Un pays et une culture : l’Indonésie

Thèmes : danse, économie, géographie, histoire.
Conférence du mardi 18 février 1986.

 

Le mardi 18 février, Monsieur LEMAIGNAN, membre de la Commission Permanente du Cercle, ancien directeur du groupe TOTAL, nous a présenté : « Un pays et une culture : l’Indonésie ».

Il connaît bien ce pays pour y être allé à plusieurs reprises entre 1970 et 1980.

 

Ce sera essentiellement, nous dit-il, des impressions, des images d’un pays très beau et passionnant aussi bien sous l’angle humain que culturel.

Monsieur Lemaignan, très frappé par l’article de l’Encyclopédie universelle sur l’Indonésie, commence par lire quelques extraits de ce document :

« L’Indonésie est tellement immense, tellement ancienne et tellement complexe, qu’on y perd très vite son sanscrit. Dès qu’on croit avoir commencé à comprendre un problème humain, aussitôt on observe, on apprend quelque chose qui remet tout en question. Tout ici est démesuré : les distances (cinq mille kilomètres d’ouest en est, soit autant que de Paris à Dakar et mille kilomètres de plus que la largeur des États-Unis, d’un océan à l’autre), le climat égal et noyé (on compte ici les hauteurs de pluie en mètres), un archipel de plus de 10 000 îles, l’alternance des fosses et des plateformes marines (de cinquante à dix mille mètres de fond), des centaines de volcans, des arbres hauts de soixante-dix mètres, des lianes longues de deux cents mètres, six cents variétés d’orchidées, la fleur la plus grande du monde (Rafflesia, qui dépasse un mètre de diamètre), le pays des épices, du poivre, des clous de girofle, des noix de muscade, du tigre, du buffle sauvage, de l’éléphant, du rhinocéros, de l’orang-outan, du dragon volant, du lézard géant, des merles mandarins et des oiseaux de paradis. Et des ressources naturelles qui paraissent illimitées : du riz au caoutchouc, de l’étain au pétrole ».

 

GÉOGRAPHIE (voir carte)

L’Indonésie couvre 1 900 000 km2 et compte environ 150 millions d’habitants dont les 2/3 à Java. Cet archipel s’étend d’ouest en est sur 5000 km et du nord au sud sur 2000 km environ.

 

 

Les îles indonésiennes sont montagneuses : 14 volcans (photo 1) javanais dépassent 3000 m., ainsi que 7 volcans sumatranais.

 

Photo 1. Son sommet voilé de nuages, le Gunung-Agung (3 142 m) se mire dans les rizières

 

Les grandes plaines sont rares. La capitale est Djakarta. Sa population dépasse 8 millions d’habitants.

L’Indonésie s’étend de part et d’autre de l’équateur et les plus grandes îles, Sumatra, Kalimantan, etc. ont un climat équatorial, aux pluies constantes (toute l’année) très abondantes. Les plaines septentrionales de Java, les petites îles de la Sonde ainsi que le sud de Sulawesi (Les Célèbes) ont un climat tropical.

Après quelques indications générales suivies d’un très bref rappel historique et culturel, Monsieur Lemaignan présente et commente des diapositives portant sur l’agriculture et notamment les rizières, la vie religieuse, les danses et les beaux paysages de ce petit paradis qu’est Bali.

Après quelques questions des auditeurs, Monsieur Lemaignan a clos son exposé par un film sur les recherches pétrolières de la compagnie Total en Indonésie.

Nous avons pensé intéresser nos lecteurs en donnant des informations plus détaillées : l’histoire, l’économie, la religion en Indonésie.

 

Quelques mots d’histoire.

Le peuplement humain de l’archipel indonésien remonte indubitablement aux débuts de l’histoire des hommes sur la planète. La preuve en a été fournie en 1891 par la découverte à Trinil, par le Hollandais Dubois, au centre de Java, dans les couches du pléistocène, vieilles d’un million d’années, d’une calotte crânienne, d’un fémur et de dents. Il s’agit du « Pithécanthrope ».

