Histoire des billets de banque

Thèmes : économie, histoire.
Conférence du mardi 28 mars 1989 par Philippe Balestriero et Thierry Cusson.

 

Mardi 28 mars, Philippe Balestriero et Thierry Cusson, formateurs a la Banque de France, nous ont raconté l’histoire des billets de banque.

 

I – LA BANQUE DE FRANCE

La Banque de France, couramment appelée « la Vieille Dame », fut créée en 1800 pour favoriser l’extension du crédit et d’un nouveau moyen de paiement : le papier-monnaie. Société privée à cette époque, elle est devenue une « institution particulière » à caractère public (son capital appartient à l’État) sans être une administration, ni une banque comme les autres.

Sa mission :

– Depuis 1848, elle a le privilège d’émission des billets de banque. Elle est aussi chargée de participer à l’élaboration de la politique monétaire, du crédit.

– Elle joue un rôle international important notamment par son intervention sur le marché du change pour réguler le cours du franc par rapport aux autres monnaies.

– Elle gère les réserves publiques de change de la France (stock d’or, de devises).

– Elle dresse le bilan des opérations entre la France et l’étranger (balance des paiements).

– Elle est chargée des relations avec des organismes monétaires et bancaires internationaux.

– C’est le banquier du Trésor Public. Elle tient son compte, lui prête de l’argent, lui rend différents services bancaires et financiers en favorisant le placement des Bons du Trésor, des obligations assimilables du Trésor, des emprunts d’État.

– Elle est aussi le banquier des banques. Elle tient leurs comptes, leur prête de l’argent, leur donne des informations sur les mauvais payeurs, les entreprises, le tissu économique du pays.

– C’est également le gendarme des banques, elle contrôle leur gestion afin de garantir les déposants et les épargnants.

La Banque de France est aussi une banque classique (tenue de comptes, coffres…). Elle compte 233 agences réparties sur l’ensemble du territoire français.

 

II – HISTOIRE DE LA MONNAIE, DES BILLETS

Les systèmes monétaires ont évolué très lentement.

Avant le troc, il y eut un système que les Grecs appelaient le « metadosis », c’est-à-dire l’action de donner sa part, de mettre des biens en commun dans un groupe. Les groupes devenant plus nombreux, ces cellules quasiment familiales ont éclaté et dispersé le savoir-faire. Il est alors devenu nécessaire de faire des échanges entre groupes et le troc a fait son apparition. Le but du troc est de pouvoir négocier la chose désirée plutôt que d’avoir à la produire soi-même. Mais son pouvoir est limité et il a fallu trouver un autre système pour faciliter les échanges.

Les formes de monnaies ont été très différentes mais les évolutions se sont traduites par la recherche d’un objet pratique ayant le moins d’utilité économique possible, le moindre coût possible, qui recueille la confiance du plus grand nombre. On a ainsi trouvé le billet.

Le passage du troc aux pièces et des pièces aux billets correspond à deux évolutions :

Différentes monnaies utilisées à travers les âges :

  • objets utilitaires,
  • objets précieux (pierres, coquillages…),
  • denrées (thé, sel,..),
  • bétail (« avoir un bœuf sur la langue » : acheter le silence d’un témoin gênant),
  • esclaves,
  • métaux (fer, plomb, or, argent…) sous forme de lingots, de disques, de pièces (7ème siècle av. J.-C.),
  • cuir : à Carthage on introduisit des monnaies imprimées sur du cuir. En Chine, 140 ans av. JC, on a fabriqué des billets sur des peaux de daims,
  • papier (7èrne siècle av. J.-C. en Chine).

En France, on découvre au 13ème siècle la monnaie papier avec beaucoup de scepticisme grâce à la famille Polo (… du célèbre Marco). C’est une découverte que l’on s’est empressé d’oublier. Elle est réapparue 3 à 4 siècles plus tard.

Les conférenciers nous montrent en diapositives des monnaies anciennes.

Le billet a commencé à circuler dans les pays du nord de l’Europe dans la seconde moitié du 17ème siècle.

En France, c’est à partir de 1701, sous Louis XIV, que sont émis les premiers « billets de monnaie » à un moment où le roi rencontre de grandes difficultés pour financer la construction du Château de Versailles et à l’époque de la guerre d’Espagne.

Ce fut un échec.

Les expériences ultérieures d’émission de monnaie fiduciaire doivent être mises au passif de Law. Cet Écossais ouvrit une banque en France (Banque Générale) autorisée à émettre des billets et à faire des affaires avec les nouveaux territoires. Il créa la Compagnie des Indes.

Il fut victime d’une spéculation et perdit le contrôle de son système. Sa monnaie s’est écroulée, les porteurs furent spoliés et il mourut dans la misère.

Cette expérience créa un tel traumatisme dans l’esprit des gens que pendant un demi-siècle on n’entendit plus parler de banques et de billets.

Pendant la Révolution, l’Assemblée Constituante crée « la Caisse de l’Extraordinaire et de la Contribution Patriotique » destinée à recueillir la contribution du peuple et le produit de la vente des biens confisqués à la cour et au clergé. Ce fut de nouveau un échec dû à une forte dévaluation.

