La traversée de Paris dans l’Arche de la Défense

Thèmes : visite.
Visite du 12 décembre 1989.

 

Mardi 12 décembre, 260 membres du C.D.I. ont visité l’exposition « La traversée de Paris ».

 

 

Le 16 juillet 1989, le toit de l’Arche de la Défense a été inauguré par le Sommet des pays industrialisées. Cent mètres plus bas, les 8 000 m2 du foyer de l’Arche offrent aux visiteurs de l’exposition « la traversée de Paris« . Cette exposition fait vivre 300 ans de bouleversements et d’évènements marquants à travers des reconstitutions de quartiers, de films et de textes d’auteurs célèbres.

 

I – Du Pont au change aux Tuileries

Chacun reçoit un casque, s’assied sur les marches d’un palais, devant la grève sableuse et plonge dans l’ambiance d’un voyage en bateau sur la Seine. C’est levocatron du Pans du XVIIIème siècle. Un dialogue commente le spectacle audiovisuel : mariniers, débardeurs, moulins, greniers à blé, lavandières, exécutions capitales…

 

II – Le Palais Royal

En quittant les bords de Seine, on monte au premier étage du Palais Royal : étoffes, bustes de philosophes des Lumières, porcelaines, lit défait d’une femme galante. Le casque diffuse des propos de Choderlos de Laclos (Les liaisons dangereuses), secrétaire du Duc d’Orléans, qui commente la construction des arcades du Palais Royal, la rédaction des Cahiers de doléances, pour lesquels il doit présenter un modèle.

Au rez-de-chaussée du Palais, on entre dans des boutiques : « le cabinet de cire » du philosophe Curtius, une librairie, un fripier. Curtius dîne avec des amis, entouré de bustes célèbres, dont il a prêté quelques-uns pour une manifestation. Il prophétise la fin de l’Ancien Régime et le triomphe des idées nouvelles.

Après le café de Foy, on passe dans les jardins devant le théâtre d’ombre de Séraphin : un bonimenteur y évoque le serment du jeu de Paume et la naissance de la Constituante. Le peuple redoute les troupes autour de Paris.

 

III – Le faubourg et la Faim – 13 juillet 1789

Une aristocrate, effrayée par l’agitation, commente le pillage de la fabrique Réveillon par ses ouvriers ; son compagnon lui en explique les raisons : le faubourg manque de pain, on annonce le pillage des octrois qui entourent la capitale, sauf ceux qui appartiennent au Duc d’Orléans. Puis la foule, chantant et plaisantant, évoque les évènements qui conduiront à la prise de la Bastille : pillage des armureries, des caves des Invalides, nécessité de se procurer de la poudre.

 

IV – La salle du Manège aux Tuileries

C’est une reconstitution de la salle des premières Assemblées représentatives : Constituante, Législative, Convention, avec des gradins où l’on peut s’asseoir, des plaques au nom des députés les plus célèbres, des journaux révolutionnaires en piles, une tribune pour le public, une antichambre encombrée de caisses de livres, d’affiches, une loge pour les journalistes et les sténographes se trouve derrière le Président.

 

V – Le jardin national, actuel jardin des Tuileries

Les colonnes ne sont pas celles de Buren évidées, elles laissent voir des tableaux où marionnettes et mannequins tournent sur de grands thèmes révolutionnaires.

Un petit écriteau explique chaque fois de quoi il s’agit : Anarchasis Cloots (voir annexe 1) et l’évêque-jureur de Paris (voir annexe 1), Théroigne de Méricourt (voir annexe 1) et le marquis de Sade (voir annexe 1) ; la guillotine : Louis XVI et Saint-Just ; Fabre d’Églantine (voir annexe 1), Romme (voir annexe 1), le calendrier révolutionnaire ; la presse… plus loin, dans l’atelier de David, un extrait du Danton de Wajda défile sur un écran.

 

VI – Place de la Concorde

Après un espace de sable et de toile sombre, on traverse une tente rayée, celle où se sont enrôlés volontaires et conscrits, un pont enjambe la place inondée.

