SORTIE – VISITE : voyage à Guernesey

Thèmes: Art, Histoire, Visite

Sortie – visite des 22,23 et 24 avril 1985

Une soixantaine d’adhérents, à l’occasion du centenaire de la mort de Victor Hugo, ont fait un voyage à Guernesey. Après un départ matinal (7 H.), la première étape fut le Château de Fontaine-Henry.

1.- CHÂTEAU DE FONTAINE-HENRY (photo 1).-

Photo 1

Sous un ciel gris, nous découvrons ce château de la Renaissance, à mi-chemin entre Caen et les plages de débarquement, dominant la verdoyante vallée de la Mue (Fig. 2).

Figure 2

Le château actuel que les d’Harcourt firent construire au cours des 15e et 16e siècles, fut édifié sur les vestiges d’un château-fort qui devait constituer une défense avancée de la bourgade de Thaon. À l’époque féodale il était l’un des fiefs de la puissante famille de Tilly (Photo 3).

Dans le vestibule, on remarque la cheminée monumentale (photo 3), exemple assez rare de la cheminée à 3 foyers. Elle est surmontée des 9 blasons des familles qui se succédèrent depuis le 13e siècle jusqu’à nos jours comme propriétaires de ces lieux sans que jamais le château ne fût vendu.

Photo 3

Historique.-

À gauche celui des Tilly. Le plus célèbre d’entre eux, Henri de Tilly, fils de Guillaume de Tilly, participa à la dernière croisade. Il fut grand sénéchal de Normandie sous le règne de Henri II Plantagenêt, Seigneur de « Fontaines »  ; c’est très vraisemblablement en son honneur que ce fief fut connu par la suite sous le nom de « Fontaines-le-Henry », nom emprunté par la paroisse qui vint se greffer sur le château et plus tard par la commune en le simplifiant en « Fontaine-Henry. Il fit construire la chapelle.

En 1375, les d’Harcourt deviennent propriétaires de Fontaine-Henry. C’est à eux que l’on doit la façade Renaissance que l’on a pu admirer en arrivant. Quatre générations de d’Harcourt se succédèrent ici, 4 styles Renaissance sont représentés  : Charles VIII, Louis XII, François 1er et Henry II. Puis la famille de Morais devint propriétaire et le restera 6 générations.

Après un siècle et demi de calme, les travaux recommencent pour le mettre à la convenance de leurs nouveaux seigneurs. Nous sommes au début du XVIIIe siècle. C’est aux Montécler que l’on doit la façade qui regarde la vallée. C’est à Henri de Carbonnel que l’on doit la magnifique collection de tableaux qui ornent les salons et galeries de Fontaine-Henry.

Actuellement, Jacques d’Oilliamson et sa belle-fille cherchent à conserver à ce château sa vocation de demeure familiale tout en s’efforçant de développer son rayonnement culturel.

La visite.

Dans la première salle, le vestibule par lequel nous pénétrons, on remarque un très beau buffet Renaissance représentant la Foi, la Charité et l’Espérance. Au fond de la pièce se trouve un grand coffre de marié en cuir (photo 4) et à droite une élégante porte Renaissance de l’époque Louis XII (photo 5), jadis extérieure.

Photo 4

Nous l’empruntons pour continuer la visite.

Se succèdent alors les salons, une galerie (photos  6-7), une salle à manger et, au premier étage, une chambre d’honneur (photo8) comportant une très belle cheminée.

Au passage on peut admirer une collection de tableaux et des meubles anciens accumulés au cours des âges par les générations successives (photo9). Nous regagnons le vestibule par un escalier François 1er (photo10).

Photo 5

Photo 6

Photo 7

Photo 8

Photo 9

Photo 10

Après avoir nourri notre esprit, il était temps de nourrir notre corps. Pour cela nous nous sommes arrêtés au « Manoir du Chêne » à Nonant où un repas très agréable nous a été servi (photo 11).

Photo 11

C’est dans une douce euphorie que nous partons vers Bayeux.

II.-BAYEUX.-

Bayeux, vieille capitale du Bessin, a été la première ville de France libérée (7 juin 1944). Elle n’a fort heureusement subi aucun dommage. Sa cathédrale continue à veiller sur la ville et la tapisserie de la reine Mathilde, document d’une valeur unique, fait toujours l’enchantement de nombreux visiteurs.

