Jésus sous le regard de l’histoire

Thèmes : histoire, civilisation.
Conférence du mardi 15 janvier 1991 par Christian Marquant.

 

Christian Marquant, historien, diplômé en archéologie, président de l’Association Clio, les amis de l’histoire, a prononcé devant un public venu très nombreux l’écouter, une conférence sur le thème « Jésus sous le regard de l’historien ».

 

Depuis dix ans plus de 2 000 ouvrages ont été publiés sur le sujet et plus de 100 000 depuis le 19ème siècle. Une conférence sur un sujet pareil, devant durer une heure, implique des simplifications inévitables. « Je me contenterai d’ouvrir un certain nombre de portes, de clarifier un certain nombre d’idées simples et de répondre ensuite aux questions d’approfondissement que vous désirez ».

L’intérêt du sujet est évident. Le croyant et l’incroyant ne peuvent que vouloir approfondir leurs connaissances, mieux connaître leurs convictions, voir si elles s’appuient sur un certain nombre de données objectives ou si au contraire, il n’y a pas de fondement historique à la connaissance de Jésus.

« Mon objectif n’est pas de faire une conférence sur Jésus, mais de voir ce que l’on connaît de Jésus grâce à la science historique ». Lorsque l’on traite un tel sujet, il est important de donner au public deux garanties :

  • rigueur et honnêteté scientifique,
  • honnêteté intellectuelle en « annonçant la couleur » ; aucun conférencier n’étant totalement neutre.

 

Existence de Jésus

Peut-on nier l’existence de Jésus ?

L’ensemble des scientifiques accepte le principe de l’existence de Jésus, la question est de savoir ce que l’on peut dire de l’homme, de ses convictions, de sa personnalité et de son message.

Le texte le plus ancien que nous ayons est la lettre de Pline le Jeune datant de 111 ou 113 de notre ère, adressée à l’Empereur Trajan. Il montre qu’il existe en Bithynie (sud d’Istanbul actuel), 85 ans environ après la vie publique de Jésus, une communauté chrétienne si importante que l’organisation sociale de Nicomédie est en danger. Une grande partie de la population ne fréquente plus les temples païens et l’administration des temples est contestée. Ce texte est le plus sûr, le plus ancien et de source complètement indépendante.

Pline est un fonctionnaire romain, païen, un ami de l’empereur. C’est un homme juste confronté à un problème. Il n’est impliqué en rien dans cette affaire si ce n’est sous l’angle de la philosophie. Les chrétiens sont persécutés car ils refusent de sacrifier sur l’autel de Rome. Pline dit dans sa lettre que ces gens sont braves, que la loi l’oblige à les arrêter et à les persécuter, mais qu’il n’a rien à leur reprocher. Il demande ce qu’il doit faire.

Il existe d’autres textes de païens : Suétone, Tacite…

Est-ce suffisant pour parler de Jésus ? Pas du tout. On peut simplement tirer de cette première enquête qu’il existe un phénomène qui a forcément une origine.

Est-ce surprenant de ne pas avoir de textes officiels ? Pas du tout. Nous vivons dans un monde hyper-médiatisé, ce qui n’était pas le cas à l’époque. D’autre part, la venue de Jésus et sa prédication ont quand même été marginales. Les évangiles montrent que ce phénomène n’a concerné que quelques centaines voire quelques milliers de personnes. Ce qui pour nous peut paraître unique n’était pas original. Des personnages déclarant être le Messie et engendrant ici ou là quelques révoltes locales, avaient été fort nombreux avant Jésus et seront encore fort nombreux après. Il est évident qu’un païen romain qui ne cherchait pas à faire dans le détail de la philosophie ou de la religion juive dont il ne connaissait généralement rien, ne voyait dans le cas Jésus qu’un Messie parmi d’autres. L’autorité juive et l’autorité romaine de l’époque ont voulu, en condamnant rapidement Jésus, éviter une révolte de plus.

Donc l’Antiquité nous donne peu d’informations, si ce n’est qu’elle atteste l’existence d’un mouvement.

Les païens s’intéresseront au christianisme à partir du second siècle. Lucien de Samosate ou Celse en seront les grands détracteurs. Le christianisme devient un fait de société. Les chrétiens sont nombreux, on ne peut plus passer outre le phénomène.

Deux sources juives attestent l’existence de Jésus.

