Thèmes : Sciences, Société.
Conférence du mardi 21 janvier 1986.
Par Monsieur VELASCO, ingénieur au Centre National d’Etudes Spatiales de Toulouse, responsable du G.E.P.A.N. (groupe d’études des phénomènes aérospatiaux non identifiés).
Que savons-nous des possibilités d’une vie extra-terrestre ?
En 1947, un pilote d’aviation civile a mentionné, au cours d’un de ses vols, l’observation de 9 disques lumineux dans le ciel. C’est ainsi que le phénomène O.V.N.I., « soucoupe volante », est apparu à l’époque aux yeux du public américain et des autorités gouvernementales.
L’U.S. Air Force a considéré qu’il fallait étudier ces manifestations qui échappaient à son contrôle malgré les radars, etc.
I. – LES PHÉNOMÈNES AÉROSPATIAUX NON-IDENTIFIES.
On désigne sous le terme de « Phénomènes Aérospatiaux Non-identifiés » (ou P.A.N.) les phénomènes fugitifs, généralement lumineux, qui se situent dans l’atmosphère ou sur le sol et dont la nature n’est pas connue ou reconnue par les personnes qui les observent.
NB : les défenseurs de cette idée utilisent plus volontiers le terme d’O.V.N.I. (Objet Volant Non-Identifié) et se désignent eux-mêmes comme des ufologues (de UFO : Unidentified flying object).
Ce caractère de « non-identifié » peut dépendre, bien sûr, des observateurs et des circonstances de l’observation.
De plus, un P.A.N. peut être éventuellement identifié après une enquête rigoureuse et perdre ainsi son caractère de non-identifié.
De nombreuses personnes déclarent avoir observé des P.A.N. et une publicité bruyante a été faite autour de certaines d’entre elles, en proposant l’idée que les P.A.N. seraient la manifestation d’intelligences extra-terrestres. Cependant, aucun argument décisif n’a pu être apporté à l’appui de cette interprétation ; en revanche elle reste tout aussi difficile à réfuter.
En l’absence d’approche rigoureuse et générale de ce sujet, les démarches les plus passionnelles et subjectives se développaient. C’est dans ce contexte très particulier que le C.N.E.S. décidait, en 1977, d’entreprendre une étude scientifique des phénomènes aérospatiaux non-identifiés en créant le G.E.P.A.N. (« Groupe d’Études des Phénomènes Aérospatiaux Non-identifiés »).
Le G.E.P.A.N. a organisé tout d’abord la collecte des informations en s’adressant aux organismes susceptibles d’en détenir (gendarmerie, centre de contrôles aériens, etc.) et en entreprenant ses propres enquêtes sur les cas les plus intéressants.
Parallèlement, il développait ses méthodes de traitement, soit sur les cas particuliers, suite à ses enquêtes, soit globalement à l’aide de méthodes statistiques. Les résultats ainsi obtenus devaient permettre alors de définir clairement des axes de recherche qu’il s’agissait ensuite de développer. Dans le même temps, le G.E.P.A.N. organisait un système de publications afin que les résultats de ses travaux soient accessibles à toutes les personnes qui souhaiteraient en prendre connaissance.
Depuis que les brigades de gendarmerie recueillent systématiquement les témoignages, il s’est constitué un corpus d’informations de première main qui, par leur forme, leur structure, présentent une certaine homogénéité et dont l’origine peut être vérifiée et contrôlée sans ambigüité. Dans ce corpus, une analyse approfondie met en évidence une proportion réduite de supercheries et falsifications. Ceci est parfaitement compréhensible en raison du statut des enquêteurs (gendarmes), du sérieux des enquêtes menées et de l’idée que peuvent s’en faire les candidats aux « canulars ».
Ces analyses détaillées permettent de déceler de nombreuses confusions possibles, probables ou certaines.
Reste cependant une proportion non négligeable (de l ‘ordre de 20%) de cas d’observations qui ne peuvent être raisonnablement classées dans l’une de ces catégories.
