Thèmes : histoire, littérature, visite.
Visite du vendredi 30 mai 1986.

A l’occasion du Prix Maurice Genevoix, Ville de Garches, le vendredi 30 mai 1986, 120 membres du C.D.I. ont passé une journée au pays de Maurice Genevoix.
Partis tôt le matin, ils sont arrivés vers 10 heures 30 au Château de Sully/Loire.
I. – CHÂTEAU DE SULLY/LOIRE.
Le château a été construit dans le lit même de la Loire. Des fondations pourraient remonter à l’époque romaine ; il s’agissait alors d’une forteresse en terre et en bois. Le rôle de ce « lieu fort » était de contrôler de nombreuses voies de communication commerciales, la Loire entre autres et le passage vers la « Belgique », province romaine au Nord de la Loire.
Pour cette raison, le château est situé à proximité d’un pont qui sera détruit en 1363 et reconstruit seulement en 1836.
Le château de Sully resta pendant longtemps une importante place forte que trois familles seulement possédèrent en dix siècles ! Les « barons de Sully », les « la Trémoille » et les « Béthune » dont le plus célèbre fut Maximilien de Béthune, duc de Sully (le Sully d’Henri IV).
En 1962, Mahaut de Béthune-Sully vendit le château au Conseil Général du Loiret qui depuis, a effectué des réparations.
La visite a débuté par l’ancien donjon avec, au rez-de-chaussée la salle des gardes. Elle présente un beau plafond à la française en bois des Vosges. Chaque grosse poutre est taillée dans la masse et pèse plusieurs tonnes.
Cette salle sert de cadre à des concerts et des expositions.
On accède ensuite à l’étage supérieur par un escalier d’or, à degrés très inégaux.
La salle d’Honneur est ainsi appelée car c’est là que Voltaire a donné certaines de ses pièces entre 1716 et 1719. On remarque le très beau plafond à la française dont l’une des poutres a gardé son décor du XVIIIe siècle.

Une belle cheminée gothique est à la dimension de la salle. Aux murs sont accrochés des tableaux de la famille des Béthune.
L’ancienne salle de la Herse (au XVe siècle) a été transformée au XVIIe siècle. Elle jouxte immédiatement la salle d’honneur. Elle est solidement gardée par une porte de fer que Maximilien de Béthune, duc de Sully, avait fait placer pour entreposer sa fortune.
Il reste 40 marches à gravir pour accéder à la charpente de la fin du XIVe siècle. C’est l’une des plus importantes des châteaux de la Loire.

La charpente des combles, tout en châtaignier. Les gens d’armes vivaient dans cette salle,
et, rapidement, accédaient au chemin de ronde pour la défense du château.
Viollet-le-Duc la considérait comme l’un des vestiges « les plus anciens et les plus complets de l’art de la charpenterie au Moyen-Age ».
La présence de la cheminée et l’accès au chemin de ronde donnent à penser qu’il s’agissait à l’origine d’une salle des gardes.
Le chemin de ronde longe la salle des gardes au Nord. En grande partie remis en état après les bombardements de la dernière guerre, ce chemin de ronde permet d’apercevoir par les mâchicoulis, les douves. La vue s’étend sur la Loire et sa plage. Il faut reprendre l’escalier en colimaçon pour accéder à la cuisine. Elle a été restaurée ainsi que la cheminée gothique. Le plafond a été refait. Seuls le dallage et l’écoulement vers les douves ont subsisté.

Le chemin de ronde : à droite, créneaux et meurtrières ; au sol, les mâchicoulis
Après cette visite assez rapide nous quittons le château pour aller déjeuner à Saint-Denis-de-l’Hôtel où Madame Genevoix, Monsieur Bardot, maire de la ville ainsi que Monsieur et Madame Bodin nous attendent.
Après un apéritif offert par Monsieur Bardot, nous gagnons la salle des fêtes décorée de splendides bouquets de fleurs, où nous est servi un bon déjeuner dans une ambiance amicale.
Après le repas, les uns se dirigent vers la foire-exposition locale, tandis que les autres visitent le Musée Maurice Genevoix où sont exposés de nombreux souvenirs de l’écrivain.
Madame Genevoix eut la très grande gentillesse de nous accueillir dans son jardin des Vernelles.