  • Un texte du Talmud du 2ème siècle dont voici un extrait :
    « La tradition rapporte la veille de la Pâque, on a pendu (crucifié) Jésus. Un héros marcha devant lui durant 40 jours disant : il sera lapidé parce qu’il a pratiqué la magie et trompé et égaré de ce fait Israël. Que ceux qui connaissent le moyen de le défendre viennent et témoignent en sa faveur. Mais on ne trouva personne qui témoigna en sa faveur et donc on le pendit la veille de Pâque. » Toutes les informations contenues dans ces quelques lignes sont tout à fait conformes au texte évangéliste, mais du point de vue de  »l’opposition ».
  • Flavius Josephe, grand notable Juif, mort en l’an 100, collaborateur des romains au moment de la révolte de 70 écrivit des livres sur l’histoire d’Israël. Chaque fait présenté par Flavius Josephe est conforme à ce que les archéologues découvriront sur place. Il parle trois fois dans ses œuvres d’épisodes ayant un rapport avec le nouveau testament.

En 1970, un savant israélien découvrit un manuscrit d’un certain Agapios qui cite Flavius Josephe :

« A cette époque-là, il y eut un homme sage nommé Jésus dont la conduite était bonne. Ses vertus furent reconnues et beaucoup de juifs et des autres nations furent ses disciples. Pilate le condamna à être crucifié et à mourir. Mais ceux qui s’étaient faits ses disciples prêchèrent sa doctrine. Ils racontèrent qu’il leur apparut trois jours après sa crucifixion et qu’il était vivant. Peut-être était-il le Messie au sujet duquel les prophètes avaient dit des prodiges. »

Ce texte date du 10ème siècle. Il sonne juste. C’est tout à fait le genre de texte écrit par un intellectuel juif contemporain sur un épisode auquel il n’adhérait pas mais qui malgré tout s’est imposé à lui : l’existence d’un personnage et d’une communauté.

Donc, les textes malgré tout extra-chrétiens, parfois païens ou juifs, semblent régler de manière assez claire, le problème de l’existence de Jésus. II y a eu effectivement un personnage qui s’est appelé Jésus et qui a fait un certain nombre de prodiges.

 

Que devons nous faire pour avoir plus d’informations sur le personnage Jésus ?

Nous devons utiliser les sources chrétiennes :

  • les épîtres,
  • les évangiles,
  • les actes des apôtres.

Quelle valeur peut-on accorder à ces documents ?

Le problème posé par ces documents va être celui de la datation et de la chronologie.

La thèse classique d’avant les années 1950 soutenait que les évangiles selon Saint-Marc, Saint-Matthieu, Saint-Luc avaient été écrits dans les années 70-80 et l’évangile selon Saint-Jean vers l’an 100.

Les textes sont écrits en Grec, donc vraisemblablement à une époque où la communauté grecque était assez importante.

Depuis une quarantaine d’années, une nouvelle thèse s’est fait jour (Pultman), Les évangiles auraient été écrits plus tardivement. Jésus est inconnaissable ; mais la foi vient y suppléer. Un scientifique ne peut l’admettre. Si l’on admet que Jésus est inconnaissable, que les évangiles sont tardifs, on admet alors que les évangiles ne sont pas fiables et donc que toute la théologie chrétienne est fondée sur des éléments non stables.

On arrive au paradoxe suivant : cette thèse est largement reconnue dans l’église catholique mais est contestée dans les Universités laïques françaises, allemandes et américaines. L’église catholique adhère au scientisme de Renan, alors que des historiens athées ou juifs défendent la thèse de ceux qu’on appelait les ultras au 19ème siècle.

Jean Carmignac, grand savant français, exégète, prêtre, en est l’un des tenants. Il a participé activement à la commission d’étude des manuscrits de la Mer Morte. Pendant trente ans, il a lu ces textes, s’est habitué au parler, au vocabulaire, à la syntaxe qui était celle des gens de Qumran, contemporains de Jésus qui parlaient plusieurs langues : araméen, hébreu… Il a appris ces langues et s’est demandé quels auraient été les vrais mots utilisés par Jésus s’il avait parlé hébreu ou araméen. Il s’est aperçu que la traduction de l’évangile grec était simpliste. Il a eu la preuve, tout comme des savants anglais, allemands et américains sur des travaux similaires, que le texte grec que nous avons n’est pas le texte d’origine, mais qu’il est la traduction d’un texte hébreu ou araméen et que les évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) ne sont pas des textes écrits en grec mais en hébreu ou en araméen.

