Thèmes : art, histoire, visite.
Visite du jeudi 19 octobre 1995.
Fiche de visite par Monique Broutin
« Il faut avouer que Louis eut toujours dans l’âme une élévation qui le portait aux grandes choses » (Voltaire : Le siècle de Louis XIV).
Selon Voltaire, l’histoire de l’humanité a compté 4 sommets :
- le temps de Périclès et d’Alexandre
- celui de César et d’Auguste
- celui de la Florence des Médicis
- celui que l’on nomme Le siècle de Louis XIV qui est peut-être, selon lui, celui qui approche le plus de la perfection.
***
Quelques souvenirs d’histoire
Une butte porte un château féodal transformé en ferme ; au pied un village, des bois giboyeux, c’est Versailles au 17ème siècle où Louis XIII vient souvent chasser et fait construire un « pied-à-terre » en 1624.
1661 : Louis XIV a 23 ans, il commence son règne personnel. Reçu à Vaux-le-Vicomte par son surintendant des finances, Fouquet, il est humilié par le faste que déploie son ministre.
Il le fait arrêter et prend à son service l’architecte Le Vau, le décorateur Le Brun et le jardinier Le Nôtre qui ont créé l’opulent ensemble de Vaux et qui réaliseront un palais magnifique : Le palais de la monarchie triomphante.
C’est aussi la revanche d’un jeune roi poursuivi par la Fronde : Louis XIV se souviendra toujours de cette nuit de 1649 (il avait 11 ans) quand, à 3 heures du matin, le maréchal de Villeroy le réveille et l’emmène avec son jeune frère Philippe, vers Saint-Germain, il n’oubliera jamais avoir couché dans des draps troués et même sur la paille.
Haute noblesse et parlementaires s’accordent alors pour combattre Mazarin et le pouvoir royal. Jamais Louis ne pardonnera aux grands seigneurs leur trahison et aux Parisiens leur révolte.
La vie à la cour
Le roi rassemble ainsi autour de lui la noblesse pour n’avoir plus rien à redouter des oppositions dangereuses dans le royaume « mécanique soigneusement réglée » d’après Saint-Simon.
La pièce centrale du château est la chambre de sa majesté. Un cérémonial subtil permet à beaucoup de pénétrer jusqu’à la chambre royale devenue, du petit lever au petit coucher, un lieu public pour les courtisans : il fallut construire une balustrade pour protéger le lit royal.
Toutefois, n’oublions pas la chapelle : le roi entendait la messe chaque jour dans une loge de bois doré. N’importe qui pouvait lui remettre un placet tandis qu’il se rendait à la chapelle.
La musique de l’école versaillaise y atteint des sommets : Couperin à l’orgue, Delalande dirigeant des motets, …
Mais l’histoire, c’est aussi le bosquet de la Reine et la stupéfiante escroquerie du collier. C’est l’irruption féroce, en octobre 1789, du peuple révolté dans la cour de marbre et l’escalier de la Reine.
***
Et maintenant, nous sommes ravis de posséder Versailles, d’y réunir les congrès de la République, d’en admirer les Grandes Eaux.
Personne ne reste insensible devant tant de majesté et de grâce.
Louis XIV a-t-il trop aimé les bâtiments ? Pourquoi lui reprocherions-nous d’avoir beaucoup dépensé pour nous laisser ce trésor d’art français classique ?
***
*
Compte-rendu de la visite par Emile Brichard
Nous avons donc surmonté les pavés de la Cour d’honneur et trouvons notre guide au pied de la statue équestre de Louis XIV. Présentations faites, nous partons sans retard pour la première visite de la matinée, celle des jardins. Tendons l’oreille – à la conférencière bien sûr -, ouvrons les yeux, mais gardons la langue disponible pour faire quelque confidence au voisin ou à la voisine. On a de l’entraînement, on arrivera bien à tout concilier.
