Thèmes : Art, Histoire.
Visite du mercredi 20 mai 1992.
Dernière promenade dans Paris: le quartier de la Bastille et du Faubourg Saint-Antoine.
Le car nous dépose à la Bastille. De là nous remontons le Faubourg Saint-Antoine.
Le Faubourg Saint-Antoine s’est constitué autour de l’ancienne abbaye royale de Saint-Antoine, fondée en 1198 pour le salut des « filles repenties ».
C’est la pleine campagne. Le couvent est fortifié, l’eau des fossés est amenée de la Seine par des canaux. Sous les ordres de l’abbesse, surnommée « La Dame du Faubourg », des hommes d’armes sont préposés à la défense.
L’abbaye reçoit une faveur qui fait bien des jaloux. Jusqu’au début du 12ème siècle, les porcs ont librement vagabondé dans les rues de Paris. Mais le fils aîné de Louis le Gros, désarçonné par un cochon qui s’est jeté dans les jambes de son cheval, se tue. Seuls désormais les cochons du couvent de Saint-Antoine pourront trottiner partout, une clochette suspendue au cou pour qu’on les reconnaisse.
Les moines de l’hospice débitent de grandes quantités de cochons en pain d’épice à la foire de leur quartier fondée en 957 et que nous connaissons sous le nom de Foire du Trône.
Le 2 août 1660, Louis XIV et la jeune Marie-Thérèse qu’il vient d’épouser à Saint-Jean-de-Luz, font une entrée magnifique dans Paris. Sur une esplanade aménagée tout au bout du faubourg Saint-Antoine, un trône monumental est dressé devant lequel tous les corps constitués rendent un si solennel hommage que l’endroit s’appellera longtemps Place du Trône … et maintenant Place de la Nation.
Louis XI accorda aux artisans du Faubourg un privilège considérable en les soustrayant à l’autorité des corporations.
Libres d’utiliser des matériaux nouveaux, d’inventer des formes et des motifs, les menuisiers et ébénistes du Faubourg connurent dès lors un succès croissant.
Ils furent les premiers en France à utiliser l’acajou et l’ébène, les ornements de bronze et la marqueterie, et devinrent les fournisseurs attitrés du roi et de la Cour.
Le Marais devient un quartier à la mode. Tout le monde achète ses meubles Faubourg Saint-Antoine. La réussite de certains menuisiers préfigurait déjà la révolution industrielle.
Réveillon, inventeur du papier peint, fit travailler dans ses ateliers du 31 rue de Montreuil, jusqu’à 400 ouvriers.
Sa technique d’assemblage du papier peint permit à Pilâtre de Rozier et au marquis d’Arlandes d’effectuer, le 19 octobre 1783, dans la cour de l’atelier de Réveillon, ami des Montgolfier, la première ascension aérienne d’une montgolfière en papier. Le 21 novembre, les deux pionniers s’envolent pour de bon du Parc de la Muette. Un vent du Nord-Ouest les poussera jusqu’à la Butte aux Cailles, près de Gentilly.

La mode des ballons n’empêche pas les esprits de redescendre sur terre pour y trouver occasion de mille échauffements.
L’état des finances royales paraît désespéré. L’été 1788 a été très mauvais pour les miséreux, l’hiver terrible. L’atmosphère qui accompagne les élections aux États-Généraux est très tendue.
En 1789, l’émeute ensanglante soudain le faubourg Saint-Antoine. La rumeur publique accuse le manufacturier Réveillon de vouloir abaisser les salaires. On pille, on dévaste et incendie de fond en comble ses ateliers. La troupe tire : 130 morts et 350 blessés.

Entretenant une énorme classe ouvrière, le faubourg fournit les plus gros bataillons de toutes les révoltes populaires : 1789, prise de la Bastille, « Trois Glorieuses » de 1830, émeutes anti-Louis-Philippe de 1832, révolution de 1848, résistance au coup d’État de Napoléon III en 1851 et la Commune bien sûr.
Premier arrêt au numéro 21, cité Parcha. Ce passage est un réseau de petites cours qui portent toutes les noms de mois de l’année.
Au numéro 33, on trouve l’immeuble du journal Actuel, aménagé dans une ancienne usine.
Dans la cour, une belle bâtisse, avec son escalier à balustres en bois du 18ème siècle, a été retrouvée ainsi qu’une maison à encorbellement.
Au numéro 49, notre conférencière nous fait admirer une rampe en fer forgé.
A gauche, rue de Charonne, au numéro 5, nous entrons dans une cour, fin du 18ème siècle, typique de l’époque. Les anciens ateliers sont au rez-de-chaussée et les logements des ouvriers au-dessus. A l’angle de la rue de Charonne se trouve la jolie Fontaine Trogneux (1710).
Retour au Faubourg Saint-Antoine. Au numéro 75, dans la première cour de l’Étoile d’Or du 18ème siècle, se trouve une maison avec une frise et une belle rampe d’escalier. Dans la deuxième cour, les anciens ateliers sont transformés en loft.
Maintenant, le Faubourg Saint-Antoine s’élargit. Au 18ème siècle, cet endroit était hors de Paris. Au numéro 115, nous pénétrons dans le Passage de la Bonne-Graine.
Dans le Passage de la Main d’Or, exerçaient des rebouteux, d’où le nom de ce passage.
Au numéro 15, nous nous arrêtons devant la maison où le député Baudin déclara sur l’une des barricades de 1851 : « Vous allez voir comment on se fait tuer pour 25 francs par jour. » Il tint parole.