A droite de la passerelle, un détail du Bonaparte au Saint-Bernard domine un décor de rochers et de statues.

A gauche, on peut descendre s’asseoir sur les bancs d’un radeau. Sur un grand écran, est projeté un montage de divers films : Napoléon d’A. Gance, les deux orphelines de D.W. Griffith, Danton de D. Buchowetsky, Madame du Barry de E. Lubitsch, Madame Tallien (voir annexe 1) de E. Guazzoni, le Livre noir d’A. Mann.

 

VII – Les faubourgs du Temple et Saint-Antoine

On est arrêté par une première barricade, et l’on écoute le récit des émeutes de 1848. On est arrêté par une barricade bien plus grande, d’où on peut regarder un film montage, qui montre les mystères et les transformations de Paris et de ses villages. Un peu plus loin on se trouve devant la statue de Victor Hugo.

 

VIII – Le mur des fédérés au cimetière du père Lachaise

Dans le labyrinthe de la ville incendiée de 1870, sur les murs croulants et noircis, les portraits des communards évoquent la commune.

 

IX – Une galerie imaginaire

1875-1914, c’est l’essor des valeurs républicaines. Des notices biographiques et des extraits de journaux nous sont présentés. On entend les discours enflammés de G. Clémenceau et d’E. Zola.

 

X – L’Avenue des Champs-Élysées

On s’installe dans des fauteuils pour regarder le film « Je ne me souviens pas » de Romain Goupil sur les mouvements du peuple dans la ville de 1914 à 1945.

 

XI – La Défense

A l’extrémité des passerelles, trois documentaires sur l’Arche et son quartier passent sur des téléviseurs.

 

XII – Tout Paris

1960-1970 : Paris n’est qu’un gigantesque flipper : le sol est un plan de métro, les « bumpers » sont des monuments, les plots lumineux des téléviseurs.

Au cœur de la ville, les vitraux de la Sainte Chapelle, le Panthéon, à l’ouest, la mémoire ouvrière défile à Renault-Billancourt, plus au sud, face aux usines Citroën, la maison de la radio, à l’est, le père Lachaise, au nord-ouest, un extrait du film « Octobre à Paris » tourné en 1961, raconte les Algériens au moment de la manifestation d’octobre 1961.

 

ANNEXE 1

 

Anarchasis Cloots :

Baron Prussien né à Clèves, il vint très tôt à Paris où il connut Voltaire, Il se proclame « Orateur du genre humain » et rêve d’une république européenne. Au cours des années révolutionnaires, il se lie avec Hébert et les « Enragés » et sera guillotiné avec eux. Donnons, en exemple de la grandiloquence de l’époque, ce court extrait de son procès :

  • Ton nom ?
  • Anarchasis Cloots.
  • Lieu de naissance ?
  • Clèves pour ma naissance physique ; quant à mon berceau moral, c’est l’Université de Paris.
  • Que faisais-tu avant la Révolution ?
  • J’étais homme libre, en horreur aux Maîtres de la Terre et du Ciel.
  • Et depuis la Révolution ?
  • Législateur.

 

Jean-Baptiste Joseph Gobel :

Il fut élu, à 60 ans, député du clergé de Belfort. Il accepta la Constitution Civile du Clergé et fut Evêque de Paris en 1791. Par la suite, il renonça au sacerdoce, se lia aux Hébertistes et fut exécuté avec eux.

 

Théroigne de Méricourt :

Après une enfance passée dans la campagne ardennaise, on la trouve bien vite en Angleterre dans l’entourage du Prince de Galles, puis en France dans celui du Duc d’Orléans. La Révolution lui fait abandonner la galanterie pour l’action. Elle est présente, dans sa tenue d’amazone, la ceinture ornée d’un sabre et de pistolets, à la Bastille, puis aux journées d’Octobre à Versailles, comme elle le sera dans la mêlée révolutionnaire en 1792 et notamment le 10 août aux Tuileries. Entre temps, de retour à Liège, elle était promue agent secret envers l’Autriche, devenant vraisemblablement agent double après un séjour à Vienne où l’Empereur la reçut.
Mais c’est dans les Jardins des Tuileries, que jugée trop modérée, elle sera prise à partie par des femmes de la Commune et publiquement fouettée. Elle ne surmontera pas cette épreuve, sera internée en 1793 et pendant 24 ans encore (elle n’a alors que 21 ans) supportera l’existence lamentable des internées de l’asile de Bicêtre.