La « Telle du Conquest” dite Tapisserie de la Reine Mathilde.

Depuis 1983, la tapisserie de Bayeux est exposée au Centre Culturel qui occupe le majestueux bâtiment du 18e, ayant abrité jusqu’en 1970 le grand séminaire.

La tapisserie, qui est en fait une broderie, est exposée sous vitrine dans une vaste salle spécialement aménagée pour elle.

La tradition veut, dit Lancelot « que ce soit Mathilde, reine d’Angleterre, duchesse de Normandie, qui l’ait tissée elle-même avec ses femmes ». Mathilde brodait les exploits de son époux, prenant plaisir à « dépeindre, dans un ouvrage de ses mains, l’action la plus éclatante de la vie du duc Guillaume ».

De cette charmante légende qui faisait ainsi de la reine, une Pénélope normande, vient le nom, donné au XIXe siècle à la tapisserie, de « Tapisserie de la reine Mathilde ». C’est sous ce nom que Napoléon, alors premier consul, la fera envoyer à Paris, au moment du camp de Boulogne, pour créer un climat favorable à l’opération qu’il envisageait contre l’Angleterre.

On a plus récemment tenté de lui redonner le vieux nom sous lequel les chanoines de la cathédrale la désignaient autrefois. « Telle du Conquest ». L’usage tend de plus en plus à juste titre à l’appeler Tapisserie de Bayeux, joignant ainsi à l’œuvre elle-même le nom de la ville où elle est conservée et dont elle est la gloire.

Il s’agit d’une broderie qui devait être accrochée de pilier en pilier, comme tenture décorative dans la nef de la cathédrale de Bayeux. Son sujet est bien précisé  : présenter aux regards des fidèles le récit de la conquête de l’Angleterre.

Ce vaste sujet explique les dimensions très exceptionnelles et même spectaculaires de la tapisserie. Si sa hauteur n’est que de 0,50m. elle mesure par contre près de 70m de long. Ce sont huit pièces de toile qui la constituent, la plus longue mesurant 13,75m, la plus courte qui se trouve être la partie terminale et par là même la plus détériorée, 5,25m seulement.

C’est sur ce fond de toile de lin d’assez fine texture, qu’a été exécutée en broderie de laines de couleurs la représentation des personnages, des chevaux, des bateaux et de tous les animaux familiers ou fantastiques qui animent cette œuvre et lui donnent tant de réalisme et de vie qu’on l’a très justement appelée « la plus longue bande dessinée du monde ».

Les différents coloris employés soulignent l’étonnant relief obtenu par deux très simples points de broderies (voir annexe 1a).

Huit teintes de laine, des bleus, des verts, des rouges, un jaune chamois, s’allient de façon plus ou moins arbitraire pour rendre un heureux effet de perspective. Le fond de toile laissé entièrement nu accentue, par le ton un peu bistré du lin, la richesse et l’originalité des coloris (voir annexe 1b).

Elle n’a survécu à la guerre de Cent Ans que parce qu’elle était une « pauvre tenture » réalisée en fils de laine sur de la toile. Si elle avait été brodée avec des fils d’or et incrustée de pierres précieuses, elle eût vite été taillée en pièces au lieu de dormir dans le coffre d’un autel de l’église. En 1792, elle manque de finir ses jours comme bâche sur un chariot réquisitionné par l’Assemblée législative. Un notable de la ville la sauve en sacrifiant ses propres draps de lit.

Quelques extraits.-

En cette année 1064, le roi Édouard d’Angleterre reçoit son beau-frère Harold Goldwinson et le charge d’aller avertir son cousin le duc Guillaume, qu’à défaut d’héritier direct, il l’a choisi comme héritier.

Au lieu d’aborder sur les côtes de Normandie, les voici jetés sur les terres inhospitalières du Comte Guy de Ponthieu.

Le Comte Guy de Ponthieu ordonne à ses hommes de se saisir d’Harold.

Le duc Guillaume accepte de payer une rançon.

Harold se présente à l’entrée du Château de Guillaume qui lui accordera une audience.

Harold prête serment de fidélité à Guillaume.

Harold, après avoir combattu les Bretons rentre trouver le roi Édouard mourant et lui raconte son voyage.

