L’Ordre de Malte

HISTORIQUE ET DÉVELOPPEMENT
DE L’ORDRE DIT « DE MALTE »

 

Thèmes : histoire, société.
Conférence du mardi 6 novembre 1990 par Evelyne Fourreau.

 

Mardi 6 novembre 1990, Evelyne Fourreau, conférencière diplômée d’État, nous a parlé de l’histoire et du développement de l’Ordre dit de Malte.
Sa conférence était illustrée par de très nombreuses diapositives.

 

L’Ordre de Malte est un ordre souverain qui existe toujours. Son 78ème Grand Maître a été élu il y a deux ans, en 1988 (Fra Andrew Bertie). Cet Ordre souverain a sa résidence à Rome sur le Mont Aventin.

Mais son origine est Jérusalem.

 

 

Dès la fin du IXème siècle, alors que depuis cinq cents ans déjà, des pèlerins se rendaient aux Lieux Saints, des marchands venus d’Amalfi avalent obtenu du calife la concession, dans le quartier latin de Jérusalem, d’un terrain situé à proximité du Saint-Sépulcre. Ils y édifièrent une église et un couvent où des moines « noirs » venus d’Italie prodiguaient des soins aux pèlerins et aux malades, tant chrétiens que musulmans ou juifs.

C’est sans aucun doute à l’installation de cet établissement religieux et hospitalier, placé sous l’invocation de Saint-Jean, que remontent les origines de l’Ordre. Quoiqu’il en soit, lorsque les Croisés entrèrent victorieux dans Jérusalem en 1099, l’Ordre existait déjà sous l’autorité du frère Gérard, que l’on dit originaire de Martigues en Provence et qui fut ultérieurement béatifié.

En 1113, le Pape Pascal Il adressa une bulle élogieuse à son « vénérable fils Gérard », fondateur et directeur de l’hospice de Jérusalem, et à ses successeurs, accordant à cette « véritable maison de Dieu » de précieuses exemptions. La notoriété de la communauté charitable était donc, dès le début du XIIème siècle, nettement établie.

Assez rapidement, l’Hôpital Saint-Jean fut amené à créer dans toute la Terre Sainte, d’autres hospices destinés à accueillir les pèlerins malades, les croisés blessés et même les autochtones nécessitant des soins. L’insécurité était grande alors dans le pays. Les routes d’accès à Jérusalem et les lieux d’accueil étant régulièrement pillés, il apparut que la congrégation devait assurer, par ses propres moyens, la sauvegarde de ses établissements et de leurs protégés.

Frère Gérard étant mort vers 1120, son successeur, Raymond du Puy, gentilhomme dauphinois qui eut le premier la qualification de « Maître de l’Ordre », compléta le caractère jusqu’alors strictement religieux et hospitalier de l’Institution : celle-ci devint également militaire, par l’organisation d’une véritable milice privée.

Depuis cette époque, il y a une conception des soins des chevaliers hospitaliers très en avance sur le temps. On pouvait dans les hôpitaux près du Saint-Sépulcre, soigner près de 1000 malades. L’Ordre put mettre à la disposition des patients des lits individuels, des baignoires et prit des mesures d’hygiène et de prophylaxie que l’on ne connaissait guère en Europe.

On retrouve une règle de 1176 qui exigeait du pain blanc pour les malades et une autre de 1181 qui préconisait la présence auprès des grabataires de quatre médecins susceptibles d’analyser les urines, que les lits soient pourvus de deux draps et d’une couverture et assez larges pour un bon repos, que chaque malade ait une pelisse et des pantoufles pour se lever, qu’il y ait des berceaux pour que les tout jeunes enfants ne reposent pas dans le lit de leur mère malade, et enfin, que la nourriture soit saine et abondante.

Quel que soit le rang des Chevaliers, ils devaient tous faire un séjour en soin et ainsi ne pas être seulement des combattants.

Trois sections sont créées :

  • les Chapelains
  • les Servants (soins aux malades et aux blessés)
  • les Chevaliers.

Pour être Chevalier, il faut obligatoirement être issu de maison noble. Pour un Français, il faut avoir huit quartiers de noblesse, pour un Allemand il en fallut 34. Si le compte n’y était pas, une dispense était demandée au Pape.

Lors de la cérémonie de réception des frères, en manteau noir, la croix blanche à 8 pointes leur était remise.

 

 

Des remparts autour de Jérusalem furent construits, Les Chevaliers de Saint-Jean luttèrent pour la défense du royaume latin de Jérusalem.

L’Ordre, en raison de l’efficacité de sa double action charitable et militaire, obtint, dans le système féodal de l’époque, d’importants privilèges qui furent à l’origine de sa souveraineté. En même temps, il recevait en Europe de nombreuses donations qui lui permirent d’établir tout un réseau de commanderies. Le vieux fut découpé en régions dites « langues » : Provence, Auvergne, France, Italie, Aragon, Navarre, Castille, Leon, Portugal, Angleterre et Allemagne, cette dernière englobant tous les États de l’Europe centrale catholique. L’ensemble de ces langues se subdivisait en vingt-deux grands prieurés et en dix-neuf baillages, le tout comprenant quelques six cents commanderies.