 

Conséquences

Comment peut-on écrire des évangiles en hébreu ou en araméen après 70 alors qu’à cette époque, les chrétiens étaient à Rome à Athènes, en Cappadoce et dans tout l’univers méditerranéen. Les évangiles ont été écrits au moment où la prédication était une prédication palestinienne. La thèse actuelle consiste à dire que suivant les hypothèses, l’évangile de Saint-Matthieu aurait été écrit entre 50 et 58 et celui de Saint-Marc entre 42 et 50.

Saint-Marc aurait été le traducteur grec de l’évangile de Saint-Pierre. Saint-Luc aurait écrit entre 50 et 60. Donc les évangiles suivraient de 25 ans au plus les évènements qu’ils relatent.

Cette thèse est confirmée depuis quelques mois. En effet, en 1955, dans la 7ème grotte de Qumran, des documents de même origine que ceux trouvés précédemment ont été découverts. Or la grotte de Qumran a été fermée au plus tard en l’an 68 et vraisemblablement vers l’an 50. Tous ces documents sont donc antérieurs à 68. Il semblerait actuellement que la recherche unanime des spécialistes de Qumran atteste que ce document soit un passage de l’évangile de Saint-Marc, chapitre 6 verset 52 et 53. Cela veut dire que l’on aurait la preuve que cet évangile – ou tout au moins les matériaux qui ont servi à le rédiger – aurait été écrit vingt ans à peine après la passion.

Actuellement, la thèse qui se développe est que l’évangile de Saint-Jean serait vraisemblablement antérieur à la destruction du temple de Jérusalem en 70, que sa rédaction serait tardive et qu’elle serait basée sur une prédication antérieure à 70.

 

Donc :

– Ceux qui ont écrit les évangiles sont contemporains des évènements donc leurs témoignages sont dignes de foi.

 

– Critique externe :

Jérusalem a été détruite en 70 et en 135, la ville a été rebâtie selon un plan et une topographie différents. Celui qui a écrit les évangiles, s’il a connu la ville d’avant 70, donne des informations contradictoires avec ce que l’on voit actuellement à Jérusalem.

S’il les a écrits après 70, il ne peut connaître la topographie d’une ville qui n’existe plus.

Or la topographie de la ville de Jérusalem, indiquée dans les évangiles, est celle que les archéologues retrouvent actuellement à Jérusalem dans la région du Saint-Sépulcre par exemple.

L’hypothèse d’un écrit en l’an 100 devient donc très difficile à soutenir.

Dans le passage de la passion de Jésus, il existe à Jérusalem, un triple pouvoir. Or il n’a existé à Jérusalem que pendant une très courte période (entre 26 et 46).

Pour avoir écrit la passion de Jésus comme dans les évangiles, il faut soit être contemporain de cette époque soit être archéologue.

 

– Critique interne :

En lisant les évangiles, on s’aperçoit que les textes ne sont pas toujours embellis ; les personnages n’y sont pas présentés avec une grandeur exceptionnelle (Saint-Pierre trahit trois fois Jésus…). Visiblement ce n’est pas un texte de propagande ; il l’aurait été certainement s’il avait été tardif. Tout nous porte donc à croire que ce sont des contemporains qui racontent les évènements tels qu’ils se sont passés.

Le « style Jésus » existe. Dans les évangiles, Jésus parle toujours de la même façon.

Malgré leurs différences et leurs divergences, il n’y a pas de trace de contestation dans les évangiles.

L’église bâtit sa croyance sur les quatre évangiles. Les personnages sont différents et ont une forte personnalité. Ils n’auraient pas accepté de cautionner une vision qui aurait était contestable.

 

Peut-on écrire une vie de Jésus ?

Les évangiles ne nous fournissent pas une matière suffisante. Le croyant fait une grossière erreur en attendant que les textes religieux soient des textes d’histoire. Les évangiles et les épîtres n’ont jamais été rédigés dans l’intention de tenir un carnet de bord de la vie publique de Jésus. L’intention des évangélistes a été d’accumuler une information sur Jésus, sur sa personne, sur la manière dont il vivait, de façon à servir de base à la prédication de ceux qui suivraient.

Combien de temps a duré la vie publique de Jésus ?

Saint-Jean dit que Jésus est monté trois fois à Jérusalem pour célébrer la Pâque. On peut donc en déduire que la vie publique de Jésus a duré trois ans. En revanche les synoptiques ont l’air de dire qu’elle aurait duré une année.

On ne connaît pas avec certitude la date de naissance de Jésus. Jésus est né sous Hérode Le Grand. Hérode est mort en -4. Donc Jésus est né avant -4. Notre calendrier n’est donc pas juste si l’on prend comme année 0 la naissance de Jésus-Christ.

