VERDI 

Thème : Art, Musique                                                                                                  Mardi 26 Septembre 2017

VERDI 

Par Monsieur Pierre COUSI, avocat honoraire au Barreau de Paris.

INTRODUCTION

Destiné à être présenté sur scène, l’opéra peut être considéré comme l’une des principales forme du théâtre musical occidental. Combinant orchestre, chant (solistes et choeurs) figurants, mise en scène, décors, costumes et parfois danse, il constitue un art total . 

Avec l’opéra nous entrons dans un monde magique où l’intrigue est elle aussi particulière : assassinats, meurtres, amours passionnées … et des personnages allant des dieux au simple mortel, du prince au paysan. L’opéra est le triomphe de la démesure et le public est lui aussi passionné, il acclame ou conspue. Ainsi lors d’une représentation d’Aïda à la Scala de Milan on a compté 37 rappels.

C’est au XVIIe siècle en Italie qu’est né l’opéra et le genre s’est développé rapidement à travers toute l’Europe comme le montre le succès de Mozart. Cependant, le siècle d’or de l’opéra est le XIXe siècle, particulièrement en Italie où l’on compte plus de 900 théâtres à travers toute la péninsule. L’opéra est un temple à la musique et Giuseppe Verdi est l’une des plus grande figure de ce monde féerique. 

I – Une brève biographie de Verdi.

Verdi est né près de Parme en 1813 d’un père aubergiste et d’une mère fileuse. Sur son acte de naissance apparaissent trois prénoms français Joseph Fortunin François car à cette époque la France occupait cette région d’Italie. Quelques mois plus tard, elle passera sous autorité autrichienne et la mère de Verdi appellera toujours son fils par ses prénoms italiens, refusant qu’il ait été français quelques semaines. Dès son plus jeune âge Verdi écoute avec attention la musique à l’église, seul lieu accessible pour un garçon de sa classe sociale. Par la suite il fait ses premières gammes sur une épinette. Antonio Barezzi, un riche marchand le prend sous son aile. A quinze ans Verdi compose ses premières oeuvres notamment une introduction au « Barbier de Séville ». Barezzi envoie son protégé au conservatoire de Milan mais il sera renvoyé car pas assez bon pianiste. Un peu plus tard Verdi épouse la fille de Barezzi et le couple s’installe à Milan près de la Scala. La prima donna de la Scala, Giuseppina Strepponi, s’intéresse à lui. Verdi compose en 1838 « Oberto » qui connaît un certain succès. En quelques mois Verdi perd ses deux enfants et sa femme ce qui le plonge dans un grave état dépressif et en fera un être irascible et solitaire. En 1842 Verdi compose « Nabucco » qui connaît un grand succès et ce jusqu’à nos jours.  Étant veuf, il partage la vie de Giuseppina Strepponi. Il continue à composer et en sept ans  il écrit neuf opéras : « Les Lombards » en 1843, puis « Ernani » d’après l’oeuvre de Victor Hugo, puis « Les deux Foscari » pour l’opéra de Rome, suivront « Jeanne d’Arc », « Attila », « Macbeth », « Le corsaire » d’après Byron puis « La bataille de Legnano » et enfin en 1849 « Luisa Miller » toujours d’après Byron, aujourd’hui oublié. 

En 1859, après de nombreuses années de vie commune, il épouse Giuseppina Strepponi et le couple s’installe à Paris où le compositeur critique énormément l’Opéra de Paris, à tel point qu’on le surnomme « merdi ». De retour en Italie il commence une carrière politique comme sénateur de 1861 à 1865 et voyage dans toute l’Europe. Verdi amassera au long de sa vie une fortune considérable avec les nombreuses commandes qui lui ont été passées. Il meurt à Milan en 1901 après avoir fondé,en 1899, une maison de retraite pour musiciens et financé divers travaux d’assèchement, d’irrigation et de culture dans sa province. 

