SORTIE-VISITE : Notre-Dame de Paris et la crypte ; l’Île de la Cité

Thèmes : art, histoire, visite.
Visites des mercredis 20 et 27 octobre 1982.

 

Le mercredi 20 octobre, 30 adhérents ont visité Notre-Dame de Paris ainsi que la crypte archéologique voisine.

Le mercredi 27 octobre, 30 autres adhérents ont également visité Notre-Dame de Paris mais n’ont pu avoir accès à la crypte à cause des travaux en cours.

Deux nouvelles visites seront organisées en 1983.

 

I. LA CRYPTE.

Au début des années 1960, la ville de Paris signa un accord avec une société de construction. Le contrat prévoyait qu’un parking sous le parvis de Notre-Dame ne pourrait être construit que si les vestiges que l’on y découvrirait n’étaient pas importants. Or, il s’est avéré qu’ils étaient à la fois nombreux et très intéressants. Le parking ne put donc être construit.

Des archéologues entreprirent alors des fouilles dans le sous-sol du parvis.

Au fond de la crypte (à 25m. de l’entrée de Notre-Dame) nous voyons une forme ovale, trace d’un égout ; nous sommes en 1850, époque où l’on construit des égouts à Paris. Par chance, un architecte, passionné par le passé gallo-romain de la ville, resta tout au long des travaux pour surveiller le chantier, faire des dessins, des descriptions, afin que les vestiges découverts au fur et à mesure ne soient pas détruits.

Nous voyons de grands blocs de pierre, vestiges d’anciens remparts gallo-romains :

Lorsque Lutèce n’était, avant l’invasion romaine, qu’un petit îlot, elle n’avait comme défense que la Seine.

Pendant l’occupation romaine, Lutèce s’étendit sur la rive gauche, sur les pentes de la montagne Sainte-Geneviève, la rive droite étant inhabitable du fait de ses vastes marais.

Mais, vers l’an 285, pour fuir les invasions des Barbares, les habitants de la rive gauche durent abandonner celle-ci et se réfugier dans l’île, dont ils coupèrent les ponts.

En outre, ils doublèrent, dans l’intérieur de l’île, le fossé naturel, que constituait la Seine, d’un rempart de pierres ; n’ayant pas le temps de tailler celles-ci, ils prirent les pierres équarries là où elles se trouvaient, c’est à dire dans les monuments publics, aux Arènes, par exemple.

Cette muraille épaisse, d’environ 2,5 mètres de large à la base et de 2 mètres au sommet, avait à peu près 2 mètres de haut ; elle était dressée à une quinzaine de mètres en arrière des rives de la Seine, alors plus large que maintenant.

Tout le côté sud du parvis actuel, depuis le Petit Pont jusqu’au Pont au Double, a été occupé progressivement, du XIIe siècle jusqu’en 1878, par l’Hôtel Dieu (fig. 1).

 

Fig. 1. Plan de la place du Parvis-Notre-Dame et de son quartier en 1808

 

En 1505, la municipalité parisienne fut substituée aux chanoines de Notre-Dame dans l’administration de l’Hôtel-Dieu. A partir de 1535, le service fut assuré par des religieux réformés de Saint-Augustin fournis par l’abbaye de Saint-Victor et par près de 120 religieuses augustines ayant fait, en plus des trois vœux habituels, celui de l’hospitalité.

Une chapelle fut construite près de l’Hôtel-Dieu, et au 18e siècle, une religieuse y fut enterrée. Ainsi peut-on voir ses ossements.

Un peu plus loin, nous voyons l’entrée d’une cave datant du Moyen-âge. Les marches de l’escalier sont taillées dans les pierres du rempart Gallo-romain.

Des maquettes, représentant le quartier de l’Ile de la Cité, nous sont présentées.

Avec l’époque des Romains apparaissent la prospérité et l’augmentation du nombre d’habitants.

La densité des habitations dans l’île de la Cité est très élevée.

Un vaste forum s’élève sur la hauteur (comprenant un temple, une place et une basilique), reconstruit au début du IIe siècle sur un forum plus ancien. Près de lui, au sud-ouest, se trouvent, de petits thermes (1er S. et début du IIe S.) et à l’ouest, à l’emplacement du Luxembourg, le « beau quartier de Lutèce ».

Beaucoup plus bas sont édifiés les grands thermes du nord (ceux de Cluny, datant de la fin du IIe siècle ou du début du IIIe siècle de notre ère, subsistent encore (en partie) ; ceux de l’est et puis à l’ouest le petit théâtre.

Cet alignement est-ouest marque l’extension maximale de la ville gallo-romaine vers le fleuve. Un aqueduc long de 15 km alimentait ces édifices d’une eau venue du sud. L’amphithéâtre (arènes de Lutèce 1er S.) était tout à fait excentrique.