On attaque donc par le parterre du Midi qui attend déjà le printemps car les pensées sont en place et les massifs fraîchement retournés préparent leur future floraison. Nous pouvons alors, de la terrasse et du haut des Cent marches, contempler les parterres de l’Orangerie où les jardiniers s’activent à ranger les caisses d’orangers. Ils n’en sont qu’au début et le spectacle est entier car le paysage dépasse la Pièce d’eau des Suisses et s’étend jusqu’aux horizons lointains.
Nous contournons alors le parterre d’eau. Les deux grands bassins prévus par le Nôtre qui devaient refléter et mettre en valeur la Galerie des glaces sont dominés par le Vase de la Guerre rappelant la victoire de Nicée et le Vase de la Paix qui célèbre la Paix de Nimègue. Les bassins eux-mêmes sont en l’honneur des fleuves français. Les premiers devant nous représentent le Rhône et la Saône, en face la Seine et la Marne.
Puis le parterre et le bassin de Latone s’offrent à nos regards, dans la perspective prestigieuse des allées d’Apollon et du Grand Canal. De chaque côté, deux grands vases sont ornés des figures rayonnantes du Soleil – déjà ! encore ! et toujours ! – Nous ne sommes pas au château du Roi-Soleil pour rien. Pour suivre, il faut être fort en mythologie. Latone est à genoux, entourée de ses enfants Apollon et Diane. Elle implore Jupiter de la venger des paysans de Lycie qui se sont moqués d’elle. Les paysans seront pour ce crime transformés en grenouilles. Nous ne sommes pas au bout de nos peines s’il faut tout voir et tout retenir. Au moins retenons des images.
Après avoir contourné le Quinquonce du Midi, nous arrivons au Bosquet de rocailles, l’un des plus spectaculaires du jardin et appelé « Salle de bal ». Le lieu est par lui-même si expressif qu’il ne faut pas beaucoup d’imagination pour voir revivre l’endroit avec ses musiciens et les eaux ruisselantes des fontaines.
Nous ne ferons pas le détour par le bassin d’Apollon, nous dirigeant vers le bosquet des bains d’Apollon. Il n’y a qu’une demi-heure que nous sommes en route et nous voilà avec trois Apollon, mais celui-ci est servi par les nymphes et entouré des Chevaux du Soleil. Mais attention, le Soleil a changé, ce n’est plus Louis XIV car l’aménagement de Hubert Robert (1778) date de Louis XVI.
Il ne nous reste plus qu’à remonter par l’allée des Trois Fontaines et revenir à la cour d’honneur où nous prenons sagement notre place dans une file d’attente qui témoigne de l’universalité du château de Versailles, tant par l’âge des visiteurs que par les sonorités des dialectes variés qui s’entrecroisent.
Filtrés et encadrés, nous suivons nos guides, car cette fois, pour les appartements, notre groupe se partage, les uns suivent la blonde, les autres la brune et tous s’apprêtent à recevoir un cours d’histoire de France. Des bribes parviendront aux oreilles des uns et des autres, croisés avec les commentaires japonais ou allemands, interrompus parfois par la course des visiteurs individuels qui, caméscope ou appareil-photo en main, veulent surtout amasser des images qu’ils commenteront plus tard à leurs amis : « Versailles en vingt minutes et cinquante diapos, c’est quand même aussi une performance ».
Ce qui nous reste d’ouïe peut alors être consacré à notre conférencière.
Nous commençons par le Salon de la Tribune de la Chapelle qui dépendait même au XVIIème siècle d’une paroisse de Versailles, mais nous n’irons pas jusqu’à l’Opéra royal placé tout au bout de l’aile Nord.
Nous suivons maintenant les Grands Appartements. Quelques noms – Salon de l’Abondance, d’Apollon avec le portrait de Louis XIV, quelques visages aussi restent dans nos mémoires, suite de tableaux, de portraits, des meubles surtout car ils sont les plus admirés, ou les mieux décrits. Mais à chaque pièce, les paysages nous permettent de découvrir par les fenêtres, les ouvertures sur le Bassin de Neptune, le Parterre d’eau, le Grand Canal, puis par l’aile Sud, la Terrasse de l’Orangerie.