Le lendemain même des funérailles du roi Édouard, l’assemblée des notables décide d’offrir à Harold la couronne d’Angleterre. C’est alors que sans hésitation et en dépit du serment qu’il a prêté, Harold accepte.

Guillaume, averti de la mort du roi Édouard et du couronnement d’Harold, prépare la flotte d’invasion.

Le vaisseau ducal aborde à Pevensey.

L’infanterie saxone.

La bataille fait rage.

Le Duc Guillaume que l’on croyait blessé, lève son casque, se fait reconnaître et rallie ses soldats.

Harold reçoit une flèche mortelle dans l’œil et succombe.

Musée BaronGérard.

Il a été aménagé dans l’ancien évêché. Au rez-de-chaussée, deux salles sont réservées aux expositions temporaires.

Photo 12

On a pu admirer la belle collection de porcelaines de Bayeux, les céramiques du vieux Rouen et les pots de pharmacie du 18e s. (photos l  ?, 13, 14).

Photo 13

Photo 14

Les salles de l’étage, dont l’une possède encore de belles boiseries et une cheminée du 18e, sont surtout consacrées à la peinture  : œuvres d’artistes locaux, de primitifs italiens et flamands du 16e, de peintres français, dont le baron Gérard, du 17e au 19e. Mais on trouve aussi une intéressante collection de dentelles de Bayeux ainsi que des tapisseries du 17e.

Porcelaine – Manufacture de Bayeux.-
Joachim Langlois  :

C’est en 1812, après la fermeture de la manufacture de Valognes qu’il avait dirigée pendant 10 ans que Joachim Langlois créa la manufacture de Bayeux dont il assura la direction jusqu’à sa mort en 1830,

Pour la fabrication de sa porcelaine, Joachim Langlois utilisa le kaolin qui donne à la pâte une teinte légèrement gris-bleuté .

En 1820, Joachim Langlois, délaissant certains décors variés, lance la Bayeux aux 3 couleurs, bleu, rouge et or qui resteront les couleurs classiques de la manufacture.

Le décor s’inspire très largement des modèles chinois avec une large utilisation du décor fleur de pommier.

Plus tard, les pâtes deviendront légèrement plus blanches, moins épaisses et l’émail sera souvent plus vitreux. La base de décoration restera néanmoins l’imitation du décor de Chine aux trois couleurs bleu, rouge et or.

En 1850, François Gosse prend la direction de la manufacture à laquelle il donne une impulsion nouvelle en développant notamment la fabrication de porcelaines à usage industriel.

La porcelaine courante est blanche, unie. La fabrication des pièces d’ornement et de luxe est très réduite.

Troisième famille appelée à diriger la manufacture de porcelaine  : les Morlent.

Ils en furent les animateurs jusqu’à sa fermeture en 1951.

Les Morlent cessèrent complètement leur production de luxe. Les décors de grand feu furent industrialisés. Le décor bleu marguerite et le décor bleu Saxe vinrent s’ajouter au décor bleu pomme.

Les bleus vaporeux aux contours légèrement dégradés que l’on trouve généralement à Bayeux dans la plupart des pièces suscitent souvent un certain étonnement. Ils sont constitués par de l’oxyde de cobalt pur qui ne doit contenir aucune trace d’autre oxyde métallique (première cuisson à 850° suivant les procédés employés par les chinois).

La cuisson à feu de bois à 1410° amenait l’émail à vitrification avec une certaine vaporosité. Afin d’obtenir les mêmes résultats dans la cuisson au charbon, Morlent pensa appliquer la peinture sur l’émail en cru, la mélangeant au flux vitreux et en conséquence entraînant une légère vaporisation à la cuisson.

Ravis de la visite de ces deux musées, nous regagnons le car pour partir à destination d’Arromanches.

Nous arrivons au Musée du débarquement vers 17 heures et voyons avec une certaine inquiétude la mer déchaînée. Le calme sera peut-être revenu pour demain espèrent les voyageurs en leur for intérieur.

