Thèmes : Art, Histoire.
Visites des jeudi 27 et vendredi 28 novembre 1997.
Fiche de visite par Jean-Claude Netter
Sis du 45 au 53 quai de la Tournelle, l’Hôtel de Miramion, que nous visitons aujourd’hui, est remarquable à plus d’un titre.
C’est d’abord un bel ensemble de bâtiments de style classique édifié peut-être par Mansart ou Le Vau dans la première moitié du 17ème siècle. Le nom de Marie de Miramion s’attache à lui et sa personnalité ne peut laisser indifférent.
Fille de Jacques Bonneau, sieur de Rubelles et de Marie d’Ivry, elle naquit le 2 novembre 1629. Sa mère et son père, contrôleur des gabelles et fort riche, moururent très jeunes. La jeune fille fut placée sous la tutelle d’un oncle et se retrouva à la tête d’une fortune considérable s’élevant à 400 000 écus. Elle fut très tôt consciente du rôle qu’elle devait remplir auprès de ses 4 frères et sœurs pour remplacer leur mère et prit de bonne heure des habitudes de piété.
Elle se maria à 15 ans ½ à Jean-Jacques de Beauharnais, seigneur de Miramion et de la Couarde, qui mourut après 7 mois de mariage, lui laissant une fille posthume, Marie-Marguerite. Un peu plus de deux ans après la mort de son mari, il advint à Marie de Miramion une étrange aventure qui fit grand bruit à la cour et à la ville.
Séduit par sa beauté – et sa richesse -, Bussy-Rabutin, le cousin de Madame de Sévigné, la fit enlever par une troupe d’hommes armés, alors qu’elle traversait en carrosse, accompagnée de sa belle-mère, le parc de Saint-Cloud. Enfermée au château de Maunay par son ravisseur, Marie de Miramion fit la grève de la faim, refusant tout espoir à son impétueux soupirant. Il céda devant sa ténacité, la libéra et lui présenta des excuses publiques.
Marie de Miramion put alors mettre à exécution les résolutions prises dès le début de son veuvage : se consacrer entièrement à Dieu, à l’éducation de sa fille et au soulagement des malades et des pauvres. Après plusieurs retraites, elle fit vœu de chasteté le 2 février 1649.
Elle passa désormais sa vie à prendre part à des bonnes œuvres. « C’était une femme d’un grand sens et d’une grande douceur, dit Saint-Simon, qui, de sa tête et de sa bourse, eut part à plusieurs établissements très utiles dans Paris ».
Sollicitée par son confesseur, le curé de Saint-Nicolas du Chardonnet, elle réunit en 1655, la communauté de la Sainte-Famille avec celle des filles de Sainte-Geneviève. Dans le langage populaire, les jeunes protégées devinrent les « miramiones ».
Ces diverses activités l’obligèrent à chercher de vastes locaux : naquit progressivement un hôtel réunissant diverses constructions existantes : hôtel de Christophe Martin, hôtel de Selve restauré en partie grâce à la générosité de Louis XIV, de Madame de Maintenon et de Mademoiselle de Guise, ainsi que de nombreux courtisans. Ainsi purent être créés des dortoirs, des cellules, une lingerie, des parloirs, un réfectoire, etc.
A sa mort, la communauté de ses filles n’avait qu’un seul devoir : « pratiquer la charité envers Dieu et envers son prochain » sans quitter le siècle.
En 1812, la pharmacie centrale des hôpitaux s’installa dans les lieux. Depuis 1934, le musée de l’Assistance Publique y a pris place. Il renferme d’intéressants documents sur les hôpitaux de Paris, une reconstitution de la célèbre salle de garde de l’Hôpital de la Charité dont les peintures ont été remontées, un tour d’abandon pour les enfants assistés, des collections diverses : pots de pharmacie, instruments de chirurgie et de précieux souvenirs de Saint-Vincent de Paul.
Une présentation didactique qui s’inscrit dans une atmosphère évoquant un intérieur confortable du XVIIème siècle.
Bonne visite à tous.
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Compte-rendu de la visite par Emile Brichard
Le parcours était ainsi fait que nous allions – sens unique oblige – devoir suivre la Seine sur ses deux rives, ce qui rendra doublement agréable la visite : la rive droite remontée par le Palais du Louvre et la rive gauche descendue par l’Île de la Cité et les bouquinistes des quais. L’Hôtel de Miramion est remarquablement situé au cœur de Paris sous le double patronage de Notre-Dame et de Sainte-Geneviève. Actuellement, il abrite le Musée de l’Assistance Publique, mais ce jour, à ses collections permanentes, il joint une exposition retraçant l’histoire de l’alimentation à l’hôpital du XVème au XXème siècle qui, comme le dit le document de présentation, est « un secteur de l’hôpital à la fois mal aimé et méconnu ».