II – L’oeuvre de Verdi

Le premier grand succès de Verdi est « Nabucco ». L’intrigue n’est pas particulièrement intéressante, elle est basée sur l’exil forcé des Hébreux à Babylone du temps de Nabuchodonosor. A l’époque l’Italie était occupée par les Autrichiens et les Italiens ont vu dans cet opéra un écho moderne à leur souffrance. Le choeur « va pensiero » devient l’hymne symbolisant la résistance à la domination autrichienne. Verdi utilise un thème historique et non une intrigue amoureuse ce qui est assez original. Par ailleurs, le compositeur utilise la structure de la dissertation (thèse, anti-thèse, synthèse) pour écrire ses opéras. Il est également le premier à considérer les choeurs comme un personnage à part entière. Sa musique est facile et plaît à tous, elle est si populaire que même de nos jours de nombreuses publicités utilisent des morceaux de Verdi comme support musical. Verdi utilise les voix à merveille et sait mettre en valeur les ténors mais surtout les barytons. Avant Verdi l’opéra était le Bel Canto alors que lui a créé un chant réaliste, puissant avec des supports d’auteurs tragiques.

L’oeuvre de Verdi peut se diviser en trois parties. Une première partie où le compositeur écrit beaucoup, puis la création de sa célèbre trilogie entre 1851 et 1853, »Rigoletto », « Le Trouvère » et « La Traviata ». Enfin, dans la deuxième partie de sa vie, une troisième partie qui regroupe cinq oeuvres en 35 ans. Ces cinq opéras sont d’une qualité remarquable. Dans la première partie de son oeuvre il compose non seulement « Nabucco » mais également « Ernani » qui sera d’abord présenté à La Fenice de Venise où il fait un triomphe et qui en trois ans fera le tour du monde. « Macbeth » marque une véritable révolution dans le théâtre et l’opéra italien. Verdi, pour la première fois, travaille le drame pulsionnel des individus plutôt que les sentiments collectifs. 

La première oeuvre de la troisième partie de son oeuvre est un opéra qu’il compose sur commande du tsar de Russie « La force du destin » d’après l’oeuvre de l’espagnol Angel Saavedra. La première a lieu le 10 novembre 1862 à Saint-Pétersbourg. C’est une ovation et le tsar Alexandre II décore Verdi de l’ordre de Saint-Stanislas.  Ensuite il crée « Don Carlos » puis, sur commande du khédive d’Egypte pour l’inauguration de l’Opéra du Caire, ce sera « Aïda » un opéra en quatre actes avec un style orchestral de musique continue, personnel et novateur qui est la marque de cette troisième période de Verdi. Seize ans plus tard Verdi compose « Othello » oeuvre magistrale basée sur la pièce de Shakespeare. A la fin de sa vie et bien qu’athée il crée « Requiem » le seul de sa vie. A 80 ans, Verdi compose sa dernière oeuvre « Falstaff », un opéra bouffe en trois actes qui ne comprend aucun aria et qui contraste nettement avec les créations précédentes de cette période. 

III – La trilogie « Rigoletto », « Le Trouvère », « La Traviata ».

Verdi compose cette trilogie en un laps de temps court et coup sur coup entre 1851 et 1853. Ces trois opéras sont si célèbres qu’il ne se passe pas un jour sans que l’un d’eux ne soit joué dans le monde. Cette trilogie impose Verdi dans toute l’Europe.

« Rigoletto » est un mélodrame en trois actes. L’intrigue se situe à la cour du Duc de Mantoue qui est un débauché et qui se vante de séduire toutes les femmes. Le bouffon du Duc est Rigoletto, qui, lorsqu’il apprend que le Duc a séduit sa fille devient fou de rage et engage un tueur à gage afin d’assassiner son maître. Afin d’attirer le Duc dans une auberge isolée, la soeur du tueur à gage séduit le Duc, mais elle tombe amoureuse de lui et refuse que son frère le tue. Suite à un quiproquo c’est Gilda, la propre fille de Rigoletto qui est poignardée et qui meurt dans les bras de son père à la fin de l’opéra.   