Dès les premiers siècles de notre ère, l’Indonésie a été en contact avec les civilisations chinoise et indienne, plus avancées. Tout donne à croire que l’influence indienne, notamment à Java et à Sumatra, remonte au début de l’ère chrétienne.

Elle se traduit beaucoup moins par l’apport des techniques nouvelles que par celui des grandes religions (brahmanisme, bouddhisme), de la langue sanskrite et d’une organisation politique élaborée, d’un niveau supérieur à la traditionnelle répartition en clans et tribus.

Du Xe au XIIIe s., une succession de royaumes établit sa prédominance à Java. L’essor des relations commerciales par la voie maritime devient considérable.

C’est au XIVe s. que naît dans l’Archipel un imposant empire naval. C’est à cette époque que Marco Polo, ambassadeur de l’empereur de Chine, rendit visite à Sumatra.

Du XVe au XVIe s., la pénétration de l’Islam en Indonésie alla de pair avec celle des Chinois. Avec plus de 120 millions de croyants, l’Indonésie d’aujourd’hui est le plus grand état musulman du monde.

Le XVIe siècle voit également arriver les Portugais, puis de 1595 1602, des navires hollandais apparaissent un peu partout sur les côtes indonésiennes. Les Hollandais détruisent la capitale Djakarta et fondent Batavia.

C’est au cours du XVIIIe s. que le déclin de la compagnie des Indes allait entraîner sa disparition.

Après de multiples péripéties, les Hollandais colonisent l’Indonésie.

En 1942, les Japonais débarquent Java ; neuf jours plus tard, les Néerlandais capitulent sans conditions. En trois mois, toutes les Indes néerlandaises sont occupées par les troupes japonaises.

Les Japonais firent preuve d’une telle férocité vis-à-vis des habitants du pays occupé qu’ils leur firent oublier les 3 siècles de colonisation néerlandaise.

Au moment de la capitulation japonaise, de nombreux mouvements de résistance occupaient certaines parties de l’Archipel. Le 11 août 1945, les occupants remettent tous les pouvoirs Sukarno et Hatta. Quatre jours plus tard, Tokyo abandonne.

Le 17 août 1945, le Dr Sukarno proclame l’indépendance de l’Indonésie.

Le 15 août 1950, naît la République Unie d’Indonésie.

En 1957, Hatta donne sa démission. Sukarno prend alors tout le pouvoir. Il instaure la « démocratie dirigée ».

En 1965, dans la nuit du 30 septembre, un lieutenant-colonel déclenche un coup de force et annonce la formation d’un conseil révolutionnaire. Dirigée par Suharto, l’armée reprend les choses en main. Les principaux dirigeants communistes sont physiquement éliminés. Des milliers de militants du parti sont massacrés dans toutes les îles (entre 300 000 et 1 million).

Soumis pendant 2 ans à la pression de dizaines de manifestations hostiles, Sukarno abandonne le pouvoir le 20 février 1967. Il meurt en 1970. Suharto est élu Président. Il a été réélu en 1981 pour 5 ans.

 

Situation économique.

Le Produit National Brut est de 75 milliards de dollars, soit le 1/7 de celui de la France qui est d’environ 500 milliards de dollars.

Il est au 26ème rang mondial.

Donc c’est un pays relativement riche, mais si on ramène le P.N.B. par tête d’habitant, il est de 500 dollars par tête alors qu’en France il est de près de 10 000 par tête.

Le niveau de vie de l’Indonésien moyen est à peu près 1/20e de celui du Français moyen.

L’Indonésien a un niveau de vie très bas mais bénéficiant d’un climat favorable, d’une agriculture riche, d’une grande sagesse spirituelle et philosophique, il ne donne pas l’impression de misère (sauf dans la banlieue des grandes villes) mais simplement d’une pauvreté digne qui n’exclut pas une certaine forme de bonheur paisible.

