Médecins et apothicaires, malades et médecines[1] dans les pièces de Molière

Thèmes: Arts – Théâtre – Médecine                                                                                                                   Conférence du mardi 4 avril 2023

Médecins et apothicaires, malades et médecines[1] dans les pièces de Molière

Par Michel PASSALACQUA, président de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Paris 1er et 2ème, auteur du résumé de cette conférence.

Introduction

Au fil du temps, Molière a multiplié ses critiques, de plus en plus violentes, contre les médecins et la médecine officielle. Il débute sa carrière et la termine sur ce même thème. Il est passé de la farce traditionnelle du Médecin volant (1659) et de La Jalousie du Barbouillé (1660) à des attaques en règle avec Dom Juan (1665), L’Amour médecin (1665), Le Médecin malgré lui (1666), Monsieur de Pourceaugnac (1669). Il atteint le point d’orgue de la satire mêlée à la bouffonnerie avec Le Malade imaginaire (1673) où se retrouvent de vrais et faux médecins soignant un faux malade, joué par un vrai malade, Molière en personne. Des raisons personnelles, dont la mort de son premier fils et celle d’amis proches, peuvent expliquer sa satire contre la Faculté.

Cet exposé est consacré aux rapports entre le médecin et son malade dans les sept pièces précitées. D’abord nous présentons les vrais médecins secondés par de vrais apothicaires, puis les faux médecins et les malades dont la maladie est d’être en bonne santé et enfin les consultations et les diagnostics, les remèdes et les régimes alimentaires conseillés par les uns et les autres.

I Vrais et faux médecins

Molière a une piètre opinion des études médicales figées dans le formalisme et le respect inconditionnel des Anciens. Le moindre benêt en est capable et n’importe quel valet ou suivante peut se faire passer pour médecin. L’apothicaire est au service du médecin.

1) Vrais médecins et apothicaires

Les médecins de la Faculté de Paris sont les plus prestigieux, les autres sont « de dehors ». Le parcours de Thomas Diafoirus du Malade Imaginaire est exemplaire. M. Diafoirus fait l’éloge de son fils qui fait ses preuves sous l’œil de son père. Bien que n’ayant pas su lire avant neuf ans, «il en est venu à avoir glorieusement ses licences ». Il s’est révélé redoutable à la Faculté de médecine où il s’en tient à défendre la théorie des humeurs [2]d’Hippocrate et de Galien qu’il connaît mieux que ses patients, et à combattre la prétendue découverte touchant à la circulation du sang. Il a d’ailleurs « contre les circulateurs soutenu une thèse[3] » (II scène 5). Le père et le fils sont des traditionalistes à tout crin comme les cinq médecins de L’Amour médecin : MM. Tomès, Des Fonandrès, Macroton, Bahys et Filerin. Tout leur savoir est livresque et se limite à des connaissances héritées d’un passé intangible. Ils sont secondés pour les interventions par les apothicaires, praticiens du clystère et de la lancette qui remplissent un rôle subalterne et agissent comme des marionnettes. Un seul reçoit un patronyme : l’apothicaire Fleurant

L’art de la médecine consiste d’abord à en imposer par l’apparence vestimentaire aux malades crédules. La robe et le bonnet impressionnent. L’usage du latin et du grec complète cette mise en scène. Les médecins ponctuent leur discours de mots savants incompréhensibles à leurs patients. M. Purgon terrorise Argan en le menaçant de tomber successivement dans la bradypepsie, la dyspepsie, l’apepsie, la lienterie, la dysenterie, l’hydropisie puis la privation de la vie. (III, 6). Béralde, frère d’Argan, n’est pas dupe de ce jargon médical :« Ils savent la plupart de fort belles humanités, savent parler en beau latin, savent nommer en grec toutes les maladies, les définir et les diviser, mais pour ce qui est de les guérir, c’est ce qu’ils ne savent point du tout » (Le Malade imaginaire, II, 3).

Pédante, certes mais lucrative, la médecine est une science qui assure aux médecins des avantages matériels. S’ils sont en désaccord sur les diagnostics et les remèdes, l’intérêt de leur corporation les convainc de mette fin à leurs différends. Le docteur Filerin de L’Amour médecin avoue sans ambages « Nous profitons de l’amour des hommes pour la vie, par notre pompeux galimatias, nous savons prendre nos avantages de cette vénération que la peur de mourir leur donne pour notre métier ». Le même cynisme se retrouve dans le Troisième intermède du Malade imaginaire

Quelle belle chose et bien trouvée,

Que cette médecine bénie

Qui par son seul nom ….