« Le Trouvère » est un opéra en quatre actes d’après le drame espagnol « El Trovador » d’Antonio Garcia. Il est créé pour le théâtre Apollo de Rome et Verdi le remaniera en 1856 et il sera traduit pour être présenté en 1857 à l’Opéra de Paris. L’intrigue se situe au Moyen-Âge en Espagne où une gitane enlève le fils du Comte de Luna pour venger sa mère qui avait été envoyée au bûcher par le vieux comte. Suite à une confusion, la gitane jette au feu son propre fils au lieu du jeune aristocrate, elle décide donc de l’élever comme son fils et le nomme Manrico. Devenu adulte, Manrico tombe amoureux d’une dame de la cour du Comte et se déguise en trouvère pour la séduire mais le Comte est lui aussi amoureux de la jeune fille ce qui provoquera un duel. Lors du quatrième acte Manrico est fait prisonnier avec sa mère et le Comte fait exécuter Manrico, c’est alors que la gitane annonce au Comte qu’il vient de mettre à mort son propre frère. 

Dernière oeuvre de la trilogie, « La Traviata » mélodrame en trois actes, créé pour La Fenice de Venise en 1853 et basé sur le roman de Dumas fils « La dame aux camélias ». L’intrigue commence par une fête donnée par Violetta, une courtisane qui se laisse séduire par Alfredo, un jeune homme de bonne famille. Elle renonce à sa vie dissolue mais doit vendre tous ses biens. Le père d’Alfredo supplie Violetta de rompre avec son fils car le scandale empêche le mariage de la jeune sœur d’Alfredo. Violetta cède et fait croire à son amant qu’elle va retrouver son ancien protecteur. Oubliée et ruinée, Violetta est gravement malade. Lors d’une visite du père et du fils, elle meurt dans les bras d’Alfredo. 

CONCLUSION

Giuseppe Verdi est l’un des compositeur qui a marqué durablement le monde lyrique et avec sa trilogie il conquiert l’Europe. Il sera également un symbole de la résistance italienne face à l’envahisseur autrichien. En 1859 à chaque représentation d’un opéra de Verdi de longues acclamations de « Viva V.E.R.D.I » sont entendues mais ce n’est pas un hommage au compositeur mais un cri patriotique et l’occasion d’exprimer un souhait politique : « Victor-Emmanuel Roi d’Italie ». Les œuvres de Verdi sont toujours extrêmement populaires 150 ans plus tard. 

Lors du Forum des associations de la ville de Garches le 10 septembre 2017, voyant l’annonce d’une conférence sur VERDI, Monsieur Timur ABDIKEYEV, garchois, a proposé spontanément d’offrir une interprétation d’un air d’opéra de Verdi lors de la conférence. Et c’est ainsi qu’au cours de la très belle conférence de Monsieur COUSI nous avons pu entendre la magnifique voix de basse de Monsieur ABDIKEYEV interprétant l’air de Banquo du Macbeth de VERDI. Que Monsieur ABDIKEYEV en soit remercié. Que Monsieur COUSI soit également remercié pour sa conférence si vivante et si richement documentée, sur les illustrations et les airs d’opéra.

 

Un commentaire

  • Jean-Michel BUCHOUD

    Dec 04, 2017

    Reply

    Monsieur Cousi nous a donné une remarquable conférence, animée par sa passion pour l'opéra, et pour Verdi, fort bien documentée tant pour les illustrations que sur le plan musical, avec quelques belles envolées. Cette conférence a été rendue encore plus vivante lorsque la basse d'opéra, Monsieur Timur Abdikeyev, invité par le CDI, a interprété pour les auditeurs du CDI l'air de Banco du Mac Beth de Verdi. Merci à Monsieur Cousi d'avoir permis à Monsieur Abdikeyev de nous offrir ce moment. Merci à Monsieur Abdikeyev de nous avoir offert ce moment.

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