Ne serait-ce qu’au cours du XXème siècle, le Musée de l’Assistance Publique a eu une histoire tumultueuse depuis « l’invitation du Conseil Municipal de Paris » à l’administration générale de l’Assistance Publique à « rassembler dans des salles spécialement appropriées tous les objets, mobiliers, tableaux, instruments de chirurgie qui se trouvent dans ses différents établissements pour se faire un musée homologué ».
Après divers avatars, il faudra attendre novembre 1981 pour que l’Hôtel de Madame de Miramion offre aux divers objets ci-dessus énumérés, un cadre digne de leur longue histoire.
En ce jour où nous devons visiter le Musée, nous avons droit à un double programme : l’exposition sur l’évolution de l’alimentation en milieu hospitalier et les salles proprement dites du musée historique.
L’exposition nous offre d’abord une information claire et complète sur les règles de la diététique actuelle – et de l’hygiène – à laquelle se soumettent volontiers les cuisines des hôpitaux, agrémentées par la variété de l’alimentation, les exigences de l’hygiène, par l’attrait qu’offre en outre la présentation alléchante des aliments, par les commodités que présentent les conditionnements modernes des aliments. Bref, rien de nouveau que ce que nous connaissons ou souhaitons, mais une rétrospective de l’alimentation au cours des derniers siècles nous confirme, ce dont nous pouvions nous douter, le rôle, dans l’alimentation francilienne, du pain, du vin et de la viande. Laitages et fruits, poissons et eaux ? Absents.
A l’examen un peu plus précis, il apparaît que les quantités allouées étaient confortables dans les trois postes principaux : le pain, 500 à 750 grammes par jour, suivant les époques et les établissements, la viande, 200 à 500 grammes, le vin, de un demi à un litre. Que diraient d’un tel régime nos diététiciens actuels ?
Nous continuerons notre visite par les documents du Musée proprement dit. Avant d’en arriver aux soins réservés aux malades, arrêtons-nous sur les modalités d’accueil, car l’hôpital fut d’abord et longtemps un établissement d’accueil et de secours avant d’être un établissement de soins.
Voyons d’abord l’accueil réservé aux plus faibles, c’est-à-dire aux « enfants trouvés ». Sans remonter à l’œuvre de Saint-Vincent de Paul (débuts du XVIIème siècle), notons le rôle quasiment exclusif de secours et d’accueil qui était celui des hôpitaux et rappelons aussi que le dernier « tour » à la porte de certains hôpitaux de Paris, – « tour » où pouvaient être déposés les nouveau-nés qu’une religieuse recueillait de l’autre côté – ne disparut qu’en 1861.
1861 ! Ce n’est pas loin… et mon propre grand-père n’avait que six ans.
Accueil d’enfants, mais aussi des pauvres et des vagabonds, mais accueil aussi des « incurables » qu’un hôpital spécial hébergeait.
Nous voyons donc que la notion de soins et de guérison ne semblait pas être la préoccupation majeure des hospices de l’époque – des époques qui se sont succédé depuis le XVème siècle.
Si j’ai fait allusion dans la première partie de notre visite à la nourriture essentielle des adultes, il faut maintenant réserver une place à celle des nouveau-nés recueillis par l’Assistance Publique dès la sortie du « tour ».
D’abord l’utilisation des nourrices, c’est-à-dire des nouvelles mamans qui venaient offrir le surplus de leur lait à l’hôpital. Il y avait aussi des nourrices professionnelles qui « profitaient » de chaque naissance pour trouver dans le commerce de leur lait une source de revenus. Les plus chanceuses pouvaient d’ailleurs se proposer directement dans des familles plus aisées ou offrir leurs services à la campagne.
Quant au lait animal qui restait la principale ressource, étant donnée la fragilité du produit qu’on ne savait pas alors conserver, il fallait rapprocher le producteur du consommateur et un sourire nous vient aux lèvres lorsque nous voyons sur un tableau les bébés directement attablés au pis de la vache.
L’accueil des malades adultes se faisait lui sans grande connaissance des règles de contagion et d’hygiène, sans connaissances quand ce n’était pas de l’ignorance complète.
On a en mémoire – mais presque comme un modèle de l’installation des malades – les lits pour quatre personnes dans les somptueux bâtiments des Hospices de Beaune, mais l’Hôtel-Dieu de Paris n’était pas Beaune et la promiscuité régnait partout.