 

Agriculture et élevage.

Avec la sylviculture et la pêche, l’agriculture représente 35% du P.N.B. indonésien. Les quelque 13,5 millions d’hectares de terres arables sont consacrés – riziculture exceptée – d’une part à des cultures vivrières destinées à la consommation locale et, d’autre part, à des cultures de plantation dont la production est en grande partie destinée à l’exportation. Les premières : blé, soja, maïs et surtout manioc (13 millions de tonnes) sont regroupées dans de petites exploitations. Les secondes : huile de palme, coprah, canne à sucre et caoutchouc (pour lequel l’Indonésie a été longtemps le premier producteur mondial avant d’être devancée par la Malaisie) appartiennent pour la plupart au secteur nationalisé.

Le pays dispose également de vastes terres favorables au développement de l’élevage du bétail. Le cheptel compte 7 millions de bœufs, dont 3 millions destinés à l’exportation. Porcs, moutons, chèvres, chevaux, poules et canards sont élevés pour la consommation locale.

 

La riziculture.

 

Culture dominante de très loin, le riz est cultivé, et ce depuis des milliers d’années, suivant deux méthodes : soit en rizières, soit sur brûlis. De toutes les variétés de riz, c’est assurément celle poussant sur des champs inondés qui donne la meilleure récolte. Les graines sont semées dans de petites parcelles d’où elles sont transplantées à l’âge de quatre à six semaines, quand elles ont atteint une hauteur de quelque 10 centimètres.

Les pousses sont ensuite repiquées dans la rizière inondée. Des digues construites autour du champ retiennent l’eau qui, le plus souvent, est détournée, par des canaux, d’une rivière.

Enfin la rizière est, à un certain moment, vidée de son eau pour permettre au grain de se développer et de mûrir. Cette méthode est aujourd’hui à tel point perfectionnée qu’il n’est pas rare sur les sols fertiles d’obtenir 3 récoltes l’an.

A Bali, l’étagement des rizières rend les paysans tributaires les uns des autres pour ce qui concerne l’approvisionnement en eau. Groupés en association, les paysans voisins se réunissent sous la conduite d’un « kelian subak » élu, afin de programmer la distribution de l’eau.

Dans les régions où, du fait du manque d’eau, l’irrigation est rare, on cultive le riz sur des champs secs. Le riz est alors cultivé le plus souvent en rotation avec d’autres cultures, dont la plus fréquente est le maïs. Enfin, à mi-chemin entre ces deux méthodes, il existe la culture du riz dans un champ inondé par les eaux de pluie.

Si l’Indonésie est l’un des plus grands producteurs de riz, elle en est aussi l’un des plus grands consommateurs.

 

Autres ressources.

La forêt qui couvre 120 millions d’hectares (plus de 60% de la superficie du territoire) et compte près de 60 essences négociables, parmi lesquelles le teck, le merante, le ramin et l’agathis, n’a été jusqu’à présent exploitée qu’au dixième de ses possibilités. Avec une production annuelle de 25 millions de mètres cubes par an, l’Indonésie est le premier pays exportateur de bois. C’est sa seconde source de devises après le pétrole.

Une production de 80 millions de tonnes par an d’un pétrole de relativement bonne qualité place l’Indonésie au 14ème rang mondial. Cette production assure actuellement 60% des recettes de l’État. D’autre part, il y a d’importantes réserves de gaz naturel : 0,75 G T (TEP).

 

La religion.

Les différentes populations de l’archipel indonésien ont longtemps vécu isolées les unes des autres.

. l’animisme.

L’univers est soumis à un ordre religieux, peuplé de dieux et de démons, et la vie quotidienne prend l’aspect d’un rituel jusque dans ses formes les plus futiles. L’âme attribuée à chaque être, à chaque chose, à chaque animal et à chaque végétal révèle la magie d’un monde dominé par le sacré.

