SORTIE-VISITE : une journée à Chartres

Thèmes : art, histoire.
Visite du lundi 11 mai 1992.

 

Lever tôt ce matin pour les courageux partis à Chartres.

Au programme : visite d’un atelier du vitrail, de la cathédrale et surtout de ses vitraux et de la vieille ville.

 

Atelier du vitrail

Nous descendons le tertre Saint-Nicolas pour rejoindre la ville basse. L’atelier est au bord de l’Eure. C’est un atelier du 19ème siècle installé dans une ancienne tannerie.

La technique du vitrail est très ancienne et n’a guère varie depuis le Moyen-Age, époque ou ion commença à utiliser des vergettes de plomb pour enchâsser des morceaux de verre à la place des châssis de bois.

Cette technique a connu au cours du 16ème siècle quelques améliorations. Pour la coupe du verre, le diamant a remplacé la tige chauffée au rouge, de même le plomb laminé s’est substitué au plomb raboté. Enfin, de nos jours, les cuissons ont été simplifiées par l’emploi de fours fonctionnant au gaz ou à l’électricité.

L’exécution d’un vitrail passe par de nombreuses phases qui se décomposent comme suit : le relevé des mesures, la maquette, le carton, le calque, le trace et le calibrage ; la coloration, la coupe et l’assemblage ; le sertissage provisoire s’il y a lieu ; la peinture, la gravure, la cuisson, le sertissage définitif et la pose.

Le relevé des mesures

Cette première opération consiste à faire sur place un relevé très précis des mesures, de l’emplacement de l’armature métallique, à prendre les gabarits des formes et leur aplomb, ainsi que les profondeurs de feuillures ou rainures. Il faut enfin situer la hauteur de la fenêtre par rapport au sol, ainsi que son orientation, et relever les conditions d’éclairement, ceci étant captal dans la composition et la coloration de la maquette.

 

La maquette

L’esquisse en couleur appelée maquette est en général établie à l’échelle de 1/10ème, elle doit donner l’aspect du futur vitrail en représentant dans le détail les personnages et la décoration, en indiquant la répartition des taches de couleur et le tracé général des plombs ainsi que la place de l’armature métallique qui maintiendra les différents panneaux dont l’ensemble constitue le vitrail. La maquette doit être suffisamment précise afin de pouvoir être agrandie.

 

Le carton

Le carton est l’agrandissement de la maquette à la grandeur d’exécution, sans indication de couleur ; il doit préciser le réseau de plomb qui reliera les pièces de verre entre elles (chaque pièce étant d’une seule couleur, tout changement de couleur implique un plomb de séparation) ; il doit aussi donner l’indication des de ta ils de peinture-trait et modèles qui devront être ensuite peints sur le verre. Le dessin du carton est fait soit au fusain, soit au lavis, le trace des plombs étant marqué plus fortement, généralement à l’encre de chine.

 

Le calque, le tracé et le calibrage

Le carton terminé est posé à plat sur une table. Un papier calque permet de relever par transparence le dessin des plombs dans leur axe, c’est-à-dire les lignes qui détermineront la découpe des morceaux de verre. Ce calque est à son tour reporté à l’aide de feuilles de carbone sur un papier bulle assez fort, appelé tracé. Le dessin ainsi obtenu est une sorte de puzzle dont chaque élément est numéroté pour en faciliter l’assemblage une fois découpée.

Relevé du calque d’assemblage
Numérotage des calibres

 

La découpe, ou calibrage, se fait soit à la lame si le dessin est géométrique, soit, si tous les éléments sont différents, aux ciseaux. Ces derniers comportent trois lames, celle du milieu découpant une mince bande de papier dont la largeur est égale à l’épaisseur de l’âme du plomb. Cette opération terminée, chaque élément de papier, appelé calibre, est assemblé sur le calque.

