Berlin du Grand Frédéric à la future capitale de la RDA

Thèmes : géographie, géopolitique, histoire, société.
Conférence du Mardi 15 mars 1994 par Richard Flahaut.

 

 

Historique

En 1411, l’empereur Sigismond nomme margrave (comte de la Marche) de Brandebourg, Frédéric de Hohenzollern. A ce titre il est l’un des sept princes qui concourent à l’élection de l’empereur.

En 1450, Berlin n’a que 6 000 habitants.

En 1486, Berlin connait une certaine importance politique comme capitale du Brandebourg. Le Brandebourg qui s’enrichit par héritage du Duché de Prusse s’effacera de la mémoire collective au profit de la Prusse.

Malgré les ravages de plusieurs épidémies de peste, la population atteint 12 000 habitants à la fin du 16ème siècle.

Comme toute l’Allemagne, le Brandebourg est dévasté par la Guerre de Trente Ans (1618-1648). A la signature du Traité de Westphalie, la population est retombée à 6 000 habitants et la ville est ruinée. Sur cette base, le Grand Électeur Frédéric-Guillaume fonde un État moderne. Berlin est reconstruit et fortifié.

Par l’Édit de Potsdam (1685), Frédéric-Guillaume invite en Brandebourg les protestants chassés de France par la révocation de l’Édit de Nantes. 6 000 huguenots s’installent à Berlin et donnent une nouvelle impulsion au développement économique et intellectuel de la ville qui compte près de 30 000 habitants à la fin du siècle.

En 1700, Frédéric, successeur du Grand Lecteur, accepte d’ériger en royaume le duché de Prusse et devient Frédéric 1er, roi de Prusse. Important centre intellectuel et industriel, Berlin devient la capitale de la Prusse en 1701. Les Électeurs de Brandebourg vont régner sans partage sur l’ensemble de leurs domaines bientôt confondus sous le nom de royaume de Prusse.

Autant Frédéric 1er avait été un souverain dépensier, ami des arts et grand bâtisseur, autant son fils Frédéric-Guillaume 1er, se montre ladre et tyrannique. Mais, c’est sous le règne de son fils Frédéric II le Grand que le royaume de Prusse va atteindre son apogée.

Berlin devient une des grandes capitales européennes. Entre 1740 et 1786, la population passe de 81 000 à 150 000 habitants. Sous la direction de l’architecte Knobelsdorff, Berlin se couvre de monuments (Forum Fredericianum). L’esprit des Lumières souffle sur la ville : Voltaire fait plusieurs séjours à Berlin où Frédéric s’est entouré d’une petite cour francophone.

L’occupation de Berlin pendant deux ans à la suite de la victoire d’Iéna en 1806, et la guerre de Libération (1813-1815) ne ralentissent pas son essor intellectuel. La population passe de 193 000 habitants en 1815 à 400 000 en 1848.

Après des troubles qui éclatent à Berlin à la nouvelle de la Révolution parisienne de février (1848), la croissance industrielle, l’expansion économique et la misère urbaine s’intensifient.

La politique de Bismarck (Chancelier depuis 1862) renforce la domination de la Prusse sur l’ensemble de l’Allemagne. Trois guerres victorieuses sur le Danemark (1864), l’Autriche (1866) et la France (1871) aboutissent à la proclamation de l’Empire allemand, dans la Galerie des Glaces de Versailles, le 18 janvier 1871. Guillaume 1er, roi de Prusse, devient Kaiser de toute l’Allemagne. A Berlin, capitale du Reich unifié, la colonne de la Victoire célèbrera l’évènement.

En 1870, Berlin compte 823 000 habitants. Sur le plan technique et industriel, les grandes premières se multiplient : éclairage et chemin de fer électriques, téléphone. Ce sont les « années de fondation ». L’expansion démographique s’envole : 2 millions d’habitants en 1905.

En 1912, le parti-social-démocrate obtient à Berlin une majorité. En août 1914, l’esprit nationaliste l’emporte et Berlin se précipite dans la guerre. L’annonce de l’abdication de Guillaume II (9 novembre 1918) permet la signature de l’armistice.