Au moyen-âge, tandis que l’Ile de la Cité constitue encore un réduit fortifié, asile des populations suburbaines, la rive gauche, héritière de la ville gallo-romaine, a subi des dévastations dont elle ne se relèvera pas de sitôt et qui pèsent sur son développement pendant des siècles. La rive droite, bien que très touchée aussi, va renaître au contraire de ses cendres parce qu’elle est favorisée par le site fluvial.

Au XIe siècle, le peuplement de cette rive est assez important pour justifier la construction d’une première enceinte.

Vers les années 1750 le quartier se présente ainsi :

La rue Neuve-Notre-Dame, située dans l’axe de la cathédrale, commençait aux n° 9 et 11 de l’actuelle rue du Marché-Palu et se terminait à l’ancien parvis. Son côté nord longeait l’église Sainte-Geneviève-des-Ardents, anciennement Notre-Dame-La-Petite, puis Sainte-Geneviève-La-Petite.

Elle fut démolie en 1747 pour agrandir l’hospice des Enfants trouvés. Cet hospice avait été édifié en 1670. Devenu insuffisant, il fut agrandi et reconstruit en 1748, par Boffrand en absorbant l’emplacement des églises Saint-Christophe et Sainte-Geneviève-des-Ardents.

On voit également le Pont au Double et le Petit Pont.

Au 19ème S., l’Ile de la Cité est presque entièrement rasée ; on y dresse l’immense caserne de la garde municipale (actuelle Préfecture de Police) et le nouvel Hôtel-Dieu, au bord d’un parvis Notre-Dame devenu démesuré.

Nous avançons dans le site. Au-delà du rempart nous apercevons trois piliers formant une arcade. Nous nous trouvons au niveau de la cave d’une maison du 15e siècle.

Un peu plus loin, un autre pilier.

En décembre 1772, l’Hôtel Dieu flamba et fut remplacé par un jardin. Ce pilier est un de ceux soutenant la double grille du jardin.

Quelques gravures nous montrent l’Ile de la Cité, ainsi que l’incendie du Petit Pont survenu le 27 avril 1718. A cette époque, lorsque quelqu’un s’était noyé dans la Seine et que son corps n’avait pas été retrouvé, un petit bateau surmonté d’une bougie était mis à l’eau. Là où la bougie s’éteignait devait se trouver le corps.

Le 27 avril, une femme perdit son fils. Lors de la recherche du corps, le petit bateau entra en collision avec une péniche transportant du foin. La péniche prit feu, percuta des piliers en bois entourant les piliers du pont qui, à son tour, prit feu.

Un peu plus loin, nous retrouvons l’égout ainsi que le mur de l’hospice des Enfants trouvés ; la grande façade le long de la rue neuve Notre-Dame, la petite façade face à Notre-Dame.

Nous voyons aussi des puits dans lesquels on jetait les détritus qui servaient ensuite d’engrais.

Tout un système de « chauffage par le sol » Gallo-romain : le foyer où l’on brûlait du bois qui chauffait des pierres soutenant et chauffant à leur tour le sol.

La crypte nous a ainsi offert une marche commençant il y a 2000 ans. Au cours des âges Paris s’est étendu par vagues successives ainsi que le montrent les cartes 2 (Paris sous Louis XVI) et 3 (Paris jusqu’en 1860).

 

II. NOTRE-DAME.

1. Histoire.

On pense que c’est vers le IVe siècle qu’apparurent, à la pointe occidentale de l’Ile de la Cité, le logis de l’évêque de Paris et une magnifique église, dédiée à Saint-Étienne. Elle fut doublée, à partir des Ve -VIe par une autre dédiée à Notre-Dame, située dans le prolongement vers l’ouest de la précédente.

Ces deux églises étaient délabrées au début du XIIe siècle ; leur remplacement s’imposait, d’autant plus que la population augmentait. C’est alors qu’entre dans l’histoire de Paris l’évêque Maurice de Sully. Il décida de remplacer les deux vieilles églises par une cathédrale qu’il voulut superbe, malgré les protestations de tous ceux qui trouvaient offensant pour la pauvreté de Dieu de lui élever un temple somptueux. Maurice de Sully passa outre, recueillit les dons du roi, les offrandes du clergé et des nobles, les oboles des pauvres gens et, au printemps de 1163, Louis VII le Jeune étant roi, la première pierre de la cathédrale fut posée par le pape Alexandre III.

Maurice de Sully mourut en 1196 ; il put ainsi surveiller pendant trente-trois ans la construction de sa cathédrale.

 

Fig. 2. Paris sous Louis XVI.

 

Extension de Paris :

  • La figure 2 montre un plan de Paris tel qu’il a pu être établi sous Louis XVI.
  • La figure 3, les enceintes successives de Paris jusqu’en 1860 ; l’extension est concentrique, par vagues successives, autour de l’ile de la Cité comme noyau.