 Fait vivre à gogo tant de gens de toute espèce

       Le premier médecin dans Monsieur de Pourceaugnac ne veut pas que son malade lui échappe, il perdrait une source de ses revenus. Argan dépense beaucoup pour sa santé mais n’entend pas être la poule aux œufs d’or de son apothicaire. Il fait ses comptes, révise les factures de M. Fleurant et les réduit : « ce n’est pas tout d’être civil, il faut être raisonnable et ne pas écorcher les malades ». 20 sols au lieu de 30 sols. « Si vous en usez comme cela, on ne voudra plus être malade ? contentez-vous de quatre francs, vingt-quatre sols » (I, 1).

Les faux médecins interviennent quand les vrais sont impuissants à guérir leurs patients.

2) Les faux médecins

L’habit fait le moine. Être drapé dans une ample robe noire, avec rabats, coiffé d’un bonnet carré, ou « d’un chapeau des plus pointus » suffit pour devenir médecin. Sganarelle, « le roi des fourbes » se déguise en médecin pour dix pistoles dans Le Médecin volant, pour échapper aux coups de bâton dans Le Médecin malgré lui : « Ah, ah Messieurs, je suis tout ce qu’il vous plaira » ; « Puisque vous le voulez, je suis médecin, apothicaire si vous le trouvez bon » et pour accompagner son maître dans sa fuite dans Dom Juan. Sganarelle « Savez-vous, Monsieur, que cet habit me met déjà en considération, que je suis salué des gens que je rencontre et que l’on vient me consulter ainsi qu’un habile homme » (Dom Juan, III, 1). Pour se rapprocher de Lucinde, Clitandre joue le rôle d’un médecin d’importance qui fait des cures merveilleuses (L’Amour médecin, III, 4). Toinette dans est « un médecin passager qui va de ville en ville pour chercher d’illustres matières à sa capacité » (Le Malade imaginaire, III, 10). Argan est intronisé médecin au cours d’une cérémonie burlesque. (Troisième intermède). Sganarelle, faux médecin, invite Léandre, faux apothicaire à tâter le pouls de Lucinde et à marcher ensemble. (Le Médecin malgré lui, III, 6). Quant à Cléante, il se déguise en maître à chanter mais il est prêt à se faire médecin, apothicaire même si Argan consent à son mariage avec Angélique (III, 1). Les dénouements heureux résultent de la supercherie des faux médecins qui guérissent contrairement aux autres. Ce stratagème permet à Molière de mêler effets comiques et satiriques. Le public y adhère et rit sans y croire.

Tel un médecin de la Faculté, Sganarelle emprunte des mots latins ou en forge pour donner le change : Cabricias arci thuram, catalamus, singulariter, nominativo haec Musa, « la Muse », bonus, bona, bonum, Deus sanctus, estne oratio latinas ? Etial, « oui », Quare, « pourquoo » ? Quia substantivo et adjectivum concordat in generi, numerum, et casus. (Le Médecin malgré lui, II, 4).

Ces faux médecins guérissent d’autant plus facilement que les malades font semblant de l’être.

II Des malades en bonne santé

       Ce sont des stratèges qui font semblant pour échapper à un mariage forcé, nt ou pour avoir le plaisir de se faire soigner

1) La maladie comme stratagème

La maladie est un stratagème et tous les malades jouent la comédie. Lucile contrefait la malade (Le Médecin volant) ; Lucinde feint de se trouver « dans une mélancolie la plus sombre du monde, dans une tristesse épouvantable » (LAmour Médecin, I, 1) car Sganarelle, son père, ne veut pas entendre parler de mariage : « Je veux garder mon bien et ma fille pour moi » (I, 5). Une autre Lucinde, dans Le Médecin malgré lui, est devenue muette « sans que jusques ici on en ai pu avoir la cause » pour les mêmes raisons que la précédente. En aucun cas les vrais médecins ne se doutent de la supercherie. Le cas de M. de Pourceaugnac est différent car il est en parfaite santé, mais, victime d’un complot, il est pris pour un malade par deux médecins acharnés, soudoyés par Éraste, qui ne veulent pas lâcher leur proie.