Le calibrage

 

La coloration

La coloration est le choix des verres teintés correspondant aux tons de la maquette. La palette mise à la disposition du verrier, très étendue, lui permet d’opérer la transposition de la maquette. La fabrication de ce verre dit antique n’a guère varié depuis le 16ème siècle. Il est d’épaisseur inégale, possède des stries et des bulles recherchés lors de sa fabrication. Soufflés en manchons, coupés et développés pour obtenir une feuille, ces verres sont teintés à l’aide d’oxydes métalliques, le plus souvent dans la masse. Toutefois, il existe des verres plaqués ayant deux courbes d’épaisseurs différentes et que l’on obtient par cueillages successifs lors du soufflage. La première, qui constitue un film de couleur très mince, vient se coller sur une seconde plus épaisse, blanche ou légèrement teintée et permet la gravure. Les parties à conserver de la couleur initiale sont préservées par une couche de bitume, tandis que les parties découvertes sont attaquées à l’acide fluorhydrique.

La coupe

Les calibres qui doivent être coupés dans la même couleur sont disposés par bandes sur les feuilles de verre correspondant à cette couleur. Ces feuilles sont ensuite débitées suivant des bandes à l’aide d’une règle et d’un diamant. Une pince plate ou grugeoir sert à corriger les éventuelles imper Sections de coupe- Chaque pièce est aiguisée avec une pierre de carborundum pour abattre les arêtes vives afin d’éviter les coupures lors des différentes manipulations. La coupe terminée, les pièces de verre sont assemblées sur le calque.

Découpe de la pièce de verre d’après le calibre

 

La cathédrale

 

La cathédrale de Chartres s’élève sur un véritable promontoire, butte naturelle qui domine l’Eure dans un à-pic de trente mètres. A l’époque gallo-romaine, ce site portait certainement un camp fortifié d’où l’on pouvait surveiller la rivière alors navigable.

Au Moyen-Age, pas de parvis, la cathédrale faisait corps avec la ville et se trouvait imbriquée dans ses habitations de bois.

Au 13ème siècle, elle ne se réduit pas au seul monument qu’on peut admirer aujourd’hui. « Ville Sainte » à l’intérieur même de la ville, elle comprend également le palais de l’évêque, l’enclos canonial (où logent les chanoines), l’école épiscopale, l’Hôtel-Dieu où sont accueillis les malades, les infirmes, parfois les lépreux, sans oublier les enfants abandonnés. Beaucoup de pèlerins qui affluent par milliers dorment dans la nef.

La cathédrale, au Moyen-Age, est à la fois un lieu sacré et un édifice fonctionnel. Ainsi, les portails ont-ils été conçus pour faciliter l’accès des nombreux fidèles, notamment lors des pèlerinages, et des chapelles rayonnantes, pour leur permettre d’exprimer leur piété envers les reliques.

A la fois église de diocèse et église de pèlerinage, la cathédrale gothique vise d’emblée le gigantisme. Sous sa formidable voûte qui se déploie à 37 m de hauteur, on pourrait loger un immeuble de dix étages.

 

La cathédrale, construite selon le plan d’une croix latine orientée ouest-est, mesure 130,20 m de long et 64 m dans sa plus grande largeur (au transept). Sa nef est la plus large de France (16,40 m).

C’est la première des cathédrales gothiques classiques, avant même celle de Reims et d’Amiens (Notre-Dame de Paris est encore fortement imprégnée de style Roman).

Les vitraux de Chartres, l’une des plus grandes inventions de l’art chrétien, constituent un trésor inestimable. C’est le monument du monde le plus riche en vitraux anciens : 103 fenêtres, environ 3500 m2 de vitraux, 5 000 personnages. Tous les vitraux, même s’ils représentent des scènes prises sur le vif, ont une signification symbolique.

Tous sont du 13ème siècle, sauf quatre qui échappèrent à l’incendie de 1190, et sont donc, fait rarissime, du 12ème siècle. L’idée de génie, peut-être venue de l’imitation des mosaïques byzantines, fut d’enchâsser dans des vergettes de plombs, des verres de couleur teintés dans la masse et découpes selon un dessin.

