ELISABETH VIGEE-LEBRUN

Thème: Arts – Peinture                                                                                                                                                   Mardi 05 Avril  2016

ELISABETH VIGEE-LEBRUN

slider_cdi_86par Madame Marie-Laure RUIZ MAUGIS, historienne de l’art et conférencière des musées nationaux.

INTRODUCTION

Alors qu’elles ont été oubliées durant des siècles, on a jamais autant parlé des femmes artistes, qu’elles soient écrivains, peintres, ou sculptrices, qu’en ce début de XXIèm siècle. A l’automne-hiver 2015 s’est tenue au Grand Palais la première rétrospective des œuvres d’Elisabeth Vigée-Lebrun ce qui peut paraître étonnant pour une artiste qui était rentrée à 28 ans à l’académie royale de peinture et qui était le peinte officiel de Marie-Antoinette. Elisabeth Vigée-Lebrun a su s’imposer comme artiste, femme et mère ce qui était peu commun à son époque. Elle aime aussi diffuser son image par ses nombreux autoportraits. Elle était en harmonie avec son temps, le XVIIIèm siècle duquel elle a su dévoiler l’essence grâce à sa peinture.

I – Jeunesse et années d’apprentissage

Elisabeth Vigée est née en 1755. Son père Louis Vigée est pastelliste et membre de l’académie de St-Luc. Elle a un frère, Etienne, qui deviendra un auteur dramatique à succès. Après avoir été mise en nourrice pendant six ans elle entre comme pensionnaire au couvent de la Trinité, rue de Charonne où elle apprend la lecture, l’écriture, le catéchisme et les travaux manuels. Les arts ne sont pas au programme et c’est son père qui l’initie au dessin et au pastel.  La jeune Elisabeth sera impressionnée par l’art de son père, quant-à ce dernier il s’extasie du talent de sa fille. Louis Vigée meurt accidentellement d’une septicémie en 1767. Elisabeth qui était très attachée à son père est bouleversée et met longtemps à faire son deuil. Sa mère ayant des difficultés financières se remarie quelques mois plus tard seulement avec un joaillier fortuné Jacques-François Le Sèvre. En 1770, la famille Le Sèvre-Vigée s’installe rue St-Honoré face au Palais Royal ce qui aura son importance pour la jeune fille.

Le premier professeur d’Elisabeth Vigée-Lebrun est son père, à la mort de celui-ci, c’est Gabriel-François Doyen, un ami de la famille qui lui donne des cours. Elisabeth se rend aussi chez le peintre Gabriel Briard, membre de l’académie royale. Elle fera également connaissance de Joseph Vernet artiste célèbre et au contact de qui elle apprendra beaucoup. La jeune fille peint de nombreuses copies d’après les grands maîtres qu’elle admire. Sa mère voyant ses progrès fulgurants convertit une pièce de son appartement en atelier, ce qui est exceptionnel à l’époque. En tant que femme elle ne pourra jamais être peintre d’Histoire, discipline la plus prestigieuse et réservée aux hommes, elle devra se cantonner au portrait. Ses premiers modèles sont les membres de sa famille, sa mère (« Madame Le Sèvre, née Jeanne Maissin (1770) ou son frère qu’elle peint à la fin de l’adolescence (« Louis Jean-Baptiste Vigée » 1769). Elle représente son frère comme un jeune artiste à la façon de Chardin car dès ses débuts on peut remarquer l’influence des grands maîtres dans ses oeuvres.

Etant une femme et étant très jeune, Elisabeth Vigée a peu d’espoir d’intégrer l’académie royale, institution prestigieuse mais conservatrice, alors elle présente plusieurs de ses tableaux à l’académie St-Luc dont son père avait été membre et en devient elle-même membre en 1774.

Lorsque son beau-père se retire des affaires, en 1775, la famille s’installe dans un immeuble rue de Cléry dont le principal locataire est Jean-Baptiste Lebrun qui est antiquaire et restaurateur de tableaux. Il est spécialiste de la peinture hollandaise et avec lui Elisabeth parfait ses connaissances picturales. Lebrun devient son agent et la demande en mariage. Elisabeth Vigée devient madame Vigée-Lebrun en janvier 1776. Lebrun s’avère être un grand joueur et un libertin vivant bien au dessus de ses moyens et très vite sa femme devra subvenir aux dépenses du ménage grâce aux portraits qu’elle peint sur commande. En 1778 elle est remarquée par la Duchesse de Chartres dont elle réalise le portrait. Ses portraits sont déjà très forts et son acuité psychologique est remarquable. Quant-à ses qualités techniques elles sont déjà éblouissantes. On peut noter la précision avec laquelle elle peint les dentelles et les drapés ainsi que le travail sur les tissus, satins, soies et taffetas. La Duchesse de Chartres sera une des personnes qui aidera Elisabeth dans son ascension car c’est grâce à elle qu’elle connaîtra de nombreuses grandes dames de la Cour.

II La célébrité.

La renommée d’Elisabeth Vigée-Lebrun grandit et de nombreuses personnalités font appel à elle. Dans sa vie personnelle elle donne naissance à une petite fille Jeanne-Julie mais continuera à peindre sans interruption. Plus tard,elle aura un autre enfant qui mourra en bas âge.