C’est avec beaucoup d’émotion que nous avons quitté ces lieux pour regagner Garches.
Sur le chemin du retour, nous avons écouté une cassette enregistrée en 1980 par Monsieur Godfroy et reprenant intégralement les deux longues interviews que Monsieur Genevoix avait accordées en 1977 à TF1 et où il faisait une revue, un bilan de l’ensemble de sa vie. Après cette journée passée en compagnie de Madame Genevoix, chacun a pu ainsi mieux comprendre qui était Maurice Genevoix.
Maison Maurice Genevoix – Salle d’exposition permanente
- L’écrivain : l’œuvre, les thèmes dominants, le travail de l’écrivain, sa fidélité à lui-même.
- L’enfance : son enfance et sa jeunesse, son attachement à cette période de la vie à travers ses œuvres, ses rencontres, ses amours.
- Les Vernelles.
- Le Val de Loire et la Sologne dans sa vie et son œuvre.
- Les voyages : le Canada, l’Afrique, la Scandinavie.
- Un univers enchanté : Genevoix et la poésie, ses romans-poèmes.
- La guerre : l’épreuve de la mort. Ceux de 14.
- L’académicien français.
ANNEXE I
Maurice GENEVOIX : Biographie (1890-1980)
Né à Décize, dans une île de la Loire, Maurice Genevoix passe son enfance à Châteauneuf-sur-Loire, dont il fréquente l’école communale à partir de 1896. C’est cette partie de sa vie qu’il évoquera dans les récits consacrés au pays de Loire. Lorsqu’il entre en 1902 au Lycée d’Orléans, puis en 1909 au Lycée Lakanal de Sceaux pour préparer le concours d’entrée à l’École Normale Supérieure, c’est à son avenir universitaire qu’il songe surtout. Reçu premier Rue d’Ulm, en 1912, il voit s’ouvrir devant lui les perspectives d’une classique carrière d’enseignant ou de haut fonctionnaire.
Ses goûts littéraires s’affirment parallèlement et le diplôme d’études supérieures qu’il obtient avec un mémoire sur « le Réalisme des romans de Maupassant » indique déjà nettement ses options personnelles.
La guerre va écarter Genevoix du chemin tout tracé de l’Université. Mobilisé en 1914, il participe l’année suivante, comme Lieutenant, puis Commandant de Compagnie aux Combats des Hauts-de-Meuse et des Eparges. Le 25 Avril 1915, grièvement blessé, il est réformé.
Se retirant alors à Châteauneuf, il commence à rédiger son premier livre « Sous Verdun » inspiré par son expérience du front, qui parait en 1916.
En 1918, il décide de renoncer à sa carrière universitaire et se consacre tout entier à la littérature.
Elu à l’Académie Française en 1946, il en sera le Secrétaire perpétuel de 1958 à 1973 et, à ce titre, jouera un rôle important dans le lancement du mouvement de défense de la langue française dans le monde.
Maurice GENEVOIX, extrait de bibliographie
- « Ceux de 14 », 1950.
- « Rémi des Rauches », 1922.
- « La joie », 1923.
- « Raboliot », 1925. Prix Goncourt.
- « Rroû », 1931.
- « Forêt voisine », 1932.
- « Un homme et sa vie », 1974.
- « La dernière harde », 1938.
- « L’hirondelle qui fit le printemps », 1941, réédité en 1983.
- « Au cadran de mon clocher », 1960.
- « « La Loire, Agnès et les garçons », 1962.
- « « Beau-François », 1965.
- « Un jour », 1976.
- « Trente mille jours », 1980.
- « Bestiaire ».
ANNEXE II
AU CŒUR DE LA CRÉATION LITTÉRAIRE ET ARTISTIQUE
Victor Hugo, le 9 janvier 1841 « Choses vues » :
Victor Hugo vit un jeune homme ficelé et cossu dans sa mise, se baisser, ramasser une grosse poignée de neige et la planter dans le dos d’une fille qui stationnait au coin du boulevard.
… Cette fille jeta un cri perçant, tomba sur le fashionable et le battit …
… Les sergents de ville accoururent. Ils empoignèrent la fille et ne touchèrent pas à l’homme.
