Joli sourire, belles dents

Thèmes : médecine.
Conférence du mardi 5 mars 1991 par Jean-Claude Netter.

 

Mardi 5 mars 1991, Jean-Claude Netter, Professeur au Collège de Médecine des Hôpitaux de Paris, spécialiste en stomatologie et en chirurgie maxillo-faciale nous a présenté une conférence intitulée « Joli sourire, belles dents ».

 

LE SOURIRE

Le sourire est un acte très élaboré.

Sourire = « sous-rire », ce qui ne veut pas dire qu’il est inférieur au rire. Il est différent.

Le sourire correspond à la contraction de muscles du visage, Insérés sous la peau avec parfois un relais osseux, 37 muscles différents participent au sourire. « Il vaut mieux sourire que faire la tête, car lorsque l’on fait la tête, 9 muscles seulement se contractent ».

Le sourire est caractérisé par l’étirement des commissures labiales. Il s’accompagne de rides au niveau de la face et d’un plissement des paupières.

Le sourire est un mode de communication non verbal qui peut exprimer une joie intérieure sans qu’il y ait obligatoirement communication ou échange. On manifeste sa sympathie. On est prêt à accueillir l’autre et à engager le dialogue.

Par opposition, le rire est un mode de communication mais qui s’accompagne de bruits vocaliques. Le rire est bruyant. Le sourire est silencieux.

L’Éthologie (étude de l’espèce animale) nous montre que le chimpanzé est capable de rire. Le rire n’est pas le propre de l’homme.

L’Ontogénèse (étude du développement de l’individu humain) montre que le sourire apparaît avant le rire, de la troisième à la sixième semaine de la vie. Le rire apparaît, lui, le troisième ou quatrième mois.

Rire et sourire traduisent le développement psychomoteur de l’enfant. L’enfant mal nourri ou malade ne sourit pas, ne rit pas. Il est donc important de savoir observer l’apparition du sourire et du rire.

Dans l’expression du rire, s’associent des muscles et le chevalet ostéodentaire sous-jacent à eux. Ce chevalet est composé de l’os maxillaire, de l’os alvéolaire et des dents.

 

LES DENTS

Les dents découvertes par le sourire ne représentent qu’une partie de la denture. Pour les spécialistes, les « dents du sourire » sont les incisives, les canines et parfois, les premières prémolaires.

Les dents sont formées par une couronne et des racines.

 

Les artères montent vers la pulpe. Les veines descendent vers le courant veineux.

Les nerfs assurent la sensibilité dentaire.

L’émail est formé à l’origine par l’épithélium muqueux au même titre que les ongles ou les cheveux.

La dent est un organe d’origine épithéliale et conjonctive. Elle contient en son centre les nerfs, également d’origine épithéliale. Autour de la dent se trouvent la gencive et l’appareil ligamentaire qui la relie à l’os alvéolaire. L’ensemble des tissus de soutien qui relie la dent au maxillaire se nomme le parodonte. La dent fait partie d’une articulation.

 

Les lésions :

1) déformation de la denture :

Les sujets dont les dents se chevauchent, avancent ou ménagent entre elles un espace vertical (béance), sont traités en général dans l’enfance pour une dysmorphose dentomaxillaire par l’orthodontiste.

2) troubles de la coloration des dents :

Ils peuvent être congénitaux ou acquis. On a découvert que la tétracycline utilisée durant l’enfance se fixe sur l’ivoire et l’émail des dents provoquant leur jaunissement. Son usage a donc été supprimé chez les femmes enceintes et chez les jeunes enfants.

3) fractures :

Elles provoquent une perte d’une partie de la dent ou un trouble de la coloration dû à la suppression de sa vascularisation.

4) les caries :

Elles se caractérisent par une perte de substance de l’émail puis de la dentine jusqu’à la pulpe. La dent infectée provoque des complications locales, régionales ou encore à distance. La dent n’est pas comparable à un clou planté dans une planche. C’est en effet un organe vivant qui une fois altéré, réalise une véritable cheminée conduisant les bactéries – par l’intermédiaire des vaisseaux qui irriguent la dent – à plus ou moins grande distance. Cela peut entraîner des complications qui peuvent être redoutables.

carie de l’émail carie de l’ivoire carie de la pulpe

 

5) parodontose :

Les bactéries peuvent provoquer une inflammation puis une infection des tissus de soutien de la dent, entraîner une usure de l’os et du ligament, provoquer des poches autour de la dent qui seront des gîtes microbiens idéaux. On aboutira alors à la disparition totale des tissus de soutien de la dent, puis à sa chute.

 

Prévention et traitement :

Le traitement est essentiellement préventif.

Les déformations sont souvent dues à des déséquilibres musculaires dans l’articulation des sons et dans la déglutition.

L’infection est essentiellement due à la plaque dentaire.

Dans la bouche se trouvent de nombreuses bactéries. La cavité buccale à 37° renferme des résidus alimentaires. Ce sont deux facteurs très favorables au développement de bactéries.

Nous consommons trois types d’aliments :

  • graisses,
  • protides,
  • sucres.

Le sucre, et particulièrement le saccharose, est le plus dangereux. Les polysaccharides sont transformés par les bactéries en monosaccharides qui adhèrent aux dents. Conserver du sucre sur les dents est donc mauvais, particulièrement chez l’enfant.

Il faut développer le brossage après chaque repas. Ce brossage doit être effectué avec une brosse à dents changée tous les mois. Après un mois d’utilisation, la brosse n’est plus efficace. Elle devient le réceptacle des débris alimentaires. Des bactéries vont alors s’y développer. Ainsi, elle infectera les dents, au lieu de les désinfecter. Il est également bon d’utiliser les douches gingivales pulsées.