En 1800, la Banque de France est créée à l’initiative de Bonaparte. Elle obtient le privilège exclusif d’émission à Paris en 1848. N’étaient émis au début que des coupures à valeur faciale élevée, utilisées pour les investissements des entreprises et non par la population. Petit à petit la preuve de la bonne gestion est apportée et des petites coupures sont émises.

Les deux guerres mondiales contribueront largement à son essor, puisque le billet se substitue alors rapidement aux pièces.

Depuis 1936, le billet de la Banque de France est un instrument de paiement inconvertible et doté du cours légal.

Les conférenciers nous montrent des diapositives d‘anciens billets de banque.

La vignette la plus ancienne de la gamme actuelle est le billet de 500 F Pascal dont la création remonte à 1968. Par ordre chronologique on trouve ensuite le 50 F Quentin de la Tour qui date de 1976, le 100 F Delacroix 1978, le 20 F Debussy 1980. Le billet de 200 F Montesquieu est le plus ré cent, il a été créé en 1981.

 

III – HISTOIRE D’UN BILLET

La Banque de France fabrique elle-même les billets. Cela va de la fabrication de la pâte à papier à la sortie du billet.

Plus de 2 000 personnes travaillent à cette fabrication. Les billets sont conçus dans le centre d’étude fiduciaire de Puteaux.

Un billet doit être résistant, fin, sonnant, économique, pratique, esthétique et surtout difficile à reproduire.

L’exécution de la maquette est confiée à un artiste peintre, coté mais peu connu du grand public. Depuis 30 ans, tous les billets sortis ne sont l’œuvre que d’artistes.

Ils doivent tenir compte de certaines spécificités :

  • respect des proportions du billet,
  • respect de certains espaces destinés à recevoir des informations (vacances, numéros de billets, signatures…).

Il doit faire les corrections demandées par les « essayeurs ».

La Banque de France achète les droits d’auteur à l’artiste pour ne pas avoir à le payer à chaque fois qu’un billet sort des presses et pour avoir le droit de poursuivre les éventuels contrefacteurs.

Les montants des billets doivent aller de pair avec les besoins des agents économiques.

Chaque billet a une teinte et un format différent. La hauteur et la largeur des billets en France augmentent avec la valeur faciale. Une fois la maquette acceptée, elle est livrée à des maîtres graveurs. La procédure traditionnelle des graveurs était très longue et coûteuse. Pour faire un billet, il faut au moins 8 à 9 gravures car il faut superposer des couleurs différentes.

Il faut 6 mois de travail pour que 3 graveurs gravent 1 billet.

Aujourd’hui, le graveur a échangé son burin contre un clavier d’ordinateur.

Les futurs billets seront donc faits en gravure assistée par ordinateur. Le temps de conception du billet est divisé par 12.

Grâce à cette nouvelle technique, on part toujours d’une maquette de billet dessinée par un artiste. L’image est numérisée par un scanner, les couleurs sont analysées et l’ensemble des données transférées par bandes magnétiques à l’ordinateur central. L’ordinateur apporte précision et rapidité. Il permet de modifier à volonté l’image réalisée. Après le traitement, l’image du billet est sortie sur bande puis renvoyée au scanner dont l’unité d’écriture produit des films immédiatement disponibles pour l’impression des billets-tests.

On peut grâce à ce nouveau système multiplier les pièges pour les reproducteurs éventuels.

Les recherches concernent tous les maillons de la chaîne. La Banque de France fabrique tout (mollettes à numéroter, lettres, encres…).

La fabrication est faite en Auvergne à Vic-le-Comte depuis 1920.

De tous les éléments assurant la sécurité du billet français, c’est le papier qui présente le plus énorme casse-tête pour les faussaires, tant il est sophistiqué. A la base, pourtant, sa recette est étonnamment simple : eau et coton. L’eau est celle de l’Allier qui coule devant l’imprimerie de Vic-le-Comte.

Le coton vient d’Égypte, de Turquie et des États-Unis. Jusqu’à une date récente, on incorporait à la pâte un peu d’ortie chinoise qui donnait une très bonne résistance au papier. Aujourd’hui, on ne le fait plus que pour les grosses coupures.

Déchiquetée, blanchie, réduite en une sorte de bouillie, la pâte est aplatie dans une machine et, devenue papier mouillée, passe sous une toile de bronze frappée du filigrane.

Séché, le papier subit encore les traitements qui lui donneront le « sonnant » caractéristique des billets neufs. Ensuite, découpé en feuilles, contrôlé, compté et recompté, il est acheminé à l’imprimerie de Chamalières sous scellés et en convoi blindé étroitement surveillé par la gendarmerie.

L’impression traditionnelle des billets de banque se faisait en utilisant des feuilles de papier qui devaient passer à plusieurs reprises dans des machines différentes (impression recto verso, taille douce, numérotage).

