LA BATAILLE ROMANTIQUE

Thème: Art – Littérature – Histoire                                                                                                                  Mardi 03 Mars 2015

LA BATAILLE ROMANTIQUE

par Monsieur Jean-Luc Faivre, professeur agrégé de Lettres Modernes.

Le romantisme est une période clé de la littérature française qui connaît son apogée entre 1820 et 1830. Cependant la littérature est liée aux événements politiques que traverse la France. En juin 1815, après la défaite de Waterloo, s’installe la Restauration avec Louis XVIII,  à qui succédera Charles X jusqu’à la révolution de 1830. La Restauration va renforcer le pouvoir de l’Eglise et le pouvoir de la monarchie. La Restauration sera marquée par l’opposition entre les ultras et les libéraux. Parallèlement aux partis politiques, il existe des sortes de partis littéraires avec leurs revues et leurs journaux respectifs. On assiste à une véritable bataille entre les partisans du renouveau littéraire et les partisans de la littérature classique avec ses codes établis. Cependant, pendant quelques années une véritable bataille au sein des romantiques aura lieu. De 1820 à 1830 on peut distinguer trois périodes : la première de 1820 à 1823, la deuxième de 1824 à 1826, puis la dernière de 1826 à 1830.

I La confusion (1820-1823)

Durant ces trois années, on assiste à une véritable bataille entre le romantisme et le classicisme. Cependant, au sein même des romantiques deux courants se distinguent. Ainsi, deux groupes d’écrivains et de poètes se sont constitués : les conservateurs, représentés par la revue « Le Conservateur littéraire » fondée par Victor Hugo et ses frères Eugène et Abel, et les libéraux empreints des idées libérales héritées des Lumières dont fait partie Stendhal. Ce dernier rentrant d’Italie est étonné de voir qu’en France certains romantiques soutiennent Louis XVIII et l’Eglise alors qu’en Italie tous les romantiques adhèrent aux idées libérales. Afin de s’opposer aux écrivains qui ont fondé « Le Conservateur », Etienne-Jean Delécluze, qui avait abandonné la peinture pour devenir critique d’art, crée un cercle autour de lui afin de conserver l’esprit des Lumières. Il veut faire une révolution libérale qui changera la littérature tout en mettant en avant la rationalité. Stendhal est la figure de proue de ce courant ; il est très critique envers les royalistes et les catholiques. Il va même jusqu’à traiter Chateaubriand de plus grand menteur de France ! Il écrit un pamphlet « Racine et Shakespeare » en faveur de la modeernité en littérature et dans tous les arts.

Les deux camps, royalistes et libéraux sont alors clairement définis et la confrontation est bien réelle.

II Les premiers combats (1824-1826)

Fin 1823, la rupture est toujours présente et l’unité romantique ne peut se faire tant que certains romantiques conservateurs ne changeront pas d’opinion, comme le fera plus tard  Victor Hugo. Pour l’instant les deux camps continuent de s’affronter à travers leurs revues respectives. Ainsi, en 1824 est lancée par les frères Hugo une nouvelle revue conservatrice « La Muse Française » à laquelle collaborent Alfred de Vigny, Emile Deschamps, Amable Tastu et Delphine Gay. Le ton devient agressif et une question clé est lancée : pourquoi la poésie française ne peut-elle pas toucher le coeur ?  La réaction est immédiate et le romantisme est traité de « littérature révolutionnaire » et les auteurs qualifiés de « mauvais catholiques », comme l’écrit Félicité de Lamennais en 1824. Cette même année est créé « Le Globe » par Jean-François Dubois. C’est un journal libéral qui revendique la révolution et l’innovation en littérature. On y prône la liberté dans l’art et les lettres, et on peut y lire que le romantisme est en fait, en littérature, ce que le protestantisme a été en matière religieuse.

L’affrontement entre les deux camps, romantiques et classiques, a également lieu au théâtre Le théâtre romantique s’inspire d’auteurs tels que Lope de Vega ou Shelley. La nomination du baron Taylor à la tête du Théâtre Français, en 1825, sera un atout pour les romantiques. Grâce à lui, la première pièce romantique est jouée et connaît un extraordinaire succès. Le rôle principal est tenu par une vedette de l’époque, Talma, qui avec son interprétation de Léonidas trouve là un de ses plus beaux succès. Le romantisme a conquis le théâtre.

III L’unité (1826-1830)

A partir de 1827, l’unité des deux courants romantiques commence à s’opérer ; pour cela il fallait plusieurs conditions :

-Trouver un chef, ce qui sera le cas en la personne de Victor Hugo,

– Le rapprochement entre les royalistes et les libéraux.

– Des liens humains : Hugo et Sainte-Beuve, le critique de la revue « Le Globe », sympathisent.

– La création du Cénacle rue Notre-Dame des Champs, le nouveau domicile de Hugo, plus vaste et donc mieux adapté aux rencontres littéraires que son ancien logement de la rue de Vaugirard.

– Trouver un champ de bataille où battre les ultras, ce sera le théâtre.

La révolution romantique devra avoir lieu au théâtre. Cinq manifestes sont publiés dont la préface de « Cromwell » (1827) de Victor Hugo qui est le premier et le plus important. Ces manifestes seront le fondement de la théorie du romantisme. Dans cette préface Hugo affirme que les temps primitifs sont lyriques, les temps antiques épiques et les temps modernes dramatiques. Pour les romantiques, l’homme évolue au cours de sa vie, l’humanité a évolué au cours de l’Histoire et par conséquent la littérature doit elle aussi connaître une évolution.

En 1829 paraît une première histoire du romantisme, mais les critiques persistent. Au même moment en février 1829 se joue « Henri III et sa cour » d’Alexandre Dumas qui sera un grand succès mais l’apothéose du succès théâtral sera la pièce de Victor Hugo « Hernani », en 1830.

CONCLUSION

En 1820, Alphonse Lamartine avec « Les méditations poétiques » aborde des thèmes classiques mais avec une touche personnelle très marquée et une grande sincérité ; le romantisme était né. Ce nouveau courant s’affrontera au classicisme littéraire. Mais, entre 1820 et 1830, le romantisme français connaîtra une véritable bataille entre deux courants : le romantisme royaliste et le romantisme libéral  puis, en fin de décennie, une unité. Ce sera le triomphe du romantisme face au classicisme.

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