La Galerie des Glaces retient un peu plus notre attention, mais notre admiration est plus sollicitée que notre émotion. Ces grandes toiles, ces plafonds somptueux, ces personnages compassés semblent très froids. Seuls les portraits des enfants ou les scènes familiales sont émouvants, mais l’attitude de « Louis XIV en 1693 » touchant au front les courtisans agenouillés est bien conventionnelle.
Nous terminons par les appartements de Madame de Maintenon où les impressions précédentes sont confirmées. Les meubles plus que les tableaux suscitent des Oh ! et des Ah !» Marie Leczinska » par Nattier retient cependant notre attention ainsi que le tableau de Madame Vigée-Lebrun : « Marie-Antoinette et ses enfants ».
Il est temps de se retrouver au « Restaurant de la Reine » où un agréable repas nous attend.
L’après-midi nous verra découvrir les charmes de « La semaine des arbres à Versailles » et après les jardins à la française du matin, le parc et les paysages champêtres des Trianons et du Hameau de la Reine. Oublions l’Histoire et les histoires et contentons-nous d’apprécier la richesse et la variété des plantations et des pelouses. Le talent de notre conférencière, sa parfaite disponibilité ajoutent au plaisir de la promenade et des conversations particulières. L’après-midi d’automne nous permet de mieux apprécier l’harmonie des teintes dans leur variété, l’indiscrétion du soleil bas qui éclaire mieux des sous-bois accessibles.
Le petit train nous attendra pour le retour et nous ramènera à la Cour d’honneur. Après un détour par le Grand Canal, nous jetterons un dernier regard en arrière sur ce qui est devenu le symbole de l’unité nationale, le château, promu depuis Louis-Philippe en musée dédié « A toutes les gloires de la France » ainsi que le proclament les inscriptions portées sur le pignon des ailes du bâtiment.
***
Ainsi on avait redécouvert Versailles, Versailles si proche et pourtant si lointain. Proche dans l’espace, souvenons-nous du Versailles « chef-lieu » du département de Seine-et-Oise où nous appelaient les administrations, les écoles, les examens et des demandes diverses. Oublié ce Versailles-là !
Proche dans le temps aussi, Versailles où étaient élus, par les Assemblées réunies en congrès, les Présidents de la République, Messieurs Auriol (1947) et René Coty (1954) et qui furent les derniers à bénéficier des suffrages des députés et sénateurs.
Laissons les souvenirs, revenons à l’Histoire plus ou moins oubliée.
1919 : traité mettant fin à la première guerre mondiale et effaçant … 1871, la proclamation de l’Empire allemand dans la Galerie des Glaces.
1832 : Louis-Philippe installe dans le château le Musée de l’histoire de France et Versailles est ainsi dédié « A toutes les gloires de la France ». L’inauguration eut lieu le 10 juin 1837. Versailles avait été ravagé mais, malgré tous les dégâts commis depuis près de cinquante ans, malgré les maladresses de la remise en état, Versailles était sauvé, Versailles revivait.
Faisons revivre enfin la chambre de Marie-Antoinette lors de la naissance de sa fille « Madame Royale ». A l’instant où l’accoucheur Vermond dit à haute voix : « La Reine va accoucher, les flots de curieux qui se précipitèrent furent si nombreux et si tumultueux, que ce mouvement pensa faire périr la Reine… Deux Savoyards montèrent sur des meubles pour voir plus à leur aise la Reine placée en face de la cheminée, sur un lit dressé pour le moment des couches … » (Madame Campan, lectrice des filles de Louis XV et de Marie-Antoinette).
Dix ans plus tard, une foule qui avait appris la haine, força les portes de l’appartement pour emmener la Reine à Paris. C’était le 6 octobre 1789, le boulanger, la boulangère et le petit mitron…
Découvrez + de 1100 textes des conférences du CDI sur le site du CDI de Garches
Vos commentaires et vos conseils contribuent à l’amélioration de nos parutions.
Vous disposez de l’espace « COMMENTAIRES » ci-dessous pour les exprimer.
Merci et à bientôt pour votre prochaine visite.

Laisser un commentaire