 

Les États croisés d’Orient

 

 

En 1187, le royaume fut envahi par les armées de Saladin et la Ville Sainte fut prise. Mais les hospitaliers purent conserver le Crac jusqu’en 1271 et Margat ne tomba qu’en 1285.

 

Un château-éperon, le Crac des Chevaliers en Syrie

 

***

 

En 1291, lors de la chute de Saint-Jean d’Acre où il s’était replié, l’Ordre dut d’établir à Chypre.

Quand les Chevaliers seront obligés de se retirer à Chypre, ils vont se tourner vers le développement de la marine, pour transporter des soldats, des marchandises, mais surtout pour lutter contre les infidèles sur la Méditerranée.

A partir du 13ème siècle, lorsque l’on veut devenir Chevalier de Malte, il y a dans le « contrat d’entrée » un certain nombre d’années qui doit être donné au service sur les galères : les campagnes.

Près de Limassol, se trouve un château-fort. Dans la partie basse on voit des celliers. A cette époque, l’Europe vient de découvrir le sucre de canne. Les hospitaliers ont une véritable usine à canne.

En dehors des remparts qui subsistent encore, toute trace des hospitaliers est détruite.

 

***

 

En 1306, ils achètent l’île de Rhodes aux Génois et s’y installent en 1309-1310.

Cette île est proche de la Turquie actuelle, près de la Syrie et non loin de la sortie de la mer.

Pendant toute la glorieuse période de Rhodes, pourvu d’une force morale exceptionnelle, l’Ordre fut le rempart de la chrétienté. De cette façon, il lui fut permis d’intercepter les expéditions dirigées vers l’Occident.

Cependant la progression des Ottomans en Europe orientale rendait la position de Rhodes de plus en plus périlleuse.

Dans le port de Mandraqui se trouvaient des moulins. L’extrémité du port était liée à la légende du colosse de Rhodes.

Les dernières fouilles ont permis de déterminer où Il se trouvait. C’était dans le port du commerce. Le Colosse en bronze représentait Hélios, le Dieu Soleil, père de l’île. Cette œuvre fut érigée en 292 av. J.-C., en 12 ans. Elle mesurait 231 m de haut et pesait 225 tonnes.

Le Colosse est resté debout intact seulement pendant 65 ans. Un tremblement de terre le fit s’écrouler en 227 av. J.-C. En 647, les Arabes prirent les morceaux pour les vendre.

Les remparts des fortifications ont un périmètre de 4 km. On peut aujourd’hui encore visiter l’ancienne infirmerie qui pourtant très vaste, fut remplacée par un nouvel édifice et transformée en apothicairerie.

 

***

 

Quatre sièges, soutenus par Jean de Lastic en 1440 et 1444 contre le Soudan d’Égypte, par Pierre d’Aubusson en 1480 contre Mahomet II et par Philippe Villiers de l’Isle-Adam en 1522 contre Soliman le Magnifique, sont restés mémorables.

Les trois premiers furent funestes aux assaillants qui durent se replier, mais le quatrième fut fatal aux Chevaliers de Saint-Jean qui, après une héroïque résistance de six mois, durent évacuer l’île, avec les honneurs de la guerre, le 1er janvier 1523. II ne reste que 180 Chevaliers autour du Grand Maître. 4000 habitants de langue latine quittent également l’île.

Madame Fourreau, avec toutes ces explications historiques, nous fait visiter Rhodes (hospices, forteresses).

Le Grand Maître, Philippe de Villiers de l’Isle-Adam, obtint que l’Ordre puisse s’établir provisoirement à Viterbe en conservant tous ses privilèges et droits souverains.

Après un bref répit à Nice, alors savoyarde, l’Ordre allait retrouver un territoire lui permettant de reprendre sa vocation séculaire.

Le 23 mars 1530, par une charte promulguée à Castelfranco d’Emilie, l’Empereur Charles-Quint lui accordait en fief, en les détachant de la couronne de Sicile, les îles de Malte, de Gozo et de Comino ainsi que Tripoli de Barbarie.

L’inféodalité fut approuvée par une bulle du Pape Clément VII. C’est ainsi que l’Ordre s’installa à Malte où il allait prendre la dénomination sous laquelle il est aujourd’hui connu.

En revanche, le Grand Maître Jean Parisot de la Valette, qui régna de 1557 à 1568, donna son nom à la capitale dont il avait conçu les plans.

L’Île de Malte possède un sol très riche du point de vue agricole. La Valette va prendre la décision d’aménager une ville bien fortifiée. Bientôt, de leur bastion fortifié et aménagé, les Chevaliers allaient pouvoir contrôler les communications entre les côtes orientales de la Méditerranée et de l’Afrique barbaresque.

En 1565, l’Ordre résiste victorieusement pendant de longs mois aux forces ottomanes de Soliman lors du « Grand Siège » de 1565, suscitant l’admiration unanime des souverains européens parmi lesquels l’anglicane Reine Elisabeth d’Angleterre.

La ville de La Valette se développe. Les Chevaliers logent dans des auberges, le Grand Maître dans un palais.