Ici règne le fameux « bleu de Chartres », limpide et profondément intense. En fait, ce bleu qui a longtemps donne sa tonalité intérieure de saphir à Chartres, vient de ce qu’il ne se corrode pas.

Quelque peu fatigués et affamés, nous déjeunons au restaurant « Le Grand Monarque » et nous partons visiter la vieille ville.

 

La vieille ville

 

Nous reprenons le Tertre Saint Nicolas pour atteindre les quartiers anciens riches de maisons pittoresques, vieux ponts de pierre, lavoirs, tanneries, l’église de Saint-Pierre, etc.

 

Nous passons devant l’église Saint-André (12ème siècle). Au cours du 13ème siècle, on l’agrandit en construisant un pont enjambant la rivière, sur lequel Jehan de Beauce construisit un chœur au 16ème siècle.

 

En 1612, on ajouta une chapelle absidiale en construisant un autre pont au-dessus de la rue du Massacre (ainsi nommée à cause de l’abattoir qui s’y trouvait). Cette chapelle s’effondra en 1805 et par souci de sureté, le chœur fut démoli en 1827. L’église fut utilisée comme dépôt par les Allemands pendant la Deuxième Guerre Mondiale et très endommagée par le feu.

Nous restons un long moment dans le cellier de Loëns qui est un bel exemple de l’architecture française de la fin du 12ème siècle. Jusqu’au 18ème siècle, il servait de grange aux dîmes, ou le clergé gardait son vin. Une longue volée de marches conduit à une salle magnifiquement voûtée. Une série de colonnes circulaires supporte des croisées d’ogives.

Nous passons devant la Maison du Saumon, belle maison de bois (1500), autrefois adossée au mur d’enceinte du château des comtes.

Une visite fatigante pour certains, car Chartres est une ville ”qui grimpe”, mais tellement pleine de richesses !

 

*

***

 

FICHE DE VISITE

UNE JOURNÉE A CHARTRES

 

Atricum – ce fut d’abord le nom de Chartres – était la capitale des Carnutes et, à l’époque gauloise, le plus important centre du culte druidique.

 

La cathédrale

C’est sur ce site, déjà à vocation religieuse, situé au milieu de trois grandes régions : Thimerais ou Normandie, Beauce et Perche, de tous temps lieu de passage, que se dresse, de nos jours, la merveilleuse cathédrale Notre-Dame de Chartres. Deux flèches élancées, dissemblables, l’une de style roman, l’autre de style gothique flamboyant, dominent la plaine de Beauce.

La cathédrale actuelle est l’aboutissement d’une longue histoire …

En 743, mention est faite de la destruction d’une église par incendie lors d’une bataille entre le duc d’Aquitaine et les fils de Charles Martel. En 858, une nouvelle église aurait à son tour été détruite par les Normands. Et pendant des siècles, selon les aléas de l’histoire ce sera, à partir du premier édifice chrétien, sans doute au 4ème siècle, une longue suite de destructions puis de reconstructions, amenant chaque fois de notables modifications. Louis Gillet, historien d’art, nous dit : « Comme un arbre jaillit d’un lit de feuilles mortes, la cathédrale repose sur un lit de cathédrales ensevelies ».

Par son architecture, sa statuaire, ses vitraux, la cathédrale de Chartres est un tapis chef-d’œuvre, sans équivalent au monde.

Architecture : c’est la pierre calcaire de Berchères, carrière située à 8 km de Chartres, qui a été choisie comme matériau de construction. Comme la plupart des grandes cathédrales, Chartres est une heureuse coexistence de deux styles, roman et gothique.

La cathédrale de Laon, visitée l’an passé, est un parfait exemple de gothique primitif (fin 12ème siècle). La cathédrale de Chartres est un exemple de gothique classique (13ème et 14ème siècles). Peut-être, dans une prochaine visite, verrons-nous un exemple de gothique tardif ou flamboyant (15ème siècle) avec accumulation de tours, clochetons ou ornements divers.