La fin de la guerre apporte chaos, violences, assassinats politiques et tentatives insurrectionnelles. En 1920, Berlin prend sa physionomie actuelle avec la création du Grand Berlin : 8 villes de la banlieue, 59 communes rurales et 27 domaines fusionnent avec la capitale. Avec ses 878 km2 et ses 4 millions d’habitants, le Grand Berlin est la plus grande ville industrielle du continent.

Berlin devient le réceptacle de l’ensemble des courants intellectuels d’Europe. Au cours des années 20, Berlin a été l’un des lieux de créativité les plus importants.

A travers les crises violentes des Années folles, le chômage, l’inflation vertigineuse de 1923, la République de Weimar reste impuissante devant la montée du nazisme. Mais Berlin reste le carrefour des avant-gardes et la vie artistique est intense.

L’arrivée au pouvoir de Hitler, le 30 janvier 1933, sonne le glas de cette époque de liberté et de création bouillonnante. Le pouvoir nazi chasse de Berlin l’ensemble de ces créateurs qui vont se réfugier en Amérique et principalement à New York.

Hitler déclenche la deuxième guerre mondiale en 1939. Berlin capitule le 2 mai 1945. Plus de 70 000 tonnes de bombes seront déversées sur la ville. On déblaiera de Berlin en ruine 75 millions de mètres cubes de décombres.

Berlin divisé en quatre secteurs sera occupé et administré conjointement par les alliés (la Kommandantura). L’accès à Berlin à travers la zone soviétique ne fait pas l’objet d’un accord écrit, sauf en ce qui concerne les couloirs aériens. A mesure qu’une vie normale reprend dans la ville dévastée, des dissensions apparaissent entre les alliés. L’Union soviétique se retire de la Kommandantura.

En juin, à la suite d’un désaccord sur la réforme monétaire, les Soviétiques coupent les voies terrestres et fluviales d’accès à Berlin. C’est le blocus destiné à mettre un terme à l’indépendance de Berlin-Ouest. La séparation entre Berlin-Ouest et Berlin-Est est de plus en plus nette. En 1949 naissent la R.F.A. et la R.D.A., mais l’unité de Berlin existe encore, le passage reste facile entre les deux secteurs.

Le 25 juillet 1961, Kennedy rappelle les trois points intangibles de la politique américaine à Berlin : maintien de la présence occidentale à Berlin-Ouest, maintien du droit d’accès, libre choix pour les Berlinois de l’Ouest de leur régime politique.

Trois semaines plus tard, dans la nuit du 12 au 13 août, par décision du gouvernement de la RDA, la ligne de démarcation du secteur oriental est transformée en une frontière étanche : le Mur coupe la ville en deux, enserrant Berlin-Ouest dans une enceinte longue de 161 kilomètres.

En 1989, profitant d’une brèche que les Hongrois ont ouverte dans le rideau de fer, les premiers Allemands de l’Est franchissent la frontière. Le flot des réfugiés déferle sur les ambassades de RFA, à Prague et à Varsovie. La situation dramatique qui résulte de la surpopulation des différentes ambassades de RFA conduit le gouvernement de la RDA à donner son accord pour l’évacuation des réfugiés.

Les premières manifestations ont lieu à l’Est pour réclamer la liberté de parole et des réformes. C’est dans cette atmosphère de contestation que la R.D.A. s’apprête à célébrer son quarantième anniversaire, le 7 octobre 1989. Sous la pression des évènements, le pouvoir s’effondre et pour stopper l’hémorragie, le gouvernement ouvre les frontières.

Dans la soirée du 9 novembre 1989, les citoyens est-allemands peuvent se rendre à Berlin-Ouest et quitter définitivement leur pays, s’ils le désirent. Pendant cette nuit historique, le Mur tombe : sa chute symbolise le début d’une nouvelle ère pour l’Allemagne.

 

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Berlin aujourd’hui

Avec la réunification, Berlin représente aujourd’hui l’équivalent de notre ancien département de la Seine, mais n’est peuplée que de 3 millions d’habitants. Moins du 10ème de cette immense superficie est urbanisé. D’une extrémité à l’autre de l’agglomération, il faut parcourir environ 200 km.

Son destin tragique lui a donné une architecture insolite qui juxtapose le présent et le passé.

