que c’est son unique roman ! Son oeuvre se compose également de poèmes, de pièces de théâtre, de contes pour enfants et de nouvelles. Ses œuvres ont été écrites sur une période relativement courte, quinze ans, car il décède à l’âge de 46 ans. 

I – Les jeunes années.

Oscar Wilde naît en 1854 à Dublin mais il est de nationalité britannique car à l’époque l’Irlande n’est pas indépendante. Sa famille est très aisée et il reçoit une éducation quasi aristocratique. Son père est un éminent ophtalmologiste qui sera amené à opérer la reine Victoria elle-même. Il est totalement dans « l’establishment » alors que sa mère écrit dans la clandestinité des poèmes qui revendiquent l’indépendance de l’Irlande. Il semblerait que ce contraste parental ait influencé les paradoxes du jeune Oscar. 

Au collège de Dublin le jeune homme obtient de brillants résultats, parle latin et français couramment. Il part en Angleterre et entre à Oxford. A la suite de la mort de sa jeune sœur, emportée par une maladie, Oscar Wilde écrit ses premiers poèmes pleins de tristesse. Il poursuivra dans cette mélancolie suite à sa rupture avec Florence Balcombe, une jeune fille qui partageait ses goûts littéraires et avec qui il a été sur le point de se fiancer. La jeune femme finira par épouser un autre écrivain, Bram Stoker (le créateur de Dracula) en 1878. A vingt ans le jeune Oscar effectue son « Grand tour », voyage obligatoire pour tout jeune homme de bonne famille afin d’enrichir sa culture et développer son goût esthétique. Oscar Wilde se rend donc en France, en Italie et en Grèce où il admire les œuvres classiques et celles de la Renaissance. Il dira en rentrant que ses deux idéaux de beauté sont le tableau « San Sebastian » de Guido Reni et la Vénus de Milo. Deux œuvres, présentant des torses nus l’un d’une femme et l’autre d’un homme, là encore on peut noter l’ambiguïté, laissant entrevoir les préférences sexuelles de l’auteur à la fin de sa vie bien différentes de ses jeunes années. 

A Oxford, son professeur d’histoire de l’art est John Ruskin, un révolutionnaire qui cherche à réhabiliter le Moyen-Âge, période oubliée et bien souvent qualifiée de naïve. Au XIXe siècle, on mettait en valeur la période classique gréco-romaine puis la Renaissance italienne et on occultait le Moyen-Âge. Ruskin en remettant en question les critères de beauté de son époque transmet à Oscar Wilde son goût pour les courants novateurs.

II – Les décennies 1870-1890.

Ses études finies, Oscar Wilde commence à travailler pour la presse principalement dans la période 1870-1880. On peut le voir dans tous les milieux culturels et il y rencontre les gens les plus influents. Il apparaît même sur la toile « The Royal Academy » peinte en 1881 par William Powell Frith, en sa qualité de critique d’art. C’est également au début des années 1880 que Wilde publie son premier recueil de poèmes. Dans ce recueil, on peut trouver le poème « La Sphinge », largement inspiré d’un poème d’Edgar Allan Poe, romantique américain antérieur à Wilde. Le Corbeau  de Poe qui répète sans cesse « Never more » à toutes les questions, est ici remplacé par une chimère muette et énigmatique, La Sphinge. L’Egypte devient à la mode à cette époque avec les nombreuses fouilles archéologiques qui fascinent les Européens. Dans les années 1880, Oscar Wilde est d’abord connu comme critique d’art et poète.

En tant que critique d’art, Wilde, influencé par l’enseignement de John Ruskin, défendra William Morris qui cherchait à réactualiser l’art du Moyen-Âge. Il défendra aussi le mouvement préraphaélite incarné par des peintres tels que D.G Rossetti ou J.E Millais. Wilde soutiendra également James Whistler, un peintre américain qui avait assimilé la technique des impressionnistes mais en la personnalisant et en l’épurant notamment en utilisant des couleurs pastels et ton sur ton (« La jeune fille en blanc »). Whistler ayant une personnalité exubérante, bien opposée à ses œuvres, fait de l’ombre à Wilde qui aime avant tout être mis en valeur. Il s’en suivra une guerre enfantine entre les deux hommes. Whistler aimait particulièrement accuser Wilde de reprendre à son compte les bons mots entendus en société.