Argan se veut malade pour son confort, par pur égoïsme. Béralde essaie de lui faire entendre raison, mais il perd son temps : « Est-il possible que vous serez toujours embéguiné de vos apothicaires et de vos médecins et que vous voulez être malade en dépit des gens et de la nature ? » ; « Je ne vois point d’homme qui soit moins malade que vous » ; « Je ne demanderai point une meilleure constitution que la vôtre » ; « Vous avez un corps parfaitement bien composé ». Comble de l’histoire, le malade devient médecin.

2) Absence de vrais malades et de la mort sur scène

Les vrais malades et les morts sont exclus de la scène. Les médecins les mentionnent en passant et ne s’en soucient guère. Opiner sur sur des sujets secondaires – les déplacements dans les rues de Paris ; les controverses de la Faculté- l’emporte sur les soins à apporter au malade qui peut  souffrir ou mourir en attendant. Ils ne montrent aucune compassion.

Un paysan et une paysanne s’adressent en vain au premier médecin dans Monsieur de Pourceaugnac (I, 6) : « Monsieur, il n’en peut plus, et il dit qu’il sent dans la têtes les plus grandes douleurs du mone. » dit l’homme ; « Mon père, Monsieur, est toujours malade de plus en plus » dit la femme. Le médecin répond à l’un : « Le malade est un sot », et à l’autre « Ce n’est pas ma faute ».

La mort ne dérange pas les médecins pourvu qu’elle soit conforme aux prévisions d’Hippocrate. M. Thomès : «Il vaut mieux mourir selon les règles, que de réchapper contre les règles » (L’Amour médecin, II, 5). Elle fait même l’objet d’une joute oratoire, voire d’une surenchère :

  1. Tomès : « Souvenez-vous de l’homme que vous fites crever ces jours passés ».
  2. Des Fonandrès : « Souvenez-vous de la dame que vous avez envoyée en l’autre monde, il y a trois jours » (L’Amour Médecin, II, 4). On peut réchapper à la maladie non à « quatre médecins et deux apothicaires » (L’Amour médecin II, 1).

Les médecins, oublieux du serment d’Hippocrate, peuvent tuer en toute impunité. Dans le Troisième intermède du Malade imaginaire, le président au bachelier Argan « Je t’accorde la vertu et la puissance de tuer par toute la terre ». Les derniers mots de la pièce  à propos du nouveau reçu  sont un appel au crime : « qu’il vive mille ans, qu’il boive et qu’il qu’il saigne et qu’il tue ». Ce sont les médecins qui font mourir et non la maladie.

Dans les comédies, on ne meurt pas. M. Purgon condamne Argan « à la privation de la vie » pour ne pas avoir pris « un petit clystère qu’il avait eu plaisir à composer », mais ce ne sont que des menaces verbales. On fait semblant. Louison contrefait la morte pour échapper aux verges d’Argan, qui, à son tour fait de même pour éprouver sa femme qui joue les veuves joyeuses avant l’heure. L’acteur Molière est le seul qui meurt réellement. Épuisé par sa vie d’auteur-acteur, metteur en scène et directeur de troupes, il en fait trop et sa santé décline. Au rebours d’Argan, il ne contrefait pas le Malade imaginaire. Il ne peut pas jouer son rôle jusqu’à la fin de la pièce, il est transporté chez lui, rue de Richelieu où il décède à l’âge de 51 ans. Le registre de Lagrange parle d’une perte irréparable, le registre de St-Eustache le considère comme le tapissier du roi.

III Consultations et diagnostics, remèdes et régimes

       Les médecins se déplacent à domicile et l’accueil respecte un rituel cérémonieux. Argan et M. Diafoirus rivalisent de politesse (II, 5). Ils discutent de leurs affaires (déplacements à cheval ou à dos de mule ; querelles académiques) avant de s’intéresser au malade (L’Amour médecin, I, 3). La prise de parole est hiérarchique mais il y a autant d’avis que de médecins.