Le secteur occidental de la ville va tenter de survivre à partir de 1961, au milieu de ce grand pays socialiste qui l’entoure et aura une existence totalement artificielle de 1961 à 1989.

Berlin-Ouest représente une superficie égale à la Ville de Paris. Ville immense, peuplée de parcs et de forêts, elle a été entièrement reconstruite après la guerre, mais totalement défigurée.

Berlin-Est et les banlieues alentour feront au contraire l’objet, par les autorités communistes, de beaucoup d’attentions afin de sauvegarder les quelques traces historiques qui subsistaient. Aujourd’hui, les lieux les plus importants de souvenirs historiques se trouvent à l’Est.

Contrairement à Berlin-Ouest, américanisé et banalisé par des immeubles modernes et par une vie trépidante, Berlin-Est, depuis 1989, incite à la flânerie et à la détente. Les artistes, les penseurs, les écrivains, les économistes s’y installent pour réhabiliter les quartiers qui avaient pu être sauvés de la démolition.

 

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Promenade à Berlin

Frédéric II de Prusse fut l’instigateur de la réalisation des premières grandes constructions berlinoises gui forment l’Unter den Linden, la plus célèbre avenue de Berlin, seul élément historique qui reste encore aujourd’hui.

L’Unter den Linden formait le forum Fridericianum, ensemble de palais et de bâtiments officiels encadrant à la fois le Palais Royal et la statue du souverain. C’était un lieu de prestige, où les Berlinois aimaient à se promener. Aujourd’hui, cette célèbre avenue dégage une certaine froideur en raison des ambassades et bâtiments administratifs construits dans les années 50 et 60.

L’Unter den Linden mène à la Porte de Brandebourg, symbole de la division de Berlin durant vingt-huit ans. Elle a été ouverte le 22 décembre 1989 comme point de passage entre les deux moitiés de la ville. L’édifice a été construit pour Frédéric-Guillaume Il sur le modèle des Propylées de l’Acropole d’Athènes. Le sommet est surmonté par le char de la déesse de la Paix tiré par quatre chevaux.

Emmené à Paris par Napoléon lorsqu’il occupa Berlin en 1806, le Quadrige y revint après la campagne de 1814. Endommagé par la dernière guerre, il a été refait à Berlin-Ouest, tandis que les autorités de Berlin-Est se chargeaient de la restauration de la porte elle-même. C’est un des rares exemples de coopération entre les deux secteurs.

La statue équestre de Frédéric le Grand se dresse au milieu de l’avenue. Sur le socle sont représentés les membres de la famille royale, des officiers, des artistes et des savants. La statue, qui avait été transférée en 1950 dans le parc de Sans-Souci à Postdam, a retrouvé sa place sur l’Unter den Linden en 1950 et marque l’entrée du Forum Fredericianum

Si le Grand Palais Royal, pourtant épargné par la guerre, a été totalement détruit par les communistes en 1952, le Palais des Princes est devenu le Musée de Berlin-Est.

Ces grands bâtiments du XVIIIème siècle montrent l’atmosphère qui régnait dans une cité élégante, avec l’Opéra où les plus célèbres compositeurs italiens présenteront leurs œuvres et où le prestigieux corps de ballet fera dire à Voltaire « que l’ensemble des danseuses appartiendrait aux gardes suisses de Versailles si on le conservait à Paris ». L’opéra, conçu comme le joyau du Forum Fredericianum, a été construit dès le début du règne de Frédéric II qui entendait ainsi marquer avec éclat son rôle de protecteur des arts.

Jouxtant l’opéra, la cathédrale Sainte-Edwige a été construite d’après un dessin de Frédéric II lui-même, s’inspirant du Panthéon de Rome.

La cathédrale Sainte-Edwige et l’Opéra

 

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L’Ancien Palais qui fut pendant cinquante ans la résidence de Guillaume 1er abrite aujourd’hui les services de l’Université Humboldt. Le palais construit par le prince Henri, frère de Frédéric II, forme le cœur de l’Université fondée en 1810. Karl Marx y fut étudiant entre 1836 et 1841.

L’Ancienne bibliothèque est une annexe de l’Université. Elle a été construite dans le style baroque viennois pour abriter la bibliothèque royale. Une plaque rappelle que Lénine y prit une carte de lecteur en 1895.