Le quartier est ainsi truffé de passages, d’enfilades insolites, de cours secrètes.
Au numéro 184 de la rue du Faubourg Saint-Antoine, s’ouvre l’hôpital Saint-Antoine, sur l’emplacement de l’ancienne abbaye.
Le car nous attend rue de Reuilly devant le numéro 14 où est installée la Maison Soubrier. Dernière visite pour la coquette cour Reuilly.
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FICHE DE VISITE
Le quartier de la Bastille et du Faubourg Saint-Antoine
Les deux cartes du verso vous donnent une idée de l’évolution du quartier entre 1853 et 1990. Suivant les tempéraments de chacun, on sera plus sensible à la permanence ou à l’évolution.
Permanence ! Les hôpitaux et d’abord l’hôpital Saint-Antoine, ancienne abbaye de femmes fondée à la fin du XIIème siècle, créé par un décret de la Convention en 1795. Un double intérêt nous y attache. D’abord c’est l’origine de la vocation du faubourg pour l’ameublement, les ébénistes attirés par les premières mères abbesses – « La Dame du Faubourg » – y installèrent leurs ateliers. Ensuite, et cela va vous ramener à Garches, les derniers bâtiments d’origine abbatiale furent construits par la dernière mère abbesse en 1767, Madame de Beauveau-Craon, dont la famille possèdera le parc bien connu des Garchois. Mais nous trouverons aussi l’hôpital des Quinze-Vingts sur le terrain que Louis IX (Saint-Louis) acheta en 1260 pour abriter trois-cents (15×20) aveugles « de la cité de Paris » puis, depuis 1880, l’hôpital Trousseau fondé deux cents ans plus tôt par les bureaux de l’hôpital général pour recueillir les enfants trouvés.
Évolution ! Les arènes nationales pour combats d’animaux ont disparu : mais cela fait la troisième fois que nous en rencontrons à Paris. Souvenez-vous de la station de métro « Combat » et de l’enclos du « Combat des animaux » (notre sortie au musée Bourdelle). Disparue également « La Nouvelle Force », boulevard Mazas qui, depuis 1850, recevait les détenus de la Force – 841 d’entre eux y furent transférés dans la nuit du 19 au 20 mai 1850 -. Elle acquit sa triste célébrité au moment du Coup d’État qui devait amener le Second Empire (2 décembre 1851). C’était déjà un progrès : l’incarcération y était « cellulaire ». Elle sera remplacée cinquante ans plus tard par les « élégantes prisons de Fresnes » (je tiens aux guillemets, ils datent de Paris-Atlas publié par les Éditions Larousse en 1900 !).
Permanence ! Nous retrouverons sur les deux cartes le nom des passages que nous visiterons : celui du Cheval Blanc, de la Boule Blanche et le Marché de la Place d’Aligre, mais est-il encore appelé le marché Beauveau, et le passage du Chantier est-il toujours en face de la cour de l’Étoile d’Or ?
Évolution ! L’installation des transports nouveaux, nationaux ou urbains. La Gare de Lyon montrait en 1900 « les magnificences à peine achevées de la façade et les halls monumentaux » au point que « déjà on ne se rappelle plus l’ancienne qui datait de l’origine » (1850). Les stations de métro, elles, se sont installées. Ledru-Rollin (un seul homme) qui siégea à l’Assemblée Nationale jusqu’à sa mort en 1874 et Faidherbe-Chaligny (deux hommes), un général de 1870 et un fondeur parisien de la fin du 18ème siècle.
Permanence – Évolution ! Cela s’appelle la continuité. Comment mieux la symboliser que par l’École Boulle fondée par la Ville de Paris en 1891 pour former les ouvriers de l’ameublement. Pouvait-on mieux choisir le quartier et le placer sous de plus favorables auspices que ceux du fameux ébéniste de Louis XV ?
Bonne promenade donc avant de reprendre l’année prochaine nos randonnées parisiennes « au pas et sur les traces de l’escargot ».
E.B.

1853

1990
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