 

Donatien Alphonse François, Marquis de Sade :

On a oublié son titre, ses œuvres, voire son nom ; il reste un adjectif : sadique, et un nom : le sadisme, et ce n’est pas le fait que son œuvre longtemps discréditée et redécouverte avec intérêt en cette fin de siècle, qui est une garantie de valeur humaine ou littéraire.
1722, à 32 ans, condamné à mort pour crime d’empoisonnement et sodomie, cherché, retrouvé, évadé, toutes les polices ont l’ordre de le saisir, car déjà – 1763 – il a connu la donjon de Vincennes, puis 1768, c’est à Saumur qu’il est enfermé et ainsi de suite, mais toujours pour le même motif : l’adjectif que le rendra célèbre…
Bah ! Celà ne l’a pas empêché, après avoir connu les de l’Ancien Régime, de la République, du Consulat, de mourir à Charenton.

 

Fabre d’Églantine :

Qui pouvait penser que ce comédien de 40 ans, auteur d’une pièce en vers en 5 actes « Le Philinte de Molière ou la Suite du Misanthrope », comme du charmant « Il pleut bergère », jouerait son vrai rôle sous la Révolution. Mais il fut secrétaire de Danton, fut compromis avec lui dans une affaire de falsification, et exécuté en avril 1794. Il nous reste de lui le calendrier révolutionnaire où nous retrouvons les accents du poète écologiste… Floréal, Germinal, Prairial…

 

Romme :

Député de Riom, professeur de Mathématiques, travailla à l’installation du télégraphe optique et collabora au calendrier républicain. Initiateur du transfert du corps de Marat au Panthéon, il participera, après la chute de Robespierre, à l’insurrection de mai 95. Arrêté, il se poignardera dans sa prison.

 

Madame Tallien :

Thérésa Cabarrus, dite Madame Tallien, naquit en 1773. Encore une vie bien agitée que celle qui fut un temps « Notre Dame de Thermidor », puis Madame Tallien. Fille d’un banquier espagnol, se maria très vite, divorça aussi vite, rencontra Tallien, devint sa maitresse, très vite aussi, et était emprisonnée au début d’août (… début Thermidor !). Robespierre était alors largement contesté (chacun son tour !) et Tallien fut un des Conventionnels les plus ardents à la combattre, montant même à la tribune un poignard à la main, assurant qu’il immolerait lui-même le tyran si l’Assemblée n’agissait pas. L’Assemblée agit. Robespierre fut exécuté et Thérésa délivrée, put devenir Madame Tallien et être comme Joséphine une des reines du Directoire.

 

Olympe de Gouges :

Troisième destin féminin qui ne connaîtra pas la folie de Théroigne, les succès de Thérésa, comme elle n’a pas connu non plus la grandeur de Charlotte, mais qui connaîtra le jugement du Tribunal et l’exécution. Comme Fabre d’Eglantine, Olympe de Gouges est passée de la littérature à la politique. Littérature de précurseur -les droits des femmes -et de visionnaire – ceux des noirs-. Soixante ans avant « La case de l’oncle Tom », elle fait paraître « L’esclavage des noirs ». Patriote et révolutionnaire, elle demandera à participer à la défense de Louis XVI, offrant son concours à Malesherbes. Mais elle osera écrire et placarder des pamphlets contre Robespierre et sera exécutée quelques jours avant Bailly.