Le plus ancien édifice de l’Unter den Linden est l’Arsenal. Arsenal jusqu’en 1875, il fut transformé en Musée de l’armée et abrite, depuis sa restauration en 1952, le Musée de l’histoire allemande.

Berlin s’est développé autour de l’île de la Spree. La partie nord de l’île doit son nom : île des musées à l’ensemble des musées qui y furent construits entre 1823 et 1930. Jusqu’à la guerre, ils abritaient la presque totalité des très riches collections des musées nationaux de Berlin.

Au bord de la Spree se dresse la masse sombre de la cathédrale, qui se reflète dans la façade de verre du Palais de la République. Celui-ci occupe la place de l’ancien château des Hohenzollern, rasé en 1950, car il représentait le symbole du militarisme prussien.

Sur Alexanderplatz, la Tour de la Télévision domine Berlin de ses 365 mètres. Inaugurée en 1969, elle est devenue l’un des monuments les plus visités de Berlin.

La Friedrichstrasse, qui traverse du nord au sud toute la partie centrale de Berlin, était célèbre avant la guerre pour son animation, ses cafés et ses commerces. Vers le sud se trouvait jusqu’en juin 1990, le poste frontière de Checkpoint Charlie, point de passage réservé aux étrangers.

Situé à l’ouest de la Porte de Brandebourg, Tiergaten est l’un des arrondissements centraux de Berlin, avant tout marqué par la présence du vaste parc « le poumon vert » de la ville, qui lui a donné son nom. Au croisement des cinq avenues qui traversent le Tiergaten se dresse la colonne de la Victoire.

Au sud de Tiergaten, le Kulturforum comprend, entre autres, la Philarmonique, l’un des bâtiments les plus impressionnants dont Berlin s’est doté après la guerre. Une double salle de concerts présente les meilleurs chefs du monde. La philharmonique a été longtemps dirigée par Karajan.

 

Le centre historique de Berlin, entre Unter den Linden et Alexanderplatz se trouve sur l’ancien territoire de Berlin-Est où se situe l’Église commémorative. Elle célébrait la mémoire du fondateur de l’Empire allemand (et de son ministre Bismarck).

Très endommagée par les bombardements de 1943, on ne conserva que la tour, comme mémorial des années noires. A ses côtés, on construisit une nouvelle église moderne dont l’éclairage est assuré par 20 000 blocs de verre bleus produits à Chartres. Les Berlinois ont surnommé la vieille tour « la dent creuse ». Quant à l’église nouvelle, c’est « le bâton de rouge et le poudrier ».

 

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Le Domaine de Charlottenbourg

Le château de Charlottenbourg, résidence de Frédéric Il, avait été construit à l’origine pour sa mère, mais il la chassera pour y vivre plus agréablement, car ce château se trouvait à cette époque à environ 4 km du centre de Berlin.

Le château a été entièrement restauré et contient des chefs-d’œuvre acquis en France et destinés aux différentes résidences de Frédéric II. Ces chefs-d’œuvre ont été regroupés après la guerre, à Charlottenbourg pour mieux les protéger.

Les appartements de Frédéric 1er et de Sophie-Charlotte montrent leur goût du faste et celui des arts et des choses de l’esprit. « La Galerie de Chêne » servait aux concerts de musique de chambre. Le décor du « Cabinet de Porcelaine » devait exalter la puissance et la richesse du roi.

L’aile construite pour Frédéric II abrite l’appartement d’été de Frédéric-Guillaume : deux pièces décorées à la mode chinoise et une dans le goût « étrusque ». A l’étage, près de la salle à manger d’apparat et de la galerie dorée est exposée une partie de la collection de peinture française de Frédéric Il dont l’Embarquement pour Cythère et l’Enseigne de Gersaint de Watteau.

Dans les communs se trouve un musée égyptien qui possède le buste de Nefertiti, chef-d’œuvre absolu de l’histoire mondiale de la sculpture, découvert dans un champ appartenant aux Français, mais qu’ils n’avaient pas le courage de fouiller et qu’ils ont laissé en concession aux Allemands qui ont découvert l’atelier d’un sculpteur probablement chargé de réaliser les bustes de la famille impériale égyptienne.

 

 

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