En 1778 elle reçoit sa première commande de la Cour, celle du Comte de Provence, frère du Roi.  Cependant, elle arrive au pinacle de la gloire quand elle est appelée à Versailles pour réaliser le portrait en apparat de Marie-Antoinette. Ce portrait était une demande de la mère de la Reine, l’Impératrice Marie-Thérèse de Habsbourg, qui souhaitait avoir un portrait de sa fille. Avant Elisabeth Vigée-Lebrun aucun artiste n’avait réussi à réaliser un portrait satisfaisant de la Reine. Le portrait satisfait pleinement Marie-Antoinette qui le fera expédier à sa mère à la Cour d’Autriche. Elisabeth Vigée-Lebrun dira plus tard dans ses mémoires que la Reine avait été pleine de bonté envers elle. Elisabeth aura toujours des propos très flatteurs et élogieux envers la souveraine. Suite au succès de son premier portrait de la Reine, Elisabeth devient en 1778 le peintre officiel de Marie-Antoinette. En 1782, inspirée par Rubens, Elisabeth peint son autoportrait au chapeau de paille. L’académie de St-Luc ayant fermé, Elisabeth devient en mai 1783 membre  de l’académie royale de peinture bien qu’à cause de son sexe et de la profession de son mari, elle doive faire face à de fortes oppositions, mais l’intervention protectrice de Marie-Antoinette lui permet d’obtenir ce privilège. En septembre 1783 elle présente à l’académie un portrait de la Reine dans une robe de mousseline et coton utilisée en linge de corps. Les critiques se scandalisent si bien qu’au bout de quelques jours Elisabeth Vigée-Lebrun doit retirer son tableau. Elle est victime de critiques et de médisances et on va jusqu’à l’accuser d’entretenir une liaison avec le ministre Calonne dont elle avait peint un magnifique portrait en 1784, le Comte de Vaudreuil ou le peintre Ménageot. On lui reproche d’avoir utilisé ses charmes pour faire carrière. Le fait d’être une belle femme joue en sa défaveur. Mais,en dépit de ces critiques elle reçoit dans son hôtel particulier la haute société de l’époque.

Par ailleurs, elle continue de peindre, surtout des enfants notamment ceux du couple royal en apparat, les souverains souhaitant montrer la stabilité de la suite dynastique, (« Marie-Antoinette et ses enfants » (1787). On reprochera à la Reine son regard triste si bien rendu par Elisabeth Vigée-Lebrun, mais qui s’explique par la mort récente de son dernier enfant comme le prouve le berceau vide représenté dans l’oeuvre. L’artiste multiplie les portraits d’enfants, l’enfance étant un de ses thème préféré, et notamment sa propre fille. Dans son autoportrait avec Jeanne-Julie elle fait référence dans la composition à Raphaël et sa « Madonna della seggiola ». En faisant référence à un aussi prestigieux peintre historique, Elisabeth cherche  à donner ses lettres de noblesse au portrait considéré moindre. Autre chef-d’oeuvre d’enfant, le portrait de la fille de l’architecte Alexandre Brogniard, Emilie. En 1788 elle peint « Le portrait du peintre Hubert Robert » autre grand chef-d’oeuvre de l’artiste.

III – La Révolution, l’exil et le retour.     

En été 1789 éclate la Révolution et l’hôtel d’Elisabeth Vigée-Lebrun est saccagé, elle se réfugie chez son ami Brogniard. Plus tard elle s’exile à Rome puis à Vienne car ayant toujours été très liée à la Cour royale et à l’aristocratie elle craint des représailles. En 1792 elle est inscrite comme émigrée et perd ses droits civiques. En 1794 son mari obtient le divorce car il était resté en France. A l’invitation de l’ambassadeur de Russie, Elisabeth Vigée-Lebrun  se rend à Saint-Pétersbourg où elle fait un séjour de plusieurs années favorisé par les commandes de la haute société russe. Elle peindra notamment le portrait de la Comtesse Skavronska. Elle revient à Paris en janvier 1802 mais quelques mois plus tard elle part en Angleterre où elle vit à la Cour de Louis XVIII et du Comte d’Artois qui sont en exil. Elle revient à Paris en 1805. Elle reçoit la commande du portrait de Caroline Murat, soeur de Napoléon. En 1807 elle part pour la Suisse et revient en 1809. Déjà âgée, elle écrira ses mémoires où elle fait entre autre l’apologie de la royauté. A la fin de sa vie l’artiste en proie à des attaques cérébrales perd la vue. Elle mourra en avril 1842.

CONCLUSION

Elisabeth Vigée-Lebrun est célèbre pour avoir été la portraitiste de Marie-Antoinette mais son talent était immense et parce qu’elle était une femme elle n’a pas eu la place qu’elle méritait. Ses portraits reflètent l’âme de ses modèles chez qui elle saisi avec une grande finesse l’état psychologique. La première partie de son oeuvre jusqu’en 1789 est composée de portraits essentiellement féminins où l’on peut noter le travail remarquable des étoffes. La seconde partie de son oeuvre est plus sévère et sa palette devient plus sombre comparée à l’allégresse de l’oeuvre pré-révolutionnaire, elle est également beaucoup moins connue.

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