Thèmes : sciences, médecine, société, psychologie.
Conférence du mardi 28 janvier 1997 par Martine Boulart.
Compte-rendu par Claude Darras.
OUTIL DE COMPREHENSION DE L’AUTRE
Pour les membres du C.D.I. absents lors de sa première conférence, Madame Martine Boulart rappelle brièvement ce qu’est la morphopsychologie. C’est une science humaine, clinique, basée sur l’étude du visage à partir de lois issues de la biologie.
Ce n’est pas une discipline qui a pour but de « sélectionner » les individus, mais de les identifier, afin de mieux les connaître pour mieux les comprendre. Comme d’autres sciences biologiques, elle n’est pas « exacte », ni déterministe : l’homme dispose d’un héritage génétique qui lui procure un tempérament de base mais il conserve toujours un libre-arbitre qui le laisse responsable de son comportement.
Sous sa forme actuelle, la morphopsychologie a été élaborée par le docteur Louis Corman, mais elle a une longue histoire puisqu’on en retrouve les origines voilà plus de 5 000 ans, au temps des Chaldéens. Ceux-ci basaient la mythologie sur leurs solides connaissances en astronomie : les planètes étaient l’habitat des Dieux et leur déplacement dans le ciel, plus ou moins rapide, régissaient les rythmes biologiques et psychologiques des humains.
Mercure, astre le plus rapide, correspond à des visages fins et secs, à des activités mobiles mais aussi à une certaine faiblesse de sentiments. C’est un type actuellement qui tend à prédominer.
La Terre, qui induit un comportement stable, un sens concret, caractérise des visages carrés, solides, brachycéphales, type qui tend à disparaître dans nos pays occidentaux.
Mars prédispose les individus à l’activité mais particulièrement sous la forme de défi, leur profil est typiquement masculin et les sportifs, les meneurs, sont marqués par cette planète.
Vénus, symbole de l’éternel féminin, évoque une morphologie douce, un sens de l’esthétique et une propension à l’altruisme.
La Lune est l’astre des rêveurs, des poètes. Chez eux, l’âme anime le corps et plutôt que de chercher à dominer le monde, ils tentent de s’en imprégner.
Jupiter, astre le plus brillant, siège du roi des Dieux, détermine des caractères actifs, sociables et communicatifs, amoureux de l’espace.
Enfin, Saturne, planète lente, symbolise des visages caractérisés par la « contraction » et l’on retrouve sous ce signe des savants, des religieux, des hommes de culture à l’esprit analytique et logique.
A chacun de ces types correspond des qualités qui leur sont propres mais aussi des défauts. Les sept péchés capitaux y sont représentés : l’orgueil (Soleil), la paresse (Lune), la luxure (Vénus), la colère (Mars), l’avarice (Saturne), …
Plus tard, en Grèce, 500 ans environ avant J.-C., sous l’influence de Pythagore et d’Hippocrate, on estimait que le monde était régi par quatre principes – le froid et le chaud, le sec et l’humide – matérialisés par quatre éléments : la terre et le feu, l’air et l’eau. A ceux-ci correspondait une typologie dominée par les quatre humeurs : nerveuse, bilieuse, sanguine et lymphatique. Ces correspondances ne séparaient pas l’homme de son environnement naturel.
Vers la même époque, Aristote proposait une « psysiognomie » basée sur le modèle animal qui fut reprise par La Fontaine et Charles Lebrun. Ces typologies furent condamnées comme hérétiques par le pape Sixte V, au même titre que le protestantisme. Il faut attendre la fin du XIXème siècle pour que la morphopsychologie fasse l’objet de travaux sérieux. Louis Corman (1901-1995) lui donna les références scientifiques qui lui manquaient jusqu’à présent. Rejetant le dualisme de Descartes, il considérait que le corps et l’esprit sont les deux faces d’une même réalité, l’un interférant sur l’autre. Le subconscient peut donc se refléter sur le visage. Ses observations dans le service de psychiatrie enfantine, à Nantes, l’a amené à définir un certain nombre de lois et de relations.
Principales observations :
– Le cadre du visage qui dépend du bâti osseux. Ainsi une tête large exprime la puissance et la résistance physique.