Certains d’entre eux suggèrent alors des approfondissements théoriques ou expérimentaux dans des domaines particuliers (météorologie, électromagnétisme, psychologie, …).
Quelques études ont été menées sur les témoins, leur statut social, leur compétence, leur capacité à observer. Il en ressort que ni le sexe, ni l’âge, ni la catégorie socio-professionnelle ne permettent de dégager formellement une loi particulière caractérisant les témoins déclarés. Plus précisément, toutes les classes de la société sont représentées et les écarts par rapport à la distribution normale peuvent se justifier par les conditions d’observations (un paysan est plus souvent à l’extérieur qu’un employé de bureau).
II. – ÉLÉMENTS D’UNE MÉTHODOLOGIE DE RECHERCHE.
L’étude de l’environnement physique est indispensable pour chaque cas d’observation et pour toute recherche générale sur le problème.
Mais les trois éléments : témoins, témoignages, environnement physique ne suffisent pas à délimiter le champ d’étude. Un quatrième élément reste à désigner : celui qui intervient dans le fait que le témoignage circule, dans la forme qu’il prend, dans le comportement du témoin vis-à-vis de son témoignage et dans la manière dont celui-ci est reçu. C’est l’ensemble social, culturel, idéologique dans lequel le témoignage vient s’insérer.
Enquêtes :
Dans certains cas, le G.E.P.A.N. entreprend des enquêtes approfondies. En 1978, ces enquêtes ont porté sur les observations anciennes faites plusieurs années auparavant. Les méthodes d’analyses susceptibles d’être mises en œuvre étaient nécessairement réduites. Aucune mesure d’ordre physique n’avait plus d’intérêt et la connaissance précise de l’environnement psychosocial et du contexte psychologique individuel était extrêmement difficile.
A partir de 1979, le G.E.P.A.N. a limité ses enquêtes à des cas récents, en choisissant ceux permettant la mise en œuvre des techniques d’analyse les plus conformes aux choix méthodologiques :
- plusieurs témoins indépendants permettent la cohérence entre les témoignages.
- la possibilité d’effectuer des mesures physiques peut fournir des indications sur d’éventuelles interactions entre le phénomène observé et son environnement.
- un désir manifeste de collaboration de la part des témoins facilite la compréhension du contexte psychologique.
C’est par rapport à de tels critères que se détermine la possibilité d’entreprendre une étude rigoureuse et donc l’intérêt d’une enquête. Si de telles conditions de rigueur ne sont pas réunies, le scientifique ne peut tirer aucune conclusion.
Parmi les enquêtes que le G.E.P.A.N. a ainsi menées, on a pu mettre en évidence un phénomène naturel se présentant dans des conditions originales, ou montrer comment une personne de bonne foi peut se laisser manipuler par des individus peu scrupuleux.
Parfois les phénomènes relatés ne semblent avoir eu d’existence que dans l’imagination des témoins, tout en déclenchant des réactions psychosociales d’assez grande ampleur. Il peut se faire aussi que les discours des témoins soient très cohérents et que rien dans leur personnalité ne permette de les mettre en doute, sans toutefois que les indices physiques recueillis permettent d’en dire plus. Enfin il arrive que les mesures physiques soient suffisamment nettes pour attester de l’existence d’un phénomène très original et fournissent quelques indices pouvant contribuer à une tentative de modélisation.
III. – QUELQUES PHÉNOMÈNES EXPLIQUES.
- Confusion avec des corps astronomiques : Lune, Soleil, Vénus ou autre planète, étoiles, satellites, rentrées de satellites, de météorites, etc.

Il arrive souvent que les astres ne soient pas reconnus comme tels par les personnages qui regardent le ciel la nuit.
Presque tous les satellites artificiels retombent sur terre en s’enflammant par frottement dans les couches atmosphériques.