 

Fig. 3. Les différentes enceintes de Paris jusqu’en 1860

 

D’une façon générale, on peut dire qu’ont été construits :

  • sous Louis VII, le chœur, le maitre-autel, le transept,
  • sous Philippe Auguste, la nef moins les premières travées,
  • sous Saint-Louis, les premières travées, la façade et les tours.

Puis on fit quelques retouches : un léger allongement du transept ; des additions : un jubé, les chapelles, les portails du transept ; des consolidations : les magnifiques arcs-boutants.

Tout fut terminé sous VI, le premier des Valois, en 1330, soit cent soixante-dix ans environ après la pose de la première pierre. (Fig. 4. Schéma d’ensemble de Notre-Dame vue du Square Viviani).

 

Fig. 4.

 

2. La façade (fig. 5)

Quatre contreforts verticaux découpent la façade en trois parties égales ; la hauteur est divisée en trois parties, mais celles-ci sont de plus en plus petites en s’élevant.

 

Fig. 5. Schéma de la façade de Notre-Dame

 

Les trois portails sont de dimensions inégales, le plus vaste est celui du milieu, celui de gauche est surmonté d’un gâble mais ce manque de symétrie, voulu pour éviter la monotonie, est si léger qu’on ne le remarque pas. Jadis toutes les statues étaient coloriées et se détachaient sur fond doré. Les vantaux des portails latéraux sont décorés de pentures admirables, en fer forgé et ciselé, œuvre de Biscornet qu’on a accusé jadis, d’avoir été secondé par le Diable dans ce travail impossible à réaliser par la seule main humaine. Elles ont été restaurées par Boulanger.

On voit, de gauche à droite : le portail de la Vierge, le portail du Jugement Dernier, le portail de Sainte-Anne et les statues de Saint-Étienne, de l’Église, de la Synagogue et de Saint-Denis ; celle de Saint Marcel est sur le retour d’équerre.

Les quatre représentations de la façade (fig. 6) montrent que celle-ci n’a guère changé au cours des âges (XIIe S. 1802, 1835, 1860).

 

Notre-Dame et son parvis au XVIIe siècle.

 

 

Notre-Dame et son parvis en 1802

 

Notre-Dame et son parvis en 1835

 

Notre-Dame et l’hospice des Enfants-trouvés vers 1360

 

Fig. 6. La façade à quatre dates successives

 

Au-dessus, une galerie contient les statues des 28 rois de Juda, tribu à laquelle appartenait le Christ.

Les révolutionnaires de 1793 ont été excusables de les avoir prises pour celles des rois de France, car on le croyait déjà au XVe siècle.

Au-dessus, c’est la grande rose de 1225, de près de 10 mètres de diamètre qui, avec celle du transept, possède encore des vitraux datant de l’époque de la construction.

Au-dessus encore, la grande galerie, formée d’une rangée de colonnettes de pierre, d’une seule pièce, de 5 mètres de haut sur 18 centimètres de dia mètre, est surmontée d’une balustrade hérissée de gargouilles chimériques ; elle relie les deux tours.

Enfin les tours ; celle de gauche est plus large que celle de droite ; on n’en connait pas la raison.

 

3 – Intérieur de Notre-Dame (fig. 7).

Il y a 80 cathédrales gothiques en France dont Saint-Denis qui n’avait de gothique que le chœur et le narthex ; Bourges commencée en 1195, Reims 1211, Amiens 1220, Beauvais 1225, Chartres …

Notre-Dame est une cathédrale très sombre à l’intérieur.

C’était une cathédrale de pèlerinage ; on y trouve des reliques vénérées par les pèlerins, installées dans le chœur.

Peu de personnalités sont enterrées dans la crypte sous le chœur.

On peut voir quelques monuments funéraires le long du déambulatoire l’orant de Jean Juvénal des Ursins et de sa femme (maire de Paris au XVe siècle), le mausolée du duc d’Harcourt, propriétaire de la chapelle.

 

Fig. 7.

 

Après vingt-trois ans de mariage, Louis XIII, n’ayant pas d’enfant, consacre la France à la Vierge (1638), vœu symbolisé par une nouvelle décoration du chœur que réalise Robert de Cotte. Il en subsiste les stalles et une Pietà de Nicolas Coustou flanquée de Louis XIII par Guillaume Coustou et de Louis XIV par Coysevox.

Notre-Dame est l’une des rares églises qui, à Noël, n’a pas de crèche car un mur en pierre a été construit au XIVème siècle autour du chœur. L’histoire du Christ sur la Terre y est sculptée.

Grâce à la solidité assurée par les progrès gothiques, les admirables verrières du transept sont exceptionnellement larges et légères. La rose Nord presque intacte depuis le 13ème siècle, montre des personnages de l’Ancien Testament entourant la Vierge. Sur la rose restaurée, le Christ trône au milieu des anges et des saints.

 

 

 

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