On peut aussi procéder à des massages de la gencive à l’aide de brosses à dents spéciales, faites de deux rangées de poils. C’est utile pour éviter les parodontoses.

Enfin, l’utilisation de dentifrice au fluor est recommandée. Le fluor pénètre dans l’émail, transforme les sels de calcium qui forment les organes dentaires en un fluorophosphate de calcium plus résistant à la carie.

On peut aussi utiliser les gels ou faire appel au praticien qui par l’électrophorèse pourra fixer du fluor sur les dents.

Le détartrage doit être pratiqué deux à quatre fois par an. La salive contient des sels de calcium (phosphate et carbonate de calcium) qui se déposent sur les dents et participent à la formation du tartre.

Mais, chacun d’entre nous n’est pas égal devant l’avenir de ses dents. En dehors des causes opportunistes, des facteurs génétiques interviennent. Certains sujets seront résistants à la carie et aux parodontoses, d’autres seront atteints d’affections génétiques qui aboutiront à la perte spontanée des dents.

 

Les thérapeutiques :

Elles sont anciennes. La restauration dentaire était déjà connue des Égyptiens. On a retrouvé des momies porteuses de dents artificielles faites avec de l’os ou de l’ivoire et maintenues aux dents restantes avec du fil d’or.

Les Grecs et les Romains utilisaient des mélanges métalliques contenant du plomb pour obstruer les caries dentaires.

Actuellement on n’utilise plus de plomb, mais un amalgame d’argent, de zinc et d’étain et quelquefois d’un peu de cuivre.

Les techniques classiques de la restauration des pertes dentaires, peuvent être assurées par deux types de procédés :

  • prothèses mobiles, partielles voire totales,
  • bridges qui peuvent être collés ou fixés sur les dents voisines.

Monsieur NETTER, à ce stade de la conférence, montre des diapositives.

 

*

***

 

Les techniques modernes :

– Dents altérées :

– blanchiment des dents chez un dentiste par un produit spécial (eau oxygénée à 30 ou 40 volumes) (pas utilisable dans tous les cas).

– une fracture dentaire peut être soignée par une couronne-jaquette, qui implique la dévitalisation de la dent. Pour éviter la dévitalisation, on peut utiliser des composites collés.

Les composites sont des matériaux d’obturation modernes, fait de microbilles de quartz et d’un liant formé par une résine.

C’est une retombée des industries de l’espace. Les Américains, lors de la construction de la navette spatiale, ont eu besoin d’un matériau suffisamment léger, résistant aux frottements mécaniques et à la chaleur pour éviter tout échauffement et toute destruction de la navette dans les couches denses de l’atmosphère. Ils ont donc fabriqué ce composite dur, pigmentable, aussi résistant que l’acier le plus dur.

On est obligé de tailler dans la dent pour mettre un amalgame classique. On perd de la substance dentaire. Dans le cas du collage, on avive la surface fracturée en appliquant un acide qui ouvre les canalicules dentinaires. La colle pénètre dans ces canalicules. Le composite s’agrippe sur la colle.

Dans le cas d’une perte de substance, le procédé classique est celui de la couronne-jaquette. On va plutôt utiliser des facettes collées, non plus des composites photopolymérisables, mais des facettes en composite ou en céramique, fabriquées industriellement ou spécialement dans un laboratoire à partir d’une empreinte.

On peut aussi utiliser des facettes collées après avoir comblé les pertes de substance de la couronne naturelle de la dent par des composites.

Lorsque des lésions associent des caries à des fractures, qui auraient justifié la confection de couronnes, on utilise maintenant des facettes en composite ou céramique collées.

 

– Dents manquantes :

Les techniques sont dominées par les implants. Il y a deux ans, s’est tenu à Paris le congrès mondial des biomatériaux et des implants dentaires.

Ces implants s’inscrivent dans les progrès généraux de la chirurgie et de la médecine. Ils accompagnent les techniques de greffe hétérogène.

La greffe hétérogène est le fait de placer dans l’organisme une substance, un organe artificiel n’ayant rien à voir avec le tissu vivant. (homogreffe = venant d’un être humain, hétérogreffe = produit artificiel).

Les implants font partie des hétérogreffes.

Ils sont constitués de 2 substances séparées ou associées :

  • les céramiques,
  • le titane (moins fragile).

Ils sont biocompatibles et sont tolérés par l’os.

Le tissu épithélial va se développer autour d’eux comme s’il s’agissait d’un tissu vivant, ce qui évite l’infection.

Il existe des implants en « lame », « disque », « O.N.B » (Sylvain Ouakil, Jean-Claude Netter et Gilles Boukhris).

Les implants intra-osseux ont des formes géométriques simples.

L’implant O.N.B. est formé d’une partie en forme de plaque horizontale en téflon et d’une partie amovible qui se visse dans la première qui sert d’ancrage à la prothèse.

 

Monsieur NETTER nous montre de nombreuses diapositives où les résultats des implants sont « impressionnants ».

 

Tous ces implants représentent l’avenir mais ne sont pas réalisables dans tous les cas. Il faut une bonne santé, une densité osseuse suffisante et une hauteur d’os utilisable suffisante. Il faut donc faire une étude locale et générale du patient très précise.

Rire à belles dents, sourire à belles dents, est essentiel. Trop de personnes sont inspirées par la hargne, la grogne. Il serait bon de réapprendre à sourire car c’est agréable et bon pour la santé. Lorsqu’on rit on fabrique des endorphines. Sourire, c ‘est se faire plaisir à travers cette hormone. C’est créer la bonne santé. Alors qu’être grincheux, c’est fabriquer des catécholamines, du stress, et c’est mourir plus tôt.

 

 

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