On dit qu’il est mort à 33 ans. Pour cela on se fonde sur Saint-Jean dont les écrits laissent à penser que sa vie publique a duré trois ans. Il avait 30 ans au début de sa vie publique. Pourquoi trente ans ? On considérait à l’époque que c’était l’âge de la maturité et de l’excellence.

Les seules choses que l’on peut affirmer sont :

  • il a vécu à Nazareth et on admet qu’il en est originaire,
  • il a été baptisé par Saint-Jean-Baptiste,
  • il est mort sur la croix,
  • il a vu l’insuccès apparent de sa mission.

L’église se rendant compte que les évangiles ne donnaient pas de détails sur la vie de Jésus, mais que la piété populaire avait besoin d’informations, a accepté que les fidèles se servent d’évangiles apocryphes (non canoniques) qui eux parlent de la vie quotidienne de Jésus.

 

Jésus est-il le Christ, c’est à dire plus qu’un homme ?

Les textes évangélistes ont pour objectif de le démontrer, insistant beaucoup sur le caractère surnaturel du personnage (miracles, résurrection, exorcisme, …).

Les sceptiques se trouvent face à deux attitudes :

  • l’attitude scientiste.
    Elle donne à la science un prédicat de base, sur lequel le surnaturel ne peut pas exister, elle handicape donc le savant. C’est le cas de Renan.
  • la science dit : cherchons.
    Les évangiles ont été écrits tôt, par des contemporains qui ont donné leur vie pour un message. L’historien est obligé de regarder cela avec un certain sérieux. Il ne peut pas rejeter complètement le surnaturel, mais ne peut pas être le transmetteur de la Foi.

C’est le paradoxe final. Quelle époque vivons-nous où l’on rejette toute idée de surnaturel dans les évangiles, toute idée de miracle, alors que des français sont convaincus qu’il existe un phénomène parapsychique et paranormal et que 50% des français admettent l’idée de possession diabolique ?

L’existence de Jésus, la fiabilité vraisemblable de ceux qui ont parlé de Jésus est certainement très solide, conclut Christian Marquant.

 

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ANNEXE

BIBLIOGRAPHIE D’APPROFONDISSEMENT DES CONFÉRENCES
SUR LES DÉBUTS DU CHRISTIANISME

 

Pour approfondir les questions évoquées lors des conférences sur le début du christianisme, nous vous proposons quelques ouvrages toujours aisément accessibles en bibliothèque ou en librairie.

P.M. BEAUDE – Jésus de Nazareth – Bibliothèque d’histoires du christianisme n°5 – Desclée 1983 : ouvrage qui fournit les textes et les documents sur lesquels se fonde notre connaissance du Jésus historique.

C. PERROT – Jésus et l’histoire – Jésus et Jésus-Christ n°11 – Desclée 1979 : ouvrage très intéressant pour connaître le milieu juif du tournant de l’ère et la doctrine de Jésus.

J. CARMIGNAC – La naissance des évangiles synoptiques – O.E.I.L. 1984 : le développement de la thèse de l’origine ancienne des évangiles synoptiques.

C.P. THIEDE et C. CARNITI – Le plus ancien manuscrit des évangiles : Marc 6, 52-53 -Subsidia Biblica n°10 – Biblical lnstitute Press Rome 1987 : le résumé des conclusions du Professeur THlEDE confirmant la véracité du fragment 7 Q 5.

J. DANIELOU et I. MARROU – Nouvelle histoire de l’Eglise Tome 1 – Fayard : la plus récente des histoires de l’Église et des débuts du christianisme.

 

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ET PENDANT 10 000 ANS …

Entre nos ancêtres de Cro-Magnon et les contemporains de Jésus, entre les hommes de Lascaux qui cachaient leurs mystères dans les grottes du Périgord et Jésus qui mourut sur le Golgotha, entre les vestiges archéologiques des villes du déluge et les enseignements de la Bible, il est très tentant d’essayer de construire une transition. Mais entre des conférenciers tels que Messieurs Tur et Marquant, c’est aussi bien difficile et bien présomptueux.

***

Essayons de voir ce que nous révèlent les vallées du Moyen-Orient, ce Croissant Fertile de l’Antiquité après la dernière glaciation. Plaçons pour cela le début des installations permanentes des hommes, qui vont devenir les premières villes vers 8000 ans av. J.-C.

