A L’OMBRE DES VAINQUEURS – LE GRAND ROMAN DE L’ALSACE DECHIREE

Thème: Art, Littérature                                                                                                                                            Mardi 17 Novembre 2015.

« A L’OMBRE DES VAINQUEURS » – LE GRAND ROMAN DE L’ALSACE DECHIREE

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par Madame Marie-Laure de CAZOTTE, auteur, Prix des Romancières 2015 et Prix du roman historique 2015.

Madame de Cazotte à travers son roman « A l’ombre des vainqueurs » nous fait découvrir la difficile histoire de l’Alsace et de la Moselle durant la seconde guerre mondiale. Dans ce roman, nous suivons la vie de Joseph Muller, un petit garçon âgé de sept ans en 1940. A travers son parcours on découvre l’histoire de sa famille qui changera quatre fois de nationalité et les difficultés rencontrées au cours du conflit et après. Nous découvrons aussi l’Histoire de l’Alsace tiraillée entre deux nations.

L’histoire de l’Alsace durant la seconde guerre mondiale est restée très longtemps taboue et seulement connue des Alsaciens. Ainsi c’est la première fois qu’un livre sur le sujet reçoit un prix national. Le sujet est une mémoire complexe et douloureuse.

Le roman débute en 1940 alors que l’Allemagne se présente en peuple libérateur. Ainsi les Nazis feront libérer tous les prisonniers alsaciens ce qui aura des conséquences dramatiques puisque ces mêmes hommes porteront ensuite l’uniforme allemand. Dès l’annexion, l’Alsace ne fait pas partie du Reich mais est une sorte de « colonie » rattachée à l’Allemagne. Ainsi par exemple, la monnaie et les timbres étaient faits spécifiquement pour l’Alsace et la Moselle. Cette région va devenir un modèle pour les annexions futures. Dès l’arrivée des Nazis le français est rigoureusement interdit, on impose l’alphabet gothique et on instaure la haine des religions, le judaïsme bien sûr mais aussi le catholicisme, ce qui choquera tous les Alsaciens mêmes les plus germanophiles comme le grand-père du petit Joseph. Cet anti catholicisme amènera à l’interdiction de culte dans la cathédrale de Strasbourg et la suppression de fêtes religieuses. Les Allemands imposent aussi le changement de nom quand celui-ci est trop français à leur goût. Ainsi un camarade de classe de Joseph, qui se nommait Roger Lagarde devient Rüdiger Wachmann alors qu’il était très fier de son nom qu’il pensait être celui d’un mousquetaire. Les enfants seront très marqués par toutes ces modifications d’identité. Personne non plus ne reste indifférent à la disparition des croix et des noms français dans les cimetières.

La propagande allemande est extrêmement dynamique. Dans certaines familles la terreur est telle que l’on fait disparaître tout ce qui est français, même les choses les plus anodines, comme par exemple les boites à sel marquées du mot « sel » ou les robinets marqués « froid » et « chaud ». Les enseignants et les familles doivent se débarrasser de tous les livres de culture française comme les oeuvres de Molière ou les fables de la Fontaine mais aussi bien sûr tous ceux en langue française.

Quand en 1942, l’enrôlement dans l’Armée allemande devient obligatoire, de nombreux Alsaciens fuient. Le père de Joseph, Raoul, qui est passeur est dénoncé et envoyé en camp de rééducation, le camp de sûreté de Vorbruck-Schirmeck. Bon nombre de prêtres, homosexuels et prostituées seront envoyés dans ces camps. Afin d’éviter ces fuites les Nazis instaurèrent à partir de 1943 un régime punitif envers les familles des déserteurs et, en particulier, la déportation dans ces camps en Sibérie. De nombreux Alsaciens seront enrôlés de force dans les Waffen SS comme ce sera le cas de Raoul. Cela aura de graves conséquences à la fin de la guerre et créera des conflits avec les Français de l’intérieur qui ne comprennent pas le désarroi des Alsaciens. Les Français appliqueront un taux de change très défavorable aux Alsaciens et ces derniers seront bien souvent considérés comme un peuple collaborateur.  Un conflit se crée entre les Alsaciens qui sont entrés dans la résistance et ceux enrôlés de force dans l’Armée allemande.

Après sa sortie du camp de rééducation, Raoul est enrôlé de force dans l’Armée allemande et envoyé sur le front russe puis retenu par les Soviétiques dans le camp de Tambov où seront emprisonnés de nombreux Alsaciens, Mosellans et Autrichiens. Ce camp n’était pas un camp de concentration car les prisonniers ne subissent aucun sévisse mais il n’y a ni eau potable ni nourriture créant de terribles luttes internes. A la fin du conflit, Joseph ne comprend pas pourquoi son père n’est ni mort ni rentré. Quand Raoul finit par rentrer en octobre 1946, Joseph ne le reconnaît pas. Raoul est détruit tant physiquement que psychologiquement et les deux hommes sont deux étrangers l’un pour l’autre.

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