Aujourd’hui, de nouvelles machines permettent une impression en continu. Il s’agit d’une part, de deux grandes machines spécialement adaptées aux besoins de la Banque de France, imprimant trois à quatre billets de front, et d’autre part, de nouvelles machines de dimensions plus réduites et d’une plus grande flexibilité.

Les ouvriers de la Banque de France, à Chamalières, forment une aristocratie qui s’est débarrassée de toutes les tentations : pour eux, l’argent n’est plus que du papier. Ils président aussi bien à la naissance qu’à la mort des billets.

Aujourd’hui, près des machines, on se protège du bruit en écoutant de la musique. Le comptage se fait électroniquement, mais avant chacune des opérations, chacun des ouvriers contrôle ce qu’a fait son prédécesseur et valide cette vérification par une signature ou une marque qui engage sa responsabilité : cette forme d’auto-police constitue le meilleur garant de sécurité.

Les liasses sont rassemblées par des machines. Lorsqu’ils ne circulent plus – car ils sont usagés ou lorsqu’ils ne doivent pas circuler ou sont recalés pour imperfection lors de l’examen minutieux des « dames vérifieuses » – les billets sont perforés de quatre trous et jetés dans un « pulpeur » où ils ne seront pas brûlés, comme on le faisait jusqu’aux années 50, mais décomposés dans un bain chimique.

Une fois toutes les opérations terminées, le produit fini est livré aux caisses par des convois blindés. Ce n’est que lorsque le billet sort des agences qu’il prend une valeur : le cours légal (avant ce n’était qu’une vignette).

On ne peut refuser un paiement en billets de banque. C’est le seul instrument excepté les pièces qui ait cours légal.

Il a pouvoir libératoire. On peut payer ses dettes avec autant de billets que l’on désire.

Lorsqu’un billet ne plaît plus et est techniquement dépassé, on le retire du cours légal. Dans ce cas-là, un commerçant n’est plus obligé de l’accepter, mais il garde cependant une valeur pour le propriétaire et pour la Banque de France.

Par contre, quand le billet fait l’objet d’une démonétisation, il n’a plus de valeur. C’est un fait rare.

 

IV – LES IMITATEURS – LES FAUSSAIRES

Les publicitaires se sont rendus compte très tôt que les billets étaient un formidable support. En 1870, une librairie anticléricale à Paris avait imité un billet de 1000 francs en remplaçant le nom de la Banque de France par le nom de « Banque de la Sainte-Farce à Lourdes ». Ce billet qui était une publicité a circulé et a dupé des gens.

Toute publicité ayant pour sujet le billet de banque est interdite.

Il y a quatre types de contrefaçons :

  • Falsification de type artisanal (étudiant des Beaux-Arts qui photocopie un billet et le peint ensuite…),
  • Falsification politique (Hitler avait regroupé des spécialistes dans des camps de concentration pour fabriquer des livres sterling et ainsi couler l’économie britannique…),
  • Falsification provenant du « Milieu »,
  • Falsification « inclassable ». Bojarski, issu de Polytechnique de Varsovie, sévit de 1951 à 1964. Il exerça ses talents sur un 1000 F de 1945, sur un 5000 F et surtout sur le 100 F Bonaparte.

Bojarski était au départ un inventeur. Puis il a su reproduire dans un sous-sol de sa maison de banlieue le laboratoire d’essai de la Banque de France, sa papeterie, son imprimerie.

Même les caissiers de la Banque de France se trompaient une fois sur deux. L’imitation était presque parfaite. Pour ne pas pénaliser le public, la Banque de France – c’est le seul exemple – remboursa au fur et à mesure les faux billets aux personnes dupées.

Pour ne pas se faire prendre, Bojarski écoulait un à un ses billets. La dimension artisanale ne suffisant plus, il mit son beau-frère dans le coup, qui acheta des Bons du Trésor en donnant 10 billets à la fois. C’est ainsi qu’après 12 ans d’exercice solitaire, il tomba aux mains de la police. Il a fait 12 ans de prison, maintenant il vit une tranquille retraite.

Quelques indications pour repérer un billet authentique :

  • le toucher,
  • par transparence, on voit des zones claires et des zones foncées. Une fois le billet posé à plat, les zones claires par transparence deviennent foncées et vice et versa,
  • le relief de l’encre noire se trouve sur le recto. Les billets sont plus ternes au verso,
  • il y a des points pour les aveugles,
  • le papier a un grain. On voit des chaînages sur les parties blanches,
  • il ne réagit pas, sous la lampe de Wood, aux billets faits avec du papier moins noble que celui utilisé par la Banque de France.
  • il doit y avoir un filigrane. Mais peu importe sa position.

Grâce à la modernisation de la fabrication des billets, la Banque de France espère développer les marchés étrangers et d’ici quelques années, être la mieux placée pour imprimer une monnaie européenne.

Les deux conférenciers nous ont ensuite présenté un film nous montrant la fabrication des billets.

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Conférence très intéressante qui sera suivie plus tard d’une conférence sur la Banque de France et ses autres activités.

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