Dans les années 1880, on perçoit les Etats-Unis comme une terre sauvage et sans culture, cependant sur la côte Est des centres culturels se développent particulièrement à New York, Boston ou Philadelphie. Oscar Wilde est convié à donner une série de conférences sur l’art européen. Cette tournée américaine qui durera toute l’année 1882 sera un grand succès et très lucrative pour l’écrivain. Durant ce périple Oscar Wilde adopte des tenues vestimentaires excentriques dans lesquelles la presse anglaise se plaira à le caricaturer. Par ailleurs, Wilde sera la première célébrité britannique à apparaître comme faire valoir d’un produit commercial car ce procédé était une innovation publicitaire américaine. Là encore Wilde en tirera profit financièrement et après une année passée aux Etats-Unis il revient richissime. Il achète un hôtel particulier dans le quartier de Chelsea, quartier des nouveaux riches à l’époque. Il épouse une jeune femme richement doté, Constance Lloyd, avec qui il aura deux enfants. L’écrivain est au sommet de sa réussite économique et sociale. Après son mariage, Oscar Wilde écrira surtout des pièces de théâtre et de la prose. Après la naissance de ses fils, il commence par un recueil de contes, « Le Prince heureux et autres contes » écrit en 1888. Certains sont remarquables et influencés par les contes d’Andersen. Il écrit également des nouvelles, la plus célèbre étant « Le fantôme des Canterville » maintes fois adaptée au cinéma et à la télévision. C’est en 1890 que Wilde écrit son premier et dernier long récit en prose : « Le portrait de Dorian Gray ». Il est publié en feuilletons dans la presse et en livre pour les plus érudits et fortunés. Le roman relate comment un jeune homme particulièrement séduisant passe un pacte afin qu’au lieu de vieillir ce soit son portrait qui porte les stigmates de l’âge. Le visage qui apparaît à la fin est non seulement vieux mais hideux car la laideur morale se reflète elle aussi dans le portrait. L’œuvre fait de nombreuses références au monde de l’art et de la culture, monde bien connu de l’auteur. C’est également dans ce roman que pour la première fois apparaissent des relations ambiguës entre les personnages masculins ce qui entraînera la censure de plusieurs passages du roman lors de la première édition. Dès le départ, le roman a une image sulfureuse.  Le personnage de Lord Henry représente la face cachée et vile de la bonne société anglaise et beaucoup de passages sont pleins d’humour et de sarcasmes si caractéristiques de Wilde. 

Le roman a un succès de scandale et les journalistes y voit le reflet de la propre vie du romancier : ses penchants homosexuels et sa vie de débauche. Lord Henry est-il le reflet d’Oscar Wilde ? L’auteur déclare à ce sujet : « lord Henry est ce que je passe pour être, le peintre Basil est ce que je pense être, Dorian est celui que je voudrais être ». 

III – Une fin de vie plus que sulfureuse.

Durant la dernière partie de sa vie, Oscar Wilde écrit quatre pièces qui connaissent un grand succès à travers le monde. Ce sont « Le mari idéal », « Une femme sans importance », « L’éventail de lady Windermere » et « L’importance d’être constant ». Ces comédies sont l’équivalent des pièces de Feydeau en France par le comique de situation, et une description pleine de verve des travers de la société victorienne. Ensuite, Wilde, qui avait toujours été très admiratif des actrices notamment de Sarah Bernhard, décide de créer une tragédie pour elle dont le sujet serait tiré de la Bible. Ce sera « Salomé », les sujets orientalistes étant très en vogue à cause des peintres orientalistes du courant romantique. Wilde a contribué à cette légende en créant la danse des sept voiles qui sera reprise par Rita Hayworth dans un péplum hollywoodien. Là encore, la pièce est si sulfureuse qu’elle ne sera jamais jouée du vivant de l’auteur. C’est un échec pour Wilde. 

Dans la vie personnelle de Wilde c’est également à la fin de sa vie que le plus grand scandale éclate et cause finalement sa perte. En effet, sa relation avec Alfred Douglas, le fils du marquis de Queensberry, est de plus en plus évidente. Il n’hésite pas à s’afficher en public avec le jeune aristocrate qui lui a été confié pour sa formation intellectuelle. Dans un des clubs que fréquente l’écrivain, ce dernier l’accuse d’homosexualité en lui faisant transmettre une de ses cartes avec un petit mot accusateur écrit dessus. Oscar Wilde, sûr de son fait, intente un procès au marquis pour diffamation et prend le tribunal pour un théâtre. Cependant les preuves sont évidentes et le procès tourne au désavantage du romancier qui doit couvrir les frais de justice et donner un dédommagement conséquent au marquis. De nombreux amis de Wilde se détournent de lui afin de ne pas être touchés par le scandale et son amant doit fuir en France pour éviter les poursuites. On peut rappeler qu’à l’époque l’homosexualité était un délit. Wilde est donc condamné à deux ans de travaux forcés dans le pénitencier de Reading. Ses conditions de détention sont difficiles et il tombe malade. C’est durant son emprisonnement qu’il écrira un long poème « La Balade de la Geôle de Reading » inspiré de l’histoire d’un détenu condamné à la pendaison pour un crime passionnel. Il écrira également une longue lettre pleine de souffrance à son amant, Alfred Douglas, « De Profundis ». 

Libéré, Wilde rejoint Douglas en Normandie et ils partent pour Rome afin que l’écrivain améliore sa santé mais ils finissent par rompre. Douglas rentre en France et Wilde reste à Rome où il apprend la mort de son épouse, fidèle jusqu’au bout bien que suite au scandale du procès de son mari elle ait dû changer de nom afin de se protéger elle et ses enfants. En effet, elle subit l’humiliation suprême d’être mise dehors par un hôtelier de Neuchâtel en raison de son nom scandaleux. Brisé, Wilde s’installe à Paris dans un hôtel miteux, rue des Beaux-Arts. Certains intellectuels français le défendent notamment André Gide. Oscar Wilde est devenu lui-même un personnage de théâtre et quelques années après sa mort, en 1909, sa dépouille sera transférée au cimetière du Père-Lachaise dans une tombe décorée avec une tête de sphinge en hommage à son poème.  

CONCLUSION      

Oscar Wilde passera à la postérité comme l’écrivain dandy par excellence, pourtant son œuvre ne se limite pas à son roman « Le portrait de Dorian Gray ». Ses comédies sont toujours jouées de nos jours et ses contes sont d’une grande qualité littéraire. Cependant sa notoriété est autant liée à sa vie mouvementée qu’à ses écrits. 

 

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