Terminons sur cette notion d’accueil pour évoquer le sort des agités ou des incurables qui devaient parfois rester enchaînés pendant de longues années. Le sort de Théroigne de Méricourt – héroïne ou vedette passagère – au temps de la Révolution française reste le plus évocateur puisqu’après une renommée très passagère à Paris, elle devait rester enchaînée à Bicêtre de longues années.
Nous voyons ensuite la nature et le niveau des soins, ou le plus souvent nous le devinons à travers la représentation ou l’exposition des divers appareils et équipements. Admirons la qualité de l’évolution, des révolutions techniques qui les ont amenés jusqu’à nos jours, mais que ces propos ne nous fassent pas oublier que l’essentiel de l’accueil et des coins fut à ses débuts et pendant de longs siècles, une œuvre de charité où se révéleront, après Vincent de Paul, de nombreuses figures d’une rayonnante activité.
Nous pouvons alors, à la vue des représentations qui en sont faites, avoir une idée de l’infirmerie de la Charité où le graveur est fier de mettre en relief la vue de la perspective qui met en valeur ses dimensions spacieuses et son aération. Nous nous arrêtons devant le portrait de J.D. Cochin qui, à l’occasion d’une épidémie de variole, fera construire – l’Hôtel-Dieu ne pouvant accueillir tous les malades – un nouvel hôpital dans le cadre de sa paroisse, Saint-Jacques.
Puis nous faisons connaissance avec notre hôtesse, Madame de Miramion, fondatrice de l’Hôtel, qui, après une vie conjugale agitée, se consacra aux bonnes œuvres. Le portrait que nous en avons présente une dame aux doux traits dans une attitude pleine d’humilité.
Il faut aussi consacrer quelques instants au plus célèbre des enfants trouvés … qui deviendra le philosophe d’Alembert, auteur, avec Diderot, de la fameuse Encyclopédie. L’enfant fut baptisé Jean-le-Rond parce que trouvé sous le porche de l’Église Saint-Jean-le-Rond puis confié en nourrice à une dame Lemaire demeurant à Crémery dans la Somme pour 5 livres le premier mois, 2 livres et 5 sols le second.
Nous voyons la Salpêtrière près d’une Seine chargée de nombreuses embarcations, Bicêtre et sa grande cour avec la « Vue du haut d’une église d’où l’on découvre Paris dans l’éloignement ». Nous accompagnons l’archer des pauvres conduisant les miséreux à l’hôpital avec sa hallebarde et cette sentence « Va où tu peux et meurs où tu dois ».
Au fil des salles et des tableaux exposés, nous découvrons l’Hôpital Saint-Louis fièrement installé au premier plan, mais soigneusement éloigné des limites de la ville afin d’éviter tout risque de contagion. Un peu plus loin, Ambroise Paré cautérise une plaie au fer rouge après une amputation.
Le fer rouge de Paré nous fait quitter les bâtiments pour les équipements et la trousse du chirurgien Dupuytren nous est présenté. Nous sommes alors au début du XIXème siècle, un siècle s’écoule et nous voici en 1907. Le docteur Chicotot, peintre à ses heures, s’est plu à se représenter traitant une malade atteinte d’un cancer du sein par une séance de rayonnements.
Laissons la « Salle des Folles » à la Salpêtrière par trop atroce, et pourtant nous sommes déjà à la fin du XIXème siècle et assistons au même hôpital à la leçon de Charcot qui attirait le mardi et le vendredi des auditeurs venus du monde entier. Un portrait de Baudelocque retient notre attention sur une nouveauté de la médecine : la médicalisation de la naissance et un tableau nous présente le docteur Roux dans un des premiers essais de « vaccin du croup » qui devait amener à la découverte par Gaston Ramon du vaccin contre la diphtérie.
Là, la recherche médicale et la vie garchoise se rattrapent car Pasteur est déjà installé à Villeneuve-l’Etang dans son Institut.
Et puisque nous sommes revenus « chez nous », ayons un souvenir pour un autre visiteur de nos parcs, datant celui-là d’une vingtaine d’années avant Pasteur. Un projet de médaille représentant l’Empereur Napoléon III en visite à l’Hôtel-Dieu pendant l’épidémie de choléra en 1861. La médaille montrait en allégorie « La maladie chassée par la science » et en action, l’Empereur tenant la main d’un cholérique.
Voyez, Garches se rappelle – où que nous soyons – toujours à nous.
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