En 1574 est fondée l’infirmerie pour soigner des malades, sans distinction de religion et de nation, quel que soit le mal dont ils souffraient.

L’Ordre s’employa toujours de s’adjoindre les meilleurs praticiens de l’époque. Certains chirurgiens de Malte jouissaient d’une renommée universelle et ils réussissaient, entre autres, parfaitement l’opération de la cataracte. Tous ces succès incitèrent l’Ordre à créer au XVIIIème siècle à La Valette une école de médecine où l’on enseignait la botanique, l’anatomie, la médecine, la chirurgie.

Mais ce n’est pas seulement au rétablissement de la santé individuelle que l’Ordre consacrait ses efforts et réservait ses bâtiments. Il s’intéressait tout autant à la conservation de la santé publique.

Il entretenait toujours un lazaret qui servait de barrière de protection contre les fléaux terrifiants qui, en ces temps, désolaient l’humanité : la lèpre, la peste et le choléra.

Madame Fourreau nous fait visiter Malte.

La flotte des Chevaliers, une des plus efficaces et des plus perfectionnées de la Méditerranée, intervenait régulièrement contre les corsaires barbaresques. Les Chevaliers se couvrirent de gloire à Lépante, à Candie, à Chio et aux Dardanelles, au cours de nombreuses campagnes dans la mer Égée et au large des côtes d’Afrique.

Après ces victoires, il y eut un surplus de Chevaliers à qui l’on ne pourrait plus assurer d’embarquements. Richelieu, connaissant l’Ordre, décida de puiser dans l’organisation de la marine de l’Ordre tous les éléments susceptibles de l’aider dans la création de « la Royale ». Il emprunta, non seulement les règlements, coutumes, instructions de navigation, signaux, etc., mais également les hommes car il avait ainsi, sans délai et dans une situation politique difficile, des cadres confirmés.

C’est la raison pour laquelle, on compta, parmi les illustres marins, de nombreux Chevaliers qui avaient passé un temps plus ou moins long sur les galères de l’Ordre (Chevalier Paul, Maréchal de Tourville).

Le 10 juin 1798, le Général Bonaparte, en route pour la campagne d’Égypte, ordonna au passage la prise de Malte, violant ainsi la neutralité traditionnelle de l’Ordre reconnue par le traité d’Utrecht. Deux jours plus tard, le Grand Maître Ferdinant de Hompesch capitulait et se repliait sur Trieste.

En 1800, les Anglais prirent Malte aux Français, mais le traité d’Amiens de 1802, par le représentant du Consul Bonaparte et par les alliés, avait confirmé les droits de l’Ordre souverain de l’Île et ses dépendances. Les hostilités ayant repris entre la France et la Grande-Bretagne, cette dernière n’appliqua pas les clauses du traité. Le nouveau Grand Maître Tommasi s’installa en Sicile y attendant la possibilité de recouvrer son territoire.

Au cours de la première moitié du XIXème siècle, l’Ordre infortuné affermit cependant ses positions surtout depuis l’établissement dans Rome du grand magistrat au Palais de Malte qui jouit depuis lors du privilège de l’exterritorialité.

Le grand prieuré de Rome fut reconstitué dès 1816 et l’appui de l’Autriche, qui n’avait jamais cessé de reconnaître la souveraineté de l’Ordre, valut à celui-ci de recouvrer, en 1831 ses propriétés à Venise et ainsi de faire revivre le grand prieuré de Lombardie-Vénétie.

La même année voit la renaissance du grand prieuré des Deux-Siciles.

En 1879, le Pape Léon XIII rétablit en faveur du Grand Maître Giovanni Battista Ceschi et pour ses successeurs à venir le titre d’Éminence. D’autre part l’Empereur d’Autriche lui confirma le titre de Prince du Saint-Empire romain.

De nos jours, l’Ordre souverain est composé de cinq grands prieurés, trois sous-prieurés et trente-sept associations nationales, le tout réparti dans le monde entier.

Les membres, autres que les ecclésiastiques, au nombre de quelque 9000 dans le monde, se répartissent en trois classes :

– les Chevaliers de justice qui font profession de vœux d’obéissance, de pauvreté et de chasteté. Ils sont religieux.

– les Chevaliers d’obédience qui, par une promesse, s’engagent à tendre à la vie chrétienne.

– ceux qui, ne formulant, ni vœux, ni promesses, ont pour obligation de mener une vie chrétienne exemplaire, conformément aux enseignements et règles de l’église catholique romaine, et d’avoir une activité au service de l’ordre, en particulier dans le domaine de l’assistance hospitalière et sociale.

L’Ordre souverain, dont le caractère militaire a cessé en 1798 et qui ne conserve plus cette qualification qu’en souvenir des siècles au cours desquels il a vaillamment combattu pour la défense de la chrétienté, a repris sa mission initiale, celle d’hospitalier.

Ses fins se résument essentiellement à l’aide au prochain, aux malades, aux déshérités, aux victimes des guerres et des catastrophes naturelles ou accidentelles.

C’était une conférence et une visite guidée passionnante sur les traces des hospitaliers.

 

 

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