1) Consultations et les symptômes :

Tout médecin, vrai ou faux, commence la consultation en tâtant le pouls du patient qui révèle son état de santé. Sganarelle se trompe, il prend le pouls de Gorgibus pour celui de Lucile mais affirme : « Il n’importe, le sang du père et de la fille ne sont qu’une même chose » (Le Médecin volant, scène 4). La même scène est reprise dans

Le Médecin malgré lui (II, 4) et Sganarelle de conclure : « Voilà un pouls qui marque que votre fille est muette ». L’anatomie est quelque peu bousculée : Toinette déclare qu’il y a une communication entre le poumon avec le cerceau par le moyen de la veine cave ». Sganarelle place le foie à gauche et le cœur à droite. L’examen se poursuit par le mirage des urines et des questions sur les déjections (Le Médecin malgré lui, II, 4). De tels sujets relèvent de la farce et déclenchent le rire du public.

2) Diagnostics raisonnés

       Le diagnostic est toujours péremptoire, mais varie selon les médecins. Pour M. Tomès de L’Amour médecin la maladie de Lucinde « procède d’une chaleur du sang » ; pour M. Des Fonandrès « d’une pourriture d’humeur » ; pour MM. Macroton et Bahys « les symptômes sont indicateurs d’une vapeur filigineuse et morticante qui lui picote les membranes du cerveau, causée par des humeurs putrides, tenaces et glutineuses qui sont contenues dans le bas-ventre ».  Aucun n’est d’accord (II,4). Sganarelle, père de Lucinde, ne sait qui croire. Même scénario dans Le Malade imaginaire où le foie, pour M. Purgon, la rate pour Diafoirus et le poumon pour Toinette sont la cause de la maladie d’Argan. Les médecins diffèrent entre eux sur des maladies qui n’existent pas. M. de Pourceaugnac est, selon eux, atteint de folie, de mélancolie hypocondriaque que sa fuite ne fait que confirmer, or il est sain de corps et d’esprit.

Le langage inintelligible du médecin prouve la justesse du raisonnement médical et doctoral auquel il n’y a rien à redire. Thomas Diafoirus examine le pouls d’Argan et déclare : « il est duriuscule, repoussant et caprisant ce qui marque une intempérie dans le parenchyme splénétique, c’est à dire la rate « (Le Malade imaginaire, II 6). Le patient est sous le joug de son médecin. Il n’a pas son mot à dire. Il lui doit obéissance. Il ne s’appartient plus. « Sa maladie qu’on m’a donné à guérir est un meuble qui m’appartient. » (M. de Pourceaugnac, II, 2).

3) Remèdes des vrais et faux médecins :

  1. a) La trilogie incontournable de la Faculté : saignée, clystère et émétique

La même trilogie thérapeutique s’applique quelles que soient les maladies,

       – la saignée : C’est le principal remède du Grand Siècle. Selon l’axiome « plus on tire de l’eau croupie d’un puits, plus elle devient bonne ». Les médecins en usent et en abusent… La lancette et le plat d’étain ou palette sont les deux accessoires indispensables à l’apothicaire. Les exemples sont nombreux :

  1. Tomès : « Je conclus à la saignée le plus tôt que vous pourrez » ; « Si vous ne faites saigner tout à l’heure votre fille, c’est une personne morte » (L’Amour médecin, II, 4).
  2. Des Fonandrès est d’avis contraire : « Si vous la faites saigner, elle ne sera pas en vie dans un quart d’heure ».

       – le clystère dans Le Malade imaginaire (I, 1)

Il est ordonné par M. Purgon, le médecin, et appliqué par M. Fleurant, l’apothicaire : (I, 1) contre les mauvaises humeurs du corps (III, 5). Argan lit le mémoire de M. Fleurant et ramène le coût de chaque clystère de trente à dix sols.

« Un petit clystère insinuatif, préparatif, et rémollient, pour amollir, humecter, et rafraîchir les entrailles de Monsieur, trente sols ».

« Un bon clystère détersif composé avec catholicon[4] double, rhubarbe, miel rosat[5] et autres pour balayer, laver et nettoyer le bas-ventre de Monsieur, trente sols ».

« un clystère carminatif pour chasser les vents de Monsieur, trente sols »

l’émétique[6] la purgation, et l’orviétan[7]

  1. Des Fonandrès opte pour l’émétique pour soigner Lucinde (L’Amour médecin), et M. Macroton pour « une purgation vigoureuse » accompagnées de « petits lavements rémollients et détersifs de juleps[8] et de sirops rafraîchissants qu’on mêlera dans sa tisane ». Argan ramène de quatre livres à trois livres : «une bonne médecine purgative et corroborative composée de casse récente avec du séné levantin et autres, pour expulser et évacuer la bile de Monsieur ».