 

Bailly :

Scientifique, l’astronome Bailly est acquis aux idées du Siècle des Lumières. Député aux Etats Généraux, il est présent et actif à la journée du Serment du Jeu de Paume qu’il préside, scène que David immortalisera. Maire de Paris, il reçoit, avec La Fayette, commandant de la Garde Nationale, Louis XVI après la prise de la Bastille. C’est en tant que Maire de Paris qu’il est appelé à réprimer les manifestations du Champs de Mars du 17 juillet 1791 : « la 101 martiale fut insuffisamment proclamée et le sang coula par suite d’un malentendu terrible ».
Ce philosophe, égaré dans l’arène des passions politiques, comparut devant le Tribunal Révolutionnaire sous deux chefs d’accusation : « Avoir favorisé la fuite de Louis XVI en juin 91 et son attitude le 17 juillet ». Conduit à l’échafaud le 11 novembre, en chemise, un spectateur lui cria « tu trembles Bailly », il répliqua calmement « oui mon ami, mais c’est de froid ».

Deux questions pour les curieux :

  1. Quel fut le rôle de Choderlos de Laclos ?
  2. Puis, celui du drapeau rouge …. dans cette affaire ?

 

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ANNEXE 2

 

Nos visites du trimestre à Paris, structures du Grand Louvre et Arche de la Fraternité terminent les visites que nous avons consacrées depuis quelques années aux nouvelles structures culturelles de la capitale :

  • La Villette
  • Centre Pompidou
  • Musée d’Orsay
  • Institut du Monde Arabe

Ces deux visites complètent l’ensemble, ensemble aux divers visages tournés à la fois vers les projets de l’avenir, l’exaltation de nos racines et l’ouverture sur un monde multiple et encore mal connu.

Elles complètent – les structures… l’Arche – l’ensemble et elles se complètent.

Nous savons – et nous le savons mieux depuis la conférence de M. Chapoutier – que la mémoire humaine est sélective et capricieuse, mais la mémoire des peuples, elle aussi, est sélective et capricieuse.

Et c’est à nous, visiteurs « public averti » pour employer une expression usuelle, de constater, adoucir, compléter ce que nous pouvons juger sélectif ou capricieux dans ces embellies de l’histoire que nous ont proposées le Louvre et l’Arche.

Parlant du Louvre, je vous ai dit et écrit que plus que tout autre « lieu de mémoire, c’était l’œuvre de tous ». Du projet culturel de Charles V à Louis-Philippe, du projet architectural de Philippe-Auguste à Napoléon III, par le Grand Dessein de Henri IV, du projet centralisateur et constant de la Royauté : assurer le Refuge du Roi, de sa personne, de ses lois, de son trésor. Ainsi, tous ces rois divers dans leur personnalité, dans les projets et les résultats, dans leurs politiques, dans leurs caractères face aux circonstances se retrouvent au Louvre et de cette conjonction des « embellies de l’histoire » nait un sentiment de continuité et d’harmonie.

A l’Arche, la structure de l’exposition « La traversée de Paris » et sa motivation déclarée : l’histoire rupture, au lieu de l’histoire continue, nous empêchent de sentir ce fil conducteur qui a fait à Colbert et à Robespierre suivre un même but, le renforcement du Pouvoir Central et qui fait aussi que la frontière du Rhin ne date pas des « Soldats de l’An II » mais bien des actions de Richelieu à la recherche de son « Pré Carré ».

La concentration sur cent cinquante ans et quelques kilomètres carrés d’évènements qui restent dans nos mémoires d’écoliers ou de citoyens, voire dans la chair et le cœur de certains d’entre nous, fait qu’ils n’ont pas encore quitté les chemins de la passion pour ceux du jugement de l’histoire et fait aussi que nous n’avons qu’un point de vue partiel/partial (ainsi j’évite toute « coquille » éventuelle) de notre histoire, donc forcément erroné.

C’est à nous avec notre jugement, notre expérience, nos connaissances d’y apporter les compléments que nous souhaitons.

Et puis, après tout « La traversée de Paris » n’a jamais prétendu être « Le Tour de la France’ par deux Enfants ».

 

 

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