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Déjà, dans nos réglons un réchauffement de l’atmosphère a sans nul doute fait reculer les glaciers, les rennes les ont suivis et peut-être aussi leurs chasseurs, nos petits et trapus « hommes de Chancelade » dont on retrouve des traits physiques chez les Lapons. Comprenons leur acharnement à suivre les troupeaux de rennes qui leur fournissaient nourriture, outils, vêtements et abris.

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La fonte des glaciers entraîna un écoulement des eaux, donc une évaporation plus abondante, les lois de la physique l’exigent. Suivit alors une augmentation des précipitations, abondantes et brutales du type orages d’été en zones méditerranéennes ou tropicales, fines et tenaces du type crachin breton dans les zones tempérées. Penchons pour les pays de la Bible, pour la première proposition, penchons donc pour le déluge et cherchons ses traces.

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Un témoignage nous est livré par la ville d’Ur, au temps des Sumériens et des premières civilisations urbaines. Ur, installée près de la côte, dans la basse vallée de l’Euphrate, étalait alors ses splendeurs et ses richesses. Une mission anglo-américaine y avait découvert au cours de fouilles, les traces d’une civilisation complexe, hiérarchisée, riche d’or et de bronze, et apparemment stabilisée, telle qu’elle se révélait d’après des puits creusés de plus en plus profondément.

Les archéologues atteignirent alors une couche argile use, témoignage d’alluvions. Ils furent intrigués et continuèrent leurs fouilles. Puis après un, deux, trois mètres, ils trouveront des tessons de céramique de vases qui leur prouveront notamment que le tour du potier était ignoré des populations qui les avaient utilisés, pas de trace de métal non plus, rien que des outils de pierre, alors que trois mètres au-dessus, après les alluvions, l’or et le bronze étaient employés.

Une culture, une civilisation avait bien été submergée, une autre plus brillante lui avait succédé dans les mêmes lieux. D’autres puits furent creusés, le même résultat fut obtenu : un territoire de 630 km de long et 160 km de large gardait les traces d’une submersion brutale qui put être située 4 000 ans av. J.-C.

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Ces fouilles confirmaient une découverte antérieure, littéraire et quasi-mythique, cette fois. Un poème épique écrit dans l’écriture cunéiforme des Assyriens, relatait les aventures, demi-dieu ou vrai roi, de Gilgamesh. Un déluge lui avait été annoncé, un conseil lui avait été donné : « Sauve ton existence, construis-toi une arche de bois… De tous les animaux, tu feras entrer dans l’arche, deux de chaque espèce … »

Bien sûr vous reconnaissez l’annonce qui sera faite à Noé dans la Bible. Ces faits témoignent aussi de la soudaineté de l’invasion des eaux décrite comme l’arrivée d’un cyclone tropical et rappelons qu’il y a une centaine d’années un cyclone en Inde fit 200 000 morts et ravagea près de 150 km de côtes.

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Déluge reconnu pour le Croissant Fertile, en trouve-t-on d’autres traces même légendaires, en d’autres points et chez diverses populations du globe ? Diverses légendes du continent américain conservaient avant le voyage de Christophe Colomb le souvenir de cette catastrophe. Elles étaient aussi dans la mémoire des peuples d’Australie, comme de Lituanie de l’Inde comme de la Polynésie.

***

Peut-on alors parler seulement du déluge sous forme de mythe ? Non. Peut-on trouver d’autres exemples où des secrets de la Bible ont pu être, depuis sa première rédaction et par des moyens inconnus à l’époque, arrachés aux sables. Si l’archéologie n’a pas pu nous donner de témoignages directs sur la destruction de Sodome et Gomorrhe aux rives de la Mer Morte, c’est la géologie qui explique et date (vers 2000 av J.-C.), l’effondrement du fond de la faille géante, qui du Mont Taurus (au nord de la Palestine), jusqu’au golfe d’Akaba se prolonge par la Mer Rouge jusqu’aux grands lacs africains. Au nord de la Mer Morte, Jéricho, par des fouilles dignes de celles de Troie, les traces du palais de Mari par l’utilisation de la photographie aérienne nous ont révélé l’existence de civilisations qui se sont succédé dans le Croissant Fertile, du Golfe Persique à la vallée du Nil, en passant par Palmyre.

Et Jéricho, Mari, l’Égypte sont des hauts lieux de la Bible.

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Alors la géologie, l’archéologie, l’histoire, tissent leurs liens subtils, le peuple hébreu peut suivre les appels de son Seigneur pour une destinée que n’épargneront ni les larmes ni le sang.

E.B.

 

 

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