LA CORÉE, LE QUATRIÈME DRAGON ASIATIQUE

Thèmes : Géographie, Géopolitique, Histoire.
Conférence du mardi 16 décembre 1997

Par le Colonel Jacques Vernet

 

 

Compte-rendu par Emile Brichard

 

Le colonel Vernet se présente à notre Cercle pour la deuxième fois. En 1994, il nous avait parlé d’une manière très brillante et avec une précision très historique du débarquement américain en Normandie, le 6 juin 1944. Aujourd’hui c’est de son expérience d’attaché d’Ambassade à Séoul en Corée du Sud que le colonel Vernet viendra nous parler.

Il commence, à l’aide d’une carte largement commentée, par nous situer très exactement la Corée dans la géographie d’Extrême-Orient et sait nous la présenter à nos normes et repères européens.

D’abord, le parallèle qui sépare encore après 45 ans, la Corée du Nord de la Corée du Sud, Pyongyang de Séoul. Chez nous, le parallèle entre l’Equateur et le Pôle Nord, c’est Bordeaux et Grenoble, donc dans notre univers européen, le parallèle, c’est Lisbonne et la Sicile. Mais, attention ! le climat du Pacifique en bordure de l’immense Asie, déjà presque sibérienne, n’est pas celui de l’Atlantique ou de la Méditerranée.

Ensuite, la superficie. La Corée complète, Nord et Sud, c’est la moitié de la France, allons ! une petite Italie. Puis la population : un total comparable en quantité à la nôtre, mais inégalement répartie, le Sud étant bien plus peuplé et plus riche que le Nord. Enfin, le climat, c’est celui de l’Asie des moussons, donc violent et contrasté, assez doux dans l’ensemble mais aux hivers souvent rudes. Oubliez donc la comparaison avec Lisbonne et la Sicile.

Voyons maintenant le peuplement de la Corée. Dès l’aube de l’humanité, les côtes de l’Asie orientale ont accueilli les premiers hommes, en relative densité et bien avant que l’Amérique ne soit foulée par les pas de nos lointains ancêtres. Deux noms, deux « homo… » restent à notre mémoire : le pithécanthrope à Java et l’homme de Chou-Kou-Tien près de Pékin que découvrit, situa et analysa notre grand anthropologue Teilhard de Chardin.

Ensuite, des peuples des steppes de l’Asie centrale, attirés ceux-là par le soleil levant comme à l’autre extrémité de ces steppes d’autres le furent par le soleil couchant, s’établirent en ethnies diverses et dispersées dont il reste les Aïnous dans les îles du Nord du Japon, Sakhaline et Hokkaido. La côte est donc bientôt peuplée de Java en Insulinde à ce qui sera la Sibérie.

Aux époques historiques, quoiqu’encore très anciennement, la Corée et les peuples coréens ont vu les traditions de leurs civilisations fortement influencées par la Chine et le premier royaume indépendant apparut en Corée vers le VIIIème siècle. Pour nous, c’est Charles Martel à Poitiers ! 600 ans plus tard, la Corée entre dans la zone politique et religieuse de la Chine et du bouddhisme.

Elle y restera jusqu’au début du XXème siècle, époque à laquelle elle passe sous « protection » japonaise. Elle y restera jusqu’en 1945, date de la capitulation du Japon. Le colonel Vernet y reviendra longuement au cours de son exposé afin de nous faire mieux comprendre le rôle de la Corée dans le développement actuel de la politique et de l’économie mondiale.

Il s’arrêta de façon plus détaillée sur l’épisode que nous connaissons mieux parce qu’encore actuel et plus direct : la guerre de Corée de 1950-1952 où un bataillon français participa aux combats dans le cadre des forces des Nations Unies.

Après la défaite japonaise de 1945 et selon des accords signés précédemment, Soviétiques et Américains se partagèrent la Corée sur le fameux parallèle mais très vite, dès 1947, les deux gouvernements coréens, celui du Nord et celui du Sud, revendiquèrent, et chacun, bien sûr à son unique profit, la totalité de la péninsule.

En juin 1950 donc, d’importances forces nord-coréennes attaquent la Corée du Sud dont les troupes doivent se replier très rapidement ; mais – et dès le lendemain – les Etats-Unis décident d’intervenir aux côtés de la Corée du Sud et le surlendemain, le Conseil de Sécurité des Nations Unies approuvent la décision des Etats-Unis et recommande à tous les Etats membres de l’ONU d’aider la Corée du Sud. L’armée des Nations Unies à laquelle 15 nations participent, et commandée par le général Mac Arthur, est d’abord rapidement repoussée jusqu’au port de Fuzan au Sud de la Corée.

La contre-attaque de Mac Arthur est rapide et extrêmement violente et dès le mois de septembre, les forces des Nations Unies sont sur la frontière chinoise où des « volontaires » chinois affluent et interviennent. Mac Arthur, qui veut détruire les bases de ravitaillement de ces « volontaires », est alors remplacé par le général Ridgway que le président Truman vient de nommer à la tête de la force armée de l’ONU. L’armistice de Pan-Mun-Jon pourra alors être signé après de longues et délicates négociations. Le Nord sera reconstruit grâce aux crédits soviétiques, le Sud grâce aux crédits américains.

Le conflit militaire est terminé, mais les énormes travaux de reconstruction en Corée du Nord comme en Corée du Sud, déclencheront, en même temps qu’une montée des prix des matières premières, une extraordinaire suractivité dont les Coréens ont gardé l’habitude et dont ils conservent les bénéfices. Quarante ans après, leur dynamisme est resté intact à l’intérieur et s’est largement teinté d’expansionnisme à l’extérieur, en Corée du Nord, autant, voire plus qu’en Corée du Sud, puisque dès 1958, le régime du Nord soutenu par l’Union Soviétique avait jugé bon de mettre fin à la collectivisation de l’agriculture.

Le Colonel Vernet devait alors nous parler de son expérience personnelle de la Corée du Sud. Il évoqua de façon fort vivante l’extraordinaire possibilité d’adaptation du peuple coréen passé en quelques années de son champ à l’usine, mais capable également de passer en quelques mois de l’usine au champ.

L’actualité voulait qu’il évoque les résultats éventuels des élections nationales qui se produiraient dans la semaine faisant un portrait des trois candidats et proposant des comparaisons avec celles que nous avions connues il y a quelques mois, mais l’oreille et la mémoire occidentales étant ce qu’elles sont, entre les Kim…, les Dong… et les Chang…, il fallait bien avoir l’expérience de longues années passées en Corée pour s’y reconnaître.

Il nous parla également des tempêtes économiques et monétaires qui secouent les milieux financiers extrême-asiatiques de Singapour à Tokyo, mais de notre Europe et a fortiori de notre minuscule hexagone – et dans nos climats doublement tempérés – nous n’avons qu’une faible idée de la violence des moussons ou typhons asiatiques.

Enfin, il termina par une prévision prudente des évolutions possibles qui pourront s’ébaucher au début du IIIème millénaire, laissant à chacun le soin de penser suivant son tempérament aux nouveaux fournisseurs, aux nouveaux convives, aux nouvelles expériences des nouveaux participants aux fruits d’une expérience qui ne sont pas toujours synonymes avec les fruits du progrès.

D’ailleurs le Colonel Vernet ne refusera pas de faire un bilan et de tirer des enseignements, au moins provisoires de son expérience en Corée, puisqu’il a promis de revenir dans un an ou deux traiter d’un autre sujet.

Il nous a déjà proposer deux thèmes, mais nous, et vous surtout, choisirez.

A bientôt donc, Colonel Vernet.

 

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