III.- ARROMANCHES-LES-BAINS.-
Musée du débarquement.-

Il présente un ensemble de maquettes, photographies, dioramas, armes et équipements de soldats alliés  :

matériel de débarquement  : chaloupes blindées pouvant contenir 35 hommes, chalands de 50 à 90 m. de long pouvant transporter jusqu’à 50 tanks et 80 camions.

ports artificiels rapidement montés.

brise-lames établi en coulant d’énormes caissons de ciment, remorqués à partir de l’Angleterre et de vieux navires. etc…

Un plan, orienté face à la rade, schématise le débarquement. Un film sur les opérations, dû à l’Amirauté britannique, est projeté en fin de visite. Il est situé devant les vestiges mêmes du port artificiel (photos 15, 16, 17).

Photo 15.-​​

Vue des Ponts Flottants (1944)

Photo 16.-​​

Pontons en Fonctionnement (1944)

Photo 17

 

Fatigués par cette journée très chargée, nous gagnons l’Hôtel des Bains à Granville (photo 18).

Photo 18

Après un sommeil réparateur, nous quittons l’hôtel à 7 heures 30 pour embarquer à bord du Brittania à 8 heures.

Tout au long du voyage quelques personnes restent vaillantes malgré un vent force 89 qui nous assaillait. Tout le monde préfère oublier ces 3 heures de traversée. Il faut avouer que le plus mauvais passage se nomme, à juste raison  : « Passage de la détresse »  !

Enfin 10 heures (heure locale), tout le monde s’effondre dans les fauteuils de l’Hôtel Pandora ou un « tea » nous est servi.

Avant de reprendre le cours du voyage, quelques mots sur Guernesey.

 IV.- GUERNESEY (carte 19).

Carte 19

Historique.

565 – Arrivée de Saint Sampson avec des missionnaires chrétiens.
933 – Les Îles Anglo-Normandes sont sous le contrôle des ducs de Normandie.
1066 – Guillaume le Conquérant devient roi d’Angleterre après la bataille d’Hastings.
1805 – Le Général Doyle fortifie l’île en prévision d’une attaque de Napoléon,
fait construire un réseau de routes et fait combler un chenal qui
séparait l’extrémité Nord du reste de l’île.
1846 – Première visite royale de la Reine Victoria et du Prince Albert. Une tour fut construite pour la Reine.
1939 – Ouverture de l’aéroport actuel.
1940 – En Juin, les Allemands occupent l’île et 17 000 personnes sont évacuées en Angleterre.
1944 – La population est près de la famine. La Croix-Rouge arrime un cargo venant du Portugal rempli de vivres.
1945 – Le 9 mai, l’île est libérée.
1973 – Les Îles Anglo-Normandes deviennent membres associés du Marché Commun.

Le bailliage de Guernesey.-

Le bailliage est un nom qui a été donné à ce groupe d’îlots dont Guernesey, Herm, Aurigny, Sercq et Jethon font partie, Guernesey en reste le centre administratif.

Ces îles, situées à 130 km des Côtes de l’Angleterre et à 25 km des Côtes Françaises, ne font pas partie du Royaume-Uni. Entièrement autonomes, elles constituent la seule partie restante du Duché de Normandie appartenant à la Couronne anglaise depuis l’invasion normande de 1066.

Le gouvernement de l’île, que l’on appelle « The States » (les États) remonte au système féodal de gestion terrienne par les propriétaires, qui possédaient des privilèges spéciaux ou « droits ». Ce système a survécu pendant plus de 9 siècles, sous la tutelle d’un gouverneur militaire qui représentait la couronne.

La situation a maintenant bien évolué et on est passé à un système plus démocratique. Malgré les réformes de 1948, il reste encore aujourd’hui un certain nombre de titres et fonctions qui n’existent que dans les îles anglo-normandes.

L’administration, la trésorerie et la fonction publique sont contrôlées par les États et aucune n’est subordonnée aux lois établies par le gouvernement britannique à Westminster.

Le chef d’État de Guernesey est le bailli. Il est nommé par la Reine et doit être originaire de l’île. Il est également président de la Cour Royale. En outre, la Reine nomme un lieutenant-gouverneur qui fait fonction de vice-roi et sert de lien ou d’intermédiaire entre le Parlement de Guernesey et le Ministère britannique de l’Intérieur.

Les 56000 habitants de l’île parlent tous l’anglais, mais le vieux patois normand est encore parlé par les personnes âgées. Beaucoup de noms de rues sont encore écrits en français.