– Le modelé qui dépend de la peau et principalement de l’hypoderme. Il reflète les phénomènes d’adaptation au milieu. Rond : sujet réceptif dépendant du monde extérieur, plat et creux : froideur et stoïcisme, tonique : réactivité et rapidité, atone : lent, contemplatif.
– Les récepteurs sensoriels qui déterminent les capacités d’échange avec l’environnement.
– Les trois étages du visage. La dominance de l’étage inférieur ou digestif indique la réceptivité des pulsions primaires et le sens du « concret ». L’étage médian ou respiratoire est celui des émotions, de la recherche des relations affectives et humanitaires. Un fort étage supérieur ou cérébral exprime l’efficacité du système nerveux central et une compréhension rationnelle du monde.
- Les deux hémifaces, projections croisées des deux hémisphères cérébraux. Le demi-cerveau droit est le siège du « rationnel », le gauche de « l’intuitif ».
- Le profil souligne la position des récepteurs sensoriels rentrés ou projetés ainsi que le saillant du menton et du nez plus ou moins toniques exprimant le passage progressif de l’instinct à la pensée.
- Les types d’expansion : passifs, actifs ou contrôlés.
- Les lois biologiques et dynamiques : dilatation-rétraction et tonicité-atonie, selon les principes que Martine Boulart avait expliqués l’année dernière. Elles concordent avec les tempéraments d’Hippocrate : dilaté-atone = lymphatique, dilaté-tonique = sanguin, rétracté-atone = nerveux et rétracté-tonique = bilieux.
– Les motivations selon Maslow. Elles sont au nombre de quatre : les besoins de sécurité (dominant chez le dilaté-atone), d’appartenance à un groupe et d’être un héros (dilaté-tonique), de réalisation personnelle (rétracté-tonique), enfin, celui de reconnaissance et d’originalité (rétracté-atone).
Toutes ces lois, qui s’inspirent de la génétique et des évolutions en fonction de l’environnement et du vécu de chacun, permettent non seulement de situer l’individu dans une typologie rigoureuse, mais aussi de déterminer le milieu favorable à tel sujet et, éventuellement, les corrections que l’on peut proposer à un comportement prévisible.
Martine Boulart nous propose ensuite deux analyses de visages célèbres.
Simone Veil
On observe un cadre large et charnu, des grands récepteurs sensoriels qui laissent prévoir une bonne adaptation au monde social et une recherche du contact humain. Cependant, le léger recul de ces récepteurs, signe de rétraction, indique un certain recul qui modère les pulsions vitales. C’est pourquoi cette passionnée extravertie sait conserver une bonne maîtrise de soi. L’étage dominant est le médian montrant l’importance de sa vie affective et de ses sentiments. L’étage sous-dominant est l’inférieur, malgré une bouche assez large, ce qui suppose peu de sensibilité à la fatigue et une résistance physique et morale supérieure à la moyenne. La rétraction de l’étage supérieur caractérise le sujet sous tension, à la réflexion aiguë avec une propension pour des propos plus critiques qu’inventifs. Sa recherche du parfait self-control, inhibant ses impulsions parfois vives, peuvent l’amener à se manifester à l’inverse de ce qu’elle est en réalité, mais ne l’empêche pas, éventuellement, de céder à la colère.
Valéry Giscard d’Estaing
Type totalement différent du précédent. Le visage est étroit, la peau fine, les récepteurs sensoriels sont petits et rétractés. Toutes ces caractéristiques sont le signe d’une expression vitale très canalisée et d’un manque de spontanéité. Manifestement il n’est pas à l’aise avec tout le monde, est mal à l’aise dans la foule et préfère sélectionner ses interlocuteurs. L’étage dominant est cérébral : son domaine de prédilection est celui de la pensée, il aborde les problèmes, de préférence abstraits, avec une approche intelligente et rationnelle sans faire appel à ses sentiments. L’étage médian affectif est rétracté, signe d’une sensibilité introvertie, ce qui explique son comportement plutôt froid, son amour de la solitude. La mâchoire assez haute et le menton tonique le prédispose davantage pour les actions à court terme, d’autant que sa résistance physique est médiocre. Son sens de la logique et son esprit d’analyse aurait dû l’orienter davantage vers le monde de la science que dans celui de la politique.
A la fin de son exposé, fort apprécié, Martine Boulart répond aux nombreuses questions posées par les membres du C.D.I.
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