…
Arrivé près du poste Victor Hugo eut la pensée d’entrer et de prendre parti pour la fille …
Victor Hugo ne vit aucune raison pour ne pas se nommer.
Le commissaire de police se répandit en excuses, devint aussi poli et aussi qu’il avait été arrogant.
Victor Hugo lui raconta ce qu’il avait vu, de ses yeux vu, un monsieur ramasser un paquet de neige et le jeter dans le dos de cette fille …
« Si la liberté de cette femme tient à ma signature, la voici » et Victor Hugo signa.
puis en 1862 dans « Les Misérables » :
Monsieur Bamatabois profitant d’un moment où elle se retournait, s’avança derrière elle à pas de loup et en étouffant son rire, se baissa, prit sur le pavé une poignée de neige et la lui plongea brusquement dans le dos.
La fille poussa un rugissement, se tourna, bondit comme une panthère et se rua sur l’homme.
Un homme de haute taille sortit de la foule, saisit la femme à son corsage .., et lui dit « Suis-moi ».
…
« Inspecteur Javert, répartit Monsieur Madeleine… voici le vrai … Je passais sur la place comme vous emmeniez cette femme, je me suis informé et j’ai tout su, c’est le bourgeois qui a eu tort et qui en bonne police eût dû être arrêté.
« Inspecteur Javert, répliqua Monsieur Madeleine, la première justice c’est la conscience. J’ai entendu cette femme, je sais ce que je fais …
« Mon devoir veut que cette femme fasse six mois de prison. Écoutez bien ceci : elle n’en fera pas un jour ».
Maurice Genevoix, 1977, la conclusion de ses émissions « TF1 ». Le Conteur :
Il faut être très patient… il reculait pas après pas et au lieu de bondir, il a sauté tranquillement.
Le moment est venu où il est resté à ma hauteur et c’est devenu assez vite un jeu, il était habitué à ma présence.
Il y a eu une seconde étape, je suis parvenu à le toucher … il a fini par jouer autour de nous comme si nous étions un pin parmi les pins.
Il a découvert la doublure du manteau de ma petite fille, soyeuse, souple, confortable … Il s ‘est instantanément endormi.
Le Conseil de famille a dit qu’il n’y a qu’une solution, c’est de le rendre à la pinède qui nous l’avait donné.
Je l’ai reconduit seul, il était tard, le soir tombait, je sens encore ses petites pattes griffues.
Cette minute où j’ai eu le sentiment de participer à une immense, à une poignante réalité qui était le monde.
Ma notion du monde a été plus conforme à des réalités qui nous dépassent, mais alors là on touche presque au domaine religieux.
Maurice Genevoix, 1980, la conclusion de sa dernière œuvre « Trente mille jours ». L’écrivain :
Le monde n’était plus que cette petite bête rousse dans l’herbe, son museau levé, son œil brillant qui me fixait. Au lieu de bondir vers les pins, il sautela : de petits bonds espacés, hésitants, dont chacun me laissait le temps de combler sans courir la distance.
J’ai pu … poser ma main sur lui … sentir enfin l’abandon, la confiance de son petit corps roux.
Je l’ai ramené le soir mème, après un conseil de famille, résigné à ce seul dénouement.
Je l’avais mis sur mon épaule et le soutenais de ma main ... Si un cahot me faisait trébucher, il jetait en avant ses deux pattes antérieures, deux bras menus aussitôt cramponnés à mon nez et à ma moustache.
Il a trouvé lui-même la poche intérieure de ma veste, il s’y est lové en rond, aussitôt endormi.
Qu’était devenu l’écureuil … Il m’avait été donné de voir s’entr’ouvrir sous mes yeux, un monde vrai où les symboles et les correspondances sont la seule réalité où la création est Dieu même et Dieu sa propre création.

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