L’inobservance des règles ne peut conduire qu’au malheur, l’épidémie, la famine, tant elle est ressentie comme une insulte aux parents et initiateurs qui ont échoué à transmettre la loi, l’accord à la grande unité. A travers les siècles, l’hindouisme, le bouddhisme et l’islam ont absorbé ces croyances archaïques. A Sumatra, à Kalimantan et Sulawesi, les Batak, les Dayak et principalement les Toradja sont cependant restés fidèles à la règle des anciens et aux cultes primitifs.

 

. l’hindouisme et le bouddhisme.

L’Inde exerce son influence par l’apport de deux forces religieuses, l’hindouisme et le bouddhisme, propagées par les marchands et navigateurs qui sillonnent tout l’Archipel vers le IVe siècle de notre ère.

L’empreinte de l’Inde demeure partout vivante par l’importance et la splendeur des constructions qu’elle a inspirées.

Borobudur dans l’île de Java, construit dans les années 800, est considéré comme le plus grand sanctuaire bouddhique du monde.

A l’ouest de Jogjakarta, il s’élève sur une colline qu’il domine de 40 m. Il se compose de 5 terrasses carrées à balustrade, puis de 3 terrasses circulaires que surmonte un stupa qui contient une statue inachevée du Bouddha.

 

 

Sur 6 km, des bas-reliefs splendides sont égayés de gracieuses figures comme celles des musiciens célestes. La vie de Bouddha est ainsi illustrée.

L’hindouisme, lui, laisse des traces prestigieuses dans la plaine de Prambanan. Les temples datent des IX et Xe s. Ce sont des sépultures royales, dédiées aux dieux suprêmes hindous, Brahma, Vishnu et Siva. Le mont Mahameru sert de demeure aux dieux dont Siva est la figure prédominante.

 

. la religion balinaise.

Le paysage culturel et religieux de Bali est d’une diversité déconcertante. L’île, ayant résisté à la pénétration islamique, reste en effet l’unique vestige de la civilisation indienne dans l’archipel. La religion balinaise s’emploie à expliquer le monde en sacralisant tous les objets, dans le dessein de rendre compte d’un ordre cosmique.

Le temple est un élément essentiel du culte balinais. Le plus modeste est le temple domestique que l’on trouve dans chaque habitation. Le village possède trois temples, le temple originel, celui du lieu de rassemblement au centre du village, celui des morts au sud.

Bali comprend un nombre infini de temples, définition accordée à tout sanctuaire, même au plus petit groupe d’autels perdu dans la rizière.

 

 

. l’Islam.

Introduit à Java et à Sumatra par les marchands et les navigateurs musulmans, l’Islam s’est très rapidement implanté dans les différentes iles de l’archipel et touche actuellement 90% de la population indonésienne.

 

La danse.

La danse Bali, c’est toute la vie : les enfants apprennent à danser avant d’apprendre parler.

Et il n’est pas de danse balinaise où ne joue presque chaque muscle du corps humain. Les danses rituelles sont très anciennes liées aux temples d’où on ne peut les extraire.

Ce sont toutes les danses d’offrandes telles que les Pendet et Rejang pour les femmes ou les différentes baris pour les hommes. Le Lelang est la danse des nymphes divines. Le Jauk est le solo d’un démon masqué et richement vêtu.

Pour ceux qui souhaiteraient en savoir davantage, nous vous conseillons les ouvrages de Vincent Monteil et notamment le livre « Indonésie » de la Collection « Petite Planète » et le très bel ouvrage « Indonésie » de la Collection « Les continents ».

 

 

 

Découvrez + de 1100 textes des conférences du CDI sur le site du CDI de Garches 

Vos commentaires et vos conseils contribuent à l’amélioration de nos parutions.
Vous disposez de l’espace « COMMENTAIRES » ci-dessous pour les exprimer.
Merci  et à bientôt pour votre prochaine visite.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.