Il est relativement facile de distinguer les rentrées de satellites, de météorites. En effet, les météorites sont en général beaucoup plus rapides, de durée d’observation très brève, et l’orientation de la trajectoire est quelconque. Certains de météorites apparaissent régulièrement (au mois d’août par exemple). Certains satellites artificiels (les plus bas) peuvent aussi être observés à l’œil nu lorsqu’ils sont en orbite. Ils réfléchissent simplement la lumière du soleil. L’observation s’interrompt lorsqu’ils rentrent dans l’ombre de la terre.
- Mésestimation de la distance : lorsque l’observateur est en déplacement (en voiture par exemple) la Lune ou Vénus, basse sur l’horizon, peut donner l’illusion de « suivre » la personne en question et de régler sa vitesse sur la sienne « accélérant, ralentissant et s’arrêtant en même temps qu’elle ».
Des sentiments de panique peuvent s’ensuivre, qui ne font qu’aggraver la confusion.
- Confusion avec des phénomènes atmosphériques naturels : nuages lenticulaires, réflexion sur des nuages, trainées d’avion, gros grêlons.
- Divers matériels groupés sous le nom « d’artefacts » : ballons-sondes, avions, hélicoptères en approche la nuit (des hélicoptères « sous le vent » peuvent ne pas être entendus la nuit et former ballet lumineux très étrange), fusées (météo, missiles, …), cerf-volant, engin téléguidé, pétard, montgolfière, dirigeable publicitaire, incendie, phares …
- Associations : planète et avion, soleil et fusée …
On remarque que parmi cette liste très éclectique certains phénomènes sont rares et peuvent surprendre un observateur non-averti (effet couronne sur une ligne électrique) mais que d’autres beaucoup plus banals (lune, soleil, avion, …) ont dû être observés dans des conditions particulières (lune à l’horizon en partie cachée par des nuages …).
- Supercheries : de nombreux canulars ont été montés à partir de ce thème ; n’offrent-ils pas un moyen extraordinaire de se construire une personnalité flatteuse, voire lucrative vis-à-vis d’autrui ? Des sectes se sont même formées sur de telles bases, aux États-Unis comme en Europe (les « space brothers » aux U.S.A., le « mouvement Raëlien » en France, le « centre d’études de la fraternité cosmique » en Italie, etc.).
Souvent des personnages prétendent avoir observé des phénomènes étranges et ont pris des photographies. En aucun cas, le cliché photographique ne peut être considéré comme la preuve de la présence d’un phénomène non identifié. C’est un élément parmi d’autres.
La photo ci-dessous est un exemple de montage.
Les analyses des photos présumées de P.A.N. mènent souvent au prix de travaux complexes et coûteux, à des explications définitives impliquant divers effets parasites (reflets dans l’optique, dégradation de la pellicule, …) ou des supercheries.
Que nous réserve le futur au sujet des O.V.N.I. ? Des méthodes ont été proposées par différents spécialistes aux U.S.A. pour augmenter les données « solides » disponibles. Si une des techniques peut fournir les données nécessaires pour prouver ou infirmer l’hypothèse extra-terrestre, elle doit être exploitée et approfondie de toute évidence, cependant l’expérience montre que tout ce qui est « démontré » par l’un des camps est presque immédiatement mis en doute voire réfuté par l’autre.

ANNEXE 1

ANNEXE 2
VUE SCHÉMATIQUE POUR UNE APPROCHE DES « O.V.N.I.S. »


ANNEXE III
de l’effroi de Pascal au rêve de Beethoven
« Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie »
Paroles sur l’Hymne à la Joie (IXe symphonie)
« Peuples des Cités lointaines
Qui rayonnent dans le soir
Sentez-vous vos âmes pleines
D’un ardent et noble espoir ?
Luttez-vous pour la justice ?
Êtes-vous déjà vainqueurs ?
Ah ! qu’un hymne retentisse
A vos cœurs joignant nos cœurs ! »
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