Statuaire : Plus de mille huit cents statues ornent le pourtour de Notre-Dame de Chartres.

Les vitraux : C’est la merveille de Chartres. Au 13ème siècle, de riches corporations ont « signé » en faisant représenter leur métier au-dessous des médaillions qui illustrent des scènes bibliques ou légendaires. C’est donc une incomparable documentation sur la vie quotidienne et la foi au Moyen-Age qui nous a été transmise. Ces vitraux en forme de médaillons, rosaces, lancettes (ogives de formes allongées) laissent entrer dans la nef une merveilleuse lumière.

Chartres est la plus belle des « Bibles de pierre ». On peut lire dans la pierre des statues, dans la couleur des vitraux « l’histoire du monde depuis sa création, les dogmes de la religion, les exemples des saints, la hiérarchie des vertus, la variété des sciences, des arts et des métiers » (Emile Mâle).

En 876, Charles le Chauve offrit à Chartres, la fameuse relique « la Sancta Camisa” ou « Voie de la Vierge ». Depuis ce temps-là, consacrée à la Vierge, cette cathédrale devint un des lieux de pèlerinage le plus populace d’Europe. Elle ne contient aucun tombeau, sans doute pour conserver sa pureté.

 

La ville.

Depuis toujours, riche marché agricole, centre religieux très important, d’abord druidique puis chrétien, Chartres a été également, pendant des siècles, un centre culturel renommé. Dès 990, de Fulbert « le vénérable Socrate de l’Académie de Chartres » fait de l’école de la cathédrale un des grands établissements scolastiques de l’Europe médiévale. Jusqu’en 1215, fondation de l’Université de Paris, cette école gardera une grande réputation. Il n’est pas surprenant que Chartres soit une des villes d’art les plus importantes de France.

On peut y admirer bien sûr la cathédrale, « acropole de la France » comme l’appelait Rodin, mais aussi de nombreuses belles églises, romanes comme Saint-Brice (11ème siècle) et Saint-André (12ème siècle), ogivales comme Saint-Pierre (12 et 13ème siècles), style Renaissance comme Saint-Aignan (14 et 16ème siècles).

On peut visiter l’ancien palais épiscopal (actuel musée des Beaux-Arts), l’hôtel Montescot (Hôtel de Ville), l’enclos de Loëns (centre du vitrail), etc. Se promener dans les vieux quartiers, à travers les rues étroites et tortueuses, aux noms parfois savoureux. Admirer les maisons à colombages, les façades décorées des anciennes demeures, les lavoirs, les vieux ponts sur l’Eure, les restes des remparts. L’ensemble de cette vieille ville est un décor en parfaite harmonie avec la cathédrale.

Quelques visiteurs illustres : Saint-Bernard, Saint-Louis, Henri IV, Péguy … et une multitude de pèlerins qui sont passés, et passent encore dans ces rues en chantant, avant d’arriver aux lieux de pèlerinage et de recueillement.

 

Le Centre International du Vitrail

C’est dans le cellier de l’enclos de Loëns, construction du 13ème siècle assez récemment restaurée (1970) que s’est installé le Centre International du Vitrail. L’art du vitrail qui s’exerçait sur tout dans les abbayes, date des alentours de l’an mille. A partir du 12ème siècle, des laïcs vont prendre le relais des clercs. La France possède plus de vitraux que tous les autres pays réunis. Ce patrimoine historique, d’importance considérable réclame un continuel effort pour en assurer la conservation et la restauration.

Maintenir le métier d’art de nos maîtres verriers est essentiel pour la sauvegarde des vitraux anciens et la création de nouvelles œuvres. Ce Centre International se veut un lieu unique de recherches et de documentation pour tout ce qui concerne le vitrail en France et dans le monde.

 

 

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