Les habitants de l’île sont très fiers de leur passé ainsi que de leurs anciennes coutumes et procédures fondées sur le droit féodal normand. Le Parlement de Guernesey est bien un élément de cette tradition. La réussite administrative tient au fait qu’il n’y a pas de partis politiques, donc pas d’opposition.

Les ressources et facilités offertes par l’île.-

Guernesey, dont le nom vient du vieux normand « Grenezay » qui signifie « île verte » entretient et protège les dépendances d’Aurigny, Herm, Sercq et d’autres îlots environnants.

L’indépendance aujourd’hui est symbolisée par une monnaie qui leur est propre et par leurs timbres poste. Malgré sa superficie réduite, l’île a de solides bases commerciales. Le tourisme est essentiel à l’économie guernesiaise, mais l’exportation des tomates fait également rentrer des devises. Le moindre lopin de terre sur l’île est consacrée aux « serres » où l’on pratique la culture des tomates ou des fleurs, selon la saison.

L’île, surnommée « île fleurie » est le principal exportateur de roses au Royaume-Uni. Le climat régulier favorise de nombreuses plantes qui ne survivraient ni en Grande-Bretagne ni en France.

Les lois de l’île sont prévues pour vous offrir le maximum quel que soit l’endroit où vous décidez de séjourner. Bon nombre d’hôtels et de pensions de famille sont d’anciennes maisons d’habitation, à vif caractère historique. En 1927, les législateurs de l’île ont décrété qu’il serait interdit de construire sur les falaises, afin de lui conserver son charme naturel.

La loi contrôle le tourisme et la qualité de tous les hôtels, pensions de famille et appartements. Un système de classement a  été fait, de façon à garder un niveau élevé et à respecter les différents choix.

Il y a environ 30 plages populaires, bien abritées et d’accès facile par la route. Un service régulier d’autobus est bien en place et on peut également louer des bicyclettes et des voitures. Les quelque 500 km de routes et de chemins ouvrent un éventail de marches intéressantes.

Abandonnant les plus fatigués à l’hôtel, nous partons, à pied, visiter la Maison de Victor Hugo (photo 20).

Rappelons à grands traits les circonstances qui amenèrent Victor Hugo à quitter la France.

Élu député de Paris à l’Assemblée constituante lors des élections complémentaires de juin 1848 (il avait appartenu à la Chambre des Pairs sous Louis-Philippe) Hugo siégea d’abord parmi les libéraux qui souhaitaient des réformes sociales mais condamnaient absolument l’agitation révolutionnaire (« haine vigoureuse de l’anarchie, tendre et profond amour du peuple » portait un manifeste électoral).

La douloureuse insurrection de juin, le trouble qui s’ensuivit dans l’opinion, le persuadèrent de l’insuffisante maturité politique du peuple français et de la nécessité d’un gouvernement fort.

Photo 20

Il ne tarde pas à se rapprocher du prince Louis-Napoléon Bonaparte au retour duquel il a contribué.

Cet enthousiasme dura peu.

La nature des deux hommes était profondément différente.

Après la constitution du gouvernement dont Hugo ne fait point partie, l’Événement et Hugo lui-même ne montrent que de la mauvaise humeur  ; deux ans et six mois plus tard, au cours de la discussion à l’Assemblée du projet de révision de la Constitution (17 juillet 1851), Hugo lance l’apostrophe fameuse « Quoi, parce que nous avons eu Napoléon le Grand, il faut que nous ayons Napoléon le Petit  ! ».

En vain cherche-t-il, le 2 décembre, à organiser la résistance au coup d’État. Comprenant la partie perdue, persuadé que sa tête a été mise à prix, il se décide à passer en Belgique muni d’un faux passeport. Il arrive le 12 à Bruxelles.

Le 31 juillet 1862 il quitte Bruxelles, passe deux jours à Londres et débarque à Jersey le 5 août.

Il y écrit « Les Châtiments ».

Le coup d’État vient de jeter sur l’île une trentaine de proscrits, la plupart sans ressources. Mêlé à la politique, il est invité à quitter l’île. Il se rend à Guernesey le 31 octobre 1855.