Sganarelle achète de l‘orviétan à un opérateur (charlatan) sur le Pont-Neuf : « un remède qui guérit plus de maux qu’on n’en peut nombrer en plus d’un an » ; « la gale, la rogne, la tigne, la fièvre, la peste, la goutte, la vérole, la descente, la rougeole » (L’Amour médecin, II, 7).

  1. b) La thérapeutique des faux médecins

Elle est tout autre, simple et relève de la farce avec Toinette qui suggère à Argan de se couper un bras et se crever un œil.

Sganarelle « Je crois qu’il serait nécessaire que votre fille prît un peu d’air, qu’elle se divertît à la campagne ». Gorgibus tombe dans le panneau :

« Nous avons un fort beau jardin et quelques chambres qui y répondent. Je l’y ferai loger » (Le Médecin volant, scène 5).

       Clitandre préconise la thérapie par la parole : « Moi, je guéris par des paroles, par des sons, par des lettres, par des talismans et par des anneaux constellés ». (L’Amour médecin III, 5). Il propose une pseudo-demande en mariage acceptée par Lucinde et encouragée par son père. (En vérité il s’agit d’un vrai mariage).

       Béralde conseille à son frère Argan de se divertir (Le Malade imaginaire, II, 9), d’assister à un spectacle « d’Égyptiens vêtus en Mores qui font des danses mêlées de chansons où je suis sûr que vous prendrez du plaisir et cela vaudra bien une ordonnance de M. Purgon », ou de « voir quelqu’une des comédies de Molière » (III, 3).

Le meilleur remède, selon Béralde et peut-être selon Molière, est « de demeurer en repos » et « se guérir des médecins » (III, 4).

4) Le régime alimentaire

       Le régime alimentaire participe à la guérison, il diffère selon qu’il est préconisé par M ; Purgon ou Toinette. M. Purgon conseille à Argan le régime suivant : du potage, de la volaille, du veau, des bouillons, des œufs frais et le soir des petits pruneaux pour lâcher le ventre et boire son vin fort trempé (Le Malade imaginaire, III, 10). Il peut manger salé à condition que les grains de sel soient en nombre pair (II, 6).

On peut préférer les conseils de Toinette à Argan (III,10) : « Il faut  boire votre vin pur, il faut manger du bon gros bœuf, de bon gros porc, de bon fromage de Hollande, du gruau[9] et du riz, des marrons et des oublies».

Conclusion :

Vrais médecins qui se font berner par de faux malades que guérissent de faux médecins, ce ne sont que des personnages de comédie que Molière a créés pour dénoncer le dogmatisme, l’impuissance et l’ignorance des médecins. Il ne croit pas plus à la médecine que Dom Juan pour qui elle « n’est que pure grimace » (III, 1) ou Montaigne « qui a reçu la haine et le mépris pour leur doctrine » (Les Essais, II, 37)). Les médecins sont de dangereux charlatans, jaloux de leurs privilèges que Molière tourne en ridicule. Ses pièces sont un excellent remède à la médecine de son temps malade de ses médecins et elles nous font apprécier celle de notre temps.

[1]    médecine : remède.

[2] La théorie des humeurs est le pilier de la médecine. L’organisme contient quatre liquides ayant chacun leurs qualités : le sang, la lymphe (flegme), la bile jaune et l’atrabile noire. La bonne santé résulte de l’équilibre entre elles qu’une bonne alimentation permet de conserver

[3] La découverte de W. Harvey (1578-1657) entre 1615 et 1628, contestée par Gui Patin (1601-1672), ne fut enseignée qu’à partir de 1672.

[4]      . catholicon :  médicament universel, composé de rhubarbe et de séné.

[5]      . rosat : infusion de roses.

[6]      . vomitif à base d’antimoine, interdit en 1566, puis autorisé en 1666 après d’amples querelles.

[7]    . orviétan : drogue vendue par des charlatans sur les places publiques.

[8]      . julep : potion adoucissante.

[9]    . Gruau : grain d’avoines/

 

+ de 1000 textes des conférences du CDI sont disponibles sur le site du CDI de Garches  et via le QRCode   

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.