Photo 21

« Les Contemplations » paraissent en avril 1856. Leur succès permet à Victor Hugo d’acquérir en mai la maison de Monsieur William Ozanne, à Hauteville. Il va mettre quatre ou cinq ans à meubler selon ses goûts cette maison de 18 pièces inhabitée depuis 9 ans.

Sa petite fille, Jeanne, la léguera à la ville de Paris.

Description d’Hauteville House.-

Le vestibule que tapissent des lattes chinoises s’achève sur un porche formé d’une colonne de bois cannelée, d’un fronton percé de plaques de verre en culs-de-bouteille et de carreaux.

Ce vestibule se continue vers le jardin par un couloir sur les murs duquel s’étagent des rangs d’assiettes, de bols et de plats .

On pénètre à droite dans la vaste salle de billard. Aux murs, des portraits de différents membres de Ta famille.

On passe dans un salon tendu de tapisseries ou fragments d’Aubusson (le départ pour Ta chasse) ou des Flandres (grande verdure). Un divan est recouvert de tapis de Perse. Une cheminée monumentale, composée d’éléments de meubles anciens (Moyen Age, Renaissance et Louis XIII) et d’éléments de raccord imaginés par Victor Hugo, occupe la plus grande partie du mur ouest

Le fumoir qui fait suite et qui prend jour par de larges fenêtres sur le Jardin contient une sorte du buffet presque entièrement de la composition de Victor Hugo.

On revient au vestibule et l’on passe dans la salle-à-manger (photo 21).

Photo 21

La clarté contraste curieusement avec l’aspect sombre des salles précédentes. Les murs, au-dessus des lambris, sont recouverts de carreaux de Delft blancs ou à décor violet qui renvoient le jour des fenêtres. À gauche, sur la cheminée, ils dessinent un H monumental que surmonte, brillante comme eux, une Notre-Dame-de-Bon-Secours en Vieux Rouen, transformée par le poète en liberté.

L’étroit espace entre les deux fenêtres est occupé par un fauteuil de bois dont les appuie-bras sont reliés par une chaînette. C’est la « Cella patrum defunctorum » le fauteuil des ancêtres.

Le premier étage comprend essentiellement, au sud, deux grands salons, dits rouge et bleu, de la couleur de leurs soieries À leurs extrémités, sont placées des glaces qui les approfondissent Un dais, supporté par quatre Chinois, surmonte celle du salon rouge.

Les deux pièces de l’étage supérieur n’en constituent bientôt plus qu’une seule. Une robuste poutre marque la cloison disparue. Deux colonnes, remplaçant les montants de la porte, la renforcent au centre.

Un étroit escalier conduit au dernier étage que le poète occupait seul.

Après une sorte de vestibule (photo 22) tapissé de vitrines-bibliothèques, on pénètre dans la verrière au soubassement de carreaux De Delft, qui lui servait de cabinet de travail (photo 23) et d’où la vue s’étend sur la ville, le port, les îles, la mer, frangée, lorsque le temps est clair, par les côtes de France.

Photo 22

Photo 23

Photo 23

Hugo écrivait debout à l’une des deux tablettes mobiles placées à chaque extrémité de ce « look-out ». Le petit poêle de faïence hollandaise n’était à peu près jamais allumé. Un couloir conduit à la chambre, pièce étroite, éclairée par de larges baies, meublée simplement d’un divan bas qui en occupe le fond, d’une table de toilette et d’un cabinet. Aux murs, tendus de soie sont accrochés des portraits de Hugo, de sa femme, de ses enfants, quelques-uns dessinés par Mme Victor Hugo elle-même.

Dans cette maison, Victor Hugo a ciselé « la légende des siècles », écrit « Les Misérables », composé “Les travailleurs de la mer ».

Après la visite, tout le monde se regroupe pour aller déjeuner à « La Favorita » (photos 2425)

Après un shopping un peu trop court, Madame Cluett, notre correspondante à Guernesey, nous donne un aperçu de l’île.

On remarque que l’île a beaucoup de serres. Les plus anciennes en bois étaient probablement construites pour la production de raisins, ce qui explique pourquoi plusieurs propriétés s’appellent toujours « vineries » bien que pendant les décennies passées la plupart produisent les célèbres tomates et fleurs de Guernesey. De nouvelles cultures sont innovées telles que l’aubergine, 1e poivron et le kiwi.

Photo 24

Photo 24

Photo 25

Les bougies de Guernesey. Nous nous arrêtons pour visiter une fabrique artisanale de bougies aux formes originales (photo 26).

Nous rentrons vers 19 heures afin de nous préparer pour le dîner au « Royal » où Monsieur Bodin et Madame d’Hautefeuille avaient invité des personnalités guerneséennes  : Monsieur et Madame Falla, Monsieur et Madame Dorey ainsi que Madame Maurice Genevoix (photos 27, 28)

Photo 26

Photo 27

Photo 28

Après cette soirée très agréable, nous regagnons notre hôtel légèrement angoissés à l’idée d’une nouvelle traversée.

Huit heures  : tout le monde est prêt à embarquer sauf le capitaine qui refuse de partir car la mer est trop mauvaise. Il nous propose d’appareiller vers 15 heures quand la marée sera plus favorable.

Heureux d’avoir ce petit sursis, déçus cependant de ne pouvoir visiter le Mont-St-Michel (ce n’est que partie remise), nous en profitons pour refaire un peu de shopping et un nouveau tour de l’île en longeant la côte ouest.

Cette fois-ci nous nous arrêtons à la « Ferme aux Papillons », le plus bel élevage de papillons d’Europe. Toutes sortes de variétés de papillons volent en liberté parmi les fleurs dans une grande serre.

15 heures  : nous avons déjeuné et sommes prêts à partir. Bonne nouvelle  ! la mer est calme (photo 29).

Photo 29

18 heures  : nous accostons, mangeons quelques sandwichs, avalons une boisson chaude et partons vers Garches.

1 heure  : Bien arrivés  !

ANNEXE I

a) –  Le point de Bayeux.-

b) – Origine de ses couleurs.

L’identification des fibres, elle, a été confiée à l’I.T.F. (Institut textile de France) de Boulogne-sur-Seine, qui a délaissé pour l’occasion un terrain d’action plus futuriste. Des fils libres ont été prélevés sur l’envers de l’œuvre. L’examen au microscope des coupes transversales grossies 165 fois a confirmé que les pièces de renfort étaient de structure très variée, donc d’époques différentes.

Quant à l’examen sur microphotographie de l’aspect interne d’une fibre de laine, il permet de pousser très loin les déductions  : quelques très rares experts sont en effet capables de reconnaître, à partir de la forme des écailles de la laine, l’origine, la race du mouton, et de suivra ainsi l’évolution de l’élevage des ovins (on peut, de la même manière, reconstituer le cheptel des chèvres et des bovins à partir de restes de poils trouvés sur des textiles et des cuirs anciens).

En partant d’objets aussi modestes que quelques centimètres de fil, on reconstituera peut-être un jour tout un pan de l’histoire de la faune et de la vie rurale  !

L’I.T.F. a également examiné les colorants de la tapisserie par chromatographie sur couche mince ou sur papier. Si, à première vue, l’ensemble de l’œuvre donne une impression d’homogénéité dans les couleurs, on décèle au microscope une palette très riche, des rouges tirant souvent vers le rouge brique, des jaunes, du plus clair jusqu’au moutarde, des bleus très variés parfois presque noirs …

Ceci s’explique par les méthodes de teinture  : nombre de passages variable dans les bains, mordants différents …

Jusqu’ici, les archéologues supposaient que les laines rouges avaient été teintes avec du fucus (une algue des côtes de la Manche), des œufs d’un insecte appelé kermès, ou encore avec de la garance  ; que pour les jaunes on avait utilisé du genêt, du lotus ou de la pelure d’oignon, et pour les bleus du pastel. Les bleus très foncés restaient un mystère. La chromatographie oblige à réviser bien des conclusions  : on n’a retrouvé que des molécules de garance dans le rouge et de gaude (une variété de réséda) dans le jaune. Quant à la présence de l’indigo, elle a résolu l’énigme des bleus presque noirs. Alors se pose une autre question  : comment ce colorant, provenant au XIe siècle des indigotiers de l’Inde, atteignait-il le littoral de la Manche  ?

Les éléments réunis devraient permettre, au moins théoriquement, de réaliser une copie très fidèle de la tapisserie, avec une toile de même structure, des laines de même épaisseur et de même couleur que l’original. La ville de Bayeux a déjà passé une commande.

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